‹ Elements de zoologieChapitre 42 sur 143 · ORDRE DES RAPACES · texte numérisé non relu

ORDRE DES RAPACES

Les Rapaces sont caractérisés par leur conformation robuste, par le développement extraordinaire d(;s organes des sens et par une structure particulière du bec et des pattes. Le bec est puissant et crochu (fig. 196). Les pattes se composent de

Fig-. 19G. — Tête de Rapace (Busard). Fig. 197 — Patte de Rapace (Busard).

quatre doigts longs et forts, dont l’externe est dirigé en arrière (lig. 197); ces doigts sont armés d’ongles puissants et recourbés, ou serres J qui permettent à l’animal de saisir sa proie. Le tarse est ordinairement couvert de plumes. Aux ailes, les rémiges primaires sont au nombre de dix, les secondaires au nombre

de douze à seize; les ailes sont longues et pointues. La queue est longue aussi et présente douze l ectrices. Sauf de rares exceptions, les Rapaces se nourrissent de proie vivante, et principalement de Mammitères ou d’Oiseau.x, qu’ils maintiennent avec leurs serres et qu’ils déchirent à l’aide de leur bec. Ils sont répandus sur presque toute la surface de la terre; ce sont pour la plupart

OISEAUX

des Oiseaux de passage, qui volent longtemps et avec aisance.

Les ftapaces peuvent etre divises en deux groupes, les Rapaces diurnes et les Rapaces nocturnes. Les diurnes ont les yeux petits et placés sur les côtés de la tête, et leur bec est revêtu «à sa base d’une membrane appelée cirre, dans laquelle viennent s ouvrir les narines; les nocturnes ont au contraire de gros yeux ronds, dirigés en avant, et leur bec n’a pas de cirre. Nous étudierons d abord les Rapaces diurxes.

Les Oiseaux qui constituent la famille des falconidés sont des Rapaces à lorte stature, au bec court et généralement denté, qui vivent ordinairement solitaires ou par couples dans des cantons détei mines. Leurs ailes, grandes et pointues, leur permettent de voler vite et longtemps : ils s’élèvent presque toujours à de grandes hauteurs. Ils ne viennent que rarement à terre, le temps nécessaire pour saisir leur proie, puis ils s’envolent de nouveau. Leur nid prend le nom d'aire; ils le construisent assez volontiers sur des rochers inaccessibles. Ils pondent généralement de 2 à4 œufs. Le plumagedes jeunes diffère d’ordinaire si complètement de celui des adultes que rien ne serait plus facile que de rapportera deux espèces distinctes un inéirie animal considéré à deux âges différents.

Les Fuueons^ sont les plus rapides voiliers et les plus parfaits des Rapaces. Leur bec, fort et crochu, porte un cran à la mandibule supérieure. Leurs ailes sont tout à fait pointues. Leur vue est des plus perçantes et leur vigueur considérable : ils tuent souvent d’un seul coup de bec ranimai, Oiseau ou Mammifère, qui tombe sous leurs griffes; ils l’emportent alors dans leurs serres, pour le dévorer en lieu sûr. Ils vivent ordinairement par cou])les solitaires, mais, à l’époque du passage

des Oiseaux migrateurs, ils se réunissent par bandes pour leur donner la chasse.

Le nom de ces oiseaux, viendrait de falx^ faux, parce que leurs ailes sont en forme de faux.

RAPACES

Le Gerfaut habite l’cxtréme nord de l’Europe et de l’Amérique. Sa taille n’est guère (|ue de 60 centimètres, mais sa force égale celle de l’Aigle.

