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ORDRE DES OPHIDIENS

Les Ophidiens (09'ç, serpent; ziooq, forme) sont totalement dépourvus de membres. Leur corps est allongé et cylindrique, sauf chez certaines espèces aquatiques, chez lesquelles il est un peu aplati transversalement ; il est tout d’une venue et, en général, peu distinct de la tête; pourtant, chez les Serpents venimeux, la tête s’élargit en arrière, de sorte que la démarcation entre elle et le corps devient fort nette.

La queue, plus ou moins longue, est ordinairement cylindroconiquc, mais elle se comprime considérablement chez les espèces aquatiques. Chez les Crotales ou Serpents à sonnettes, elle porte à son extrémité un appareil spécial qui, lorsijue

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l’animal l’agite, produit un son caractéristique. Cdiez les Boas, qui vivent volontiers sur les arbres, la queue s’enroule autour des brandies et peut môme soutenir tout le poids du corps de l’animal ; elle est prenante de la meme lagon que cliez certains Singes.

La peau est couverte de fausses écailles dans l’épaisseur desquelles on ne trouve jamais de plaques osseuses. Les écaillés du ventre et celles de la face inférieure de la queue sont larges, résfulières et disposées en sériés Iransversales. Celles du dos sont au contraire disposées en séries obliques; si on les examine d'avant en arrière, elles apparaissent donc comme imbriquées, c’est-à-dire quelles se recouvrent à la manière des tuiles

d’un toit.

Les Serpents, comme les autres Reptiles, sont soumis au phénomène de la mue : tant que dure la mue, 1 animal est languissant, inactif et comme malade, mais aussitôt apiès il reprend toute son activité.^

Les Ophidiens, avons-nous dit déjà, n’ont point de membres. Pourtant, chez les Boas et les Pythons, on trouve de chaque côté de l’anus un petit ergot qu’il faut considérer comme représentant un membre postérieur extrêmement réduit. La progression se fait donc chez ces animaux d une façon toute particulière. C’est en prenant des points d’appui sur les plus petites aspérités du sol que les Serpents parviennent à ramper; ils contournent et incurvent leur corps en différents sens et leur vitesse peut être parfois assez grande pour qu il ne soit possible de les atteindre qu'à la course; ils l'ampent du reste d’autant plus vite que le sol sur lequel ils se trouvent est plus inégal et plus rocailleux.

Ils nagent pour la plupart avec facilité; certaines espèces sont même à peu près exclusivement aquatiques : tels sont les Ilydrophides ou Serpents de mer, dont la queue est comprimée en forme de rame.

La peau des Ophidiens n’est vraisemblablement pas, à cause

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de son épaisseur, un organe de toucher bien parfait. Le Serpent se met en rapport avec le monde extérieur au moyen de sa langue, qu il tire sans cesse hors de la bouche, non pour piquer, comme le disent beaucoup de gens, mais pour reconnaît! e la nature et les propriétés des corps qui l’environnent, loui darder sa langue bifide, il n’est pas nécessaire que l’animal ouvre la bouche: cet organe peut fort bien sortir au

travers de 1 encoche que présente en son milieu la lèvre supérieure.

L œil n est point entouré de paupières qui puissent le venir protéger. Pourtant il n’est point nu : la peau ne s’interrompt point à son niveau, mais passe au-devant de lui et présente simplement en ce point assez de transparence pour permettre à la lumière de pénétrer facilement jusqu’à l’œil lui-même. Entre le globe oculaire et cette portion de la peau se trouve un espace dans lequel les larmes entretiennent une humidité

constante. Certaines espèces à vie souterraine, comme les Typblops, sont presque aveugles : leurs yeux sont très petits et la peau qui les recouvre est à peine transparente.

L appareil auditif est fort peu compliqué. L’oreille se montre sur les côtés de la tête, un peu en arrière et au-dessus du coin de la bouche. Le sens de l’ouïe paraît du reste assez obtus. Il en est de meme de 1 odorat et du goût; nous avons vu que la langue n était point réservée à ce dernier sens.

Les Serpents sont des animaux carnassiers; ils se nourrissent de proies vivantes. Ils se jettent brusquement sur les animaux qui passent à leur portée et les saisissent par la tête ou le museau, en même temps qu’ils les étouffent en s’enroulant autour d eux (tig. 515). Certains animaux de petite taille sont avalés tout vivants; quant à ceux qui sont plus gros, le Serpent les étouffe et leur brise les os en les enserrant de ses anneaux. La vicüme est toujours avalée de telle façon que les plumes ou les poils soient couches le long du corps.

