VALEUR RELATIVE DES CARACTÈRES
différente importance auxquels on donne le nom de familles, ordres, classes et embranchements ou types.
Valeur relative des caractères. — Cependant toutes les particularités caractéristiques, même celles tirées des organes les plus essentiels à la vie ou les plus apparents, n’ont pas une égale valeur ; ainsi l’on ne saurait obtenir soit du mode de coloration des animaux, soit de leur taille, des indications aussi importantes que de leurs dents, de la conformation de leurs membres ou de la disposition générale de leur système nerveux. En effet, ce n’est pas sur la couleur du corps ou sur la taille qu’on se fonderait pour établir que tel animal appartient à une classe plutôt qu’à une autre.
Les caractères ont donc une importance relative et une valeur différente; tel qui pourrait servir à distinguer nettement une espèce ou un genre devient insuffisant pour la distinction d'une famille; encore moins doit-on y avoir recours pour établir un groupe hiérarchiquement supérieur, comme un ordre, une classe ou un embranchement.
Un même organe pourra d’ailleurs fournir des caractères de valeur différente, suivant l’intensité de celles de ses particularités qu’on envisagera, et suivant l’influence exercée par cette particularité sur le reste de l’organisation ou son rôle dans la vie. Certaines dispositions tirées du cerveau, des dents, des pieds, etc., sont plus importantes que d’autres qui pourront néanmoins être empruntées aux mêmes parties, et, dans certains cas, exister concurremment avec elles.
Comme on le voit, les caractères ont besoin d’être appréciés à leur valeur réelle, et, au lieu de les compter, il faut pour ainsi dire les peser-, si l’on veut arriver à des résultats précis et conformes à la nature des êtres à classer, ce qui est le but de toute bonne distribu-
tion naturelle. On doit, avant tout, comme le disait A. L. de Jussieu, subordonner les caractères les uns aux autres et non se bornera en rechercher le nombre, comme Adanson proposait de le faire.
La subordination des caractères est le secret de toute classification conforme à la réalité, et par conséquent de toute classification naturelle ; c’est par elle que nous arrivons ensuite à subordonner les espèces et à assigner à chacune, dans nos cadres méthodiques, un rang conforme a celui qu’elle occupe dans la hiérarchie, ou la filiation des êtres créés.
Classifications artificielles. — On n’a pas toujours procédé d’une manière aussi scientifique. Les véritables principes de la méthode naturelle étaient ignorés des anciens, et, en botanique encore plus qu’en zoologie, on a longtemps marché au hasard dans le classement des espèces. Aussi les caractères ont-ils été pris en masse et pêlemêle, sans que l’on songeât à se préoccuper de leur valeur respectiveou bien encore on s’est servi, pour établir la classification, de caractères empruntes à un ordre d’organes choisi indépendamment de tous les autres, et cela sans avoir eu le soin de s’adresser aux organes prépondérants et par suite dominateurs des fonctions, ni même de p' c’ 20
CLASSIFICATIONS
mol Ire on première ligne les caractères de ces organes qui ont le plus d’importance.
C’est en particulier ce que Linné a fait, lorsqu’il a distribué les plantes en vingt-quatre classes, d’après la seule considération des étamines, sans se préoccuper du rapport des caractères qu’il employait avec le reste de l’organisation des végétaux, non plus que de la manière dont les différents genres de plantes se trouvaient ainsi associés dans chaque classe, ou rangés les uns à la suite des autres dans la série des classes adoptées par lui.
On procéderait de même en zoologie si l’on tenait compte avant tout du nombre des membres ou de leur absence, sans rechercher d’abord quels sont les caractères fondamentaux de l’organisme ou en rapport avec les phases qu’il subit dans son développement pour parvenir à sa forme définitive. Mais les rapprochements singuliers auxquels une semblable méthode de classification conduirait ne tarderaient pas à en démontrer les inconvénients.
Déjà à l’époque d’Aristote, là zoologie était à l’abri de pareilles erreurs, et Linné, qui a fondé une classification complètement artificielle et empirique pour le règne végétal, s’est beaucoup plus rapproché, dans sa. classification des animaux, de la série naturelle de ces êtres. On en comprend la raison.
