CONDITIONS DE L’ALIMENTATION
<iu sang des matériaux nouveaux pour suppléer à ce qui se consomme, et de remplacer au sein des organes les matériaux que l’exercice des fonctions enlève incessamment aux tissus. L’absorption gastro-intestinale doit s’opérer d’une manière continue, et les vaisseaux chylifères des animaux privés d’aliments ne tardent pas à se vider des tluides blancs, c’est-à-dire du chyle qu’ils renfermaient. Mais chez les animaux hibernants, les fonctions se raleniissent pendant le sommeil auquel ils sont assujettis en hiver et sont pour ainsi dire suspendues. Si leur combustion respiratoire et la consommation de leurs principes plastiques continuaient comme en été, ces animaux ne tarderaient pas à périr, après avoir employé les matériaux qu’ils avaient accumulés par la digestion ; la vie n’a pas été entièrement anéantie en eux, mais ils sont souvent devenus très-maigres lorsqu’ils sortent de leur somnolence, attendu qu’ils ont usé une notable partie de leurs principes plastiques et respiratoires, en particulier la provision de graisse dont ils s’étaient chargés avant de s’endormir, et que leur consommation respiratoire ou urinaire, si réduite qu’elle ait été, n’a pas été entièrement supprimée.
La privation de boissons agit plus promptement encore que celle des aliments solides, mais sans produire des accidents aussi graves. Si l’individu qui s’y trouve soumis est placé dans une atmosphère chaude et sèche, et si, par surcroît de dépense, il est assujetti à une marche forcée ou à un travail actif, l’altération de ses traits, l'affaiblissement de ses membres, l’affaissement de ses tissus et d’autres signes de la déperdition qu’il éprouve, trahissent bientôt son état de souffrance, conséquence de la diminution de ses principes aqueux. L’ingestion d’une forte quantité de liquide pourra seule lui faire reprendre l'apparence de la santé, et l’eau suffit pour arriver à ce résultat; la réimbibition de ses tissus s’accomplit alors avec rapidité.
On observe fréquemment des faits de ce genre dans les caravanes, soit sur les hommes, soit surtout sur les animaux, principalement sur les chameaux elles dromadaires, qui sont cependant des espèces plus appropriées que les autres par la nature à supporter de longues privations. Lorsqu’ils sont arrivés au terme de leur marche ou aux oasis qui en marquent les longues étapes, ils reprennent bientôt leur apparence primitive, après avoir bu abondamment; ils ont par là fourni à leurs tissus le moyen de s’imprégner de nouveau, et la transformation qu’ils subissent dans leur apparence extérieure est si prompte, qu’il arrive parfois à leurs maîtres de ne plus les reconnaître.
La prétendue résurrection des tardigrades et de quelques espèces également inférieures qui sont exposées par leur mode d’existence à une dessiccation extrême, est le même phénomène poussé jusqu’à ses dernières limites. Les tardigrades sont un genre de mites vivant dans la poussière des toits et qui y subissent, par les alternatives du soleil et de la pluie, soit un extrême dessèchement, soit une humidité exageiee. Ils résistent aux effets de ces singulières variations, jouissant
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de toute leur vitalité lorsque leurs tissus sont suffisamment imbibés, et se racornissant complètement dans le cas contraire. On a pu produire ces phénomènes artificiellement en desséchant les tardigrades dans des étuves dont la température était portée au-dessus de 100 degrés; leur vie n’est que suspendue, et, si on les place ensuite à l’air extérieur, il suffit d’une goutte d’eau pour leur rendre la possibilité de se mouvoir et leur redonner toute leur activité. Ces animaux ont cependant des muscles, des nerfs, des globules sanguins, etc., et tout cela reprend ses propriétés vitales en s imbibant.
