CHAPITRE XIII
J^ HoUiuques oa de la huitième classe 4e8 animaux.
7i0. Sous ce nom de Mollusqubs , qui signifie mous , on a réuni (1) tous les animaux dont le tronc ou la partie moyenne du corps n'est pas formée de pièces distinctes mobiles, et dont la peau est généralement très-molle, quoique protégée souvent» en grande partie , par une croûte calcaire ou par des coquilles (668). Leurs orgaaes du mouvement varient beaucoup et ont permis d'établir la plupart des ordres de cette classe. Les mollusques ont des nerfs qui correspondent à un renflement ou ganglion principal , constamment situé au-dessus de Torigine du tube intestinal; ces nerfs, qui rarement forment des ganglions ou qui éprouvent un petit nombre de renflements sur leur longueur, se rendent à tous les oi^anes. Leur cavité digestive QSt un tube à deux ouvertures séparées. Leurs humeurs sont contenues dans des vaisseaux, dont les uns, comme des veines^ aboutissent ou se rendent à un ou plusieurs agents d'impulsion, et les autres, qui font Toflice d'artères, en proviennent évidemment. Tous sont doués d'oi^anes spéciaux pour la res^ piration de l'air ou de l'eau, et ils sont ovipares ou ovovivipares, quoiqu'ils présentent de très-nombreuses modifications dans la disposition des sexes, qui sont tantôt réunis, tantôt distincts dans les individus.
711. C'est surtout en comparant les mollusques avec les animaux des autres classes qui n'ont pas de vertèbres, qu'on peut assigner leurs véritables caractères. Ainsi on reconn^dt qu'ils diffèrent des zoophytes , parce que ceux-ci n'ont pas de vaisseaux , ni d'organes respiratoires distincts, et que s'ils ne sont pas privés de nerfs, ils n'offrent pas de cerveau isolé ou de
(0 Quoique Cuvier n'ait pas créé le nom de mollusques, il est le premier naturaliste qui ait véritablement établi cette classe et ses divisions. Avant 1795, première date de ses travaux sur ce sujet, on rangeait cet animaux avec les vers et les polypes.
ganglion principal au dessus de Torigine du tube intestinal. 11$ diffèrent ensuite des vers ou annelides, dès crustacés et des insectes , parce que , dans ces trois classes , an trouve constamment un tronc formé de pièces articulées , et surtout parce que, dans les insectes et les cruistacés, il y a des membres composés de petits leviers mobiles les uns sur les autres.
712. Il serait difficile de faire connaître les formes et la structure de ces animaux d*une manière générale , parce que leur organisation offre trop de différences dans les ordres ; nous sommes donc obligés d'indiquer d'abord la classification des mollusques, pour exposer avec plus de méthode les particularités que présentent leurs fonctions , et afin de pouvoir nous servir des dénominations sous lesquelles ou désigne les ordres de cette classe. On a partagé la classe en six ordres ou groupes principaux, qui d'abord ont été rapportés à deux sections primitives, lesquelles comprennent chacune trois de ces divisions, suivant que les espèces présentent une tête distincte ou non. Les espèces céphalées , ou dont la tête se distingue du reste du corps par une sorte d'étranglement, et de plus par la présence des yeux et de quelques autres organes des sens, sont d'aboi:d les céphalopodes^ifi^, 7) (719), qui ont autour de la tête de trèslongs appendices charnus qui leur tiennent lieu de membres, et avec lesquels ils s'attachent et se transportent; chez les autres, on n'observe pas ces organes du mouvement, et leurs translations s'opèrent soit avec des lames membraneuses qui font l'office de nageoires, tels sont Xe^ ptéropodes (fig. 8) (724), soit à l'aide d'un plan charnu placé sous leur corps , et qui leur sert comme d'un pied , d'où ils ont reçu le nona de gastropodes (fig. 9) (723). Les espèces de mollusques dont là tête n'est point distincte du reste du corps ont tantôt des tentacules soit mobiles et charnus, comme les brachiopodes (fig. 11) (740) , soit des pièces cornées ou calcaires comme articulées , on les nomme alors cirrhopodes (fig. 12) (741); enfin, dans la dernière division , on a placé tous les mollusques qui y n'ayant pas de téta distincte, ni d'organes apparents des sens, sont aussi privés de toute espèce de tentacules mobiles, tels sont les acéphale$ (fig. 10) (734).
713. £n résumé on obtient la classification suivante, dans la-
quelle on remarquera que les mollusques qui se rapportent au sixième et dernier ordre ne réunissent pas, jusqu'à un certain point, tous les caractères assignés à la classe, et qu'ils semblent se rapprocher de celle des crustacés, puisque ces cirrhopodes portent des appendices solides , mobiles et véritablement articulés, quoique leur tronc ne le soit pas :
Atèto
ORDRES
/ tr^longi , serrant de pledf !• cii>HAu>roDBs.
*'îlÏ£!f..Li \ l nageant à l'aide de mcmtenucules J ( ^^^^ „. „i,oMD«a,
\ courts ott nuls <
\ se tratnant snr le ven*
\ tre III. OASTKOPOBES.
Î/ mous , cbamas V. bracviombes.
à tentacules. . \ \ cornés , articulés VI. ciaaHOPODBs.
sans tentaonles lY. acéphales.
