AN NÉ LU) ES
Au contraire, chez les annélides véritables, telles que les serpules, les néréides, les lombrics el les sangsues, l’annellation du corps est évidente et la chaîne des ganglions nerveux facile à constater. De plus, il existe chez ces animaux un canal intestinal complet, leur appareil circulatoire est toujours notablement compliqué, et l’ensemble de leur organisation présente une supériorité relative qui avait d’abord fait illusion aux naturalistes et les avait engagés à classer les annélides en tète des articulés ; mais cette manière de voir a dû être abandonnée, lorsqu’on a reconnu les affinités qui rattachent ces animaux aux entozoaires et aux autres vers.
Classe <lcs Annélides.
Les annélides sont des vers dont l’annellation est toujours évidente. Ils ont le corps formé d’articles successifs, rappelant ceux des arti-
Fig. 479. — Annélides chétopodes (*).
culés arthropodes, et auxquels on a quelquefois donné le nom de zoomtes, mais ils manquent de véritables membres. Leur système nerveux se compose, indépendamment du cerveau, d’une chaîne ganglionnaire sous-intestinale, comparable à celle des classes précédentes et (*)
(*) A = Myrianide (genre de néréides) en voie de multiplication parthénogénésique ou gemmipare; de nouveaux individus se sont développés dn arrière du premier. — R = Serpule retirée de son tube. — C =. Arénicole des pécheurs. — D -= Spirorbe (genre de serpules) et son tube calcaire.
bTî
VERS
< o meme reliée au cerveau par un collier œsophagien (fig. 182 AV 1 s oui en outre, du moins dans la majorité des cas, le plasma sanguin de couleur rouge, ce qui les a fait appeler vers à sang rouge par plusieurs auteurs. J 11
L Les lJns sonl pourvus de soies servant à la locomotion, et ils ont souvent des branchies. Ce sont des Cuétopodes, ou Vers sétiqères dont certains genres vivent habituellement dans des tuyaux que leur peau secrète, ce qui les a fait nommer tubicoles (fig. 478).
Ceux-ci ont le corps divisible en tête, thorax et abdomen, et leurs branchies sont insérées sur la première de ces régions. Les plus connus sont les serpules (fig. 478 et 479, B), dont le tube est calcaire, et
Fig. 480. — Sangsue.
Fig. 481. — Tube digestif des Hirudinées (*).
les amphitrites (fig. 478), chez lesquelles il reste membraneux. Cette catégorie porte, dans quelques ouvrages, le nom de Céphalobranches.
D’autres vers sétigères ou chétopodes ont les anneaux du corps de plus en plus semblables entre eux, et la plupart de, ces anneaux possèdent des branchies ; ce qui les a fait appeler Dorsibranches. Un grand nombre d’annélides marines appartiennent à celte division. Nous nous bornerons à citer, comme s’y rapportant, les arénicoles (fig. 479, C) et les néréides, que les pêcheurs recherchent pour amorcer leurs lignes. Ces animaux vivent dans la vase, dans les pierres, etc., mais
( ) A, Sangsue médicinale. : a, l’œsophage, suivi de plusieurs chambres stomacales distinctes. I! = Uœmopis ou Sangsue de cheval : a', les deux cæcums placés en avant de 1 intestin; — h, l'intestin.
HELMINTHES
sans s’astreindre à rester au même lieu. Aussi leur applique-t-on souvent la dénomination d 'Annélides errantes.
Une troisième division des vers sétigères comprend ceux dits Abr anches, dont le caractère principal, ainsi que ce nom l’indique, est de manquer de branchies. Les lombrics, ou vers de terre (fig. 240, g-i), et les nais, espèces plus petites, vivant dans les eaux douces ou dans la terre humide, en font partie.
II. On doit séparer des annélides précédentes certaines espèces entièrement privées de soies, et qui se meuvent au moyen de ventouses placées aux deux extrémités de leur corps ; elles forment la division des Apodes. Les sangsues en constituent le genre principal.
Contrairement à ce qui a lieu dans la plupart des chétopodes, annélides presque toutes propres aux eaux de la mer, les sangsues ne subissent pas de changement avec l’âge. Les lombrics et les nais, qui pour la plupart vivent comme elles à terre ou dans les eaux douces, sont, aussi dépourvus de métamorphoses. Ces espèces sortent de l’œuf avec leur forme définitive. Quelques sangsues sont marines.
