ORDRE DES RONGEURS
Les Ronge....* sont des Mammifères de taille movenne ou petite, caractérisés surtout par le système dentaire (fig. Ü8) :
ils ne possèdent que deux sortes de dents, des incisives, au nombre de deux à chaque mâchoire, et des molailes en nombre variable, qui présentent la forme et remplissent les fonctions de râpes. Les incisives sont séparées dos molaires par un large espace, dans lequel devraient se trouver implantées les canines et auquel on a donné le nom de barre. Elles servent à coupelles racines et les branches d’arbre, à la façon de cisailles; en Irottant les unes contre les autres, elles se taillent mutuéllcuient en biseau et s’usent réciproquement. Elles disparaîtraient donc assez rajiideinent si, chez ces animaux, elles ne jouissaient de la propriété de pousser indéfiniment par la lase, aussi rapidement qu’elles s’usent par le sommet : c’est ce qui e.xplique pourijuoi ces incisives sont toujours de la même longueur et pourquoi, lorsque l’une d’entre elles vient
Fig. 98. — Tète de Rongeur.
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à se briser, celle qui lui est opposée, ne supportant plus aucun frottement, croît indétiniment et peut de la sorte devenir fort longue.
Les Rongeurs ont norinalcment un régime exclusivement végétal : ils se nourrissent de graines, de fruits, d’herbes et plus rarement de racines ou d’écorces. Quelques-uns, comme les Rats, sont omnivores, mais ce n’est là qu’une exception. La plupart des Rongeurs ont un pelage lin, soyeux et épais : l’Lcureuil petit-gris et le Clnncbilla nous fournissent d’excellentes fourrures; le poil du Lapin, du Lièvre, du Castor est , employé pour la confection du feutre. Il est cependant des Rongeurs, tels que le Porc-Épic, qui sont couverts de piquants et d’épines, infiniment plus longues et plus fortes que celles du Hérisson.
La conformation des membres' varie beaucoup chez ces animaux et correspond aux modes de locomotion les plus divers. Ils sont disposés pour courir chez le Lièvre, pour sauter chez la Gerboise (fig. 108), grimper chez l’Écureuil, voler chez certaines espèces d’Écureuils, nager chez le Castor. Les doigts 'Sont ordinairement au nombre de cinq et ne portent sur le sol que par leur extrémité; ils sont armés de griffes acérées qui leur servent à grimper ou à fouiller le sol.
Les Rongeurs sont répandus sur toute la surface du globe, mais c’est dans l’Amérique du Nord qu’ils sont le plus abondants. L’Europe et spécialement la France renferment tous les types que nous examinerons.
Les écureuils (fig. 99) soiit de gracieux animaux, aux mouvements prompts comme l’éclair, aux formes élégantes, à la mine éveillée. Leur agilité est incroyable : dans les forets qu’ils
i habitent, ils sautent d’arbre en arbre, de branche en branche, avec une aisance parfaite. Ils s’élancent aussi d’une bautenr considérable et retombent à terre avec une souplesse inouïe. Leur queue leur est d’un grand secours dans l’exécution de ces sauts périlleux : recourbée sur le dos au repos et raidie for-
l'22 MAMMIFÈRES.
tomont pendant le saut, elle concourt, grâce à son pelage toulTu
qui présente une large surface, à offrir une grande résistance à l’air. Chez certaines espèces exotiques, et connues ordinairement sous le nom d’Écureuils volants, la peau des flancs présente un repli qui se relie aux pattes, et qui constitue un véritable parachute , grâce auquel l’animal peut franchir d’un seul bond de grandes distances.
L’Ecureuil se nourrit de fruits et particulièrement de glands, de noisettes, d’amandes et de châtaignes. Lorsqu’il veut manger, il s’assied sur son derrière et porte l’aliment à sa bouche avec les deux pattes de devant : celles-ci remplissent donc jusqu’à un certain point l’office de mains; leur pouce porte un ongle aplati, tandis que tous les autres doigts sont armés de griffes recourbées et tranchantes.
L’Ecureuil ne sort guère qu’au coucher du soleil. Le reste du temps il reste dans son nid, construit de mousse et de branchages, et établi sur un arbre à l’enfourchure des grosses branches. Il vit par couples et la femelle témoigne pour ses petits une touchante sollicitude. Pendant l’été, il amasse dans son nid ou cache dans différents endroits des provisions qui lui serviront lorsque, au sortir du sommeil hibernal, il reprendra toute son activité.
Dans le nord de l’Europe et de l’Asie, les Ecureuils j)rennent en hiver une couleur qui leur a valu le nom de Petit- Gris.
