DES SENS, DU COUT ET DE L'ODORAT
§ I. — Sens du goût.
Le goût, appelé aussi gustation , nous donne la notion de cette propriété des corps qui constitue leur saveur ; c’est un sens spécial, mais qui tient, encore beaucoup du toucher. Cependant il exige.de plus que ce dernier, une dissolution préalable de quelques molécules des corps sur lesquels il est appelé à nous renseigner. Il faut aussi que ces molécules sapides soient mises en contact immédiat avec la langue, organe particulièrement affecté aux perceptions gustatives. Il n’y a donc de corps doués de saveur que ceux qui sont solubles, et la salive est l’agent principal de cette dissolution.
La langue (fig. 206 et 207) est un organe de consistance charnue dans lequel ou distingue des muscles de deux sortes. Les uns, qui lui sont exclusivement propres, sont ses muscles intrinsèques ; les autres, dits extrinsèques , sont destinés à la rattacher aux parties voisines, principalement à l’os hyoïde, à la face postérieure du menton et au sternum.
Les mouvements propres de la langue sont dus au jeu de ses muscles intrinsèques, et ses mouvements généraux à celui de ses muscles extrinsèques. Les uns et les autres sont sous la dépendance d’un nerf d’ordre moteur, le grand hypoglosse. Un filet de la septième paire, appelé corde du tympan , paraît destiné à mettre ces mouvements d’accord avec les données fournies au cerveau par l’oreille ; on lui attribue aussi un rôle dans la sécrétion des glandes sousmaxillaires : mais il ne faut pas oublier qu’il s’associe des libres issues du ganglion sous-maxillaire, lequel, étant un des ganglions fournis à la face par le grand sympathique, exerce une action vaso-motrice.
La surface de la langue est recouverte par la muqueuse buccale : mais cette membrane prend à sa face supérieure des caractères particuliers. Un y distingue des papilles, auxquelles aboutissent les extrémités des nerfs destinés à la sensibilité, soit gustative, soit tactile: car la langue n’est pas seulement l’organe du goût, elle est aussi un instrument de toucher, et dans certaines espèces c’est surtout par elle que s’exerce ce dernier sens. Les papilles de la langue sont
o lu; a ni: s des sens.
bien plus développées que celles de la peau. On en reconnaît de trois sortes.
Les plus grosses, dites papilles caliciformes, sont rangées à la base de cet organe sur deux lignes disposées angulairement. D’autres, disséminées sur toute la langue, ont été nommées papilles fongiformes , parce qu’on les a comparées à de petits champignons. Les troisièmes, ou papilles filiformes , sonL coniques; ce sont les plus nombreuses. Chez certains animaux, parmi lesquels nous citerons les mammifères appartenant au même genre que le chat, elles sont recouvertes d’une sorte d’étui corné qui rend la langue dure comme une râpe ; chez les glossophages (fig. 261), genre de chauves-souris propre à l’Amérique méridionale, elles sont allongées et flexibles comme des poils.
Les papilles fongiformes paraissent être les véritables organes du
Fig. 206. — Organe du goût chez l'Homme (*).
Fig. 207. — La langue de l'Homme) et le fond de la gorge (**).
goût; c’est à elles qu’aboutissent les extrémités des filets nerveux sensitifs, particulièrement celles du nerf lingual , qui, tout en étant une division de la cinquième paire, semble à beaucoup d auteurs être affecté, de préférence au nerf glosso-pharyngien, a la perception des saveurs, mais en restant cependant chargé de la sensibilité tactile de la langue. 11 ne manque pourtant pas de physiologistes qui attribuent la gustation au glosso-pharyngien seul.
Peut-être y a-t-il intervention de ces deux nerfs; car si la langue goûte par l’intermédiaire du lingual, on ne saurait attribuer qu au glosso- (*) (**)
(*) a , la langue et scs papilles, avec les muscles intrinsèques et extrinsèques. La lè\ro inférieure et la symphyse maxillaire ont été coupées verticalement. b, un des muscles extrinsèques (riiyo-glossc) ; — c, partie linguale du nerf glosso-phai wigien , — il, nerf lingual, fourni par la cinquième paire (voy. page 234); e. nerf hypo-
glosse. .
(**) a, luette; — b, une des amygdales; — c, épiglotte; — rf, papilles caliciformes au
milieu desquelles se voit habituellement le trou borgne; — e, papilles fongiformes , — f, papilles filiformes.