ORGANES T)E LA LOCOMOTION : SQUELETTE ET MUSCLES
C’est un des caractères les plus constants des animaux que de pouvoir se transporter d’un point à un autre, ou tout au moins de mouvoir cei laines parties de leur corps. Cette faculté de locomotion a pour instruments les muscles, et, chez les animaux vertébrés, ces muscles, ainsi que tout le reste du corps, sont soutenus, comme nous venons de le faire remarquer, par une charpente intérieure osseuse, dont
LOCOMOTION
l’ensemble constitue le squelette, et donne une plus grande force aux mouvements.
* Du squelette en général. — Le squelette est une association de pièces dures nommées os, en rapport les unes avec les aulres par des articulations mobiles ou fixes ; il forme dans son ensemble la charpente solide du corps. Les os doivent, en grande partie, leur consistance à du phosphate de chaux; leur gangue organique est de la même nature que la gélaline. On peut, en les soumettant à la chaleur rouge, les débarrasser de leurs principes organiques, et, en les faisant tremper dans une solution étendue d’acide chlorhydrique, on les réduit, au contraire, à leur seule substance organique, ce qui les rend souples et flexibles, comme ils l’étaient antérieurement à leur encroûtement, c’est-à-dire pendant les premiers temps de la vie. Avant d’être durs et véritablement osseux, ils ont d’abord été simplement gélatineux, puis ils ont passé par l’état cartilagineux.
Le tissu squelettique, encore à l’état cartilagineux (4), se compose
Fig. 129. — Structure des os (*).
de cellules arrondies comprises dans une gangue moins résidante que les os etoii domine la substance gélatiniiorme appelée chondnne. . C’est par le fait d’une véritable substitution organique que les cellules osseuses remplacent les éléments cartilagineux, alors que les os acquièrent leur consistance définitive. Ces cellules de nom elle formation, ou les cellules osseuses, sont de forme irrégulièrement étoilée ; on les appelle des osléoplasles (lig. 120, a).
Quelques parties du squelette restent cependant a 1 état de cartilages pendant toute la vie, et, aux points de jonction des os qui possèdent des articulations mobiles, c’est-à-dire aux endroits où ces os doivent jouer les uns sur les autres, les surfaces sont toujours de celte nature; des brides ou moyens d’attache de consistance fibreuse, constituant les ligaments, les retiennent attachés ensemble. En d’autres points du squelette les os s’unissent en se soudant par
fl) Page 39, fig. 20, A.
(*) a, ostéoplastcs ou cellules osseuses ; — b, canaliculcs osseux mis <lc Havers.
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MYOLOGIE
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leurs surfaces de contact, ce qui forme encore un autre mode d’articulation.
Les articulations fixes et immobiles sont dites synarthroses ; on compte parmi elles la symphyse des pubis et celle des os maxillaires inférieurs droit et gauche, ainsi que les sutures dentées des os du crâne. Les articulations mobiles sont de deux sortes: tantôt peu mobiles, comme cela se voit pour les vertèbres jouant les unes sur les autres : ce sont les amphiarthroses , dont les surfaces de contact sont mises en rapport par du tissu fibreux élastique; tantôt complètement mobiles, ou diarthroses. Les surfaces de contact ont alors des cartilages d’encroûtement. On sous-divise ces articulations en plusieurs groupes, sous les noms d 'enarthroses (l’articulation de la cuisse avec la hanche), de condyles (l’articulation du crâne avec la colonne vertébrale, etc.), de ginglymes (l’articulation du coude), etc.
Les os sont recouverts par une membrane de nature fibreuse, qu’on appelle le périoste. Celte membrane a une action évidente sur leur accroissement, et c’est toujours à sa face interne qu’apparaissent les nouvelles couches de cellulqg osseuses destinées à l’accroissement de ces parties soit en diamètre, soit en longueur. On a vérifié ce fait au moyen d’expériences entreprises sur les animaux.
