ORDRE DES GALLINACÉS
Les Gallinacés sont des Oiseaux terrestres (|ui se rapjirocbent plus ou moins de la Poule ((jallina, poule) : ils se plaisent sur
GALLINACES.
la terre, y cherchent leur nourriture, y nichent même le plus souvent. Leurs ailes courtes et arrondies ne leur permettent qiihm vol lourd et bruyant, et le nombre des espèces qui peuvent s'élever assez haut dans les airs est fort restreint. Leurs pattes sont en revanche très fortes, malgré leur faible longueur, et constituent le principal organe de la locomotion. Les doigts, au nombre de 4 et dirigés 5 en avant et un en arrière, se terminent par des ongles courts, peu recourbés, obtus et surtout propres à gratter. Exceptionnellement, comme chez la Perdrix (fig. 242), le pouce peut disparaître. Comme la marche est le mode habituel de progression de ces Oiseaux, il en résulte qu’ils ne peuvent pas, en général, entreprendre de lougues migrations : ce sont donc, pour la plupart, des Oiseaux sédentaires.
Les Gallinacés sont répandus sur presque toute la surface du globe. Leur tête, petite et armée d’un bec fort et très légèrement infléchi à sa pointe, est souvent ornée de crêtes érectiles ou de lobes aux couleurs éclatantes : ces appendices sont surtout l’apanage des mâles, mais ils se retrouvent aussi, fort réduits, chez les femelles. Le mâle est d’ailleurs reconnaissable à l’ergot puissant qu’il présente au-dessus du doigt postérieur et qui constitue parfois une arme redoutable. Le mâle est enfin souvent paré du plumage le plus brillant, des couleurs les plus riches ; la femelle a toujours les tons les plus sombres, des teintes grises et ternes. Nous avons rencontré parmi les Passereaux des espèces aux couleurs les plus vives, mais il n’en est aucune qui surpasse le Paon, l’Argus, le Faisan, le Lopbosphore et d’autres Gallinacés. Ces Oiseaux, si favorisés de la nature qui leur a prodigué les parures les plus merveilleuses, ont pour la plupart le cri le plus désagréable qui se puisse imaginer.
Fig. 242. — Faite de Gallinacé (Perdrix).
OISEAUX
Ils se nourrissent de graines, de baies, de bourgeons, quelques-uns ne dédaignent point les Insectes. Leurs petits, en venant au monde, sont entièrement couverts de plumes, et leur développement est tel qu’ils se mettent aussitôt à courir en piaulant, à la recherche de leur nourriture, guidés par la mère qui, au moindre indice de danger, les rappelle à elle et les couvre de ses ailes protectrices. C’est principalement à l’ordre des Gallinacés qu’appartiennent les Oiseaux domestiques : leur domestication remonte aux temps les plus reculés ; on les élève à cause de leurs œufs, qu'ils pondent en grande abondance, et pour leur chair délicate.
Les Cailles, ce gibier si exquis, ont des migrations bien curieuses. Elles passent la mauvaise saison en Afrique et reviennent en Europe au printemps. Leur vol est pénible et court, aussi ne peuvent-elles voler contre le vent : elles attendent que la bise souffle dans la direction qu’elles doivent suivre et se laissent pousser par elle. Le vent tourne-t-il alors qu’elles traversent la mer, il leur est impossible, réduites à leurs propres forces, de passer sans encombre, d’une rive à l’autre : elles tombent par milliers dans les flots et se noient. Celles qui ont eu la chance de ne point faire naufrage ne sont guère plus heureuses : harassées de fatigue, elles viennent s’abattre lourdement sur le rivage, et leur épuisement est si complet qu’elles se laissent massacrer sur place. Sur les rives du Bosphore et dans certaines îles de l’Archipel, les Cailles arrivent en nombre prodigieux : les habitants les attendent au passage et profitant de leur fatigue extrême, les tuent à loisir; les Cailles ainsi massacrées sont salées, entassées dans des barils et expédiées dans diverses directions.
11 n’est pas douteux que les migrations des Oiseaux ne soient déterminées par le besoin de se procurer une nourriture abondante, mais l’instinct de la migration se manifeste même quand la nourriture ne fait pas défaut. Des Cailles élevées en captivité, sans jamais avoir eu le moindre commerce avec d’au-
GALLINACES.
très individus de leur espèce, montrent une agitation extrême quand arrive l’époque de la migration. Elles interrogent sans cesse la solidité du grillage de la volière et se jettent contre celui-ci avec une telle violence que souvent elles retombent étourdies et inanimées sur le sol.
Les Cailles se tiennent dans les champs couverts de moissons : cachés dans les blés, elles échappent au chasseur et à ses Chiens, en courant le long dessillons. Elles ne s envolent qu’à la dernière extrémité, quand les Chiens les serrent de trop près.