Les rotifères, genre de systoljdes, qui vivent dans les mêmes conditions, jouissent aussi de cette singulière aptitude, et il en est de même pour les anguillules du blé niellé, qui sont de très-petits \ei:> de la classe des Nématoïdes, analogues à ceux du vinaigre et de la colle, ainsi que pour un grand nombre d’autres organismes inferieurs.
§ II. — Tnl»C digestif.
Muqueuse digestive. — La partie fondamentale de 1 appareil digestif est un canal ou tube, tantôt de diamètre à peu près égal dans toute sa longueur, tantôt dilaté sur différents points de son trajet, de manière à constituer des espèces de poches ou réservoirs dans lesquels la nourriture s’amasse en quantité plus considérable pour y éprouver des modifications qui la rendent susceptible d’être absorbée, en séparant ses principes utiles. 11 s’opère dans ces cavités une liquéfaction des parties assimilables; les autres seront au contraire rejetées au dehors sous forme de fèces ou excréments; le canal intestinal est donc le siège de la digestion.
^ fardigrade. — B = flotifère. — G = Anguillule.
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Structure de la muqueuse digestive. — Par sa composition anatomique, le canal digestif appartient à la catégorie des membranes muqueuses, dont le caractère le plus apparent est d’avoir la surface lubréfiée par une mucosité plus ou moins abondante. Ses deux orifices, antérieur et postérieur, sont en continuité non interrompue avec l’enveloppe extérieure du corps, c’est-à-dire avec la peau, et l’on a souvent regardé le canal intestinal comme une simple rentrée de cette dernière membrane.
Une expérience curieuse de Trembley sur l’hydre (fig. 1), genre de petits polypes qui vit dans nos eaux douces, a longtemps servi d’argument principal en faveur de cette manière de voir, qui pourtant n’est pas exacte. Ce sagace observateur a réussi à retourner des hydres de telle façon que l’estomac de ces zoophytes devenait leur peau externe, et que leur surface précédemment extérieure occupait la place de l’estomac et se transformait de la sorte en un organe de digestion. Cependant l’examen de la manière dont se développe le tube digestif des espèces supérieures a montré que telle n’est point l’origine de cet appareil, du moins chez ces animaux.
Envisagée sous le rapport des éléments anatomiques dont elle est constituée, la membrane digestive se laisse assez bien comparer à la peau, quoiqu’elle n’en soit pas la continuation directe (fig. 21 et 22). On y remarque également plusieurs couches superposées qui constituent ses différentes tuniques. Ce sont :
1° Une sorte d’épiderme tantôt plus mince, tantôt plus épais, suivant les points observés, et qui appartient au même genre histologique que l’épiderme cutané.
On le désigne, comme tout épiderme propre aux membranes muqueuses, parle nom A' épithélium, et l’on en distingue plusieurs formes, suivant les portions de l’appareil digestif ou les espèces animales que l’on étudie.
2° Au-dessous de cet épithélium, et comme représentant dans la muqueuse digestive le derme ou cuir de la peau externe, est le chorion muqueux. C’est une tunique de nature fibrocelluleuse, a mailles lâches et facilement perineables, présentant dans certains points des saillies coniques ou cylindriformes, molles et Ilottantes, qui sont ses villosités ; elles sont souvent portées sur des papilles plus ou moins apparentes. (*)
Fig. 31. — Villosités intestinales et follicules clos (*).
(*) n, les villosités; — b, orifice des glnndules en tubes, dites de Lieberkuhn; — c, plusieurs g an< u es closes isolées (on nomme plaques de Pcyer les groupes de glandulcs closes).
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3° La troisième tunique (le l’intestin est de nature musculaire. Elle se compose de deux couches de libres le plus souvent lisses, dont l’une a ses faisceaux disposés longitudinalement, tandis que l’autre les a transversaux ou circulaires. Les contractions alternatives de ces deux systèmes de fibres raccourcissent partiellement l’intestin ou l’allongent, et c’est de leur jeu que résulte cette apparence vermiforme des mouvements intestinaux, qui ont reçu, a cause de cela même, le
nom de mouvements vermiculaires. Ce double mouvement en sens inverse (péristaltique et antipéristaltique) est la principale cause du transport des aliments d’un point du canal intestinal à un autre ; il assure leur marche à travers l’appareil digestif, et le mot de digestion fait allusion à ce transport.
