PRINCIPES GÉNÉRAUX. DE CLASSIFICATION
Différences existant entre les principaux groupes d animaux. Quelques naturalistes ont exprimé celle pensée que, les especes animales tenant toutes de la nature les moyens suffisants pour accomplir le rôle qui leur a été dévolu et assurer leur existence par la propagation de nouveaux individus capables de leur succéder, on devait les regarder, par cela même, comme possédant toutes un égal de "cé de perfection. Cependant on en conclurait à tort que ces espèces, quelle que soit d’ailleurs la classe à laquelle elles appartiennent, ou les fonctions dont elles jouissent, possèdent toujours des organes également compliqués ou une structure également periectionnée. C’est le contraire que l’on constate dès qu’on examine avec quelque attention l’ensemble des animaux ou des végétaux et qu on les compare entre eux, quel que soit le groupe auquel ils appailiennent. L’égalité de perfection des êtres organisés n est pas davantage admissible si l’on envisage séparément chaque individu de chacune de leurs espèces aux differents termes de son existence; il y a, dans l’un et l’autre cas, évolution graduée.
En effet, dans beaucoup d’animaux, la structure anatomique des parties se modifie avec l’.age ; certains organes disparaissent , d’autres qui n’existaient, pas d’abord ne tardent pas à se montrer, et ce n’est qu’en passant par une succession de métamorphoses souvent considérables que ces êtres arrivent, de la forme d œut sous laquelle ils avaient d’abord apparu, à celle où ils présentent leurs attributs définitifs.
Les espèces qui se rapprochent le plus de l’homme parleur conformation anatomique sont surtout remarquables à cet égard, et pourtant il n'est aucune d’elles chez qui la complication des organes ou leur degré de perfection égale ce qu’on voit dans notre propre espèce. Néanmoins tous les animaux, qu’ils appartiennent aux groupes les plus parfaits ou à ceux dont l’organisation reste constamment inférieure, naissent d’ovules, c’est-à-dire de petites sphères organisées comparables aux graines des végétaux, et dont les œufs des oiseaux ou ceux des grenouilles, des vers à soie et des limaces, peuvent nous donner une idée. Ces œufs ou ces ovules sont des amas de cellule^ détachésdu corps des parents et sécrétés par des organes particuliers.
C’est en s’élevant individuellement et graduellement au-dessus de ce point de départ commun, que tous les animaux, même ceux dont les caractères offrent le plus de perfection, acquièrent la supériorité organique qui les distingue ; et les différences qui séparent les espèces
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CLASSIFICATION
ou les genres dans chacune des grandes classes du règne animal résultent souvent d’un arrêt plus ou moins précoce dans le développement qui leur est propre comparé à celui des autres, ou bien encore de la tendance suivant laquelle s’accomplit leur évolution organique ou enfin des phases qu’il subit, chaque genre d’animaux devant s’élever jusqu’à un des degrés particuliers de cette sorte d’échelle ou d’arborisation que forment les principaux termes de l’organisme animal.
L élude comparative des êtres propres aux anciennes époques géologiques et de ceux qui vivent actuellement rend ce grand fait encore plus facile a saisir. Elle nous montre que, pour une même catégorie d’espèces, celles qui ont vécu aux périodes les plus anciennes étaient inférieures en organisation à celles qui leur ont succédé, et l’on peut expliquer celle infériorité par la série moins complète des évolutions auxquelles elles étaient assujetties dans la succession de leurs âges. Los mammifèies, les poissons plagiostomes et les mollusques céphalopodes, qui sont plus complètement connus sous ce rapport, nous o tirent des exemples remarquables de ces perfectionnements de l’organisme, coïncidant avec la succession des temps géologiques.
Les détails d anatomie et de physiologie consacrés à l’ensemble des animaux que nous avons exposés dans les chapitres qui précèdent, nous ont déjà familiarisés avec la grande loi de la perfection croissante des organismes. Que l’on compare un infusoire, c’est-à-dire un animal de nature unicellulaire ou sarcodique à une hydre, celte dernière à un oursin, et, successivement ainsi, une huître, une limace, une seiche, une sangsue, un ver de terre, une araignée, une écrevisse ou un hanneton ; qu on poursuive ensuite cette comparaison jusque chez les animaux pourvus de squelette, en prenant pour objets de celle étude la carpe, la grenouille, le lézard, la poule ou le lapin, qui sont des animaux vertébrés, tandis que les précédents sont des animaux articulés ou des mollusques, et les premiers des zoophytes ou des protozoaires ; et l’on reconnaîtra que, sous le» rapport de leurs fonctions comme sous celui de leur structure anatomique, leurs caractères les placent à des degrés différents dans l’échelle organique. La complication graduelle des êtres se montre dès lors dans loute son évidence, bien que les nombreuses espèces qu’ils conslituentse ressemblent souscertains rapports, et que les particularités par lesquelles ces espèces se distinguent les unes des autres n’aient pas toujours une égale valeur.
Le moyen employé par la nature pour réaliser cette perfection graduelle consiste à confier à des organes successivement plus compliques et de plus «11 plus différents de ce qu’ils sonl dans les espèces inférieures, les fonctions propres à chacune des espèces supérieures, et a multiplier en même temps leurs actes, de manière à rendre plus délicates leurs relations avec le monde extérieur et à leur attribuer un rôle plus élevé. De même dans l’industrie, nous voyons la division du travail 1 emporter par la supériorité de ses produits sur les articles exécutés avec un outillage plus simple ou qui n’est pas exclusivement
PRINCIPAUX GROUPES D’ANIMAUX
approprié à l’objet pour lequel on l’emploie. La nature varie la forme des organes en vue des fonctions dont elle a dole chaque etre, et elle affecte les organes ainsi modifiés ou rendus plus diversifies a 1 exercice des fonctions dont elle rehausse par là même le caractère. LUe eur donne une puissance plus grande encore en subordonnant ces fonctions les unes aux autres comme elle le fait pour les organes qui es exécutent; et, si, chez les espèces inférieures, la vie n’est pas centralisée dans telles parties du corps de préférence à telles autres, il existe chez les espèces plus élevées des organes dont les fonctions dominent celles de tous les autres par leur élévation et les ont sous leur dépendance immédiate; aussi la vie cesse-t-elle immédiatement si que qu’un d’entre eux est entravé dans son mécanisme.
