ORDRE DES INSECTIVORES
Les Insectivores sont des animaux de taille assez petitt^, et c’est même parmi eux qu’on rencontre les plus petits des Mammifères. Comme leur nom l’indique, ils se nourrissent j)rincipalement d’insectes, et à ce régime spécial correspond une disposition particulière du système dentaire (lig. 82). Ces animaux présentent les trois sortes de dents, des incisives, des canines et des molaires, mais en nombre assez variable. Les incisives sont ordinairement trèsgrosses, les canines sont le plus souvent petites et ne se distinguent pas facilement des autres dents. Les molaires, enfin, sont caractérisées par les tubercules coniques et pointus que présente leur surface, tubercules destinés à briser et à perforer la carapace solide qui enveloppe le corps des Insectes.
A l’inverse de ce qui s’observe dans les diverses races humaines, les Singes et les Chauves-souris, les Insectivores ont les mamelles placées sous le ventre et non à la poitrine. Leurs habitudes sont nocturnes.
La tête est toujours terminée par un museau allongé. Les yeux sont toujours fort petits; parfois même, comme chez une espèce de Taupe, ils ne peuvent être à l’animal d’aucune utilité, recouverts qu’ils sont par la peau. Mais, par une sorte de compensation, l’ouïe et l’odorat sont très-fins et très-déliés chez ces animaux.
On considère généralement, et à grand tort, les Insectivores comme des animaux nuisibles, et les paysans, imbus de ce fâcheux préjugé, tuent sans pitié tous ceux de ces animaux
MAMMIFÈRES
qu’ils rencontrent. Il importe pourtant de bien se persuader que, au point de vue des récoltes et des cultures, ce sont des animaux parfaitement inoffensifs et qu’ils rendent meme de grands services à l’agriculture, à cause du nombre considérable d’insectes dont ils se nourrissent.
Dans les pays tempérés, comme le nôtre, les petits animaux dont les Insectivores font leur proie disparaissent complètement à l’approche de l’hiver. Ceux-ci se trouvent donc sans nourriture et ils seraient condamnés à mourir, s’ils ne jouissaient, comme les Chiroptères, de la faculté àliiberneVy c’est-àdire de s’engourdir pendant l’hiver, de manière à passer toute cette saison dans une sorte de léthargie. On peut ra])procher de ce fait un phénomène du même genre, bien que dû à une cause diamétralement opposée, que présentent les Insectivores des pays tropicaux : lorsque la chaleur arrive à son maximum, ils tombent également en léthargie, ils esiivent, comme on dit, pour ne se réveiller que quand la température sera redevenue plus clémente.
L’Ordre des Insectivores comprend plusieurs familles notablement différentes les unes des autres.
Les TAUPES (fig. 83) ont une physionomie bien caractéristique : le corps est ramassé, presque cylindrique, sans cou distinct, porté sur quatre pattes courtes, dont les postérieures sont minces et les antérieures fort développées. Les mains sont larges, à bord interne tranchant, et la paume, rude et calleuse, est tournée en dehors, de manière à permettre à l’animal, quand il fouille, de rejeter les déblais à droite et à gauche. Le museau est terminé par un groin assez allongé, à l’extrémité duquel sont percées les narines et qui constitue tout à la fois un appareil perforant et un organe de tact trèsdélicat.
La peau de la Taupe est couverte d’un poil tin et soyeux, serré comme du velours qui, n’était la petite taille de ranimai, constituerait une excellente fourrure. Elle est assez souvent
INSECTIVORES
atteinte (Va/ômisme, c’est-à-dire que son poil devient l)lancjaunâtre. La Taupe de nos pays n’est pas aveugle, comme on le croit d’ordinaire, mais ses yeux sont très petits. Une espèce du midi de l’Europe a l’œil caché sous la peau et par suite inutile.
Les Taupes se creusent sous terre des galeries compliquées, disposées sur plusieurs étages et communiquant entre elles par des chambres plus spacieuses ou carrefours. On peut suivre assez facilement sur le sol le trajet de ces galeries souterraines, grâce à la présence des taupinières, amas de terre placés de distance en distance et constitués par les déblais que l’animal a • dû enlever ])our se frayer un chemin. La Taupe habite, d’ordinaire', la chambre centrale ou donjon (fig. 84), remarquable
extérieurement parce 83. — Taupe d’Europe. (Extrait de G. Vogt,
, , ^ les Mammifères.)
que la taupinière qui
la surmonte est plus élevée que les autres : c’est là qu’elle vient se reposer et c est la aussi qu’elle se cache pour se soustraire à la poursuite de ses ennemis; aussi, très souvent, ce donjon est-il dérobé aux regards, soit près d’un mur, soit sous un tronc d arbre. G est encore dans le donjon que la Taupe conserve ses petits jusqu a ce qu ils aient la force de chasser euxmêmes; elle dispose à cet effet un lit de mousse et d’herbes.