On remarque par endroits un développement plus considérable des fibres musculaires de l’intestin, là précisément où l’action mécanique doit se faire sentir davantage. Le pylore, ou orifice terminal de l’estomac de beaucoup d’animaux, et le gésier des oiseaux, qui est une sorte de pylore exagéré, en sont des exemples notables. On peut encore citer la valvule , dite, suivant que le cæcum existe ou qu'il manque, iléo-cœcale ou iléo-colique; elle sépare l’intestin proprement dit en deux parties : l’une qui est Y intestin grêle, et l’autre qui répond au gros intestin.
A l’entrée du canal intestinal est la bouche , organe de mastication et d’insalivation; l’orifice opposé constitue l’anus. On constate à ces deux orifices un développement du système musculaire plus considérable que sur la plupart des autres points. Il y existe des muscles distincts souvent disposés en anneaux, et le nom de sphincter , qu on leur donne à la partie terminale du tube digestif, rappelle qu ils y forment des espèces de liens ou de cordons destinés à 1 occlusion de cet appareil. A l’encontre de ceux de la tunique intestinale, ces muscles des orifices terminaux du tube digestif restent soumis a 1 action de la (*)
(*) a, partie inférieure de l’œsophage; — b, jabot; — c, ventricule succcnturié, — ri, gésier; — c, sa paroi musculaire; — g, duodénum; — b, intestin grêle; i, i. es eux cæcums; — li, commencement du gros intestin; — m.foie rejeté à gauche; — ”>sa v s,“ eulc biliaire; — o, pancréas. — On a aussi représenté la partie inférieure de 1 oviducle lp) et celle des uretères (r,r), pour montrer l'ensemble des parties qui aboutissent au cloaque
(/) avec le rectum.
Fig. 32. — Appareil digestif de la Poule (*).
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volonté, et les fibres qui les constituent sont, de nature striée, au lieu d’être lisses comme celles de la tunique musculaire de l’intestin proprement dit.
De même que les autres membranes, la muqueuse intestinale reçoit des vaisseaux et des nerfs , les premiers chargés de fournir à sa dépense vitale, les seconds ayant pour mission de veiller à l'exécution de ses différentes fonctions.
Cavités diverses et conduits FORMANT LE TUDE DIGES- TIF. — Les modifications que le tube intestinal présente sur son trajet ne sont pas inutiles à connaître si l’on veut arriver à bien comprendre les différents actes desquels résulte la digestion.
En effet, chacune des dilatations ou chambres qu’on y remarque est le siège d'une élaboration particulière des aliments, et l’appareil digestif conserve sa disposition en forme de tube dans les parties où cette disposition est le plus appropriée aux phénomènes particuliers qui s’y accomplissent. Chez 1 homme et chez beaucoup d'autres animaux, le tube digestif est ainsi divisé en plusieurs organes successifs : les uns, constituant des dilatations ou cavités, comme la bouche, l’estomac et le cæcum; les autres, de forme tubulaire et toujours plus longs que larges, comme par exemple 1 œsophage, l’intestin grêle et le gros intestin.
Fig. 33. — Cavité buccale, pharynx et larynx de l'Homme (coupe verticale (*).
C’est par une cavité que l’appareil digestif commence, et cette cavité est celle que nous avons appellée la bouche. Limitée en avant par les lèvres, dont un muscle circulaire détermine le resserrement ou l’ouver-
[ a, ouverture buccale ; - b, voile du palais ; - C, muscles intrinsèques de la langue ;
" ’ ZTSST ' “ ?■ ép,gl0tt° ;rfel 9' Ca,'tilagCS ‘h*r"ïde * aryténoïde du larynx rvtZtZ S"Per,CUre g“UChe; - b ^rde vocale inférieure du même coté ri’e.re a P ^ correspondant aux deux cordes vocales gauches; - /, limite inférieure du larynx; - m, face interne de la trachée-artère; - n, face externe de la trachéeartère, - o, 1 œsophage coupe obliquement jusqu’à la hauteur du cartilage cricoïdc.