En somme, la nature n’a employé dans la construction des êtres or ganisés, quels qu'ils soient, même dans celle des animaux les plus parfaits, qu’un nombre relativement restreint d’organes : mais, en variant la disposition de ces organes, en les appropriant aux conditions diverses de l’existence des êtres auxquels elle les a attribués, en répétant certains d’entre eux sous des apparences différentes, ce qui lui permet de les employer à des usages également différents soit dans chaque espèce prise à part, soit dans les diverses espèces , enfin, en leur laissant, dans d’autres animaux, leur uniformité primitive, ou en les associant ailleurs par une fusion plus ou moins complète et qui accroît leur action, elle obtient cette prodigieuse multiplicité d’animaux dont la conformation anatomique est toujours si sagement appropriée aux fonctions qui leur sont propres et au rôle qu’ils doivent accomplir pendant la durée de leur existence.
C’est à la classification qu’il appartient de nous rendre compte de ces particularités sans nombre, en cherchant les rapports que les êtres ont entre eux ou les différences qui les séparent, et en assignant à chacun de ces êtres, dans les cadres où elle les range, une place capable d’exprimer ses analogies ou au contraire ses dissemblances.
Nécessité d’une classification. — Le nombre des espèces de corps organisés, animaux ou végétaux, que l’on connaît, est depuis longtemps déjà fort considérable, et chaque jour il s’accroît encore par suite des découvertes des naturalistes. Il serait absolument impossible de se retrouver dans l’inventaire qu’on en a fait, si on ne les disposait dans un ordre régulier. En ce qui concerne le règne animal, on ne connaît pas moins de six cent mille espèces, dans l’état actuel de la science ; les deux tiers environ appartiennent aux anciens âges du monde. 11 faut que la manière dont on les classe permette de remonter à leurs caractères distinctifs et à leur histoire complète, si l’on ne sait encore que leur nom, ou, inversement, leurs particularités diverses étant données, de retrouver ce nom; la mémoire y trouve un soulagement et l’esprit une satisfaction.
L’ordre alphabétique permettait bien, le nom des espèces étant connu, de remonter à leurs caractères, puisqu’il peut être accompa-
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gné de leur définition. C est ce procédé que nous employons dans nos dictionnaires d’histoire naturelle comme dans nos dictionnaires ordinaiies, mais il est insuffisant. Non-seulement il ne peut nous fournir, par la place assignée à chaque cire, une idée exacte des particularités qui le distinguent, mais il laisse également ignorer ses affinités, c’està-dire les rapports qui le rattachent aux êtres de même nature que lui; il a aussi l’inconvénient de changer de peuple à peuple, de telle sorte que la classification changerait elle-même avec les langues dans lesquelles on apprendrait le nom des êtres à classer; de telle sorte que le nom d’un animal ou d’une plante variantd’un pays à un autre, l’ordre adopté pour la classification de ces êtres serait différent pour chaque nation, si l’on s’en tenait à une simple liste alphabétique.
Caractères distinctifs. — On a compris de bonne heure que pour bien classer les êtres organisés, il fallait avoir recours aux qualités qui les distinguent les uns des autres; mais on n’a pas tardé à remarquer que toutes ces qualités ne sont pas également importantes. Ainsi ce n'est pas un caractère susceptible d’être employé avec utilité dans la classification des corps naturels que la particularité propre à une espèce donnée de servir a tel usage, de vivre dans tel pays et non ailleurs, ou d être nocturne au lieu de chercher sa nourriture pendant le jour. Il faut qu’un caractère, pour mériter ce nom, constitue une disposition organique spéciale, qu’il fasse partie du corps même, de l'être qu'il sert à définir et à classer. Si cette particularité est extérieure, elle offre plus d’avantage ou du moins plus de commodité que si elle est purement intérieure : on doit donc, autant que possible, rechercher celles qui sont apparentes et qui se voient encore sur les exemplaires conservés dans nos musées. Une fois bien constatées, elles peuvent au besoin servir à faire reconnaître l’espèce qui les présente. Cependant, les caractères tirés des organes intérieurs ayant parfois une importance plus grande encore, on ne doit jamais négliger d’y avoir recours.
C'est ainsi que le nombre des doigts et leur disposition, la formule dentaire, la conformation du cerveau, celle du squelette, la disposition particulière des autres organes, tant extérieurs qu’intérieurs, fournissent d’excellentes indications lorsqu’on veut établir la distinction spécifique ou générique et, par suite, la caractéristique différentielle des mammifères ou celle des autres vertébrés, et procéder à leur classification. II n’est pas jusqu’à la couleur des poils, des plumes ou des écailles qu’on ne puisse consulter avec fruit, et la taille elle-même peut aussi donner d’utiles indications. Les animaux sans vertèbres ne sont pas moins faciles à caractériser que les animaux vertébrés lorsqu on a recours à l’examen attentif des particularités anatomiques qu ils présentent ; il en est de même pour les plantes, si l’on considère leurs feuilles, leurs fleurs, leurs fruits, leurs graines, etc. C'est sur ces divers caractères qu’on se fonde pour établir la répartition des ‘espèces animales ou végétales, et celle de leurs genres en groupes de