Parmi les Faucons proprement dits nous trouvons un certain nombre d’Oiseaux qui habitent nos contrées : \e Faucon pèlerin, commun dans le centre et le nord de l’Europe occidentale, dans les îles de la Méditerranée et dans l’Amérique du nord; le Hobereau, répandu dans tonte l’Europe et dans le nord dt‘

Fi','. lOS. — Crécerelle.

l’Afrique ; ï Énierillon, de la taille (rime Grive, (jui se rencontre en été dans le noiM, et en hiver dans le sud de EEiirope ; la Crécerelle (fig. 198), d’une taille de 50 à 55 centimètres, très réjiandue en France et dans le centre de rEnropc.

Tous ces Oiseaux ont le vol extrêmement rapide : on cite un Faucon qui, échappé à la fauconnerie de Henri H, fut retrouvé le lendemain à File de Malte ; parti de Fontainebleau, il avait parcouru près de 500 lieues en une seule journée. Ils planent

OISEAUX

clans les nues avec une remarquable aisance, scrutant du regard les environs : quand ils ont découvert une j)roie, ils tondent sur elle avec nue vitesse extrême. Ils chassent surtout les Oiseaux : les Pigeons, les Perdrix, les Oiseaux aquatiques deviennent la proie des Faucons de grande taille; PÉmerillon et 1 Émoucliet poursuivent de préférence des Oiseaux plus petits tels c{ue la Caille, rAlouette, rilirondcllc.

Les Faucons semblent doués d’une longévité surprenante. En 1797 on captura, au cap de Bonne-Espérance, un Faucon qui portait un collier d or sur lequel on avait gravé une inscription établissant qu’en 1610 l’animal avait appartenu à Jacques P", roi d’Angleterre. Cet Oiseau avait donc au moins 187 ans.

xVu moyen âge, avant la découverte ou le perfectionnement des armes à feu, la fauconnerie, ou chasse au vol, était en grand honneur dans les divers États d’Europe. « Ce n’est guère (pie chez les Arabes et parmi quelques nations asiatiques qu’elle est encore usitée aujourd’hui. Cet art remonte d’ailleurs à une épocpie fort ancienne, car Aristote et même Pline en ont parlé. Introduite en Europe vers le quatrième siècle de

notre ère, la fauconnerie fut très tlorissante au moven â^e ei pendant la Renaissance. Toute la noblesse, depuis le roi jusqu’au plus petit gentilhomme, se passionna pour hvolerie; tel était le nom consacré. Les souverains et les grands seigneurs y dépensaient des sommes considérables : c’était le luxe de ce temps.

« Un gentilhomme et une dame du moyen âge, dit L. Figuier, ne paraissaient pas en public sans tenir leur Faucon au poing: cet exemple était même suivi par les évêques et les abhés. Ils entraient dans les églises, tenant au poing leur Faucon, ({u’ils déjiosaicnt, pendant la messe, sur les marches de l’autel. Les grands seigneurs, dans les cérémonies jnihliques, tenaient lièrement leur Faucon d’une main, et de l’autre la "arde de

leur épée.

« Louis Xlll mit une véritable frénésie Presque tous les jours, il chassait au

à ce divertissement.

Faucon avant de se

RAPACES

rendre à l’église; et son favori, Albert de Liiynes, ne dut sa fortune qu’à ses grandes connaissances en fauconnerie. Charles d’Arcussia de Capri, seigneur d’Esparron, publia, en 1615, nn Traité de fauconnerie on l’on voit que le baron de La Chastaigneraie, grand fauconnier de France sous Louis Xlll, avait acheté sa cliarge 50 000 écus. Il avait la direction de 140 Oiseaux, qui exigeaient, pour les soigner, un personnel de 100 hommes. »

Le Faucon est naturellement sauvage et indocile :

son éducation demandait donc des soins tout particuliers; elle était néanmoins assez rapide. L’animal, une l'ois dressé, était employé à la chasse du Milan, du Héron, de la Perdrix, de la Caille et même du Lièvre. Les Faucons étaient jadis désignés sous le nom éé Oiseaux

de proie nobles.