MAMMIFERES.
La Taupe ne fait, dans ces courses souterraines, aucun mal aux racines des plantes, qiTelle dédaigne complètement. Elle rend au contraire les plus grands services en les débarrassant
des larves d’insectes qui souvent les dévorent. La profession de taupier devrait être interdite.
La Taupe travaille en toutes saisons, mais c’est surtout au
■printemps qu’elle est plus active. Elle habite de préférence les endroits où le sol est meuble et dépourvu de cailloux, les prairies ou les jardins. Elle change de gîte suivant la saison.
Fi-. 8o.
Musaraigne.
Pendant la période des pluies, elle gagne les lieux élevés, où elle n’a pas à craindre les inondations; quand arrive la sécheresse, elle redescend dans les plaines.
Les MUSARAIGNES (fig. 85), que le vulgaire croit appartenir au groupe des Souris (d’où Musaraigiie, de mus, araneus) dont elles ont en effet la taille et la forme générale, se distinguent bien nettement de ces aniniau.x par leur museau
INSECTIVORES
allongé en forme de trompe et par leur dentition de véritables Insectivores. Comme les Taupes, elles sont très mal douées sous le rapport de la vue : leurs yeux sont fort petits et cachés par leur pelage, qui est soyeux, épais et de couleur gris-
brun. La Musaraigne étrusque, qui habite ITlalie et le miili de la France, est le plus petit de tous les Mammifères; elle Jie mesure pas plus de 4 centimètres du museau à l’origine de la queue.
MAMMIFERES.
* loi
Les Musaraignes sont répandues sur toute la surface du globe, et nous avons en France une dizaine d’espèces. Le genre de vie est assez variable d’une espèce à l’autre : les unes habitent les bois et les régions sèches, les autres préfèrent les prairies humides et sont même des animaux aquatiques,
témoin la Musaraigne cVeau, qu’on rencontre dans toute la France.
Ces animaux vivent solitaires, dans des trous qu’ils trouvent tout faits ou qu ils creusent eux-mêmes ; ils n’en sortent guère que la nuit. Ils se nourrissent d’insectes, de Yers, de petits Mollusques.
Les Desmans (fîg. 86), dont nous possédons une espèce dans les Pyrénées, ont beaucoup de rapports avec les Musaraignes, mais sont de plus grande taille. Ils ont une véritable trompe au bout du nez.
Fig. 87. — Hérisson.
Le dernier groupe d’insectivores dont je vous parlerai est celui des hérissons (fig. 87), dont le dos et le dessus de la tête sont, comme chacun sait, couverts de piquants. Ces piquants ne sont pas, en somme, si différents des poils soyeux de la Taupe que vous pourriez le supposer : ce ne sont pas autre chose que des poils épaissis et transformés en une sorte d’armure. Nous verrons maintes fois que les organes se modilient de façons diverses pour s’adapter au genre de vie des di-
CARNIVOUES.
vers animaux et pour assurer leur conservation. Nous nous trouvons ici en face d’un exemple de cette loi.
Le Hérisson n’a ni l’agilité de la Musaraigne, ni la vie souterraine de la Taupe, qui leur permettent d’écliapjier ])ar la luite à ses ennemis. Est-il surpris, son seul moyen de défense consiste à se rouler en boule, et il est alors véritablement inatta- (piable, grâce à ses épines qui se dressent de toutes parts et (pii déchirent et ensanglantent borriblement les animaux qui rapprochent.
Le Hérisson est un animal essentiellement nocturne; il dort pendant tout le jour, au fond de sa cachette et, pour se garder de l’attaque imprévue de ses nombreux ennemis, le Cliien, le Henard, le Putois, la Martre, il se roule toujours en lioule avant de s’endormir. C’est encore dans cette posture qu’il passe, en état d’iiibernation, toute la mauvaise saison.
Les Homains se servaient de la peau du Hérisson, en guise de cardes, pour peigner les laines. Aujourd’hui la peau de cet animal n’est plus d’aucune utilité, mais sa chair est mangée dans quelques localités.