Le plus souvent, les Serpents avalent des [noies beaucoup

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plus grosses qu’ils ne le sont eux-mêmes. On comprend donc difficilement qu’ils puissent arriver à introduire dans leur bouche et dans leur tube digestif des animaux d’aussi forte

Fig. olô. — Couleuvre d’Esculape inai)geaut une Souris.

taille. Cela se fait pourtant, mais au prix de quels efforts ! Les divers os des mâchoires, simplement juxtaposés et non soudés entre eux, s’écartent les uns des autres, et la bouche se dilate énormément. La proie s’enfonce lentement dans la bouche, "race à un mouvement de va-et-vient des mâchoires, dont les dents aiguës sont disposées de telle sorte qu’il leur est à peu près impossible de lâcher prise une fois qu’elles se sont implantées dans le corps d’un animal. Après avoir traversé la bouche, lentement et avec peine, l’aliment atteint l’œsophage, qui va, lui aussi, se dilater considérablement pour lui livrer passage. Enfin l’aliment arrive dans l’estomac, le travail digestif peut dès lors commencer, labeur long et pénible, qui condamne le Serpent à la plus complète immobilités

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Le passage de l’aliment à travers la houclie exige toujours un temps fort long, pendant lequel le Serpent serait exposé à mourir d’asphyxie, si une disposition spéciale ne lui permettait de respirer régulièrement ; l’ouverture de la trachée est ramenée en avant, de façon à sortir de la bouche, et grâce à cette particularité, le libre accès de l’air dans le poumon peut se faire d’une façon ininterrompue.

La bouche des Serpents est garnie de dents nombreuses, crochues et recourbées en arrière, qui servent à retenir la proie, mais sont incapables de broyer. Ces dents existent à l’une et à l’autre mâchoire, et le plus souvent on en rencontre encore plusieurs rangées sur le palais. Chez certaines espèces toutefois, les dents n’existent qu’à l’une des deux mâchoires.

Chez beaucoup de Serpents, on observe à la mâchoire supérieure des dents d’une forme particulière, qui communiquent avec un appareil à venin dont nous aurons à parler tout à l’heure. Ces dents peuvent être constituées de deux façons : dans certains cas, elles sont creusées à leur surface antérieure d’un sillon chargé de conduire le venin jusque dans la plaie faite par la dent; d’autres fois, la dent est traversée de part en part, dans le sens de sa longueur, par un canal au sommet duquel vient se déverser le venin.

Les dents à sillons, ou dents cannelées, sont généralement fortes et soudées à l’os sur lequel elles s’implantent. Elles sont d’ordinaire peu nombreuses et ne se rencontrent qu’à la mâchoire supérieure. Elles sont situées, suivant les espèces, tout à fait en avant de la bouche ou au contraire tout à fait en arrière, derrière une rangée de dents à crochet.

Les Serpents à dents creusées d’un canal sont les Serpents les plus redoutables : leur mâchoire supérieure ne possède de chaque côté qu’une seule dent canaliculée, près de la(|uelle sont situées des dents plus petites, destinées à renq)lacer la première, au cas où elle viendrait à être arrachée.

OIMIIDIENS.

. La glande à venin des Serpents venimeux est située audessous de la peau, nn peu en arrière des yeux. Le liquide qu’elle sécrète est déversé à la base des dents (fig. 514 et 515). Nous avons vu déjà que les dents cannelées sont soudées aux os de la mâchoire. Les dents creusées d’un canal, au contraire, sont mobiles. Lorsque la bouche est fermée, elles sont couchées en arrière et appliquées contre le palais; lorsqu’elle s’ouvre, les dents se redressent, par suite d’une disposition anatomique particulière. En même temps, la glande se trouve comprimée et prête à expulser le venin qui s’est accumulé dans son inté-

Fig. 514. — Appareil venimeux du Crotale.

???, muscles élévateurs de la mâchoire, qui recouvrent en partie la glande et peuvent la comprimer. — n, narine. — ,s, glandes salivaires qui garnissent le bord des mâchoires. — V, glande à venin, dont le conduit excréteur aboutit à la grosso dent mobile ou crochet, c.

n r >na

Fig; 315. — Tête o-seuse de Crotale,

O, crâne. — ma, os mastoïdien. — m\, mâchoire inférieure. — vis, mâchoire supérieure. — n, narine. — t, os tympanique.

rieur; si la dent mord alors quoique chose, la compression de la glande augmente et le venin s’écoule en plus grande abondance. Ce venin est au nombre des poisons les plus violents que l’on connaisse.