Les autres Falconidés étaient appelés ignobles; leurs ailes sont beaucoup moins pointues, la troisième et la quatrième rémige étant les plus longues.

Les Aiitoui\«i et les Kperi^îers soiit voisius des Faucons, dont ils ont les habitudes. La femelle est beaucoup plus petite que le mâle. V Autour ordinaire (tig. 199), qui se rencontre seul en Europe, n’est pas très rare en France : il atteint la taille du Gerfaut, mais fait preuve de moins de courage. h'Epervier (tig. 200) est beaucoup plus petit que l’Autour, mais il n’est ])as moins féroce et les dégâts qu’il cause dans les régions où

il SC tient sont des plus appréciables : il détruit le gibier et s’at-

taque nicrne aux Oiseaux de basse-cour.

Les Biisck sont des Oiseaux lourds ut disgracieux, aux mouvements peu adroits.

Elles ne saisissent point leur proie à tired’aile, leur paresse est trop grande pour cela :

elles préfèrent se tenir en embuscade sur un arbre ou sur un rocher, attendant avec patience qu’une Souris ou un Insec te passe à leur portée. Elles restent ainsi aux aguet s pendant des heures entières, nonchalantes et affaissées, avec un air de stupidité profonde qui est devenu proverbial. La Buse commune (fig.

202) et la Bondrée (lig. 201) sont les deux espèces les plus commîmes dans nos pays.

Les .Bilans ont le bec faible, et les ailes très longues, la queue espèce est le Milan

RAPACES

royal (fig. 205), ainsi nommé parce que les princes et les rois le faisaient chasser par le Faucon : il mesure 00 centimètres de

Fig. i02. — Buse commune.

hauteur et a plus de l'",50 d’envergure. Son vol est plus gracieux encore, plus rapide et plus soutenu que celui des Faucons. 11 niche sur les arbres les plus élevés, rarement sur les rocliers, et se nourrit de Taupes, de Rats, de Mulots,

1 T r 1 P . A Eip. 2üo. — Milan.

de Lézards, parlois meme

de Poissons qu’il saisit adroitement à la surface de l’eau.

Les Busards se distinguent à plusieurs égards du plus

OISEAUX

grand nombre des Rapaces. Leurs tarses sont allongés et couverts de plumes à la partie supérieure. Ces Oiseaux, dont nous comptons des représentants en Europe, habitent les plaines marécageuses et les bois situés au voisinage des rivières. Ils nichent à terre ou dans des broussailles très basses. Ils volent en rasant le sol et saisissent leur proie par surprise; ils se nourrissent de petits Oiseaux, de petits Rongeurs, de Grenouilles, de Sauterelles.

Le groupe important des aigles comprend les balbuzards, les Pygargues et les Aigles proprement dits : tous ces Oiseaux sont remarquables par leur grande taille, par leurs ailes longues et arrondies, par leur vigueur.

Le Balbuzard fluviatiïe, que Pon rencontre fréquemment en Suisse, en Allemagne et dans tout l’hémisphère septentrional, recherche le voisinage des lacs et des fleuves. Sa nourriture consiste principalement en Poissons, qu’il pêche soit au moment où ils nagent à la surface de l’eau, soit en plongeant à leur poursuite à une assez grande profondeur; il s’attaque aussi volontiers aux Oiseaux aquatiques.

Les Pygarsiies OU Aiglcs pêclieurs se nourrissent aussi presque exclusivement de Poissons : ils chassent encore les petits Mammifères et se repaissent même de charogne. Leurs serres sont très puissantes et leur vue est si nette que, du haut des airs où ils planent, ils distinguent le Poisson nageant près de la surface de l’eau et fondent sur lui avec la rapidité de l’éclair. Ces Oiseaux vivent de rapines qu’ils prélèvent sur des Oiseaux plus faibles qu’eux : ils possèdent à un haut degré des instincts pillards et voleurs. Ils guettent souvent des Oiseaux pêcheurs et les pourchassent pour leur ravir leur butin ; ils attaquent les Vautours pour les forcer à dégorger le contenu de leur jabot, qu’ils avalent ensuite. Ils font surtout au Balbuzard une chasse active.