714. Les mollusques ne paraissent pas être tous formés sur un môme type. Leur configuration extérieure n'a rien de constant ni dans les ordres, ni dans les familles, ni même dans les genres qu'on y rapporte. Leur peau est généralement molle, visqueuse ou gluante, elle forme autour du corps une sorte d'enveloppe qu'on a nommée le manteau. Ce tégument , dans la texture duquel entrent la plupart des muscles qui s'y fixent et le meuvent, varie beaucoup pour la solidité et la structure, et même pour l'étendue et la disposition des ouvertures qu'il présente. Il est doué d'une assez grande sensibilité dans toutes ses partie». C'est le plus ordinairement dans l'épaisseur et au debors de cette enveloppe, que se sécrètent et se déposent les croûtes calcaires qu'on nomme coquilles (738), dont le nombre, la forme , la composition et les couleurs varient beaucoup. On distingue d'abord ces coquilles en univalves , bivalves et multivalves^ suivant qu'elles sont formées pour cbaque animal d*une, de deux ou de plusieurs pièces plus ou moins régu-
liëres et symétriques, simples ou cloisonnées , droites ou contournées , comme enroulées sur elles-mêmes. Le plus souvent ces coquilles sont recouvertes au-dehors d'une sorte d'épiderme corné, que Ton désigne sous le nom de drap, parce qu'on y aperçoit comme un tissu de fibres feutrées ; les taches , les bandes, les traits colorés plus ou moins réguliers qu'on aperçoit à l'extérieur des coquilles, les couches de diverses teintes, nacrées et chatoyantes, ou à reflets changeants, dépendent con* stamment du mode de sécrétion qui les a produits.
745. Les organes destinés à Ik locomotion des mollusques sont souvent placés, comme nous l'avons dit, dans les t^ments extérieurs ; tels sont les bras des poulpes , le pied des limaces, des colimaçons et des autres gastropodes; les membranes ou feuillets mobiles des ptéropodes, comme ceux de la firole, de la carinaire. Quelques genres, munis d'une coquille bivalve, ont dans l'intérieur de leur manteau un pied charnu , mobile et allongeable, dont la forme varie beaucoup et correspond au genre de vie, comme on l'observe dans les moules, les cames, les Vénus ; presque tous ont des muscles intérieurs pour mouvoir les valves de leurs coquilles sur la charnière dont la disposition^et les ligaments diffèrent dans la plupart des genres. Enfin, comme moyen de transport, on observe que quelques espèces font jaillir rapidement de leur corps une colonne du liquide dans lequel ils sont plongés, et qu'ils avaient aspiré dans ce but; que d'autres ont dans leur intérieur une vessie hydrostatique qu'ils compriment ou relâchent, pour faire augmenter ou diminuer à volonté leur pesanteur spécifique.
716. Quoique les mollusques aient tous une espèce de cerveau, sorte de renflement du système nerveux, placé au-dessus de leur bouche , et une autre suite de ganglions destinés à communiquer entre eux et à fournir des nerfs à leurs divers organes, ils n'offi'ent aucune disposition commun^ (1). On peut faire les mêmes observations pour les organes de sens. Les esrpèces qui se meuvent le mieux en ont un plus grand nombre, et ces organes sont chez elles mieux développés. Ainsi les yeux
(0 Dans la planche des mollosques la figure l' représente le système neryeui d'an poulpe, a est l'anneau œsophagien ; b le cerveau ; ee les ganglions oj^iqueM d les f;an(^lioD8 Ulérau](; e les ganglions abdominaux.
4« W$ HCfLLUSOtB^
soqt Yi§iM^ surtout daps les céphalopodes, ensuite dans \m S^icpppdes, et qq ne recooDait plus ces oigaoes dans les acéphales §t daos la plupart des autres ordres. L*ouie , Todorat» le goût, Q§ paraissent pas très-développés; on doute môQ^ que ces sens existent chez quelques espèces, Quantàrorgane^u jlpVtcber, il doit être d'autant plus manifeste ou plus sepsibk» q^§ Vapimal est plus mou et ses diverses parties plus mobiles.
717. (.es organes de la nutrition sont toujours en rapport» pour leur développement , avec ceux du mouvement. L^ uns prqnoent une nourriture solide qu'ils peuvent saisir, diviser et avaler par fragments ; ils ont été munis dans ce but d'une sortu de bec ou de deux màcboires tranchantes, comme on le voit dans les seich^, ou de lames cornées, coupantes ou sciantes» comme dans les limaces et un grand nombre de gastropodes» et alors ils oi^t des glandes propres à sécréter une sorte de sa^ livq; pu ils n'ont qu'un simple siphon ou tuyau aspirateui; comme dans la plupart des bivalves ou acéphales. Le tube in^ testinal est libre et n'est pas retenu par un péritoine replié pour former un mésentère; il a deux orifices distincts dont la positiqn varie ; la plupart ont un foie et des organes excréteurs analogues aux reins. Chez tous il y a une circulation complète, c'est-à-dire un système veineux qui se rend au cœur et un, dit artériel, qui en provient. Leur sang ou leur humeur circulante» dont la couleur varie, vient se mettre en contact, soit avea l'air dans une cavité pulmonaire , soit avec l'eau sur des feuillets membraneux placés à l'intérieur ou à l'extérieur du corps. Ces branchies varient beaucoup; ce sont des lames, des houppes, des divisions branchues et ramifiées.
