DES ORGANES DES SENS, ET PARTICULIEREMENT DU TOUCHER
L’homme et les animaux possèdent, mais à des degrés très -divers, la notion des passions qui s’agitent en eux et celle de certains autres phénomènes d’origine également subjective dont leur propre corps est aussi le siège. Toutefois ces phénomènes, qui dépendent de l'individu qui les perçoit et qui s’accomplissent dans l’intimité de son être, ne sont pas les seuls qu’il puisse constater. Une pareille sensibilité serait insuffisante aux besoins de la vie, et le plus souvent elle ne serait qu’une source de mécomptes, si les phénomènes extérieurs ne parvenaient aussi à la connaissance des êtres dont nous parlons. C’est par la surface externe du corps que ces perceptions sont recueillies, et des instruments appropriés en reçoivent la sensation pour la transmettre au cerveau. De là la présence d’organes particuliers concourant aux fonctions de relation, comme la locomotilité et l’activité cérébrale le font de leur côté, mais particulièrement destinés à nous transmettre des sensations extérieures et par conséquent objectives. Ces organes sont les organe s des sens.
On admet cinq sortes de sensations extérieures, donnant lieu à autant de sens différents, savoir : le toucher , le goût , Yodorat, la vue et Y ouïe. Quelques mots nous permettront d’apprécier le caractère de ces différents sens, dont les quatre derniers possèdent seuls des organes propres.
Le tact ou toucher est considéré comme un sens général, parce qu’il s’opère sur tous les points du corps, et que la peau, envisagée dans son ensemble, en est le siège. Il a pour agents des nerfs tirant leur origine de diverses parties du cerveau ou de la moelle épinière, mais s’y insérant par les racines dites postérieures chez l’homme ou supérieures chez les animaux. Ceux de ces nerfs qui se terminent à la peau nous renseignent sur la dureté plus ou moins grande des corps, sur leur forme, ainsi que sur leur température et sur quelques autres de leurs qualités distinctives. C’est, aussi par eux que nous avons la sensation du contact, celle du chatouillement, qui peut devenir douloureux s’il est exagéré, et le sentiment des actions électriques. Les sensations tactiles sont reçues par les extrémités des nerfs dits de sensibilité générale, qui les transmettent a la moelle épinière et au cerveau.
Les autres sens sont dits spéciaux, parce qu ils ont pour siège des organes à part, différemment disposés suivant la nature des impressions qu’ils sont destinés à recueillir. Us sont au nombre de quatre.
toucher.
et tous ont leurs organes également placés à la tête, du moins chez les animaux supérieurs.
Les nerfs qui s’y rendent viennent directement du cerveau. Sauf pour le sens du goût, ces nerfs ont une structure différente de celle des autres. Ils sont pulpeux, et constituent de véritables prolongements de la substance du cerveau dans les organes auxquels ils aboutissent plutôt que des nerfs ordinaires; aussi leur fonction est-elle également spéciale, et ils sont toujours incapables de tout autre acte de sensibilité que la sensation particulière à laquelle ils sont particulièrement affectés. Ils ne jouissent même pas de la sensibilité ordinaire ou générale propre aux nerfs du toucher, et des filets nerveux appartenant à des rameaux de ce dernier ordre viennent donner cette sensibilité tactile aux organes qui servent de siège aux sens spéciaux. Ce sont principalement des rameaux appartenant à la cinquième paire des nerfs crâniens qui sont chargés de celte fonction ; le reste des nerfs de cette paire se distribue aux autres parties de la tête, dont ils sont aussi les principaux agents de sensibilité.
Si l’on tient compte du mode d’action des sens spéciaux, on peut les partager en deux groupes. Les uns, comme le goût et l’odorat, agissent pour ainsi dire chimiquement, et leur perception exige, pour avoir lieu, que desparcelles des corps dont ils doivent nous faire connaître les propriétés, soit sapides, soit odorantes, aient d’abord été dissoutes et mises en contact avec leur membrane sentante.
Les autres, ou le sens de l’ouïe et celui de la vue, n’exigent point un contact matériel et immédiat du corps dont ils nous signalent la présence. Les vibrations du milieu ambiant, ou même, pour la vue, celles de l’éther qui remplit l’espace, suffisent à la transmission des phénomènes dont ils nous donnent la notion. Aussi la structure des organes destinés à percevoir ces sensations est-elle des plus délicates, et les impressions que nous procure la vue sont d’une telle finesse, qu’elles nous indiquent l’existence de corps placés à des distances immenses, non-seulement celle des astres constituant notre système solaire, mais encore celle des étoiles dont l’éloignement est infiniment plus considérable.
Nous commencerons l’étude des sens par le toucher.
ScnN <lu loucher.
Le toucher ou tact est regardé comme un sens général, parce qu’il s’exerce par tous les points de la surface extérieure du corps, et même par quelques parties situées plus ou moins profondément. 11 n’est pas desservi, comme les sens spéciaux dont nous parlerons ensuite, par des nerfs particuliers et d'une structure différente de celle des autres. Ses nerfs sont ceux de tout le corps. Ils ne sont assujettis à d’autre condition que de prendre naissance à la moelle, soit cérébrale, soit
ORGANES DES SENS
rachidienne, et, dans ce second cas, ils le font par des racines qui s’insèrent sur les sillons postérieurs.
La sensibilité tactile n'esl donc qu’une forme de la sensibilité générale, et à beaucoup d’égards elle se confond avec elle. C’est par les extrémités périphériques des nerfs qu’elle s'exerce, et ces nerfs sont terminés, en beaucoup de points du corps, par de petits organes spéciaux appelés, d’après le nom des auteurs qui les ont décrits avec le plus de soin, corpuscules de Pacini et corpuscules de Meissner. Ces derniers, dont nous avons déjà parlé, semblent être plus spécialement les organes du tact.
La sensibilité tactile est plus ou moins prononcée dans les dillé-
Fig. 204. — Anatomie de la main de l'IIomme (*).
rentes parties du corps, suivant l’abondance ou la rareté des corpuscules nerveux qui en sont les principaux agents; les points où elle est la plus vive sont aussi ceux dont l’épiderme est le moins développé.
L’homme touche plus spécialement à l’aide de ses mains; mais d’autres parties de son corps peuvent également exercer le tact, sans toutefois y être appropriées d’une manière aussi évidente.
Les singes se servent aussi utilement de leurs mains de derrière que de leurs mains de devant. Le cheval touche avec sa lèvre inférieure; l’éléphant avec sa trompe. Chez d’autres mammifères, ce sont des organes encore différents qui servent à l’exercice de cette fonction. Les perroquets y emploient leur langue ; les lézards ainsi que les (*)
(*) A = face palmaire. — a, muscle court adducteur du pouce; — b, court fléchisseur du pouce; — cc, tendons des fléchisseurs superficiels des doigts; — rf, gaine d’un de ces tendons; — ee, tendon du fléchisseur profond. - Il = face dorsale. — a, ligament annulaire du carpe ; — bb, tendon de l’extenseur commun des doigts ; — cc, expansion tendineuse reliant les tendons.