Le Pygargue d'Europe ou Orfraie se tient dans les régions les plus froides; il est commun en Russie, en Suède, en

RVPACES.

Norvèo^e et même au Groëiiland. Sa taille est voisine de celle de l’Aigle royal. Cet Oiseau arrive en automne dans nos con-

trées, en même temps que les Oies sauvages, à la poursuite desquelles il s’est lancé : il réapparaît au printemps, lorsqu’il remonte vers le nord.

D’autres Pygargues habitent l’Afrique, l’Asie et l’Amérique. Le Pygargue à tête blanche, commun dans l’Américpie du Nord, figure sur l’étendard des Etats-Unis, malgré le désap-

pointement de Franklin qui, à ce propos, écrivait ce qui suit : <( C’est un Oiseau d’un naturel bas et méchant; il ne sait point gagner honnêtement sa vie. En outre, ce n’est jamais (ju’un lâche coquin! Le petit Pioitelet, qui n’est pas si gros qu’un Moineau, l’attaque résolument et le chasse de son canton. Ainsi, à aucun titre, ce n’est un emblème convenable pour le brave et honnête peuple américain. »

Les Aij^ies sont caractérisés par des ailes allongées et pointues, par une queue courte, par des tarses courts et emplumés jusqu’aux doigts. Buffon a tracé de V Aigle royal (Qg. 204)

OISEAUX

un portrait magnifique : « L’Aigle a plusieurs convenances pliysiques et morales avec le Lion : la force, 'et par conséquent l’empire sur les autres Oiseaux, comme le Lion sur les Quadrupèdes 11 est encore solitaire comme le Lion, habi-

tant d’un désert dont il défend l’entrée à l’usage de la chasse à tous les autres Oiseaux; car il est peut-être plus rare de voir deux paires d’Aigles dans la même portion de montagne que deux familles de Lions dans la même partie de forêt : ils se tiennent assez loin les uns des autres pour que l’espace qu’ils se sont départi leur fournisse une ample subsistance; ils ne cornpt^^nt la valeur et l’étendue de leur royaume que par le produit de la chasse. L’Aigle a de plus les yeux étincelants et à peu près de la même couleur que ceux du Lion, les ongles de la même forme, l’haleine tout aussi forte, le cri également effrayant. Nés tous deux pour le combat et la proie, ils sont également ennemis de toute société, également féroces, également fiers et difficiles à réduire. »

Buffon prête encore à l’Aigle certaines qualités morales qui sont loin de lui appartenir: il vante, par exemple, sa magnanimité et sa tempérance. Or, l’Aigle s’attaque toujours à plus petit et à plus faible que lui, et d’autre part sa voracité est extrême.

Cet Oiseau est doué d’une force musculaire énorAe : il enlève dans ses serres et transporte à des distances parfois considérables des animaux d’un poids fort élevé, tels que de jeunes Chamois ou des Moutons. La taille est variable d’une espèce à fautre, mais elle est toujours fort élevée : la plus grande espèce, V Aujle royale mesure 1“,15 de hauteur et près de 5 mètres d’envergure; V Aiyle criard n’a que 1”\6Ü d’envergure.

L’Aigle établit son aire au sommet des rochers les pi us inaccessibles, sur le bord des précipices les plus affreux. Ce nid, souvent large de près de î2 mètres carrés, est construit sans art: c’est un simple assemblage de brindilles de bois; dans

RAPACES

un coin sont accumulées des provisions pour subvenir aux besoins des aiglons, en cas de disette. L’Aigle pond de 2 à 5 œufs, dont l’incubation devra durer trente jours. Les aiglons sont nourris et élevés avec un grand soin par leurs parents, mais dès que leurs forces leur permettent de chasser eux-mémes et de se procurer eux-memes leur nourriture, ils ne tardent pas à quitter leurs parents et à s’éloigner de la légion que ceux-ci ont choisie pour théâtre de leurs chasses.