718. Enfin, sous le rapport de la fonction reproductrice, les mollusques présentent encore de nombreuses modifications* Chez les uns, comme dans les seiches et autres céphalopodes, il y a des mâles et des femelles, et les individus sont distincts par le sexe. Chez la plupart les sexes sont réunis; mais les ordres qui comprennent les espèces les plus motiles présentent de véritables hermaphrodites qui ont besoin de se rechercher et de se joindre pour ôtre fécondés réciproquement l'un par l'autre; tels sont les gastropodes. Chez les acéphales, au contraire, qui, la plupart, sont tout à fait fixés ou peu motiles,
on observe des androgynes (644) qui ont à Tintérieur les moyens de féconder leurs germes, lesquels s'en séparent complètement après avoir été sécrétés et vivifiés par un seul et môme individu. Le plus grand nombre des mollusques sont ovipares; quelquesuns sont ovovivipares. Les œufs varient par la forme et pour les enveloppes; il en est de ronds , d'ovales, de pédicules, d'isolés, de réunis; à coque molle, calcaire ou cornée.
7i9. On reconnaît au premier aspect les Céphalopodes (fig. 7); ce sont en général de grosses masses charnues, qui semblent renfermer le corps d'un animal comme dans un sac (a), garni quelquefois de nageoires sur les côtés. Leur tête (b) sort de ce sac; elle est grosse, munie de deux yeux (ce), et surmontée de longs appendices. Quelques espèces se forment une coquille, toujours apparente au dehors, et dans laquelle elles se retirent. On n'a encore observé ces animaux que dans l'eau salée. Leurs branchies sont cachées au dedans du corps, et communiquent au dehors par des oriiîc-es différents pou^ l'entrée et pour la sortie de l'eau. Leur système circulatoire est tout particuher : la grande veine qui dirige le sang vers les deux branchies, se partage en effet en deux canaux prin* cipaux pour former deux sortes de ventricules branchiaux, et le sang, qui revient vivifié de ces organes, se rend dans un troisième cœur qui le chasse dans tout le reste du corps : de sorte que ces animaux ont trois ventricules ou trois cœurs distincts. Ils s'accrochent et se traînent sur les rochers des bords de la mer, à l'aide de huit à dix bras ou appendices garnis d'un grand nombre de petites cupules en forme de suçoirs ou de ventouses ; au centre de ces bras est la bouche. Les sexes sont distincts, les femelles sont plus grosses que les mâles, et ces derniers sont autrement colorés. Les œufs sont ordinairement réunis en grappes , couverts d'une matière cornée que la mer rejette souvent sur les bords quand ses petits sont éclos. Ou les nomme vulgairementramw* de mer. Ces animaux se nourrissent de crabes, de mollusques et autres animaux marins. Ils n'ont que deux mâchoires (d) semblables au bec d'un perroquet : leurs sexes sont séparés; tous, lorsqu'ils sont inquiétés, rendent une liqueur brune et odorante qui se délaye facilement dans l'eau, et qui en trouble la transparence. On mange le manteau, ou la
chair de quelques espèces ; cependant c'est une substance coriace et peu recherchée.
720. Il y a très-peu d'espèces, connues dans cet ordre, qui peut être considéré comme une famille naturelle. On divise ces mollusques en ceux qui ont le corps nu, tels que les seiches (fig. 7), les poulpes et les calmars; et en ceux qui ont une coquille, comme les argonautes, les nautiles, les spirules.
721. Les seiches^ les calmars et les poulpes se ressemblent beaucoup entre eux; mais ces derniers n'ont que huit bras égaux entre eux, très-longs, et près de six fois plus que le reste du corps, tandis qu'il y en a dix autour de la tête des seiches et des calmars, dont deux sont beaucoup plus longs que les autres, et à Taide desquels Tanimal se fixe sur les rochers , comme avec une ancre. On trouve dans le dos des seiches une matière calcaire, de forme ovale, aplatie, qui s'appelle vu^airement (nscuit de mer ou écume de mer (e), et dont on se sert dans les arts pour polir les métaux précieux. Dans les calmars, la substance qui remplace cet os est comme cartilagineuse. On retire aussi du corps de ces animaux une bourse membraneuse qui contient une humeur noire, dont l'animal fait usage pendant sa vie pour se soustraire à la poursuite de ses ennemis, en colorant l'eau dans laquelle il est caché. On emploie cette matière dans la peinture; on l'appelle sépia. On croit que certaines encres, dites de la Chine, sont faites avec une humeur semblable, desséchée et moulée en tablettes ou en bâtons.
722. Les poulpes n'ont que huit tentacules d'égale longueur : aussi les a-t-on nommés octopus. Jamais leur corps, ou le manteau qui le recouvre, n'offre de lames ou de replis particuliers; la couleur de cette enveloppe est sujette à varier et à se modifier par places comme la peau du caméléon. On a vu des individus de ce genre d'une dimension considérable, dont chaque pied , par exemple, égalait en longueur près de sept décimètres, ce qui suppose une circonférence totale six fois plus grande, puisque chacun de ces bras doit en être considéré comme un rayon.