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ture, elle a pour parois latérales les joues, dilatées en forme de sacs ou abajoues chez certaines espèces ; pour voit te, lepa/a?s, portant en arrièie une sortede voile (luette et voile du palais) qui empêche les aliments de remonter dans les fosses nasales. Inférieurement, la langue, ainsi que les muscles tendus au-dessous d’elle entre les deux branches de la mâchoire inférieure, constitue son plancher. Les mâchoires et d autres os, les palatins entre autres, en constituent la charpente, et ces mâchoires sont elles-mêmes des instruments de digestion, puisqu’elles contribuent, par les dents , qui arment leur bord libre, et par leur propre pression, à la mastication des aliments, ainsi qu’à la formation du bol alimentaire. Différents muscles concourent aux mouvements executes par
la bouche. ,
Le voile du palais sépare en arrière cette cavité d avec le pharynx ,
qui en est pour ainsi dire une dépendance, et c’est dans le pharynx que les aliments passent après s’être imprégnés de salive.
Le pharynx, appelé aussi arrière-bouche ou gosier , est place entre a bouche et l’œsophage ; il constitue une sorte de carrefour auquel aboutissent aussi les orifices postérieurs des narines et le larynx. Ces parties ont besoin d’être mises en rapport entre elles pour conduire aux poumons l’air aspiré par les narines, mais elles doiven rester fermées pendant que s’opère la déglutition. Le voile du palais rejeté en arrière, va boucher l’orifice inférieur des narines, et entiee de la trachée-artère, c’est-à-dire le larynx, est close par une sorte de soupape mobile soutenue par un cartilage. Cette soupape estl epiglotte, qui s’abaisse lors du passage des aliments; elle n’est bien developpee
que chez l'homme et chez les mammifères. . , ,
Sans cette curieuse disposition, les aliments remonteraient dans le nez ou entreraient dans le larynx, ce qui arrive cependant quelquefois, malgré les précautions prises à cet égard par la nature.
C’est dans le pharynx que s’accomplit le phénomène de la déglutition, c’est-à-dire l’action d’avaler les aliments et leur envoi a l estomac à travers l’œsophage. Plusieurs muscles encore soumis a la volonté
' Après le pharynx vient I’cesophage, partie tubulaire allongée qu pourrait être comparée à la tige d’un entonnoir dont le pharynx serait |;i partie évasée. Son nom est tiré du grec et signifie : porte-manger. C’est lui en effet qui mène les aliments de la bouche dans 1 estomac. 11 descend au-devant de la colonne vertébrale, en arrièie et un peu a gauche de la trachée-artère, et suit intérieurement la cage thoracique pour aboutir à cetestomac. Chez les oiseaux il est dilate \ ers son nn ieu en une grande poche dans laquelle les aliments s accumulent pour subir une première action des sucs digestifs ; cette dilatation es appe e le jabot. Au-dessous d’elle est placé le réceptacle glanduleux nomme ventricule succeniurié qui le sépare du gésier, ou partie *
Quant à I’estomac, c’est ordinairement un vaste resenon musculo membraneux dans lequel séjournent les aliments descendus par œso-
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pliage; il les garde un certain temps dans son intérieur pour agir sur eux et en séparer une première série de matières assimilables. Chez l’homme et chez les autres mammifères il est situé immédiatement au-dessous du diaphragme, sorte de vélum musculo-lendineux séparant la cavité thoracique de la cavité abdominale; sa forme est celle d’une cornue ou d’une cornemuse, et il a son grand axe dirigé transversalement, un peu obliquement de gauche à droite. Sa partie gauche est plus dilatée que l’autre. L’ouverture par laquelle l’estomac communique avec l’œsophage s’appelle le cardia. On reconnaît à l’estomac un grand cul-de-sac placé à gauche de son ouverture cardiaque, et un petit cul-de-sac plus rapproché au contraire de l’ouverture opposée,, qui est le pylore. Le bord supérieur de l’estomac constitue sa petite courbure, et le bord inférieur sa grande courbure. Sa capacité est variable d’une espèce à l’autre ; elle augmente d’ailleurs ou diminueincessamment par la dilatation ou la constriction de ses fibres, suivant v la quantité des aliments qui lui sont transmis.
