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ORDRE DES ACALÈPHES

H n’est pas rare de voir dans la mer, lorsque l’eau est tran- (juille, des animaux plus ou moins transparents, et souvent 01 nés des plus vives couleurs, qui ressemblent à une coupe épaisse et renversée. Du centre et des bords de la coupe naissent des appendices très variés de formes, qui flottent verticalement. Ces animaux sont des méduses.

Cuvier leur a donné le nom d’AcALÈniES (axaX^çv;, ortie) à cause des nombreuses et puissantes capsules urticantes (jui les hérissent de toutes parts. Les gens de mer ne touchent à certaines Méduses qu’avec les plus grandes précautions, car ils savent que leur contact produit une inflammation des plus vives. Les Méduses proprement dites subissent des métamorphoses

ACALÈPIIES.

extraordinairement curieuses. L’histoire vaut la peine d en ctie contée, et nous en empruntons le récit à Perrier :

« Par tous leurs caractères, les Méduses s élèvent bien audessus des Hydres dans l’éclielle des organismes. Il sendjle (ju’une distance énorme les sépare, que ce soient des êtres construits sur des types pres(jue entièrement différents. Cuvier, et avec lui tous les naturalistes de son époque, ne man([uèrent jamais de constituer dans leurs méthodes des groupes bien distincts pour les Polypes et les Acalèphes. Aussi quelle ne lut pas la surprise de tous les naturalistes lorsqu’en 1857 un naturaliste norvégien peu connu jusqu’alors, Michaël Sars, vint annoncer que les rapports les plus étroits unissaient les Méduses aux Hydres, que les Méduses étaient fdles des Polypes on, pour mieux dire, n’étaient que des Polypes modifiés ! •

« Sars était le lils d’un capitaine au long cours de Bergen. Habitué de bonne berne au spectacle de la mer, il s’était épris de ses merveilles et, afin de pouvoir consacrer à leur étude une grande j)artie de sa vie, il avait choisi pour carrière le ministère évangélique. Successivement pasteur à Kinn et à Manger, localités situées sur le bord de la mer, il en explorait avec une ardeur infatigable les grèves rocheuses, si admirablement disposées pour oflrir aux animaux 'marins les circonstances variées, propres à assurer leur multi[)lication. Quelques publications remarquables par l’explication des descriptions qu’elles contenaient et })ar la précision des détails avaient déjà attiré l’attention sur ses recberebes. Parmi les êtres qu’elles faisaient pour la première fois connaître aux naturalistes se trouvaient deux Polypes, l’un presque semblable aux Hydres d’eau douce, pour lequel Sars créait le genre Sajpiristomc ; l’autre plus grand, plus allongé, ayant un corps cylindrique régulièrement annelé, était le type du genre Strohüe.

« Personne à cette époque n’aurait songé à une ])arenté entre le Scypbistome et le Strobile. Cependant Sars ne tarda pas à découvrir une foule de formes intermédiaires entre eux ;

IIYDROMÉDUSES.

il vit lui-M.c,ne le Scyphislo.ne se changer en Slrohilo sons se yenx: les deux genres devaient donc être réunis; mais le nas' teur-naturahste n’était pas au bout de ses étonnements. A ,rè s etre maiyes seulement par des étranglements succes,sils les segments du corps d un Strolnle prennent une forme très’paiticuherc. Ils deviennent concaves à leur partie supérieure et augmentent graduellement d’épaisseur ; en même temps leurs bords se découpent en huit lobes présentant eux-mêmes une ecbancrure asse. profonde. Le Strobile ressemble alors à unJ pile d assiettes creuses ou d’écuelles à contour également festonne. Le segment supérieur continue à porter les tentacules du Poljpe tout en acquérant des lobes, comme ceux nui le suivent. Au fond de l’écbancrure des lobes de cbaque seo-meni apparaît enini une tache colorée, un œil. Sars ne pouvait s’y meprem re ; a cet état, les divers segments d’un Strobile rappellent exactement certaines petites Méduses (fig. 594) abou liantes précisément dans les eaux où vivent les Scypbistomes et pour lesquelles on avait créé le genre Ephyra. Il n’hésita pas i, annoncer que les n’étaient autre chose que les segments

letacbes du corps du Strobile, vivant désormais librement, d une vie indépendante et vagabonde. Il eut d’ailleurs bientôt a bonne fortune de constater directement que ses iirévisions étaient parfaitement exactes, il put voir les segments des Strobiles se séparer un à un dans ses aquariums et devenir autant de petites Méduses. Les Acalèpbes et les Polypes devaient donc etre désormais réunis comme il avait fallu réunir les Scvpbistonies et les Strobiles ; mais ce n’étaient plus deux genres,

celaient cette fois deux classes qui se fondaient en une seule.