723. L'histoire de V argonaute est si singulière, que, quoiqu'elle ait été écrite par les anciens, on l'a regardée longtemps comme une fable. Qu'on se figure une petite nacelle à parois
transparentes, et construite sur le modèle le plus élégant : un animal placé au milieu de ce frêle bâtiment, qui, pour se diriger, profite du souffle des vents, auxquels il présente une membrane servant de voile, et place sur chaque bord quatre bras allongés faisant l'office de rames : voilà le tableau exact qu'offre, l'argonaute. Un ennemi s'approche-t-il , aussitôt rames et voiles, tout rentre au dedans : la galère chavire et fait naufrage Mais Torage est-il passé, bientôt elle reparait à la
surface de Tonde; elle vogue et continue tranquillement sa route. On sait maintenant que le poulpe, pilote de ces coquilles, dont on connaît quatre ou cinq espèces , les a lui-même fabriquées, et qu'il ne profite point, comme le pagure ermite, d'une demeure abandonnée. On a observé dans le corps de l'un de ces animaux des petits tout formés avec leur coquille ; on a appris par là que l'argonaute était vraiment le constructeur de ces jolies nacelles, qu'on nomme ordinairement naua7e« papyracés. Les coquilles des nautiles et des spirules sont cloisonnées, mais chacune de ces cloisons ou de ces diaphi*agmes communique avec la loge suivante par un petit canaJ que l'on désigne sous le nom de siphon : ces dernières sont cachées par le manteau de ranimai. On a rangé dans cette famille beaucoup de coquilles fossiles cloisonnées que l'on suppose avoir appartenu à des mollusques analogues. Telles sont entre autres ceUes des bélemnites, des cornes d^ammon ou des ammonites, des arihocéraiites, des nummulites ou pierres lenticulaires, etc.
724. L'ordre des Ptéropodes (fig. 8) ne comprend encore que quelques petits genres dont l'histoire est peu connue; ils n'ont pas de véritables pieds, mais des nageoires qui garnissent les côtés de leur bouche. Tous sont hermaphrodites et sont libres et tlottants dans l'eau de la mer. On y rapporte les hyaies (fig. 8) qui ont une coquille cachée par le manteau; elle est demi-transparente, très-mince, et c'est ce qui a fait donner à l'animal le nom qu'il porte, ainsi que les clios, qui sont trèscommunes dans les mers du Nord, et dont les baleines semblent faire leur principale nourriture, et les pneumodermes qui ont le corps à nu.
725. Le nom de Gastropodes (fig. 9) annonce que ces animaux se U:ainent sur le ventre. Tous ii^ mollusques de cet
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ordre, qui comprend un très-grand nombre de genres et d'espèces, ont une conformation analogue : leur tête est le plus ordinairement garnie d'appendices très-mobiles, qui sont des organes du toucber. Quoique hermaphrodites, pour la plupart, ils s'accouplent. Ils ont la faculté de se contracter considérablement. La plupart exsudent une humeur muqueuse, souvent colorée et odorante; les uns ont le corps complètement nu , un petit nombre ont une coquille à l'intérieur; mais souvent ils ont le corps protégé par une coquille d'une seule pièce, ordinairement roulée en spirale de diverses manières, et dont l'ouverture varie pour la forme ainsi que par la présence ou l'absence d'un épiêtome ou opercule mobile , de matière cornée ou calcaire. Leur respiration s'opère de trois manières différentes, et a donné occasion d'en former trois familles qui paraissent trè&naturelles. Les uns, sous le nom de dermobranches (726), ont des branchies au dehors, en forme de lames ou de panaches; les autres ont des branchies intérieures, mais communiquant au dehors , tantôt par un simple trou : ce sont les adélobranches (728), et ceux-là respirent l'air en nature, et sont ditspulmonés; tantôt le liquide entre et sort par un tube ou h l'aide d'un siphon musculaire et contractile, tels sont les siphonobranches (731) , qui ne vivent que dans l'eau.
726. La famille des Dermobrànches comprend des gastropodes aquatiques, dont le plus grand nombre ne sort pas des eaux de la mer. Les uns sont nus et ont des branchies, soit en forme de panaches autour de l'anus, comme les doris, ou sur le dos, comme les tritonies et les scylîées; soit en forme de lames entuilées, c'est-à-dire placées les unes sur les autres en recouvrement, comme dans les éolides et les phyllidies; tantôt les mollusques de cette famille ont le corps protégé par un test, soit d'une seule pièce, comme dans les patelles et les or^ tniers ou oreilles de mer, soit d'un grand nombre de pièces articulées, comme dans les chitons ou oscabrions.
727. Les genres dont Je corps n'est pas protégé par une coquille sont peu connus, parce qu'il est difficile de les conserver, et qu'ils se déforment après la mort. Ceux qui ont des coquilles ont été mieux décrits, au moins quant à leur test. Les Qscabrions ressemblent encore beaucoup aux limaces; mai^
DES «QLMISÛljES. (^
leur dos est revêtu d*une sorte de cuirasse composée de di^ à vingt petites coquilles, qui sq recouvrent comme les tuiles d*uil toit, et qui sout enchâssées dans Tépaisseur de la peau. Ces animaux vivent dans la mer ou sur les rochers; ils se nour* rissent de varecs. On donne le nom de paHUei aux animaux gui viyent sous une coquille d'une seule pièce, saus spirale, ressemblant i uqe sorte de petit vase. C'est un toit protecteur sous lequel l'animal se tient entièrement caché ; il le fait tell^ ment adhérer aux rochers, qu'il eçt impossible de l'en détacher sans employer les plus grands efforts. Quelques-unes de ces de* meures sont percées à leur sommet pour laisser sortir les ex* créments ; on les nomme fmurelUê; d'autres ont intérieure* ment une lame saillante, qui les fait en quelque manière ressembler à un soulier, ce qui leur a valu le nom de cré^ piduU.