Les Aigles sont des animaux défiants, qui fuient en général le voisinage de l’Homme : pourtant lorsijue celui-ci les attaque, ils se jettent résolument sur lui. Ces Oiseaux font de grands ravages parmi les troupeaux : dans les montagnes, comme les Pyrénées, où paissent de nombreuses bandes de Moutons, ils rôdent sans cesse autour de ces troupeaux et, malgré la surveillance la plqs active des bergers et des Chiens, ils parviennent à faire de nombreuses victimes. Aussi les montagnards des Pyrénées font-ils une guerre incessante à cet Oiseau malfaisant : ils vont jusque dans son aire étoulfer ses petits et, pour détruire ses deux ou trois œufs, s’exposent aux dangers les plus grands.

On distingue plusieurs espèces d’Aigles, répandues dans tout rancien continent. L’Aiq/c roi/u/, le plus grand de tous, se trouve dans le nord et l’est de l’Curope; l Atgle impérial habite le sud de l’Europe et le nord del’Alrique; V Aigle botté, particulier à l’est et au midi de l’Europe, se rencontre aussi (pielquefois en France.

La famille des vautours renferme des Oiseaux qui diffèrent assez notablement des précédents. Ce sont encore des Rapaces de grande taille, aux ailes grandes et larges, mais le bec est long et droit, et recourbé seulement à la pointe. Les pieds sont très forts, mais les doigts sont munis d’ongles courts et émoussés qui ne peuvent servir d’organes de préhension ; la tête et le cou sont ordinairement nus ou couverts d’un rare duvet. Ces Oiseaux volent à de très grandes hauteurs; ils peuvent

OISEAUX

voler aussi longtemps que les Aigles ou les Falconidés, mais ils sont loin d atteindre la vitesse de ceux-ci. Leurs sens les plus développés sont la vue et l’ouïe; les yeux sont petits et à fleur de tête. Les Vautours enfin sont bien connus pour leurs babitudes répugnantes ; ils se nourrissent surtout de charogne et se complaisent a déchiqueter les cadavres; ils n’attaquent les animaux vivants que par exception, quand tout autre aliment leur fait défaut. Quand ils se sont repus de chairs à demi pouiiics, ils tombent dans un engourdissement profond, qui dure tant que le travail digestif n’est pas achevé : un liquide fétide suinte de leurs narines, et leur jabot, gonflé et distendu

pai les aliments qu’ils ont engloutis en grande masse, fait une forte saillie au niveau du cou.

Les Ciyp.iè«es sont eu quelque sorte intermédiaires entre les

Fig. 20ü. — Gypaète barbu.

Vautours proprement dits et les Aigles : comme ceux-ci, ils ont

la tête, le cou et les tarses emplumés, et ils se nourrissent de

jtiéférence de proies vivantes; eu revanche, ils se rapprochent

des Vautours par leurs ongles peu robustes, par leurs yeux

petits et à fleur de tête, par leur jabot saillant pendant la dio-e<tion. ^

On n en connaît qu’une seule espèce : c’est le Gfjpaèlc barbu (hg. 9()5)^ nommé à cause d’uue touffe de poils

raides qu il porte sous le menton. Cet Oiseau est le plus grand

RAPACES

des Rapaces de l’ancien monde : sa longueur atteint fréquemment!'",60, son envergure 5 mètres à 5"\50. Il dépasse même parfois cette taille, et, pendant l’expédition d’Égypte, Monge et Berthollet en ont vu un qui avait une envergure de 4“,60.

