‹ Éléments de zoologieChapitre 71 sur 184 · TOUCHER · texte numérisé non relu

TOUCHER

serpents font de même. Dans certains poissons, la fonction tactile est remplie par des barbillons placés aux angles de la bouche (carpes, barbeaux etc.). Dans les trigles, elle l’est par des rayons détachés des nageoires pectorales, et les nerfs qui se rendent a ces sortes de doigts sont plus volumineux que ceux des autres paires rachidiennes , la moelle épinière présente des renflements correspondants places au-dessus de leur point d’insertion. Les chats, les phoques et d autres mammifères carnassiers ont pour organes du tact des poils plus rendes que les autres et plus longs, qui partent en divergeant de leur lèvre

supérieure j il s’y rend dés filets nerveux assez volumineux, provenant des nerfs de la cinquième paire; ces poils ont reçu le nom particulier de vibrisses. Les membranes alaires des chauves-souris jouissent d’une grande sensibilité, et l’on y constate la présence de nombreux organes tactiles.

Le sens du toucher existe aussi chez les espèces inférieures, car c’est une des propriétés les plus caractéristiques des animaux que de percevoir les impressions extérieures, et. la sensibilité est, avec la possibilité de se mouvoir, la fonction qui les différencie principalement des végétaux.

Des mains. — Les extrémités antérieures, organes principaux du tact chez beaucoup d’animaux, et en particulier chez les singes,

•6t ORGANES DES SENS.

acquièrent chez l’homme un degré remarquable de supériorité. Elles 110 M)n* P|us employées à la marche ; leurs mouvements sont libres, et elles deviennent des instruments spéciaux de l’intelligence : aussi sont-elles mieux disposées que dans aucune autre espèce pour saisir les objets ou les toucher. Elles se prêtent par leur conformation anatomique a la variété pour ainsi dire infinie des actes que nous leur demandons , d autre part, la peau y est riche en corpuscules tactiles.

Helvétius a répété, dans son livre De l’esprit, ce, qu'on avait dit bien avant lui, que, si la nature, au lieu de mains et de doigts flexibles, avait terminé nos poignets par un pied semblable à celui du cheval, « les hommes seraient encore errants commodes troupeaux fugitifs;» et Billion aurait désiré pour notre espèce une main plus parfaite: « qui lui, par exemple, divisée en vingt doigts, et que ces doigts eussent un plus grand nombre d’articulations et de mouvements. »

« Il n’est pas douteux, ajoute Buffon, que le sentiment du toucher ne fût infiniment plus parfait dans cette conformation qu’il n’est, parce que cette main pourrait alors s’appliquer beaucoup plus immédiatement et plus précisément sur les différentes surfaces des corps; et si nous supposions qu’elle fût divisée en une infinité de parties, toutes mobiles et llexibles, qui pussent s’appliquer en même temps sur tous les points de la surface du corps, un pareil organe serait une espèce de géométrie universelle (si je puis m’exprimer ainsi), par le secours de laquelle nous aurions, dans le moment même de l'attouchement, des idées exactes et précises de la figure de tous les corps et de la différence même infiniment petite de ces figures. ».

Buffon est ici l’inspirateur d’Helvétius, et, comme ce dernier l’a admis avec lui, il fait de l’intelligence une conséquence de la perfection de notre instrument de préhension, tandis que c’est le contraire qui a lieu. Nous avons une main plus parfaite que celle des animaux, parce que notre intelligence est fort au-dessus de la leur. La main imaginée par Buffon aurait-elle écrit d’aussi belles pages que celles que nous devons à cet homme de gé/ïie, et que nous apprendrait-elle que la vue ne nous fasse mieux connaître? De pareilles spéculations de l’esprit ne sont pas seulement entachées de sensualisme, elles sont contraires à la réalité, et constituent autant d’erreurs au point de vue de la physiologie qu’à celui de l’anatomie. Qui ne se rappelle ce peintre, mort il y a quelques années, qui, n'ayant que des rudiments de bras, peignait avec ses pieds, et ce musicien se servant aussi de ses pieds pour jouer du violon !

Le célèbre anatomiste Galien était bien mieux inspiré que Buffon lorsqu’il écrivait, il y a plus de seize cenls ans : « L'homme a eu des mains parce qu’il est animal très-sage, et que les mains sont pour lui des instruments convenables : car il n’est point animal très-sage, comme disait Anaxagore, parce qu’il a eu des mains, mais il a eu des mains parce qu’il est très-sage, comme a très-bien jugé Aristote ; car ce ne sont point les mains, mais la raison qui lui a enseigné les arts.

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