La garance mêlée aux aliments jouit de la propriété de colorer en rouge les couches osseuses qui se forment pendant qu’un animal est soumis à ce régime ; dès qu’on en suspend l’emploi, la matière osseuse qui se dépose cesse au contraire d’être colorée. En alternant sur un même sujet le régime à la garance et le régime ordinaire, on détermine aisément la succession de couches alternativement colorées et incolores, et l’on peut, au moyen d’amputations successivement pratiquées sur diverses parties de sôn squelette, obtenir une série de pièces démontrant parfaitement ce fait curieux. Mais le nombre des couches osseuses n’augmente pas autant qu’on pourrait le supposer. Au dépôt de nouvelles zones périphériques correspond la résorption des zones profondes les plus anciennement formées. C’est par ce moyen que certains os deviennent spongieux dans leur intérieur ou s évident meme complètement, de manière à se creuser d’une cavité fistuleuse. Chez les oiseaux, cette cavité des os longs admet l’air dans son intérieur ; chez les mammifères, elle se remplit habituellement d une substance grasse qu’on appelle la moelle des os.
Les anthropotomistes ont partagé les os du squelette en os longs, os courts eL os plats, mais cette distinction n’a pas en anatomie comparée la valeur qu’on doit lui attribuer, si l’on n’étudie que le squelette de 1 homme ou celui de quelque autre espèce prise séparément. En oflet, une même pièce osseuse peut être de forme allongée dans un animal, courte au contraire ou aplatie dans un autre ; et si l’on passe d un mammifère à un oiseau, d’un oiseau à un reptile, à un batracien, et surtout a un poisson, on rencontre à cet égard des différences tres-considérables, tout en prenant le même os.
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L’humérus de la taupe (fig. 130) nous présente l’exemple d’une pareille modification. Il est court au lieu d’être longcomme l’humérus de l’homme et celui de la plupart des animaux.
Certains os présentent dans leur conformation une particularité qui en facilite l’allongement. Ils sont d’abord partageables en trois pièces distinctes, dont deux terminales, appelées épiphyses , et une intermédiaire, nommée diuphyse. Chacune de. ces trois pièces se développe séparément, et pendant la jeunesse il est toujours assez facile de l’isoler des deux autres. Mais l’accroissement en longueur une fois terminé, les épiphyses se soudent à la diaphyse, et l’os ne forme plus qu’un seul tout. Les os encore épiphysés proviennent donc d'individus qui n’étaient pas arrivés à l’état adulte ; c’est ce qui est trèsapparent pour les os des membres. Chez les oiseaux, la soudure des
Fig. 130. — Humérus de la Taupe.
épiphyses se fait plus tôt que chez les mammifères, mais ceux-ci présentent sous le même rapport quelques différences.
La solidification de certains autres os commence de même par des points multiples dits points d'ossification ; ce n’est qu après le développement complet du squelette que s’en opère la réunion, et il peut arri- (*)
(*) Les quatre segments, qu’on peut y reconnaître, portent dans cette figure les n ’ 1 a 1 • ils sont formés chacun de pièces, les unes supérieures à un os central, les autres inferieures. Les premières de ces pièces, constituant l’arc supérieur ou neural, sont indiquées par lu lettre a, et les secondes, ou celles de l'arc inférieur, appelé aussi arc homal, par la lettre», l es chiflres sans lettre désignent les pièces centrales qui servent d'axe aux quatre seg-
squelette.
xev qu’ils restent séparés à lous 1rs âges. C est la un lait important, dont nous tirerons parti, lorsque nous chercherons à établir la théorie du squelette ; il nous permettra de bien comprendre la formation de la vertèbre, ainsi que celle des segments osseux dont se compose le squelette de la tète et celui du tronc.