Le Gypaète attaque des animaux de grande tadlc, tels que des veaux, des agneaux, des Chamois. Ses serres trop faibles ne lui permettent point de se cramponner sur sa proie ou de l’emporter dans les airs; aussi, pour parvenir à terrasser des animaux aussi robustes, doit-il avoir recours à un artillce que l’Aigle lui-même emploie quelquefois : il se cache prudemment et observe le moment où sa victime viendra sur le bord d’un précipice ; il fond alors sur elle avec violence et, en la frappant furieusement des ailes, il tâche de la lancer dans

l’abîme.

Les Vautours proprement dits Ollt Ic COU IIU et garni a sa base d’une collerette de duvet, la tête revêtue de duvet. Ces Oiseaux, avons-nous dit déjà, se repaissent surtout de viande corrompue et ne s’attaquent aux animaux vivants que lorsipie la charogne leur fait complètement défaut; ils ne sont du reste guère bien armés pour chasser les proies vivantes, avec leur bec relativement faible et leurs griffes émoussées.

Les Vautours sont particuliers à l’ancien continent. On en connaît plusieurs espèces, tant en Europe qu’en Afrique et en Asie. La principale est le Vautour fauve (fig. ‘206), Oiseau de la taille de l’Oie, commun dans les Pyrénées, les Alpes, et le pourtour de la Méditerranée. Une espèce, beaucoup plus petite, le Verc-

OISEAUX

Fig. 207. — Condor.

iptère ou Vautour blanc, très commun en Algérie en

Kgypte, SC nourrit des immondices des villes, où on le resn’ecte a cause des services qu’il rend. ^

Les sont représentés et remplacés en Amérique

par les Calhartes et les Sarcorhamphes.

Les derniers ont le cou garni d’une collerette déplumés, longues et duveteuses, leur bec est surmonté d’un épais lobe cutané. Ils se nourrissent de cbarogne, comme les vrais Vautours, mais il n’est pas rare de les voir attaquer des animaux de grande taille, et 1 Homme lui-même, pendant leur sommeil. L’espèce principale est le Condor (lig. 207), qui vit dans toute la cbaine des Andes. Le Condor est le plus urand

,, , *^'es Oiseaux volants. C’est aussi celui qui

s élève dans les airs à la plus grande hauteur; on en a vu (ilaner à 7000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Dans les plaines arides du sud de l’Afrique vit un Oiseau de grande taille aussi singulier ]iar son organisation que par ses mœurs : c’est le serpentaire. Scs tarses élevés et nus le rapprochent des Échassiers, mais son bec fort et crochu en fait un vrai Rapace. Sa queue est bien développée et les deux pennes du milieu sont beaucoup plus longues que les autres. Les ailes sont courtes, aussi l’Oiseau volc-t-il mal, mais en revanche il court bien. Il porte en arrière de la tête une longue crête qu’il peut hérisser à volonté et qui lui a fait donner encore le nom de Secrétaire, par allusion à riiabitiide qu’ont les écrivains de mettre leur plume derrière l’oreille.

Le Serpentaire se nourrit surtout de Serpents, dont il s’empale dune façon cuiieuse. « L Oiseau de proie dévelopiiant 1 une de ses ailes, la ramène devant lui, et eu couvre, conune une égide, ses jambes, ainsi que la partie inférieure de sou corps. Le Serpent attaqué s’élance; l’Oiseau bondit, frapi.e,

RAPACES

recule, se jette en arrière, saute en tous sens d’une manière vraiment comique pour le spectateur, et revient au combat en présentant toujours à la dent venimeuse de son adversaire le bout de son aile défensive, et pendant que celui-ci épuise sans succès son venin à mordre ses pennes insensibles, il lui détache avec l’autre aile, des coups vigoureux. Enfin le Reptile, étourdi, chancelle, roule dans la poussière, où il est saisi avec adresse et lancé en l’air à plusieurs reprises, jusqu’au moment où, épuisé et sans force, TOiseau lui brise le crâne à coups de bec, et l’avale tout entier, à moins qu’il ne soit trop gros, auquel cas il le dépèce en l’assujettissant sous ses doigts. »

Le Serpentaire est très répandu au Cap de Bonne-Espérance. On l’a domestiqué et il est surtout chargé de veiller sur les basses-cours et de détruire les Serpents ou les Rats qui pourraient tenter de s’attaquer aux volailles.