728. Les Apélobbanches ou pulmonés sont les mollusques gastropodes qui respirent l'air par un simple trou ou par une fente qu'on remarque sur les côtés du corps sous le rebord antérieur du mau^au. Cette ouverture communique avec une cavité intérieure où l'air pénètre, et où viennent se distribuer les ramifications des vaisseaux pour y recevoir l'iniluence de la respiration. Cet ordre renferme un très-grand nombre de geures , dont les uns ont le corps nu ou non protégé au dehors par une coquille : tels sont les aplysies^ les limaces; et d'autres sont tAtacés, comme les hélicet ou colimaçani^ les planorbes^ les idbots^ les nériteSy etc., etc.
7^8. Tout le monde connaît ce gros limaçùn ou limace sans coquille, de couleur presque aurore, qui se traîne dans les lieux humides, et qui laisse derrière lui une trace d'une matière glai* reuse, qui brille encore beaucoup lors même qu'elle est dessé-* chée ; c'est l'animal dont nous allons parler. Faire son histoire, c'est indiquer à peu près celle de tous les gastropodes, l^a peau est coriace et difiicile à déchirer; elle change de forme; mais la partie arrondie est le dos, la portion plate est le ventre; le devant où sont les cornes est la tête; l'extrémité, qui semble traînée en arrière, et qui se termine en pointe, est laqueue. Cet animal, tout dégo(Uant qu'il parait au premier aperçu, mérite cependaut d'être étudié par le naturaliste : il a sur la
»i DES MOLLUSQUES.
tète quatre cornes, ou tentacules, qui peuvent rentrer au dedans; les deux plus longues portent les yeux; il se nourrit de feuilles et de fruits, qu*il coupe à Taide d'une seule dent de la forme d'un croissant. Les organes de la génération sont placés sur le c6té droit du cou, près de Touverture qui donne issue aux excréments. Ces animaux pondent leurs œufs dans la terre. Les parties de leur corps, même les yeux et la bouche, se reproduisent lorsqu'elles ont été coupées. Les diverses espèces de limaces rouges, jaunes, grises, appartiennent à ce genre.
730. Les aplysies, qu'on nomme aussi lièvres de mer, ressemblent beaucoup aux limaces. On les trouve sur les bords de la mer, principalement sur les rives de la Méditerranée. Plusieurs espèces répandent, lorsqu'on les saisit, une humeur puante qui produit des ampoules sur la peau et qu'on a regardée longtemps comme un poison ; d'autres exsudent des liqueurs colorées qui se mêlent à l'eau et la rendent q>aque.
751 . L'organisation deceuxdes adélobranches qui vivent dans les coquilles roulées en spirale , est à peu près la môme que celle des limaces terrestres. Seulement le dos n'a point cette peau coriace qui laisse exsuder la matière muqueuse, et les intestins, recouverts d'une membrane, sont roulés en spirale dans l'intérieur de l'enveloppe calcaire. On appelle ««car^or<, hé* lices ou colimaçons les espèces qui ont la coquille globuleuse, ou dont la spirale fait saillie, tels que les grands et petits escargots; la livrée ou à bandes, etc., les bulimes, les maillon y dont la bouche et les tours de spire sont différentes; enfin les h'm* nées et les planorbes celles dont les spires s'enveloppent sur un même plan.
731.^ Les gastropodes Siphonobranches ne comprennent que des espèces marines testacées. On reconnaît à leurs co* quilles qu'elles appartiennent à cette famille, car tous ces tests offrent, du c6té de la bouche, une échancrure ou un canal destiné à recevoir les tubes respiratoires. Les unes ont un opercule, comme les cérites^ les pourpres ou murex y les casques^ les strombesy les cônes, les buccins j etc.; d'autres n'en ont p^is, comme les vis, les volutes, les cyprées ou porcelaines. La plupart de ces mollusques ont un pied plus ou moins large, formé par la partie inférieure du ventre , qui rentre dans la coquiU^,
DES MOLLUSaUES. 55
OU qui en sort à la volonté de ranimai. Ce pied sert à sa pro* gression.
752. La forme des coquilles appelées porcelaines est trèssingulière, elle représente la moitié d*un œuf; la partie arron* die est toujours lisse et polie naturellement; elle est marquée des plus belles couleurs; le dessous est plat ; on y voit une ou« verture longue, étroite, ordinairement ridée, comme dentelée, par laquelle sortent deux parties du corps de l'animal qui Ta construite, et qui la recouvrent de Tun et de l'autre côté comme un manteau. Les animaux qui vivent dans cette coquille ne se trouvent que dans le fond de la mer, et n'approchent pas de ses bords.
753. On a appelé pourpres ou rochers les coquilles dont Touverture se prolonge en un canal par lequel l'animal fait passer un tube qui sert de conduit à l'eau des branchies. L'une des espèces de ce genre fournit une humeur rouge foncée, qu'on croit être la môme que celle qui était employée par les anciens pour teindre en écarlate. La liqueur qu'on trouve dans l'animal, et qui est analogue à l'encre des seiches, est d'abord blanche : elle devient bientôt verte, et elle ne rougit que lorsqu'elle a été quelque temps exposée à l'action de la lumière.