Il était difficile, avant qu’on eut apprécié l'a valeur réelle des caractères et qu’on eût établi leur subordination, de se faire une idée un peu précise de l’ordre hiérarchique des plantes, c’est-à-dire de leur supériorité ou de leur infériorité relative. On savait qu il y a des \égélaux moins parfaits que d’autres, et Linné regardait déjà comme tels les cryptogames; mais quel botaniste eût pu établir, sans risquer d’être contredit, quel est le genre ou même la famille de plantes phanérogames qui forme le terme réellement supérieur et le plus parfait de la série végétale? A. L. de Jussieu a mis en tête de ce règne les labiées; De Candolle y plaçait les renonculacées; Adrien de Jussieu a préféré y voir les composées. Aucune de ces opinions n a prévalu, et tout ce que l’on peut encore affirmer dans l’état actuel de la science se borne à établir que 1 opinion de De Candolle est la moins acceptable des trois.
Classification naturelle des animaux. — Ln zoologie, une semblable hésitation n’était pas possible. Non-seulement les termes extrêmes de l'échelle animale sont évidents, mais il n est pas moins aisé d assigner à chacune des grandes classes de ce règne son rang dans la série des êtres. L’homme et les mammifères occupent le sommet de celte échelle; les oiseaux viennent ensuite, puis les reptiles et les poissons. On peut discuter pour établir si le rang qui suit doit etre accordé aux animaux articulés ou au contraire aux mollusques, mais il n y a aucun doute pour les échelons inférieurs du même règne. Ils doivent évidemment être occupés par les zoophytes, qui se rapprochent déjà beaucoup des plantes, les zoophytes se rattachant, en effet, de la ma-
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nière la plus directe au règne végétal par les infusoires et par d’autres espèces si simples, qu’on leur a donné le nom de protozoaires.
De Blainville, quia beaucoup contribué à établir la classification des animaux sur des bases véritablement naturelles, a souvent insisté sur la nécessité de subordonner les caractères, comme l’avait déjà indiqué de Jussieu, et aussi sur celle de subordonner également les espèces et leurs différents groupes les uns par rapport aux autres. Il voulait que chaque espèce occupât dans la classification une place indiquant ses véritables affinités, ainsi que le degré précis de sa complication organique comparé à celui des autres espèces. Celte idée a été féconde en remarques intéressantes, et l’examen des espèces antédiluviennes, ainsi que l’étude du développement de celles qui vivent actuellement, ont montré qu’on ne doit jamais la perdre de vue lorsqu’on veut arriver à des résultats exacts et se rapprocher davantage de la classification naturelle; les hypothèses par lesquelles beaucoup de naturalistes s’efforcent aujourd’hui d’expliquer l’origine des différents groupes dont se composent l'un et l’autre règne n’en sont que l’exagération.
L'ensemble des êtres organisés a été quelquefois considéré comme constituant une série unique, dont les divers termes ou degrés s’écarteraient également les uns des autres. S’il en était ainsi, la classification de ces êtres se réduirait aune simple liste de genres ou même d’espèces disposés suivant leurs affinités et leurs ressemblances respectives; mais cette série serait continue, et l’on n’y remarquerait pas les interruptions qui séparent les familles, les classes ou les embranchements. Il n’y aurait ni distinction de familles, ni distinction d’ordres ou de classes, ni même d’embranchements ou types, puisqu’il ne serait pas possible, les différences entre les espèces étant toujours d’égale valeur, de justifier par des caractères supérieurs à ceux qui séparent les uns des autres les genres ou les espèces les grandes associations de ces êtres qu’on indique parles divers noms de familles, classes, etc. Mais les particularités qui distinguent ces différents groupes sont elles-mêmes de valeur très-inégale, et la série continue des corps organisés, telle que Bonnet et d’autres savants l’avaient imaginée, n’existe réellement pas.
Si l’ensemble des êtres organisés ne forme pas, comme ces auteurs le supposaient et comme on l’a quelquefois admis depuis eux, une gradation uniforme et continue dont les termes seraient les différentes espèces, soit animales, soit végétales, vivant maintenant ou ayant vécu à des époques antérieures à la nôtre, suivant quel mode faut-il donc classer ces espèces? *
Il y a une hiérarchie démontrable de ces collections d’êtres vivants les uns par rapport aux autres, et certaines espèces peuvent être associées par groupes distincts; séparables au moyen de caractères fixes et faciles à reconnaître. Le règne animal est comparable, sous ce rapport, à une sorte de progression décroissante si l’on part de l’homme, ou au conti aire croissante si 1 on commence par les animaux les plus