Estomacs simples et estomacs complexes. — L’estomac de l’homme, celui du chien, du chat, du cheval, du cochon, etc., sont des estomacs simples, parce qu’ils ne sont pas partagés intérieurement en loges secondaires, et dans beaucoup d’autres animaux il en est également ainsi. Mais il y a des mammifères dont l’estomac se complique par la séparation de ses diverses parties, cardia, grand cul-de-sac, petit cul- , de-sac et pylore, en autant de loges distinctes. Cette disposition est surtout évidente chez les ruminants (bœuf, chèvre, mouton, antilope, cerf, girafe, chevrotain et chameau) ; c’est elle qui a fait dire de ces animaux qu ils ont plusieurs estomacs. Mais une comparaison attenthe de ces estomacs prétendus multiples avec l’estomac simple des mammifères ordinaires, et l’observation de formes intermédiaires à
ces deux conditions dans d autres espèces, telles que l’hippopotame, le pécari, le lamantin, conduisent a regarder la disposition propre aux ruminants comme résultant non pas de la présence de parties nouvelles et différentes de l’estomac simple 'de l’homme, mais de la complication plus grande des divisions reconnues dans l’estomac de ce dernier.
Estomac des ruminants. — Chez les ruminants (fig. 34), le grand culde-sac se sépare en une première cavité, elle-même divisée en deux ou trois chambres et constituant un réservoir considérable. Ces ani-
maux y accumulent les aliments qu’ils recueillent en grande quantité, et que dans l’état de nature ils doivent ramasser avec précipitation’ atm d échapper à la poursuite des carnivores dont ils forment euxmemes la nourriture. Cette première cavité stomacale est la panse ou herbier dont la face interne est garnie d’un épithélium gaufré, trèsepais, destine a la protéger contre le fourrage, les herbes, les graines ou les autres substances qui pourraient en léser la membrane.
a ( eux il me cavité est le bonnet, ainsi appelé de sa forme. Sa surface es eea emen papi euse,et 1 épithélium épais qui recouvre ses saillies
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papilliformes présente dans son ensemble une apparence réticulée. Le bonnet prend partiellement les aliments accumulés dans la panse ; il les moule petit, à petit sous forme de pelotes qui remontent successivement à la bouche pour y être mâchées- et insalivées de nouveau; cette seconde mastication constitue l’acte de la rumination. Les animaux sauvages qui jouissent de cette faculté l’exercent lorsqu’ils se sont retirés dans un endroit isolé où ils ne craignent plus la poursuite de leurs ennemis; c’est aussi pendant le repos que nos ruminants domestiques s’y livrent de préférence. On les voit alors
Fig. 34*. — Estomac de ruminant ( Mouton ) (*).
mâcher sans prendre aucun aliment nouveau, et la pelote formée dans le bonnet passe le long de leur cou, allant du bonnet a la bouche, pour redescendre ensuite de cette dernière cavité dans la poche qui fait suite au bonnet, c’est-à-dire dans le feuillet. G est par une rainure voisine de la partie nommée chez l’homme grande courbure, que la pelote alimentaire, poussée de la panse dans le bonnet, sort pour remonter l’œsophage et gagner la bouche ou revenir au feuillet.
