SANG
ou le plasma sanguin, est un liquide très-complexe dans sa composition et très-facilement altérable. L’âge, le sexe, l’état physiologique du sujet, les conditions de l’alimentation et les influences de la santé ou de la maladie apportent certains changements dans la proportion relative des nombreuses substances chimiques qui concourent à la former. Divers composés peuvent également s’y mêler accidentellement, même chez des sujets bien portants, lorsqu’ils sont apportés par les absorptions alimentaire, respiratoire et cutanée. Chez les malades, la médication introduit aussi dans le sang, par ces différentes voies, des substances qui peuvent aisément y être retrouvées par l'analyse chimique. Leur présence dans les urines, après un temps plus ou moins long, est une preuve non moins concluante de la facilité avec laquelle elles ont parfois été absorbées.
Les détails exposés dans les chapitres qui précèdent nous ont déjà conduits à supposer que le sang devait renfermer en certaine quantité les principes différents dont les organes sont eux-mêmes constitués, ainsi que les matériaux destinés à la formation des produits qui peuvent être rejetés au dehors par les sécrétions. C’est en effet ce qui a lieu.
Il existe dans le plasma du sang, outre l’eau qui en constitue près des :
1° Des principes albuminoïdes ou protéiques, c’est-à-dire des matières de composition quaternaire, telles que de la fibrine, de l’albumine, de la globuline, de l’hématosine, etc.
2° Des matières grasses : acides gras divers, oléine, stéarine, etc.
3° De la glucose, matière sucrée, due principalement à la transformation, sous l’influence des diastases salivaire et pancréatique, des substances amylacées apportées par les alimenLs ou provenant du foie.
4° Des matières salines, telles que du chlorure de sodium, du carbonate de soude, du phosphate de soude, du phosphate de chaux, du phosphate de magnésie, etc.
On a aussi indiqué la présence normale dans le sang d’une certaine quantité de caséine et d’urée, substances de composition quaternaire.
Quant aux gaz contenus dans le même liquide, ce sont principalement de l’oxygène pour le sang hémalosé ou aortique, et de l’acide carbonique pour le sang noir ou veineux.
Coagulation du sang.— Le sang tiré d’une artère ou d’une veine ne tarde pas à se séparer en deux parties distinctes. En effet, la fibrine soumise à des conditions différentes de celles où elle se trouvait dans les vaisseaux, se précipite immédiatement et se coagule. Elle descend comme un nuage au fond du vase et entraîne avec elle les globules pour former ensemble une masse consistante qui est le caillot lé reste, ou la partie liquide du plasma sanguin, se sépare alors et constitue le sérum proprement dit, dans lequel restent en dissolution les autres
principes du sang, plus particulièrement l’albumine et 1ns substances salines.
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On sait qu’un des caractères de l’albumine est de se coaguler par l’action de la chaleur; aussi, en chauffant le sérum, le vbit-on bientôt se prendre en masse.
Le caillot est rouge parce qu’il a emprisonné les globules sanguins, qui son! précisément les matériaux colorants du sang, et ce sont quelques-uns de ces corpuscules, restés en suspension dans le sérum, qui donnent à ce dernier la teinte plus ou moins rosée qui le distingue habituellement. En filtrant le sang, de manière à retenir tous les globules sur le filtre, on obtiendrait du sérum parfaitement incolore.
Une solution de chlorure de sodium retarde la coagulation du sang: c’est pour cela qu’une coupure ou une piqûre saignent plus longtemps si l'on tient la partie lésée dans l’eau de la mer ou dans de l’eau salée que si on la laisse exposée à l’air.
Quand on filtre le sang avant sa coagulation, la fibrine passe dans le sérum en même temps que l’albumine, mais elle se coagule bientôt après. Par suite de l’absence des globules, le caillot est alors dépourvu de toute couleur. C'est l’abondance de la fibrine dans les maladies inflammatoires qui produit la couche épaisse et blanche de cette substance dont le caillot est alors surmonté et qu’on appelle la couenne inflammatoire.
D’autres différences, mais d’une moindre importance, existent encore dans le sang humain suivant l’âge, le sexe ou les conditions physiologiques, et diverses maladies, autres que l’état inflammatoire, y déterminent également des modifications remarquables que plusieurs médecins ont décrites avec soin.