734. Nous avons vu que les mollusques qui ne marchent ni sur la tète ni sur le ventre, et chez lesquels on ne voit point distinctement les yeux ni la bouche , ont été appelés Acéphales. Tous ces animaux vivent constamment et nécessairement dans l'eau, et ils ont des branchies. L*orifice qui leur sert de bouche est toujours sans dents et ils ne peuvent absorber par conséquent qu'une sorte de bouillie ou de liquide. Ils sont généralement hermaphrodites. On trouve parmi ces animaux un petit nombre d'espèces qui n'ont point du tout de coquille : ce sont les hiphoreSy les mammaires et les a^scidies, La plupart cependant sont renfermées entre deux valves, et quelques-unes en ont même plus de deux; toutes ont le corps enveloppé dans une sorte de fourreau ou de manteau charnu , le plus souvent ouvert sur le côté, comme dans les tellines^ les venus, les bu~ cardesy les moules^ les jambonneaux^ les huîtres (flg. iO), les peignes; mais il n'est pas ouvert dans les s&lens ou manches de couteau y dans \e& pholades et les tareis. Quand ces ani-
maux habitent des coquilles, ils peuvent en rapprocher les valves à Taide de muscles très-robustes ; ils respirent par des branchies placées sous le manteau. Quelques espèces se naeuvent à Taide d'un pied qu'ils peuvent allonger et raccourcir ; la bouche est cachée, et ne porte jamais de dents. Tous ont les deux sexes réunis, et ne s'accouplent pas.
735. On a donné le nom de tarets à des animaux marins qui font dans le bois des digues ou des vaisseaux des trous profonds, semblables à ceux que produirait le fer d'une tarière. Leur corps est garni de deux grandes coquilles qui ne se rapprochent point aux extrémités, il y a là d'un côté deux petites pièces qui paraissent propres à couper le bois; de l'autre côté il y en a deux autres qui tiennent lieu d'opercule. Ces animaux semblent se loger dans le bois, non-seulement pour s'en nourrir, mais pour s'y mettre à l'abri. Ce sont eux qui, en 1731, ont détruit en grande partie les pilotis des digues ,de la Zélande : c'eût été un très-grand malheur que la rupture complète de ces digues, car toute cette belle province de Hollande aurait été entièrement submergée, puisque son sol est beaucoup plus bas que le niveau de la mer.
736. Les pholades et les gcmtrochènes creusent les pierres et les rochers calcaires, comme les tarets percent le bois. On croit qu'elles ramollissent la pierre à l'aide d'un acide qu'elles dégorgent. Comme ces animaux grossissent dans leur trou, ils ne peuvent plus sortir du conduit par lequel ils sont entrés. Souvent les pholades se croisent dans leurs mines, alors l'une des coquilles est percée d'outre en outre, ainsi que l'animal qu'il renferme. Il n'est point rare d'en rencontrer ainsi dans les blocs de pierre; on en trouve souvent de fossiles : on reconnaît leurs coquilles à une sorte de crochet qui se voit en dedans près de la charnière.
737. Il y a des moules d'eau douce d'étang et de rivière dites anodontes et mulètes, et d'autres qui vivent dans la mer; ces dernières sont les plus curieuses. Elles sont presque toujours retenues à l'ancre, à l'aide d'une sorte de soie ou de by^sus, qu'elles ont elles-mêmes filé en tirant une humeur d'une glande particuhère, à l'aide d'un appendice ou pied qui ressemble à une petite langue. Ces animaux sont ordinairement
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atlachéa en grand nombre sur les rochers; on les mange crus ou cuits. C'est une espèce du genre des jambonneauiv qui fourlût ce byssus, cette sorte de laine si estimée à cause de sa finesse et de son aspect soyeux, qu'on nomme laine de pinne-^ marine^ soie de mer^ poil de nacre, dont on fait de .trèsbelles étoffes à Tarente et à Smyrne, et même en France, où Ton en a fabriqué des draps moelleux, brillants, très-fins et très-solides, ainsi que des tricots, tels que des bas, des gants. C'est encore une espèce voisine de ces genres qui fournit les perles et la nacre : on la nomme aronde. Nous en parlerons dans l'article suivant.
738, les coquilles, ou les valves qui recouvrent les mollusques, se forment dans l'épaisseur de leur peau par une exsudation du manteau (714) : elles s'.accroissent toutes par leur bord; cependant quelquefois elles augmentent aussi en épaisseur sur leur face interne. Dans le plus grand nombre des coquilles, les taches qui se voient au dehors sont régulières , parce qu'ellesi ont été produites par les mêmes parties du manteau. Il en est dont l'intérieur est d'une belle couleur nacrée. Quand, à la suite de quelque maladie ou de quelque accident , cette matière nacrée n'a pu bien se coller à la face interne de la coquille, le suc s'épanche et forme des globules qu'on nomme perles. On recherche beaucoup ces espèces de concrétions, auxquelles on attache du prix parce qu'elles sont très-brillantes. Les plus précieuses» qu'on nomme orientales, en style de joaillier, sont pêçhées dans le golfe Persique, à Ceylan et sur la côte du Japon, par des hommes habitués dès l'enfance à rester, dit-on , près d*un quart d'heure sous l'eau. Les plus grosses sont les plus estimées : l'une de celles-là a été vendue 480,000 francs.