La troisième cavité stomacale des ruminants est le feuillet , ainsi (*)
(*) A = a, la partie intérieure de l'œsophage fendue; — b, une petite partie de la panse ; c, bonnet : ces deux cavités ont été ouvertes pour montrer la gouttière ou rainure conduisant à l’œsophage, qui facilite la rumination; — d, feuillet, fendu longitudinalement; e , partie de la caillette. — 1! = a, œsophage; — b b, panse divisée en deux compartiments;
Cj bonnet; — (I, feuillet; — c, caillette ; — f , commencement du duodénum : les quatre
divisions de l’estomac ont été ouvertes pour en montrer l'intérieur. — C = pelote alimentaire quej'animal fait remonter de son estomac a sa bouche pour la mâcher de nouveau, ce qui constitue l’acte de la rumination.
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nommé à cause des valvules longitudinales ou plis comparables aux feuillets d’un livre qu’il présente dans son intérieur. Les aliments ramenés dans la bouche et déglutis de nouveau y descendent directement en filant le long de la gouttière formée par la grande courbure, et ils commencent à y .subir l’élaboration qui constitue essentiellement la digestion stomacale. Le feuillet répond en partie au petit cul-de-sac de l’estomac humain; il est suivi d’une quatrième cavité.
Celle-ci est la caillette , ainsi nommée à cause de son action sur le lait, dont elle détermine la coagulation ; elle n’est autre que la portion de notre propre estomac la plus rapprochée du pylore.
De l’estomac cuez quelques autres animaux. — Les dauphins et le paresseux ont aussi l'estomac multiloculaire.
Chez certaines autres espèces (semnopithèques, kangurous, etc.), cet organe présente dans sa longueur des brides musculaires qui le font ressembler au gros intestin.
L’estomac du Desmode, genre de chéiroptères particulier à l’Amérique méridionale, a l’apparence d’un long cæcum.
Intestins. — La partie du tube digestif qui commence à la bouche et finit, avec l'estomac peut recevoir le nom de stomato-gastrique : celle qui lui fait suite et va de l’estomac exclusivement jusqu’à l’anus reçoit alors le nom de portion entérique ; celle-ci constitue les intestins proprement dits. Elle conserve une forme spécialement tubulaire. Sa longueur dépasse habituellement celle du corps, et comme elle est logée dans la cavité abdominale, elle est contournée sur ellemême et repliée en circonvolutions, de manière à n’occuper qu’une place peu considérable eu égard à cette longueur.
Ces replis ne sont pas immédiatement en contact les uns avec les autres. Ils sont séparés entre eux au moyen d’une membrane de nature séreuse, le péritoine , et enveloppés par les expansions de cette membrane, qui s’étend aussi sur les parois de toute la cavité abdominale. C’est dans les replis du péritoine que les intestins exécutent leurs mouvements. Il leur amène les vaisseaux sanguins fournissant les éléments des sécrétions digestives et le sang nécessaire à leur propre nutrition. Les nerfs qui les animent et les vaisseaux chylifères chargés de recueillir les matériaux rendus absorbables par la digestion intestinale suivent aussi les replis de cette membrane.
Nous avons déjà vu qu’on reconnaissait aux intestins deux parties différentes l’une de l’autre; ces deux parties sont en général faciles à distinguer. La première, dite intestin grêle, forme à elle seule les quatre cinquièmes du tube digestif, et ses différentes portions sont désignées par les noms de duodénum , jéjunum et iléon, La seconde, appelée gros intestin, comprend le cæcum, le côlon et le rectum; elle aboutit à l’anus; son diamètre est plus considérable que celui de l’intestin grêle; son apparence est également différente de la sienne.