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Malgré la différence de taille et de genre de vie, les Marmottes (fig. 100) sont voisiiies des Ecureuils. Leur corps est trapu, leur démarche embarrassée, leurs membres courts, lciu‘
bie. lUO. — MariiioUe.
lèvre supérieure fendue comme' celle du Lapin et du Lièvre. Elles babitent différentes chaînes de montagnes de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique. L’espèce qui est particulière à nos contrées vit sur les sommets des Alpes de Suisse et de Savoie, au voisinage immédiat des glaciers. Elle se creuse miedemeui e souterraine, exposée au soleil, et vit par ])etites bandes. Cet animal est célèbre à cause de son sommeil hibernal , qui ne dure pas moins de sept mois. Il s’apprivoise très lacilement et on peut le dresser à exécutbr au commandement quelques tours peu compliqués. La Marmotte a une chair assez estimée, et la guerre qu’on lui faisait en Suisse menaçait de la faire disparaître bientôt entièrement, quand le gouvernement a pris le parti d’en interdire formellement la chasse pendant l’biver.
Les Loirs, dont la vivacité, la gentillesse et le genre de vie rappellent ceux de l’Ecureuil, sont de ])lus petite taille que celui-ci. Ils se construisent des nids soit sur les arbres, soit dans les fentes des murs ou des rochers. Ils vivent le plus souvent dans les forêts, mais une espèce particulière, le Lcrof (bg. 101), s’installe dans les jardins et les vergers, où il détruit une grande quantité de fruits. Le Loir vulgaire était
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connu (les Romains, qui estimaient beaucoup sa chair : ils 1 apprivoisaient et 1 engraissaient j)our le manger. Ce sont
aussi des animaux hibernants, dont le sommeil est même passé en proverbe.
Les Campagnol», Comme leur nom l’indique, sont habitants des campagnes. Us ont la queue courte et velue. Ce sont des animaux tiès nuisibles a 1 agriculture, auxcjuels les cultivateurs font une guerre acharnée. Ils apparaissent quelquefois tout d un coup en quantités prodigieuses. En 1822, dans le seul canton de Saverne, on en a tue 1 loTOOO. Us se creusent des galeries souterraines où parfois, comme le Campagnol économe, qui habite la Sibérie, ils amassent des quantités énormes de provisions. Vous connaissez tous l’animal auquel on donne à tort le nom de Rat d eau (fig. 102) : c’est un Campagnol très voi*ace, qui, végétivore d’ordinaire, ne manque cependant pas de s’attaquer aux animaux aquatiques et aux petits animaux terrestres quand il en trouve l’occasion ; il s’engourdit pendant
la saison froide. Les Campagnols sont particuliers à l’Europe et à l’Asie.
Les Katsne se différencient guère des Campagnols que parce que leur queue est nue et aussi longue que le corps. Vous connaissez les mœurs de ces animaux et vous savez quels immenses dégâts ils causent aussi bien dans les champs, les jardins, les plantations, que dans les habitations : les Rats s’accommo-
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dent en effet de tons l(is genres de vie et, pour notre inalhenr, ils prospèrent et se mnltiplient avec une égale facdité dans les conditions d’existence les pins diverses. Ces animaux voraces constituent pour riuimanité un véritable lléaii et on ne saurait
les combattre trop énergicpiement.
Les Rats se rencontrent sur toute la surface du globe et cer-
taines espèces sont cosmopolites : on pense qu’elles ont été ainsi répandues par des navires à bord desquels elles se seraient trouvées. Les espèces européennes, peu nombreuses, sont les suivantes :
Le Rat noir, originaire de l’Asie Mineure, introduit en Europe au moven âge seulement.
Il disparaît progressivement devant le Rat Surmulot ou Rat grU, qui lui fait une guerre acharnée. Cette dernière espèce n’existe en
Europe que depuis le milieu du dix-huitième siècle ; elle est venue de l’Inde par des navires, qui l’ont importée on Angleterre. Le Surmulot est le plus gros, le plus vorace et le ]>lus méchant de tous les Ilats européens; il est actuellement répandu dans presque toutes les grandes villes, où il a détruit le Rat noir. Le Rat nègre, variété du Rat noir, a été récemment importé d'Égypte dans la vallée de la Loire, où il attaque le Surmulot. Le Mulot habite les champs ; en hiver, il se ré-
Fig, 102. — Hat tl’eau. (Extrait de G. Vogt, les Mammifères.)
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iugie paifois dans les lialnlations. La Souris, un peu |)lus petite (jue le Mulot, se trouve indifréreminent dans les maisons et dans les champs ; originaire d’Europe, elle est actuellement répandue partout. Enfin, pour achever la liste des espèces d Euro,« il reste à signaler le Rat nain ou Rat des moissons ( ig. lOü), le plus petit et le plus gracieux des Rats de France • il se construit un nid d’herbes et de feuilles artistement 1ressees, supporté par deux ou trois tiges de blé.