Les sangsues médicinales (fig. 189, C, D, F, 480 et 481, A) ont la bouche garnie de trois petites mâchoires dentelées en scie avec lesquelles elles entament la peau des animaux sur lesquels elles s’appliquent. Leur ventouse buccale, quoique moindre que celle qu’elles ont à la partie postérieure du corps, leur permet en outre de sucer le sang en pratiquant le vide autour de la plaie faite par leurs mâchoires ; elles peuvent ainsi se gorger en peu de temps. La petite cicatrice étoilée qui subsiste aux endroits du corps qu’elles ont piqués est due à l’action de ces trois mâchoires.
Classe «les Helminthes.
Les différents ordres que l’on comprend sous la dénomination générale d’helminthes sont faciles à distinguer de ceux dont se compose la classe des annélides; cependant ils s’éloignent assez les uns des autres, et les caractères communs qu’on pourrait leur assigner sont en petit nombre. Nous en parlerons sous le nom de Nématoïdes, Térétulo.ires, Trématudes et Cestoïdes ; on pourrait en faire plusieurs classes.
§ I. — Ordre «left ÎYciiintoïdcfi.
Les nématoïdes sont des vers à corps fusiforme, allongé ou même filiforme, sans appendices locomoteurs d’aucune sorte. Leur peau est élastique et souvent ridée plutôt que réellement articulée.
Ils ont toujours les sexes séparés, et leur canal intestinal est habituellement complet. On reconnaît chez la plupart d’entre eux un cordon nerveux sous-intestinal, ainsi qu’une paire de longs vaisseaux suivant les deux côtés du corps.
Ces vers ne subissent pas de métamorphoses. Ils sont fort nombreux
VERS
en espèces, et la plupart vivent en parasites dans l’intérieur du corps des autres animaux. Ce sont alors de véritables entozoaires, c’est-àdire des vers intestinaux.
L’homme en nourrit de plusieurs sortes. Ainsi les Ascarides (fig.240, a-f), appelés à tort vers lombrics, que l’on rend quelquefois avec les excréments, et les oxyures, beaucoup plus petits, et qui se tiennent dans le rectum des enfants, sont des nématoïdes parasites de notre espèce. Il en est de même des strongles, des trichocéphales et de quelques autres.
Le dragonneau, ou ver de Médine, qui attaque notre espèce dans les régions équatoriales, est aussi un helminthe de cet ordre; il vit dans des abcès sous-cutanés déterminés par sa présence.
Les trichines infestent la chair du porc dans certaines localités et
Fig. 482. — Trichines (genre de nématoïdes) et muscles infestés par ces parasites
(vus au microscope).
peuvent passer de cet animal à l’homme ; elles font également partie des nématoïdes. Enfin, on rapporte encore au même groupe les anguillules ou vers de vinaigre, de la colle et du hlé niellé (fig. 30, C', animaux de très-petites dimensions auxquels on a quelquefois donné le nom de vibrions, aujourd’hui réservé à certains microphytes de la division des algues diatomées.
Une espèce voisine des anguillules vit en abondance dans les intestins des malades atteints de la diarrhée de Cochinchine.
§ U. — Ordre des Térétulnlres.
Cet ordre se compose de vers plats à corps souvent fort long et couvert de cils vibratiles, dont le tube digestif n’a, dans certaines espèces, qu’un seul orifice. Ses principaux genres sont ceux des némertes ou borlasies, des prostomes et des planaires.
Ces helminthes vivent dans l’eau ou, plus rarement, sur terre; dans ce dernier cas, iis recherchent les endroits humides.
HELMINTHES
Leurs espèces marines ont souvent des couleurs très-vives, et il y en a dont le corps est long de plusieurs mètres (fig. 483). Aux especes tluviatiles appartiennent plusieurs prostomes, planaires, etc.
§111. — ordre des Trénintodcs.
Un troisième groupe de vers a reçu le nom de trémalodes. Les espèces qu’on y réunit ont une assez grande analogie avec celles de la division précédente. Leur corps est également plat, mou et inarticulé, mais il manque de cils vibralilesa sa surface. Elles sont parasites et vivent tantôt sur le corps de ces animaux, tantôt dans 1 intéiieui de leurs organes : ce sont principalement les polystomes et les douves.
Les trématodes épizoïques, c’est-à-dire ceux qui vivent aux dépens
des animaux, mais en restant fixés à la surface extérieure de ces derniers, attaquent plus particulièrement les- poissons. Quelques-uns semblent relier l’ordre des helminthes, auquel ils appartiennent, à la famille des Hirudinées ou sangsues, qui constitue la division des Annélides apodes.
Une espèce de douves (genre Distomd) s’observe assez souvenl chez l'homme, dont elle envahit les canaux biliaires; on la retrouve chez le mouton et le bœuf; il y en a aussi chez d’autres vertébrés.