Le cæcum est le commencement du gros intestin. C’est entre lui et e côlon que s opère la jonction de ce dernier avec l’intestin grêle,
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jonction qui a précisément lieu au point occupé par la valvule iléocœcale, laquelle serait mieux nommée iléo-colique ; car, chez certaines espèces, comme l’ours, la plupart des insectivores, quelques oiseaux, beaucoup de reptiles, etc., il n’y a pas du tout de cæcum.
Fig. 35. — Cæcums pairs'de l'intestin du Canard (*).
Fig. 36. — Viscères nutritifs d’un Squale du genre Roussette (**).
Dans l’espèce humaine, le cæcum est de grandeur moyenne, et il est terminée par un prolongement grêle auquel on a donné le nom d 'appendice venu /'for me. 11 y a au contraire un cæcum considérable chez les animaux herbivores; exemple : le cheval, les ruminants, le lapin, beaucoup de rongeurs proprement dits, les kangurous, etc. Il est alors dilaté de manière à simuler une sorte de
(♦) i.g., portion inférieure de l'intestin grêle (iléon) ; — r, commencement du gros intestin (côlon); — c.d. et c. g., cæcums droit et gauche.
(**) a, narines; — b, bouche; — cc', branchies et fentes branchiales; — f. portion gauche du foie : la portion droite ne porte pas de lettre; — e, vésicule biliaire; — g, estomac; — /i, rate ; — k, pancréas ; — /, intestin ouvert pour montrer sa valvule spirale ; — ni, cæcum : — h, anus ; — d, cœur.
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second estomac qui serait placé au commencement du gros intestin,
Fig. 37.— Têtard de la Grenouille (*).
comme l’estomac proprement dit l’est en avant de l’intestin grêle. Il
Fig. 38. — Hydrophile (état adulte et larve).
entre îêsïuxoatt^ T digCSlif; ~ C’ f°ic’ rej°lé à «auchc: “ d> anus s’ouvrant nîofii - Bi:rtrStenCUrC3’ C,,COrC rudimentaires;- f, queue. - A = l’animal de chies extérieures. ^ P0U' 'n°ntrer 1 inteslin- - C = vu en dessus, avec ses bran-
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s’y fait une digestion complémentaire de celle qui a lieu dans l’estomac, ainsi que dans l’intestin grêle, et les matières alimentaires non encore attaquées par les sucs digestifs s’y accumulent aussi comme dans un réservoir pour y subir cette nouvelle action. Le daman possède deux cæcums, et chez les oiseaux cet organe est habituellement double (fig. 32, i , i, et fig. 35), tandis qu’il est unique chez la plupart des mammifères; en outre, un petit cæcum peut exister, dans les oiseaux, sur le trajet de l’intestin grêle.
Certains poissons, au nombre desquels nous citerons les raies et les squales (fig. 36), ont l’intestin disposé intérieurement en forme de spirale et comparable à une vis d’Archimède ; il en résulte que la surface absorbante -s’y trouve notablement augmentée, sans qu'il ait besoin d’avoir une longueur considérable.
Ce caractère existe aussi chez les esturgeons, les dipnés, les rhombifères, les amies et les lamproies.
Longueur proportionnelle des intestins. — D’autres particularités relatives aux intestins des animaux ne sont pas moins curieuses. Nous citerons spécialement les variations de longueur que ces organes présentent, en rapport avec le régime des différents genres. L’intestin de l’homme mesure environ 12 mètres, les deux parties comprises. Chez le bœuf, il a près de 50 mètres et 20 fois au moins la longueur du corps; chez le mouton, plus de 28 mètres ; chez le cheval. 25 mètres ; chez le cochon, 19 ou 20. On a établi pour un certain nombre d’autres animaux le rapport existant entre la longueur de leur intestin et celle de leur corps, et il est résulté de cette comparaison le fait suivant. Les animaux herbivores ont le tube digestif proportionnellement beaucoup plus long; les carnivores au contraire l’ont sensiblement plus court; enfin, chez les omnivores, il est dans une condition intermédiaire. La grenouille, qui se nourrit de végétaux pendant quelle est
Fig.