« Ce n’est pas tout: les petites Méduses, les Ephyra, issues des Strobiles, n’ont pas atteint leur forme définitive. Elles grandissent et se transfornieiit encore: leur ombrelle s’élar-Tit. se régularise, se frange sur ses bords do filaments grêles et délicats tombant autour d’elle de la plus gracieuse favoii ; quatre

C'M lO

ACVLErHES.

(Ui)

bras apparaissent autour de la bouche et s’allou^eiit de plus en plus. \.'Ei)hi/rn estdevtuiue VAfn'eliaaurila, Vwna de nos plus

rifr. ;)9i. — Développement d’une Méduse, la (^t/dnrr clirrrliic. — 1, Scj])liislüiiie. — , Slroljüe né de ce Scyjdiistome et dont les leiitacules commciiceiit à s’atrophier. — , deux Strohiles ayant déjà donné naissance à plusieurs Jlédusos; le piemier article du Sli'oljüe de droile reproduit un Scy[diistome, — 4,;}, pelites Méduses (Ephyres) nées de ces Scyphistoines et destinées à se trauslormer en Cyanées chevelues.

charmantes Méduses (fig. nOn, 2). D’autres Kpbyres, provenaid, bien entendu, de Scypbistonies et de Strohiles d’espèces dis-

IIYDROMÉDUSES.

tinctcs, clonn(!iciit encore u Surs une outre Méduse d’un un peu diHerent, la Cfjanea capillala' » (fig. 594).

oreillarde.

Reste maintenant a examiner comment ces curieux pliénomènes de généralion alternante prennent fin et comment les

* E. Perrier, Les l^olomcs animales et la formation des organismes, p. 197.

ACÂlÈPllES.

espèces arrivent à se reproduire. Les Atiréiu*« et les Cy«né<*s, dont nous venons d’exposer les niétainorplioses siiccessiv(;s, sont des aninianx adultes. Ils pondent des oeufs aux dépens dcsopiels se développe une petite larve ovoïde ciliée, (pii nage d’abord çl\ et là, niais qui ünaleinent se fixe et donne bientôt

naissance à un Scyjibistoinc ; celui-ci se transforme à son tour en Strobile et le cycle recommence.

Les Méduses ne se développent point toutes de la façon que nous venons de décrire. Les Péiasîcies, dont certaines espèces babitent la Méditerranée, subissent une simple métamorphose et ne présentent jamais les jiliénomènes si complexes de la génération alternante^ mais c’est là une excejition.

Quoi qu’il en soit, tous les Acalèphes présentent les caractères distinctifs suivants : leur corps est constitué par une ombrelle de ' consistance gélatineuse, transparente comme le cristal, irisée comme le diamant. Sa couleur est assez variable : tantôt d’un blanc laiteux comme eXiez V Aurélie à oreilles, tantôt jaunâtre, avec ornements bruns ou pourprés, comme certaines

Cyanées, tantôt d’un bleu d’azur, comme ehefAelihizostome de Cuvier (lig. 596). L’ombrelle est agitée de contractions incessantes : elle s’étale et se contracte tour à tour, à la façon d’un parapluie qu’on ouvre ou qu’on ferme, et grâce à ces contractions l’animal peut progresser au sein des eaux. Certaines espèces voyagent fré({uemment par bandes nombreuses. Pendant la nuit, elles tracent dans ta mer comme nn sillage de feu : c’est qu’en effet beaucoup d’entre elles sont |)bospborescentes, grâce à raccumulation d’une matière graisseuse dans leur épiderme ou à la surface de quebpies-uns de leurs organes : elles contribuent de la sorte à produire ce majestueux phénomène de la phosplioresceiice de la mer.

L’espèce de cloche formée pour le corps de la Méduse, porte à son centre un appendice, une sorte de battant, terminé par une ouverture qui est la bouche. Toutefois, chez les Rhizostomes, la bouche, à proprement parler, fait défaut; l’appendice fort

IIYDROMÉDUSKS.

allongé so divise en un grand nondjre de ramifications qui toutes se terminent par un petit trou et constituent autant de suçoirs au moyen desquels ranimai aspire sa nourriture; d’où son nom de Rlnzostome (p-^a, racine; 776110c, bouche).

Co II est point tout. Le bord de 1 ombrelle présente certains

organes qu’il importe d’étudier encore. Ce sont d’abord des filaments dont le nombre et la longueur sont sujets à de grandes variations (fig. 595). Ces tentacules ou filaments pêcheurs sont de véritables organes de préhension : grâce à eux, les Méduses peuvent saisir les Crustacés, les Poissons dont elles se nourris-

SIPIIONOPIIORES.

sent, et la capture de ces animaux deyient facile a cause de reugourdissemeiit dans lequel les plonge le contact des nématocystes> si abondants le long de ces tentacules. De plus, a la base de ces derniers ou de certains d’entre eux, on peut constater la présence' d’organes des sens rudimentaires, yeux ou caj)sules auditives fort simples, mais néanmoins en rapport avec des fdets nerveux.

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