Fig. 103. — Hat des moissons.
Le Porc-Épic (fig. 104), qui habite le nord de l’.ifriiiue et le sud de l’Italie et de l’Espagne, est un des plus gros Rongeurs connus. C est un animal nocturne et essentiellement herbivore.
armure de piquants acérés, est parfaitement inolfensif et n attacpie jamais les autres animaux. Il se creuse des terriers profonds, s’ouvrant au dehors par plusieurs issues et dans lescjuels il se cache pendant le jour.
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Le Cobaye est domestiqué depuis fort longtemps. Nous 1 appelons Cochon dinde, les Anglais Guinea Pùj, les Allemands Meerschweinchen ; or ce n’est jtas un Cochon, ni un
Fig, lOi. — Porc-Épic.
animal marin; il yient ni de l’Inde, ni de Guinée, mais il est originaire de l’Amérique du Sud. On 1 élève pour le manger, mais sa chair est fade et peu savoureuse et est en
tous cas bien inférieure, comme qualité, à celle du Lièvre et du Lapin.
Le Lièvre (fig. 105) et le Lapin (fig. 106) forment, dans l’ordre des Rongeurs, un groupe bien isolé, grâce à un caractère de la dentition qui ne s’observe que chez eux : â la ma-
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ehoirc supérieure, ils portent quatre incisives, placées sur deux
langs; les antérieures sont beaucoup plus grosses que les nostérieiires. ^
Le Lièvre variable, habitant des pays du Nord et des Alpes, prend en hiver un pelage blanc.
Il serait suporOu de décrire en détail le Lièvre et le Lapin :
\oiis connaissez ces animaux ainsi cjue leur genre de vie; leur timidité proverbiale, les dangers qui les menacent! tant de la part des autres animaux que de la part de rilomme, qui les chasse avec ardeur. Sans nous attarder à vous rappeler tous ces faits, nous allons . donc passer dès maintenant à l’étude d un autre Rongeur des plus intéressants, le Castor (fig. 107), célèbre par ses mœurs et son intelligence.
Cet animal est caractérisé par une queue longue et large, aplatie en forme de spatule et recouverte d’écailles, et par la grande différence que l’on constate entre ses deux paires de pattes : tandis que les antérieures sont courtes et organisées j)our creuser le sol et pour saisir fortement les objets, les postérieures sont assez longues et présentent des doigts parfaitement palmés, en sorte qu’elles sont adaptées à la natation. Le^
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Castors sont en effet des animaux essentiellement aquatiques; ils nagent très bien, car leurs pieds de derrière forment de larges rames et leur queue un excellent gouvernail. Aussi est-ce dans les contrées entre-coupées de lacs et de cours d’eau qu'on les rencontre de préférence. Autrefois ils étaient répandus dans toute l’Europe, et on les appelait Bièvres, en France; mais on ne les trouve plus maintenant que
Fig. 107. — Castor.
dans les grandes solitudes de FiVuiérique du Aord, sjiécialcment au Canada; en Europe, ils se rencontrent encore çà et là sur les bords de l’Elbe, en Pologne, en Russie, et sur le cours inférieur du Rhône, mais ils y sont devenus extrêmement rares et ils ne tarderont certainement pas à y disparaître à tout jamais.
Vous lirez avec le plus vif intérêt, dans les récits des voyageurs et des naturalistes , les détails sur les mœurs de ces curieux animaux, leurs colonies, les édifices (ju’ils construisent et l’industrie véritablement admirable dont ils font preuve.
Nos Castors d’Europe, presque détruits par l’ilomme, et dont on ne retrouve plus (jue quelques rares individus en France dans les affluents du Rhône, ne savent pas construire.
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D’autres Rongeurs méritent encore d’attirer votre attention. Telle est la Gerboise africaine (fig. 108), aux pattes postérieures extrêmement longues, ce qui lui permet de faire des bonds extraordinaires. Tel le Cabiai, le plus gros des Rongeurs, habitant de l’Amérique du Sud. Tel le iiaînster, qui se creuse des terriers et détruit une grande quantité de
Fig. 108. — Gerboise.
grains. Aussi est-il très redouté des agriculteurs d’Allemagne, où il est parfois extrêmement abondant. Tel enlin le Lcmming, (pii vit en Laponie et en Norvège, et qui souvent, au début de l’ hiver, descend vers le Sud en troupes innombrables, ravageant tout sur son passage. C’est, comme le Hamster, un animal voisin des Campagnols.