Rappelons aussi qu'à très-peu d’exceplions près, les os placés sur la ligne médiane du corps sont d’abord doubles et composés de deux moitiés, l’une droite et 1 autre gauche, formant chacune un os a part, ce qui permet de partager le squelette en doux séries de pièces, se répétant de chaque côté d'un plan qu’on supposerait passer par le milieu des vertèbres pour aller rejoindre le sternum ou la symphyse pubienne; les corps vertébraux sont du petit nombre des os qui ne se dédoublent pas ainsi.
Énumération des os du squelette humain.
— En tenant plus compte de la position respective des os que de leur nature réelle, on peut diviser le squelette comme on divise aussi le corps : 1° en tête ou crâne, dont la face et la mâchoire inférieure font partie ; 2° en tronc, comprenant les vertèbres du cou, les os du thorax et des lombes, ainsi que ceux des épaules, du bassin et du coccyx ; et 3° en membres, distingués euxmêmes en supérieurs et en inférieurs.
Les os de la tête sont, pour la partie formant la boîte protectrice du cerveau: le frontal, les pariétaux, les temporaux , l’occipital, tous situés ‘superficiellement; le sphénoïde et l 'ethmoïde, placés plus profondément. Le sphénoïde forme comme la clef de voûte du crâne.
La face comprend : les os propres du nez, les os unguis ou lacrymaux,
Fig. 132. — Squelette humain : os de la tête et du tronc (*).
ments crâniens. — 1, ellnnoïdc; — 1 a, os du nez; — 1 b, os incisif détaché du maxillaire supérieur, avec lequel il est soudé chez l'homme; — 2, sphénoïde, partie antérieure; 2 a, frontal; — 2 b, zygomatique ou malairc; — 2 c, maxillaire supérieur; — 3, sphénoïde, partie postérieure; — 3 a, pariétal; — 3 b, temporal et scs dépendances; — 3 b', maxillaire inférieur; — T, os basilaire (partie axile de l’occipital); — i a, parties latérale et supérieure de l’occipital; — i />, os hyoïde.
(*) a, crâne; — b, les sept vertèbres cervicales; — c, les douze vertèbres dorsales; — //, les six vertèbres lombaires; — e, sacrum, — f, coccyx; — 3, omoplate; — h, clavicule; — s, sternum; — t, oe innominé formé des trois os ilium, pubis et ischion, et constituant le bassin par sa réunion avec le sacrum.
l'JO
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les maxillaires supérieurs , les jugaux ou os maîaires, constituant les os des pommelles, les palatins, le vomer et le maxillaire inférieur.
On peut encore attribuer il la tête Vos hyoïde, qui suspend le larynx et s’attache à la partie postérieure du crâne.
La tête est séparée du thorax par le cou, formé, chez la plupart des animaux mammifères, de sept vertèbres, dont la première est dite atlas, la seconde axis et la septième proéminente.
Les vertèbres qui suivent sont partagées en dorsales , au nombre de 12 ; lombaires, au nombre de 5 ; sacrées, au nombre de 4, réunies entre elles pour former le sacrum ; et enfin coccygiennes, au nombre de 3. Ces dernières répondent à la queue des animaux ; leur ensemble s’appelle le coccyx.
Ces indications sont tirées du squelette humain.
L’empilement des vertèbres forme la colonne vertébrale.
Aux douze vertèbres dorsales s’articulent latéralement douze paires de côtes , composées d’une partie osseuse et d’une partie cartilagineuse. Ces côtes vont des vertèbres au sternum, os médian placé à la partie antérieure de la poitrine, et qui résulte lui-même de la jonction de plusieurs pièces successives. On divise les côtes en vraies cô tes et en fausses côtes.
A son extrémité inférieure le sternum porte l’appendice xiphoïde, constituant une lame flexible et cartilagineuse par laquelle il est terminé au-dessus du ventre.
L’épaule de l’homme est formée de deux os : V omoplate et la clavicule. Cette dernière s’articule avec l’extrémité supérieure du sternum.