Les vers de ce genre subissent des métamorphoses remarquables, dont l’élude a singulièrement éclairé la théorie de l’infection vermineuse, en fournissant des notions exactes sur la manière dont les entozoaires s introduisent dans le corps des animaux, ainsi que sur les différents milieux dans lesquels ils peuvent vivre, ou sur la facilité avec laquelle leurs œuls résistent dans bien des cas aux causes de des-
VERS
truction Ils attendent, pour se développer, d’avoir été portés dans des conditions qui leur soient favorables.
On a démontré que les cercaires, longtemps décrites comme étant des infusoires, et qui habitent dans l’eau, ne sont que les larves de certaines espèces de la famille des douves. Après avoir vécu pendant quelque temps sous cette première forme, elles se transforment en effet en douves véritables et deviennent parasites des animaux vertèbres. Or, ce sont les œufs des trématodes qui donnent ces cercaires Disons cependant que les métamorphoses de l’espèce de douve qui
Fig. 484-. — Trématodes divers (*).
est parasite de l’homme n’ont pas encore été observées, et que les îecheiches auxquelles nous faisons allusion ont été principalement faites sur les douves des oiseaux.
§ IV. — Ordre des Cesfoïdcs.
Ils ont de commun avec les trématodes leur corps mou et aplati : mais, au lieu d’être inarticulés, comme le sont tous les trématodes ordinaires, ils sont formés d’une succession souvent considérable d articles attachés les uns aux autres et formant dans leur ensemble une sorte de ruban.
La partie antérieure de ces articles est appelée la tête; elle diffère des autres par son organisation aussi bien que par ses fonctions. Ainsi elle est pourvue de ventouses ; habituellement on y distingue aussi
( ) A Amphistome ; très-grossi. — II = Polystome de la Grenouille ; très-grossi. — C = Sac à Cercaires, parasite de la paludine; très-grossi.
HELMINTHES
tlos crochets ehitineux. Son usage est île fixer le ver aux parois du canal digestif de l’animal aux dépens duquel il doit vivre, et dont il utilise à son profit les sucs élaborés par la digestion.
Les autres anneaux du corps des cestoïdos ne sont que des organes de reproduction ; à la maturité des œufs, ils se séparent pour être rejetés par l’anus, hors du corps des sujets qui en sont infestés, et vivre pendant un certain temps à l’extérieur. Leur destination est de disperser les œufs de ténias ou de bothriocéphales pour que, d’autres
animaux les prenant ensuite avec leurs aliments, ces œufs fournissent à leur tour de nouveaux parasites.
La tête ou partie antérieure d’un cestoïcle a la propriété de donner de nouveaux articles reproducteurs tant qu’elle n’a pas été détruite. Voilà pourquoi, lorsque les médecins font rendre un ténia ou ver solitaire, ils ne manquent jamais de s’assurer si la tête fait partie de la portion expulsée.
Une observation importante a été faite à propos du mode de pro- (*)
(*) a, ténia ou ver solitaire; — b, sa partie céphalique; — c, crochets; — </, un des anneaux reproducteurs; - e, œur; - f, embryon, dit larve hexacanthe ; - q, deux anneaux reproducteurs du bothriocéphalc ; - h, sa tête ; - i, œuf cilié du même r. G. 37
VERS
pagation des ténias. On a constaté que leurs œufs ne donnent naissance qu’à des sujets encore incomplets et dont la forme rappelle la partie de ces vers appelée la tète. Lorsque cette partie se fixe dans le parenchyme de quelque organe, au lieu d’arriver directement dans le tube digestif, où elle doit se compléter et produire dans sa partie postérieure des anneaux reproducteurs, tels qu’on en voit dans la presque totalité du corps des ténias, elle se transforme provisoirement en hydatide , sorte de poche remplie de sérosité, dans laquelle la tête
Fig. 486. — Hyclatides (*).
du ver se trouve alors encapuchonnée comme dans une outre remplie d’eau.
Le cénure du cerveau des agneaux, qui cause, par sa présence, la maladie de ces ruminants appelée le tournis, et le cysticerque, formant les poches caractéristiques de la ladrerie du porc, sont des ténias encore à l’état d’hydatides, c’est-à-dire imparfaitement développés, mais dont on peut opérer la transformation en ténias complets si on les introduit dans l’estomac d'autres animaux. G est alors seulement
(♦) a, Cysticerque de la ladrerie, sorti de son enveloppe; — b , sa couronne de crochets; — c, portion d’un Cénure de mouton; — d, cénure entier, avec les tôles multiples rattachées à sa vésicule; — e, vésicules d ’Ecliinocoques; — f, une de ces vésicules giossie pour en montrer les tôles multiples; — g, Ténia nain, provenant du développement d’une des tôles à crochets de l’échinocoque.