759. Le genre des hmlres (ûg. 10) et celui des pèlerines qui en est voisin, renferment des animaux dont l'organisation est semblable, mais qui sont contenus dans des coquilles différentes. L'une des valves est plate ; l'autre est plus ou moins cQave^e. Leur manteau est ouvert dans presque toute son étendue; il enveloppe quatre branchies ou feuillets; leur bouche est bordée de quatre lèvres. Ces animaux n'ont pas de pieds et sont compléteine^nt hermaphrodites , pouvant se féconder eux-mèm^% Fr^quQ tQutes les espèoes sont attachées aux rochers; on
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croit cependant que , lorsqu'elles sont libres, elles peuvent un peu se déplacer et même s'élever dans Tair en faisant pénétrer et sortir subitement Teau de la mer entre leurs valves, qu*elles font en effet ouvrir et rapprocher avec une force et une vitesse extrêmes. On mange tous ces animaux ; les huîtres sont surtout recherchées pendant Thiver. Les coquilles des pèlerines sont d'une texture si solide qu'elles résistent à l'action du feu, et qu'on s'en sert avec avantage, comme de petites assiettes, pour faire cuire les aliments à une forte chaleur.
740. Le cinquième ordre des mollusques comprend les Bra* CHiopoDES, qui ont un manteau ouvert et formant deux lobes garnis à l'intérieur de petits feuillets branchiaux. Ils sont munis d'une coquille à deux valves fixées, et qui par conséquent ne leur permet pas de se mouvoir : ils peuvent en faire sortir deux tentacules mous, charnus, ciliés , avec lesquels ils saisissent et attirent leur nourriture ; leur organisation est d'ailteurs encore peu connue. Telles sont le^lingules de la mer des Indes, lestérébratules et les orbi€ules(ûg. H), et plusieurs autres genres. On trouve dans certaines pierres beaucoup d'espèces fossiles ou des coquilles qui paraissent avoir appartenu à des animaux de cette famille.
741. Le dernier ordre de cette classe, celui des Oierhopodbs ou Girrhipèdes (fig. i2), semble former une sorte de transition à la grande division des animaux articulés. On a même reconnu dans ces derniers temps que ces êtres très-singuliers, dont la plupart sont parasites et fixés, proviennent d'une sorte de larve analogue à un très-petit crustacé libre , qui était doué du mouvement de translation avant de se déposer sur les corps solides et d'y adhérer, et qu'alors ses formes venaient tout à fait à changer : de sorte que ces animaux établissent une sorte de transition naturelle ou de passage de la classe des mollusques à celle des crustacés , avec cette particularité que leur tronc ne présente pas d'articulations, ou des segments mobiles, quoiqu'il soit muni d'appendices articulés. Quelques espèces ont des mâchoires, mais surtout des sortes de pieds ou des nageoires formées d'un grand nombre d'articulations mobiles crustacées ou calcaires. Leurs coquilles sont le plus souvent composées de plusieurs pièces mobiles. Tels sont les balaniteset les anatifes.
DES MOLLUSQUES. ftT
It 742. Les balanites ou glands de mer sont renfermés dans une
k enveloppe conique de plusieurs pièces inégales, adhérente à
ï des corps solides et même à la surface de quelques êtres ma-
! rins vivants, comme aux huîtres, sur les tortues, les morses,
f les baleines : c'est peut-être même à cause de cette dernière
I particularité qu'ils ont reçu le nom de balanites. La forme de
1 leur test varie , ce qui les a fait subdiviser en tubieinelles et
coronules. On appelle anatifes (fig. 12), iépas ou pouce-pieds ,
des mollusques dont la coquille est composée de cinq à sept
valves principales, portées à l'extrémité d'un long tube charnu,
et fixées aux corps solides qui plongent dans la mer. L'anim^d
est plus au dehors de sa coquille qu'il n'est au dedans. Le nom
de pouce-pied vient de la ressemblance qu'on a cru voir entre
la partie testacée du corps de cet animal et l'extrémité du gros
orteil de l'homme , recouverte par l'ongle. On a cru autrefois
que certains canards, tels que les bernaches, provenaient de la
métamorphose de ces animaux, ce qui leur a fait porter ce nom
d'anatiféres , ou qui produit des canards. C'est une grossière
erreur qui est venue de ce qu'on a observé beaucoup de canards
dans les parages qu'habitent les anatifes, dont ces oiseaux sont
en effet fort avides. Au reste, nous le répétons, cette famille se
lie évidemment à la classe des crustacés.
M DBS ANRSUDBS.
CHAMTRE X!V.
bes Ànnelides, septième classe des animaux.
743. Les ÀNNEUDES sont des animaux de forme allongée » sans yertèbres et sans membres articulés , mais dont le tronc on la région centrale du corps est composé d*anneaux placés à la suite les uns des autres. Leur système nerveux consiste en nne série longitudinale de renflements , liés ou joints entre eux par un , ou le plus souvent par deux filets , comme une sorte de chapelet ; mais on ne connaît pas bien leurs organes des sens» dont plusieurs semblent évidemment manquer. Oa trouve dans leur intérieur un tube intestinal qui occupe la partie moyenne du corps, mais sans être libre, des brides transversales le liaitt à chacun des anneaux. Ils ont des vaisseaux qui contiennent u& sang quelquefois coloré en rouge , souvent des branchies on des organes respiratoires dont la position varie. Leur corps est toujours divisé comme par articulations, et leur tète n'ei^ pas distincte, excepté par l'oriâce de la bouche, qui offre un grand nombre de modifications dans les parties qui la consti*^ tuent (069).