Histoire de la circulation du sang. — L’auteur le plus ancien dans lequel on puisse chercher des renseignements à cet égard est Hippocrate, qui vivait au ve siècle avant l’ère chrétienne. Ses écrits ont été pendant longtemps la base de la médecine, et il parait s’èfre inspiré dans leur rédaction, non-seulement des connaissances propres, de son temps, à la Grèce, son pays, mais aussi de celles qu'avaient recueillies les Asiatiques, plus particulièrement les Ghaldéens. Ce qu’il nous dit des organes de la circulation et de leurs fonctions est cependant trèspeu exact. Les vaisseaux sanguins, artériels et veineux, sont confondus par Hippocrate sous la dénomination commune de veines. Proxagoras, quelques siècles plus tard, distingua les artères des veines, et cette distinction se retrouve aussi dans Érasistrate.
Aristote a su que le sang part du cœur pour aller trouver les divers organes du corps, mais il a considéré son retour à ce centre de 1 impulsion circulatoire comme déterminant une simple oscillation et non comme produisant un véritable mouvement circulatoire. Le mot de circulation n’a même été employé que beaucoup plus tard.
Galien, anatomiste célèbre du n° siècle et l’un des principaux fondateurs de la science médicale, n'alla pas beaucoup plus loin que ses prédécesseurs, et cependant il avait disséqué. On a de lui une anatomie qui, jusqu’à Yésale, c’est-à-dire jusqu’à la Renaissance, a été la
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seule dont se soient servis les médecins; il avait puisé une partie des matériaux de ses ouvrages au sein de la célèbre école d’Alexandrie, mais il s’était surtout guidé sur l'élude des animaux.
Une des premières notions exactes relatives au parcours du sang fut signalée en 1553 par l’Aragonnais Michel Servet, et six ans plus tard par Golumbo, anatomiste de Padoue. Elle faisait connaître le trajet de ce liquide allant du cœur aux poumons et des poumons au cœur: ce que l'on nomma la petite circulation. Serve! est plus connu comme théologien que comme anatomiste. Les uns disent qu'il a luimême fait cette découverte; les autres assurent qu'il en a trouvé l’indication dans un manuscrit de Nemesius, évêque d’Emèse (Syrie), qui qui vivait au iv® siècle. Servet a parlé de la petite circulation dans son ouvrage Sur le renouvellement du christianisme. Il fut l’ami de Calvin, mais se brouilla plus tard avec lui et fut brûlé par ses ordres, à Genève, en 1558.
Césalpin, médecin et naturaliste toscan, mort en 1603, a, le premier, introduit dans la science le mot de circulation pour indiquer le mouvement circulaire que le sang exécute à travers les vaisseaux; et l’on doit encore citer, parmi les promoteurs de cette grande découverte Pierre Sarpi, religieux de Venise, qui passe pour avoir reconnu, le premier, le rôle des valvules des veines, et même donné la théorie de la grande circulation , c'est-à-dire du trajet exécuté par le sang, qui part du- cœur pour aller dans les différentes parties du corps et revenir
ensuite à cet organe, centre de toute la circulation. Toutefois George Eut, biographe de Harvey, assure que ce dernier avait exposé à Londres, en 1619, sa théorie de la double circulation (petite circulation ou circulation pulmonaire et grande circulation ou circulation générale), et que Sarpi en eut connaissance par l’ambassadeur vénitien, en ce moment en Angleterre. La découverte des valvules des veines est aussi attribuée à Fabricius d’Aquapendente (1574).
Toujours est-il que, dès l’époque de la Renaissance, l’école italienne avait, au sujet du cours accompli par le sang à travers les vaisseaux, des notions infiniment plus précices que celles des anciens, et que, si la théorie de la double circulation n’est pas née de cette école, elle y a eu ses germes dans les travaux de Servet, de Golumbo, de Césalpin, <•1 des grands anatomistes qui professèrent à Padoue, à Pise, à Florence, à Rome, etc. On commençait alors à reconnaître l’importance qu’il y a à étudier les organes du corps humain sur l’homme luijuême, au lieu de se borner, comme on l’avait fait depuis Galien, à des details tirés des animaux. La gloire d’avoir jeté les fondements de la véritable anatomie humaine revient à Vésale (1514-1564), qui fil de nomme uses dissections à Paris, et mourut au moment où il était appelé à remplacer, a Padoue, Fallope, son propre élève, qui fut aussi un des plus savants anatomistes de la Renaissance.