Les Rapaces xocturxes se distinguent des diurnes par une série de caractères fort importants. La tête est grosse et ronde; le bec, très court et dépourvu de czVc, est largement fendu; les yeux sont volumineux, situés à fleur de tête, dirigés en avant et entourés chacun d’un cercle de plumes rigides qui constituent par leur ensemble le disque facial; les oreilles, dont l’ouverture est très large, sont souvent surmontées d’un repli cutané sur lequel les plumes se groupent de manière à représenter assez exactement un pavillon analogue à celui des Mammifères; la queue est généralement courte; les tarses sont emplumés sur toute leur longueur; le plumage est abondant et soyeux. Ces Oiseaux sont incapables de supporter la lumière du jour, aussi demeurent-ils cachés dans leurs retraites, tant que le soleil est au-dessus de l’horizon : au crépuscule et dans une demi-obscurité, ils se dirigent au contraire avec la plus grande facilité, et c’est véritablement alors que la vision s’exerce chez eux avec le plus de netteté. Il est bien entendu que, dans 1 obscurité absolue, les Rapaces nocturnes n’y voient pas plus que les autres animaux.

OISEAUX

Le plumage des Piapaces nocturnes est ordinairement de couleui sombre ou terne : c’est une loi commune à tous les animaux nocturnes et que nous trouverons poussée à l’extrême chez les Papillons. Leurs plumes, molles et souples comme du duvet, n’ofirent que peu de résistance à Pair : aussi ces Oiseaux volent-ils sans faire le moindre bruit et peuvent-ils tomber à Pimjmoviste sur leur proie, qu’ils avalent habituellement tout d une pièce, grâce à la large ouverture de leur bouche. Quand la digestion est achevée, les parties qui n’ont pu être transformées, comme les os, les plumes, les poils, sont réunies en une boulette qui est ensuite expulsée par le vomissement.

A moins d y être forcé, 1 Oiseau de proie nocturne ne sort jamais de son trou pendant le jour. Lorsqu’il s’y aventure, il est assailli par tous les Passereaux du voisinage, qui viennent insulter à son impuissance, et se venger par de nombreux coups de bec de l’oppression qu’il exerce sur eux pendant la nuit. Il prend alors les postures les plus étranges, balançant sa tête d un air stupide, faisant craquer son bec et enllant ses plumes. Du reste il n’essaye pas de se défendre, et reçoit passivement les coups de ses ennemis emplumés, qui ne lui font pas d’ailleurs grand mal.

« Cette haine naturelle des petits Oiseaux pour leurs tyrans nocturnes a été mise à profit pour la chasse. L’art de la pipée n’a pas d’autre fondement. 11 suffit de contrefaire la voix de la Chouette ou du Hihou pour faire accourir les Oiseaux sur l’arbre ou le buisson où l’on a placé les gluaux. Cette opération doit se faire une heure environ avant le coucher du soleil; plus tard elle n’aurait aucun succès. La pipée était en usage dès l’antiquité, car Aristote l’a décrite. »

Ces Oiseaux se tiennent cachés solitairement dans de vieilles mines, dans les trous des arhres ou des murailles. Leurs nids sont très grossiers; souvent même ils n’en construisent pas. Leurs œufs sont sphériques, sauf chez l’Etfraie.