Les mœurs des Per<irîx sont bien différentes de celles des Cailles. Éminemment sociables, elles vivent par troupes ou compagnies composées des parents et des petits de l’année. Chaque compagnie se cantonne dans une certaine étendue de pays. Le nid est un simple trou creusé en terre, le long d’un sillon, et garni de quelques brins d’herbe : la femelle y pond de 15 à 20 œufs. Quand les petits sont éclos, le mâle montre pour eux la tendresse la plus touchante. Un chasseur s’approchet-il, le mâle avertit du danger les Perdreaux qui se rassemblent autour de leur mère, puis il s’envole avec ostentation, et en tirant de l’aile, pour attirer l’attention du chasseur et faire croire qu’il est déjà blessé ; pendant qu’il accomplit ce manège, au péril de sa vie, la femelle s’enfuit avec les petits dans une autre direction.
Les Perdrix, malgré leur naturel farouche, s’apprivoisent assez facilement. Il est même vraisemblable qu’avec des soins et de la patience on parviendrait à les domestiquer complètement et à en faire des Oiseaux de basse-cour. Les espèces françaises sont la Perdrix grise (fig. 243), fort abondante dans le nord de la France, la Perdrix rouge (fig. 244), plus répandue dans les régions du sud, et la Bartavelle^ qui ne se rencontre que dans les pays montagneux, en Auvergne, dans les Alpes, le Jura, les Pyrénées.
Les Coqs de Bruyère sont assez rares en France; ils sont reconnaissables à leurs tarses emplumés. Le grand, ou Tétras
OISEAl’X
de plaine, la taille du Dindon ; le petit, ou Tétras à queue fourchue, est de la grosseur du Faisan. Ces fiers animaux vivent
Fig. 245. — Perdrix grise.
par familles dans l’épaisseur des forêts de Pins ou de Bouleaux qui recouvrent les flancs des montagnes. Leur chair est fort
Fig. 244. — Perdrix rouge.
estimée. Le Lagopède (fig. 245) a desj plumes même sur les doigts; on le rencontre dans les Alpes et les Pyrénées.
Les Gelinottes, de la taille des Perdrix, se rencontrent surtout dans les Ardennes et les Vosges.
GALLINACES.
Les Oiseaux qui constituent la famille des faisans sont tous propres à l’ancien monde.
Les mâles sont plus gros que les femelles et présentent parfois les couleurs les plus brillantes, alors que les femelles sont parées d’un plumage sombre et terne. Les trois doigts antérieurs sont réunis à la base par une courte membrane, le postérieur est court et ne repose que rarement sur le sol.
Les Pintades (fig. 246) vivent à l’état sauvage en divers points du continent africain. L’esj)èce 'qui a été introduite et domestiquée chez nous est originaire de l’Arabie. Les Romains
Fig. 2i6. — Pintade.
connaissaient cet Oiseau et en faisaient grand cas, mais, à la suite de l’invasion des Barbares, il disparut d’Europe et ce sont les Portugais qui l’y rapportèrent, en revenant des Indes. La
OISEAUX
Pintade porte sous le bec des caroncules charnues; le sommet de sa tète est orné d’une huppe.
On rencontre dans les forêts de Java et de Sumatra un magnifique Oiseau, chez lequel les rémiges secondaires et les deux rectrices médianes atteignent un développement considérable. Repliees le long du corps, les ailes n’ont rien qui attire le regard, mais lorsque l’Oiseau vient à les étaler, l’œil ébloui s arrête avec stupéfaction sur les merveilleuses colorations du plumage : les grandes pennes des ailes se montrent couvertes de grandes taches bleues, semblables à autant d’yeux : de là le nom d’Argus donné à cet élégant Oiseau.
Le Paon (fig. 247), importé en Europe par les armées d’Alexandre à leur retour de l’Inde, vit en troupes nombreuses au plus profond des bois, dans l’Inde et dans les îles de l’archipel Indien. Cet Oiseau vous est assez connu pour qu’il n'y ait pas lieu d insister davantage sur son compte : il importe de rappeler toutefois que ses brillantes couleurs, qui l’ont rendu fameux, sont 1 apanage exclusif du mâle. Vous savez aussi que les longues plumes de sa queue ne sont pas les rectrices^ mais les couvertures de la queue. Quand l’Oiseau fait la roue, on voit en arrière les fortes rectrices, de couleur jaune, qui soutiennent en se redressant les longues et flexibles couvertures.
Les Faisans qui vivent actuellement en liberté dans les forêts de nos pays sont originaires de l’Asie centrale. Leur introduction en Europe, remonte, dit-on, à 1300 ans avant J.-C. : les Argonautes, revenant de leur expédition, avaient rencontré ces Oiseaux sur les bords du Phase (de là le nom de Phasianus, faisan), en Colcbide, et les auraient rapportés en Grèce, d’où ils se sont propagés dans le reste de l’Europe. En outre du Faisan commun (fig. 248), acclimaté depuis longtemps dans nos contrées, il faut citer encore le Faisan doré et le Faisan argenté, originaires tous deux de la Chine et du Japon, et que 1 on rencontre maintenant dans toutes les volières; ils produisent entre eux de fort jolis hybrides.