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PISCICULTURE

Les Poissons, dont l’Homme fait une si grande consommation et qui constituent pour lui une nourriture tout à la fois agréable et substantielle, ont été de tous temps l’objet d’une pêche active. Il en est résulté un dépeuplement rapide des rivières, et même des mers, sauf en ce qui concerne certaines espèces à reproduction très abondante, comme la Morue, la Sardine, le Hareng. Car le plus souvent la pêche était faite sans discernement, à toutes les époques de Pannée, aussi bien au moment du frai que lorsque les jeunes Poissons étaient déjà

piscicm/ruuE.

devenus grands : de là la destruction en masse des Poissons, grands et petits, jeunes et adultes. Des lois spéciales, rendues nécessaires par cet état de choses, ont dû être édictées pour réglementer la pcclie, mais, malgré leur sévérité, elles n’ont été guère efficaces et rappauvrissement n’a point été enravé, surtout dans les eaux douces.

On s’est alors demandé s’il ne serait pas possible de cultiver et de propager artificiellement les espèces qui entrent le plus ordinairement dans notre consommation, de les semer comme on sème du blé. Les premières expériences de pisciculture faites dans ce but remontent à 1842, et sont dues k un pc~ cbeur français nommé Rémy, qui habitait le village de La Bresse, dans les A^osges. A force de persévérance et de sagacité, Bémy a pu repeupler de Truites les environs de Bemirecourt, d’où ces Poissons disparaissent rapidement depuis plusieurs années, et sa découverte a été le point de départ de toutes les grandes entreprises de pisciculture qui existent maintenant en Europe et en Amérique.

La pisciculture est toutefois bien antérieure à la découverte de Piémy. Les Chinois, qui nous ont devancés dans une fouie d’arts et d’industries, la pratiquent depuis l’antiquité la plus reculée. Les Romains s’y sont livrés également avec grand succès et étaient meme parvenus à acelimater définitivement dans l’eau douce certains Poissons de mer. Mais, chez les Chinois et les Romains, la pisciculture se faisait d’une manière empirique, pour ainsi dire, et n’avait de eommun avec la méthode actuelle que le but.

« Rémy ayant pris plusieurs Truites femelles prêtes à frayer, s’aperçut qu’en les serrant un peu dans la main, il en faisait SOI tir les oeufs murs (fig. 0/ / ), et que la meme ebose arrivait pour la laitance des mâles. Alors il suspendit une femelle audessus d un vase plein d eau, et au moyen d une legere pression exercée de haut en bas, il fit tomber les œufs, sur lesquels il répandit ensuite de la même manière la laitance. 11 mit

PISCICUJJUKE.

ensuite ses œufs dans une boîte en fer-l)lanc percée de niille trous et garnie d’une couclie de sable à gros grains, il plaça la boîte dans une fontaine d’eau pure ou dans le lit d’une rivière; au bout d’un certain temps, il vit les petits éclore.

« Sûr de 1 ni dorénavant, il s’associa un autre pêcheur, Géliin, et tous deux travaillèrent dès lors à perfectionner l’œuvre. Ce n’était pas tout d’avoir soustrait les œufs aux chances de destruction qui les menacent lorsqu’ils sont abandonnés à euxmêmes, il fallait encore assurer le développement des jeunes et leur trouver une nourriture en rapport avec les besoins de leur âge : c’est ce que llémy et Géhin surent faire. Après deux ou trois semaines d’un régime approprié à ces besoins, ils ouvrirent les boîtes qui contenaient le fretin et le laissèrent courir librement dans une pièce d’eau ou dans une portion de la rivière disposée pour le recevoir. Ils avaient eu soin d’y élever à l’avance un grand nombre de Grenouilles, dont le frai est très recherché par les jeunes Truitons. Puis ils recoururent plus tard à un procédé tout à fait conforme à ce qui se passe dans la nature. Pour nourrir les jeunes Truites, ils semèrent à côté d’elles d’autres espèces de Poissons plus petites et herbivores. Celles-ci s’élèvent et s’entretiennent elles-mêmes aux dépens des végétaux aquatiques; à leur tour elles servent d’aliment aux Truites qui se nourrissent de chair. Ces pêcheurs sont arrivés à appliquer à leur industrie une des lois générales sur lesquelles reposent les harmonies naturelles de la création animée. Quelques années après, llémy et Géhin possédaient une pièce d’eau renfermant cinq à six mille Truites depuis l’âge d’un an jusqu’à trois, toutes élevées par ce procédé. »

La divulgation des succès obtenus par les pêcheurs de La Bresse a imprimé une impulsion puissante à la j)isciculture et provoqué de toutes ])arts des applications variées. Des savants éminents se mirent à la tête du mouvement et lui prêtèrent l’appui de leur nom et de leur autorité. Parmi eux il convient de citei’ Coste, professeur au collège de Fiance, qui lit enti'cr

nscicuLTimK.

la pisciculture dans une voie scientifique, et grâce auquel lut créé à Iluningue un établissement modèle. On peut dire que

c’est de la création de cet établissement que date le mouvement piscicole en Europe.

Pendant près de vingt ans, Iluningue a fourni à toute l’Europe des millions d’œufs fécondés et d’alevins, et son succès,

Fig. 578. — Incubateur Coste.

considérable dès le début, n’a fait que croître encore d’année en année. On y cultivait surtout des Salmonés, la Truite, le Saumon, l’Ombre et laFéra. Aujourd’hui, l’établissement d’IIu-

l'ISCICLiLTDUE.

ningiic ne nous appartient plus : les Prussiens, en nous ravissant l’Alsace, en sont devenus les maîtres.

La pisciculture, née en France, et j)resque aussitôt portée chez nous a son plus haut degré de développement et de per-

Fig-, 579. — Canaux à incubation.

fection, se répandit bientôt dans les autres pays. Le succès d’Iluningue était si éclatant que les autres nations voulurent posséder aussi des établissements piscicoles construits sur des }>rincipes analogues. C’est ainsi que maintenant l’Angleterre, la Hollande, la Russie, la Belgique, l’Allemagne, la Suède, l’Italie, le Canada, les Etats-Unis, etc., ont vu naître et prospérer

chez eux cette nouvelle branche de l’industrie. En France, la pisciculture est passée dans le domaine public, et le nombre est grand des élahlissements privés où Fon élève et culti\e

les Poissons d’après les règles si bien formulées par Coste, Les œufs sont ‘ordinairement placés sur des claies (lig. 578 ) formées de bâtonnets de verre, assez rapprochés les uns des autres pour retenir les œufs, assez écartés cependant pour livrer passage aux alevins au moment de leur éclosion. Ces claies sont placées au-dessus d’auges dans lesquelles l’eau se renouvelle sans cesse et plongent elles-memes dans Peau. Dès qu’ils éclosent, les jeunes Poissons (lig. 580) passent à travers la claie et tombent dans l’auge (fig. 579), où ils trouvent de l’eau toujours fraîche et assez d’espace pour se livrer h leurs ébats. On les soumet alors à une surveillance active, et ce n’est que ])lus tard, lorsqu’ils sont devenus assez grands, qu’on les porte dans des bassins où on ne doit point non plus les perdre de vue un seul instant. Lorsqu’on les élève pour la vente, on peut expédier ou bien les œufs eux-mêmes, en les entourant de grandes précautions, ou bien les alevins, mais seulement lorsqu’ils ont atteint déjà une certaine taille.

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