Les decouvertes scientifiques importantes sont rarement le travail d un seul homme. De nombreuses expériences, des descriptions con-
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tradictoires, des remarques dont on n’apprécie pas d’abord toute la portée, sont indispensables à leur démonstration. Si dans bien des circonstances on ne cite, à propos de chacune d’elles, qu’un seul nom, l’histoire ne doit pas entièrement oublier les travaux préparatoires qui les ont rendues possibles, et elle a pour devoir de signaler aussi les hommes qui ont préparé ces grandes transformations de la science; c’est ce qui nous a fait insister ici sur les travaux de l’école italienne.
L’anatomiste anglais Harvey (1578-1057), auquel revient en grande partie la gloire d’avoir démontré le cours véritable du sang chez l’homme et chez les mammifères, et celle d’avoir fait comprendre aux savants les phénomènes principaux de la circulation, avait d'ailleursétudié pendant quelque temps en Italie, sous Fabricius d’Aquapendente, qui prit aussi une part réelle aux recherches qui devaient conduire à cette grande découverte.
Favorisé par sa position de médecin du roi d’Angleterre (Jacques 1er et son fils Charles Ier), Harvey entreprit des expériences qui ne devaient plus laisser de doute. Il lia les artères, et montra que le sang s’accumule entre la ligature et le cœur ; il baies veines, et vit qu’il se trouve au contraire dans l’impossibilité d’opérer son retour vers le cœur et est arrêté au delà de la ligature, au lieu de l’être en deçà, comme dans l’expérience précédente. En outre, il s’appuya de nouveau sur la présence des valvules veineuses et sur leur direction, et il rattacha aux battements du cœur le phénomène du pouls, qui résulte de la dilatation et du resserrement alternatifs des artères. Harvey conclut de ses expériences et de ses remarques que le sang est successivement poussé par le ventricule gauche dans l’artère aorte et dans ses divisions pour aller dans les différentes parties du corps, et qu'il revient par les veines caves dans l’oreillette droite, d’où il passe ensuite, parle ventricule du même côté, dans l’artère pulmonaire, traverse les poumons, et retourne au côté gauche du cœur, exécutant de la sorte un circuit qui se continue sans interruption. Pour simplifier, on admet le dédoublement de ce circuit en deux temps principaux : la petite circulation, allant du ventricule droit du cœur à 1 oreillette gauche du même organe, ei\ passant par les poumons, où s accomplit 1- hématose, et la grande circulation , qui commence au ventricule gauche, s étend aux différents organes parle système aortique et ses divisions, et revient à l’oreillette droite par les veines caves. De la la théorie, longtemps admise, de la grande circulation ou circulation générale, et de la petite circulation ou circulation pulmonaire.
Ce n’est pas que Harvey li ait eu à lutter contre de nombreux contradicteurs. En Angleterre même, et là plus qu’ailleurs, il rencontra des antagonistes intraitables. Mais peu à peu la nouvelle doctrine fit des prosélytes, et les découvertes ultérieures de la science la rendirent enfin évidente pour tout le monde. Leuwenhoeck, qui l'avait d’abord combattue, s’en fit le défenseur zélé dès qu’il eut observé les capillaires qui rejoignent les artères aux veines et assurent le passage du sang
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des premiers de ces vaisseaux dans les seconds. Malpighi fit cesser fous les doutes lorsqu'il réussit à observer la marche meme du sang daiîs les capillaires, où elle est rendue si sensible par la direction que suivent les globules en suspension dans le plasma (fig. 78, G).