Les Chevêches sont de petite taille; on les distingue à fab-

RAPACES

scnce d’aigrette au-dessus des oreilles. On en connaît un grand nombre d’espèces répandues dans l’ancien et danslenouveau monde. La Chevêche commune, dont la taille est semblable à celle du Merle, est fort abondante en France et dans l’Europe entière; elle sort assez fréquemment de jour pour chasser les Mulots ou les petits Oiseaux ; elle dépèce sa proie avant de l’avaler et plume les Oiseaux avec son bec. Elle s’apprivoise aisément et rend alors de grands services en détruisant les Rats et les Souris. Dans le nord do l’Europe se trouve la Chevêchette, dont la taille ne dépasse pas celle du Moineau.

Le Scops ou Petit-Duc (fig. 208), qui n’est pas plus gros qu’un Merle, est assez agréablement teinté de mds, de roux et de noir. Son hou hou monotone est tout à fait comparable au chant de l’Alyte, sorte de Batracien dont il sera question plus tard. Cet Oiseau est assez sociable ; au printemps et en automne, il se réunit à ses semblables pour constituer des bandes nombreuses qui émigrent vers d’autres latitudes. Il fait une guerre sans relâche aux Mulots et aux Rats, et rend de grands services à l’agriculture.

Le Moyen-Duc ou Hibou est répandu dans toute l’Europe. On le rencontre assez souvent par bandes de 7 ou 8 individus. Sa hauteur est d’environ 50 centimètres, scs ailes ont près d’un mètre d’envergure. 11 a sur la tête, comme les autres »ue.s, des aigrettes plumeuses assez bien développées. Ccl Oiseau s’installe fréquemment dans des nids de Pic ou de Corbeau abandonnés. Il rôde volontiers autour des maisons et fait entendre pendant la nuit un cri plaintif. Sa nourriture consiste en Taupes, Mulots, Grenouilles, jeunes Lapins, etc.

OISEAUX

Le Grand-Duc (fig. 209) est le. plus grand et le plus fort des Rapaces nocturnes : sa hauteur est en moyenne de 60 centimètres. Il est très robuste et très courageux : on l’a vu livrer des combats à l’Aigle et parfois même en sortir à son avantage; il se défend courageusement contre le Chien et rilomme, et vend cbèrement sa vie. Le Grand-Duc supporte assez bien la

lumière : de tous les Nocturnes, il est celui qui le soir sort le plus tôt et le matin rentre le plus tard. Sa nourriture est la même que celle des Oiseaux qui précèdent, mais, en raison de sa j)lus grande taille, il attaque fréquemment les Lièvres et les Lapins. Le Grand-Duc s’apprivoise facilement et s’attache beaucoup à son maître.

PASSEREAUX

La Hulotte ou Chat-Huant, Ibrt commune en Europe, rend de grands services a I ugriculture a cause des vei mines c|u elle délruit. Son cri hou ou ou rappelle plus ou moins le hurlement du Loup. Sa taille est d’environ 40 centimètres. La Hulotte s’apprivoise sans peine. En liberté, elle pond dans les mds de Corbeau, de Buse ou de Pie.

L'Effraie (fig. 210) est également fort répandue en Europe. Son plumage, blanc et roussatre, est assez élégant. Cet Oiseau, comme nous l’avons dit déjà, diffère de tous les autres Rapaces nocturnes en ce que ses œufs sont elliptiques au lieu d’être arrondis. Ces œufs sont pondus, au nombre de 5 à 7, dans des trous de vieux murs, dans des creux d.e rochers ou d’arhres, sans que l’Effraie ait pris la peine de construire un nid. Cet Oiseau est impitoyablement détruit par les paysans qui l’accusent de tous les méfaits et le considèrent comme un message de mauvais augure : il est ])ourtant peu d’animaux qui rendent à l’agriculture d’aussi grands services, il détruit un nombre véritablement prodigieux de Rongeurs nuisibles aux récoltes. Loin de le massacrer, on devrait donc le protéger au contraire, et môme, dans la mesure du possible, chercher à en propager l’espèce.

Page 1