744. Ces animaux vivent le plus ordinairement dans Teau , quelquefois dans la terre humide. On ne connaît point encore bien leurs mœurs, parce qu'il est difficile de les observer; on a seulement remarqué que quelques-uns se construisent une enveloppe, tantôt en agglutinant des grains de sable, tantôt en formant, par des exsudations, une sorte de coquille ou de fourreau calcaire qui les abrite et les protège. La plupart changent de lieu par le mouvement successif de chacun de leurs anneaux, qui sont ordinairement garnis de faisceaux de poils roides ; quelques-uns, dont la forme est aplatie , avancent en s'accrochant sur les corps par leurs deux extrémités, qui font l'ofiice de ventouse à l'aide d'un disque charnu et contractile. Ils sont hermaphrodites ou androgynes, et dans ce dernier cas ils ont besoin, pour se reproduire, d'un double accouplement comme mâle et comme femelle.
DES ANNEUDBS« 98
lA^. Les annelides sont divisés naturellement en deux groupes : les uns ont des organes extérieurs destinés à la respiration, ce sont les branchiodèles (746) ; on n'en aperçoit point au dehors chez les autres, qu'on nomme endobranckes (749). Quoique ces animaux n'aient pas la tête séparée du reste du corps, on la distingue parce qu'elle correspond à l'extrémité où est la bouche. C'est tantôt un simple tube allongeable ou protractile, en forme de trompe, muni quelquefois de mâchoires et de palpes ou de barbillons. Tantôt c'est un disque élargi qui fait l'office de ventouse, et qui sert en môme temps à la progression de l'animal. Le tube formé par les intestins (iig. 15^ a b) parcourt toute la longueur du corps et éprouve une sorte d'étranglement à chaque articulation. Les muscles varient suivant les espèces, ainsi que les organes de la génération. Les uns sont hermaphrodites, mais ils ont besoin de s'accoupler comme les limaces : souvent leurs œufs éclosentdans le corps; d'autres peuvent se féconder eux-mêmes comme chez les huîtres.
746. Les Branchiodèles (fig. 15) , ou les vers qui ont les branchies visibles au dehors, vivent presque tous dans la mer. Il en est qui se fixent et qui sont renfermés, tantôt dans un tube, lequel exsude de leur surface , comme dans les arrosoirs , les dentales, les serpules, etc. Tantôt ils habitent un étui formé de débris de coquilles ou de petits graviers , comme les sabelles, les térébelles, les amphitrites. Leurs branchies ramifiées se voient près de la tête ou de la portion du corps qui sort par l'extrémité libre et plus large du tuyau qu'ils habitent. Toutes ces espèces ont été réunies en une famille qu'on a nommée les tuhicoles. Les autres sont à nu. Leurs branchies sont autrement disposées ; elles se trouvent rangées par paires sur les parties supérieures et latérales du corps , et leurs formes varient , présentant l'apparence de houppes, de panaches, de lames, de rames , de ramifications vasculaires. Ils nagent librement dans l'eau, comme les néréides, les amphinomes, les aphrodites, les arénicoles (ûg. iZ) y aussi les a- t-on appelés dor^iôranc/ie*.
747. Les néréides n'ont encore été observées que dans la mer : on les a désignées longtemps sous le nom de scolopendres de mer. Au premier aspect, en effet , elles ressemblent à ces insectes ; leur nourriture consiste en petits animaux ma-
il MB ÂStŒLWBB.
tl'feui ni d*br&illes, ils ftiient la himière et se retirent dans leur trou au moindre brait. Quelques espèk^es, à certaines époques de l'année, deviennent kimineuses ou^phospfaorescaiite&pekûiant la nuit.
751 . Les Mngsues ou puce-sung (fig. 14 et 15), vivent dans, les isaux douces : ce sont des vers allongés, un peu aplatis, très^ contractiles, à surface muqueuse, dont les deux extrémités n.ei, ^ sont élargies en forme de disque. Sur Tune se.trouve la bouche tt, et au centre de Fautre b, Tanus. L'animal change de place en fix^t ces disques, et en faisant le vide au centre de chacun d'eux, à Taide d'une forte succioù. Il se nouhit du sang des ani*maux, à la peau desquels il fait une ouvertùrç triangulaii^, avec trois deats tranchantes; puis il tire à lui les liquides qui sont sous la peau.. Ces animaux pondent leurs œufs en paquets^ souvent réunis dans une enveloppe commune. On emploie des espèces de ce genre pour qpérer le dégorgement du sang dans plusieurs maladies. On frotte la partie sur laquelle on les applique avec du lait, afin de les y faire mordre. En mettant sur leur corps un peu de poivre, de sel, ou de tabac, on les fait sur-le-champ quitter prise. Il y a dans les pays chauds de petites espèces de sangsues qu'on avale quelquefois, et qui produisent alors de très-grands accidents; quelques gorgées d'eau-rde-vie ou d'eau salée les font ordinairement détacher du fond de l'aivrière-bouche , où elles se fixent. Il est une espèce qui s'attache sous la langue des chevaux et des ruminants, lorsqu'il vont se désaltérer dans les fontaines : on en a fait un genre sous le nom û'hœmopis. Les cultivateurs, quand ils s'en aperçoivent, emploient aussi le sel de cuisine pour en débarrasser promptement cesanimaux*