HELMINTHES
que leurs anneaux deviennent nombreux, et ces anneaux sont précisément les parties du ver qui vont kse charger d’œufs et servir à la propagation de l’espèce.
L’expérience a démontré que les hydalides naissent constamment des œufs des ténias, mais elles ne deviennent à leur tour des ténias véritables, c’est-à-dire pourvus d’articles produisant de nouveaux œufs, que lorsqu’elles passent de l’organe dans lequel elles s’étaient enkystées, dans l’estomac d’un autre sujet, par exemple, du corps d’un lapin dans l’estomac d’un chien ou d’un loup qui se sera repu de ce lapin et aura avalé les hydatides qu’il nourrissait.
Cette métamorphose a lieu, pour les hydatides de la ladrerie, lorsque nous mangeons de la viande de porcs ladres dans laquelle elles n’ont pas été tuées par la cuisson, ou de la viande de bœuf ou de mouton renfermant aussi des parasites analogues, ce que les bouchers appellent des bouteilles. Le suc gastrique n’agit pas plus sur les larves de ténias que sur ces entozoaires eux-mêmes, et ces sortes de larves, c’est-à-dire les hydatides, ingérées dans de semblables conditions, ne tardent pas à se compléter en produisant des anneaux qui se chargeront bientôt d'œufs, et elles deviendront, par suite de leur séjour dans les intestins, les ténias tels qu’on les connaît.
C’est de la même manière que les trichines peuvent passer du porc à l’homme et aux autres animaux. La cuisson des viandes alimentaires est le plus sur moyen d’empêcher cette dangereuse propagation. = .
Le fait de la transmission du ténia ou ver solitaire des porcs à notre espèce, au moyen des hydatides, paraît avoir été connu des Hébreux; il nous explique pourquoi la loi de Moïse interdit à cette nation l’usage de la viande de ces animaux.
C’est en vue de celle transmigration et pour y mettre obstacle que, sur nos marchés, on défend sévèrement la vente des cochons ladres. Des experts appelés langueyeurs sont chargés de l’examen des animaux mis en vente et, s’ils les soupçonnent d’être atteints de cette maladie, ils doivent faire rejeter leur viande comme insalubre.
D’autres larves de ténias ont été décrites comme constituant un genre a part d hydalides sous le nom d échinocoques. Une même vésicule de ces échinocoques renferme un grand nombre de têtes et peut donner naissance à autant de ténias, mais ceux-ci sont toujours de petite dimension (fig. 486, e-g ). On en a constaté la présence dans les intestins du chien et dans ceux de l’homme. Quant aux échinocoques encore a 1 état d hydatide, ils peuvent former des masses volumineuses qui se développent dans les différentes parties du corps. On en trouve assez fréquemment dans le foie et dans les reins.
Les cénures ont une conformation analogue, mais les têtes portées parleurs vésicules hydatiques sonlplus grosses que celles des échinocoques. G est particulièrement dans le cerveau des agneaux (fig. 487) qu ils se développent et, comme nous l’avons déjà rappelé, ils y de-
580 VÇRS.
viennent la cause de la maladie de ces ruminants connue sous le nom de tournis (1).
La larve du bothriocéphale vit au contraire dans l’eau, et c’est avec les boissons que ce ver s’introduit dans notre corps. La plupart
des espèces du genre bothriocéphale sont parasites des poissons.
Un autre genre du groupe qui nous occupe est celui des ligules, qui
attaque les cyprinidés de nos étangs.
Les vers cestoïdes sont les moins parfaits de tous les articulés vermiformes. Leur système nerveux est tout à fait rudimentaire, et ils n’ont pas de tube' digestif. Ils constituent la dégradation extrême de l’embranchement de ces animaux, auxquels certains de leurs caractères les rattachent néanmoins. Nous trouverons dans les mollusques, même dans ceux des dernières classes, une organisation bien moins simple que la leur et que celle de beaucoup d’autres especes du sousembranchement des Vers.
(1) Nous renvoyons, pour plus tic détails au sujet de ces parasites et de ceux dont il a été question précédemment, à l’ouvrage que nous avons publié en commun avec î • professeur Van Bcnedcn, de runiversilé de Louvain, sous le titre de Zoo ogie met tca e.
(*) a, cerveau d’agneau dont l’hémisphère gauche renferme un Cénure; — h, quelques lûtes de ce cénure isolées ; — c, crochets provenant tic la couronne de l une tics t les.
mollusques.