A une époque plus rapprochée de-nous, l’étude attentive des différents
Fig. 78. — Théorie tic la circulation et vaisseaux capillaires (*).
modes de circulation propres aux reptiles, aux poissons et aux principaux animaux sans vertèbres, est venue ajouter de nouvelles découvertes à celles auxquelles avait donné lieu l’examen comparatif des vertébrés à sang chaud, et montrer qu’on doit considérer dans le trajet du sang, non pas le grand et le petit circuit qu’il exécute dans sa double course, d’une part à travers les organes, et d’autre part à tra- (*)
(*) A = théorie de la circulation chez les Mammifères et les Oiseaux : — a, le système dus veines générales faisant retour au cœur par les veines caves ; — b, oreillette droite qui reçoit le sang noir ramené par ces veines; — c, ventricule droit auquel l'oreillette l’envoie; — il, artère pulmonaire qui le conduit au poumon; — e, système de.s veines pulmonaires ramenant au cœur gauche le sang hématosé dans le poumon ; — /’, oreillette gauche ;
— <], ventricule gauche; — h, système aortique recevant le sang du cœur gauche et le conduisant dans toutes les parties du corps pour les nourrir; — i, le système des vaisseaux capillaires du poumon, siège de l'hématose ; — i', le système des vaisseaux capillaires dus différentes parties du corps, siège de la nutrition et, par suite, de la transformation du sang rouge en sang noir. — R — théorie de la circulation du sang chez les Poissons :
— «,1e système des veines générales faisant retour au cœur; — b, oreillette unique répondant à l'oreillette droite des mammifères ; — c, ventricule unique répondant au ventricule droit des mûmes animaux ; — <1, système de l’artère branchiale répondant à l’artère pulmonaire des vertébrés aériens; — e, la réunion des vaisseaux aortiques ramenant des branchies le sang qui s’y est pourvu d'oxygène pour le conduire à l’aorte h; — i, les vaisseaux capillaires des branchies; — i , les vaisseaux capillaires des différentes parties du corps. — C= portion de parenchyme dans laquelle ou aperçoit les anastomoses des vaisseaux capillaires cl les globules sanguins circulant dans l’intérieur de ces vaisseaux.
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vers los poumons, mais plutôt son trajet comme sang rouge, allant des poumons aux différents organes en passant par l’oreillette et le ventricule gauches, et son retour de ces organes aux poumons en traversant l’oreillette droite et le ventricule du meme côté.
§ II. — ©i-gailOH circulatoires.
DUS DIFFÉRENTS ORGANES QUI COMPOSENT LE SYSTÈME VASCULAIRE DES VER- TÉBRÉS. — Chez ces animaux, de même que chez l’homme, le sang exécute ses mouvements circulatoires dans un système de vaisseaux clos. Ce sont des organes membraneux, disposés en forme de tubes, qui fournissent des embranchements d’autant plus multipliés, qu’on
les observe à une plus grande distance du cœur, agent central de la circulation.
Ces vaisseaux sont de deux sortes. Les uns, appelés artères, prennent le sang au cœur pour le porter, soit dans toutes les parties du corps, soit spécialement aux organes respiratoires; les autres, ou les veines , ramènent le sang au cœur, qu'ils le reçoivent de l’appareil respiratoire ou des différents organes que ce sang est chargé de nourrir. Entre les extrémités des artères et les premiers rameaux des veines, sont les vaisseaux capillaires.
Les parois de ces différentes catégories de vaisseaux, plus particulièrement I’ic 79. — Le cœur de V Homme (*). celles des vaisseaux capil-
laires, doivent à leur nature membraneuse d’être perméables aux fluides mis en circulation; aussi est-ce en les traversant que les particules nécessaires à la nutrition des organes ou cédées au sang par les éléments histologiques de ces derniers sortent du plasma sanguin ou sc mêlent à ce liquide.
Coeur.- -Chez l’homme, le cœur (fig. 7!) et 80)est placé dans la poitrine,
(*) A, ventricule droit; — li, ventricule gauche ; — G, oreillette droite; — D, oreillette gauche; — E, crosse de l’aorte; — F, artère pulmonaire avant sa bifurcation ; — G, tronc brachio-céplialique de l’aorte, fournissant l’artère sous-clavière droite cl l’artère carotide primitive du même côté; — II, artères carotides primitives droite et gauche; — I, artère sous-clavière droite; — K, veine cave supérieure; — L, veines pulmonaires.