L’os dit innommé, ou os du bassin, résulte de la soudure de trois pièces placées de chaque côté du sacrum et se rejoignant sur la ligne ventrale. Ces pièces sont Y ilium, aussi appelé os des des et os des hanches, le pubis, et Yischion ou os du siège.
Les membres sont des appendices du tronc. On les distingue, d'après leur position, en supérieurs ou thoraciques, et inférieurs ou abdominaux. Dans les animaux, ils sont antérieurs et postérieurs.
Les membres supérieurs (fig. 133, A) ont pour parties diverses : l'os du bras ou humérus; les {leux os de l’avant-bras ( radius et cubitus ); et les os de la main, partagés en os clu carpe, dont il y adeux rangées constituant le procarpe et le mésocarpe; os du métacarpe , au nombre de cinq, et os des doigts ou phalanges.
Des deux rangées d’os carpiens, la première, ou le procarpe, comprend, en allant de dedans en dehors, c’est-à-dire du pouce au petit doigt, 1 c scaphoïde, le semi-lunaire , le pyramidal et le pisiforme. A la seconde rangée ou mésocarpe, appartiennent le trapèze, le trapézoïde, le grand os et l es crochu.
Les membres inférieurs (fig. 133, B) sont composés à peu près «le môme, mais lés os y portent d'autres noms. Ce sont le fémur, ou os de la cuisse ; le tibia et le péroné, ou os de la jambe; et les os du pied, divisés, comme ceux de la main, en plusieurs rangées, formant le pro-
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tarse ( astragale , calcanéum et naviculaire ), le mésotarse ( cunéiformes el eboide ), le métatarse et les phalanges ici appelées os des orteils.
Le membre inférieur présente, en avant du tibia et près de l’extrémité
Fig. 133. — Squelette humain : membres (*).
supérieure de cet os, une pièce osseuse qui n’a pas sa correspondante au membre antérieur, du moins dans notre espèce; c’est la rotule , assez gros os de la nature de ceux dits sésamoïdes, lesquels Sont placés dans certains tendons dont ils facilitent le glissement.
Squelette des mammifeues. — Les animaux de celte classe n’ont pas
(*) A = le mcmiirc supérieur : a, humérus ; — b, radius ; — c, cubitus; — d, carpe ; — il', métacarpe ; — d", phalanges. — IJ = le membre inférieur : a, fémur ; — b, tibia ; — c, péroné; — il, tarse; — (/', métatarse; - d", phalanges; — r, rotule.
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constamment le même nombre d’os que l’homme, et des différences, quelquefois remarquables, s’observent dans la conformation de leur squelette. Tous ont néanmoins, comme l’homme lui-même, le maxillaire inférieur d’une seule pièce pour chaque côté, et leur crâne est également articulé avec l’allas par deux condyles. Ils présentent entre les deux os maxillaires supérieurs un os, en général distinct de ces maxillaires, qui répond à la partie portant chez nous les dents inci-
Fig. 134. — Squelette du Chimpanzé.
sives et que l'on nomme os incisif ou inlermaxillaire ; on a nié l'existence de l'os intermaxillaire au crâne de 1 homme, mais il y est simplement dissimulé par sa soudure précoce avec les maxillaires supérieurs droit et gauche, et c’est bien à tort que l’on supposerait qu il manque à notre espèce.
Sauf les paresseux aïs, qui ont, suivant l’espèce, tantôt huit, tantôt neuf vertèbres cervicales, et l’unau d’Hoffmann, qui n’en a que six, les mammifères possèdent constamment sept de ces vertèbres, quelle que soit d’ailleurs la longueur de leur cou, et leur épaule, à part celle des monotrèmes, n’a jamais que deux os au plus, l’omoplate et la clavicule ; encore la clavicule manque-t-elle dans beaucoup d’espèces.
1 A d’autres égards, on trouve de nombreux caractères distinctifs en
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