Le cœur des Serpents est exactement construit comme celui des Tortues et des Lézards.

Les poumons sont constitués par deux sacs fort allongés et fort spacieux, dans lesquels l’air peut s’accumuler en grande quantité. Ces poumons sont toutefois de taille inégale, l’nn d’eux étant notablement plus développé que l’autre, et il arrive

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même, chez certaines espèces venimeuses, que l’un des poumons fasse complètement défaut. Les Serpents dilatent leur cavité thoracique au moyen du mouvement des côtes.

La plupart des Serpents sont ovipares; quelques-uns, comme la Vipère, sont vivipares, ou plutôt ovovivipares. En général, la femelle pond un certain nombre d’œufs blancs, ovales, à coquille coriace. Ces œufs, dont le nombre peut varier entre G et 55, suivant les espèces, sont déposés dans la terre humide, dans des endroits chauds et abrités, puis abandonnés a eux-mêmes. Il est pourtant certaines espèces, au nombre desquelles sont les Boas et les Pythons, qui entourent leurs œufs d’une véritable sollicitude. Ces animaux se pelotonnent au-dessus de leurs œufs et produisent une chaleur assez élevée / jusqu’au moment de Péclosion.

« A une époque plus ou moins tardive suivant les années et les conditions, entre la fin d’octobre et celle de novembre, parfois même en décembre seulement, tous nos Ophidiens se retirent petit à petit dans leurs quartiers d’hiver, sous le sol ou dans quelque trou bien abrité. Une léthargie profonde s’empare d’eux et les retient enfouis jusqu’à un nouveau printemps, groupés en famille ou en nombreuses sociétés et enchevêtrés ou roulés ensemble. L’on trouve quelquefois, dans ces paipiets de Serpents engourdis, des espèces mélangées; mais, dans la majorité des cas, celles-ci se réunissent plutôt chacune de son côté. »

Ce phénomène d’engourdissement que les grands froids déterminent chez les Serpents de nos pays peut être également causé par la grande chaleur : lorsque la chaleur devient torride, des Boas d’Amérique s’enfoncent dans la vase des marais et s’y engourdissent pour un temps plus ou moins long.

Les Serpents les plus remarquables par leur taille et par la beauté de leur coloration sont particuliers aux climats chauds; on ne rencontre dans nos pays que de petites espèces, dont les plus grandes ne dépassent pas i‘",G0 de longueur. Ces animaux

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sont terrestres; ils habitent de préférenee les pays montagneux, boisés et se cachent sous les pierres, dans la mousse et le feuillage. Certaines espèces se rendent volontiers à l’eau et affectionnent le voisinage des étangs ; d’autres vivent exclusivement dans la mer; d’autres encore rampent sur les arbres.

On a divisé pendant longtemps les Ophidiens en Serpents venimeux, suspects et non venimeux. A cette classification tout arbitraire, on oppose maintenant une division nouvelle,

basée sur la structure des dents.

La famille des solénoglyphes (gcoXyjv, canal ; entaille)

ne comprend que des espèces venimeuses, armées de dents canaliculées. Ces animaux, de taille moyenne, sont reconnaissables extérieurement à leur queue courte et a leur tète triangulaire, élargie postérieurement. Us lâchent leur proie après l’avoir mordue et attendent pour l’avaler que leur venin l’ait complètement paralysée. Les principaux Serpents de ce groupe sont les Bothrops, les Crotales, les Cérastes et les Vipères.

Les Botiiropfs sont originaires du Brésil, du Mexique et des Antilles. Le Bothrops jaune, qui est particulier à la Martinique, reçoit encore le nom de Fer-de-

lance, à cause de la configuration de sa tète. Cet animal atteint une taille de près de deux mètres. Son venin est si actif qu’un Homme ne survit que quelques heures à son inoculation. Le Fer-dedance lait tous les ans de nombreuses victimes dans les plantations de cannes à sucre, parmi les nègres employés à l’entretien de ces cultures.

Les Crotales OU Serpents à sonnettes (fig. 516) doivent leur second nom à la présence, à

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