II. K
au nombre de deux, situés sur les côtés de la tète (PI. I , fig. 1 et2, ce). Jamais ils n'ont de paupières : ils ne sont point mobiles; leur surface est très*souyent taillée à facettes, et ils sont intérieurement très-composés. Quelques insectes paraissent en avoir quatre , tels sont les tourniquets ; d'autres en ont jusqu'à huit , comme les araignées (PI. lY, ûg. 9 , a ). On a nommé yeux lisses, ou mieux stemmates^ des points saillants souvent brillants, qu'on remarque sur le haut du front de certains insectes, comme dans la cigale (PI. III, fig. 3» a a) et dans la guêpe, l'abeille et l'hylotome (PI. II, fig. 8); on ignore leur usage (783).
774k La seconde région principale du tronc se nomme cône- M ou thorax (PL I, fig. 1 et 2, ft<i) : elle est située entre la tête et le ventre ou l'abdomen : elle supporte constamment les membres, tels que les pattes et les ailes. On comprend le plus souvent trois anneaux ou segments dans cette portion du corps, et chacun d'eux porte ordinairement une paire de pattes. Dans beaucoup d'insectes, la pièce antérieure ou proffcoraa? (PL II', flg. 10, a ) ne s'aperçoit pas du côté du dos : la seconde pièce, ou celle du milieu , qu'on a même nommée à cause de cela mésothorax, porte seulement les ailes antérieures, quand il y en a deux paires, et les pattes moyennes constamment; la troisième pièce du corselet ou le mëtathorax porte les ailes membraneuses et les pattes postérieures. La portion inférieure du corselet se nomme la poitrine ; la ligne moyenne, lorsqu*elle est distincte , s'appelle le sternum ( PL II , fig. 2 ) ; le dos ou la région supérieure du thorax offre aussi des parties saillantes, le plus souvent une en triangle ou en forme de plaque arrondie qui sépare les ailes sur la ligne moyenne ; on nomme cette pièce ïéaiston (PL I, fig. 1, e),
775. L'abdomen (PL I, fig. 1 et 2) vient immédiatement après la poitrine ; souvent il n'y est attaché que par une partie étranglée ou très-rétrécie, qu'on nomme pédicule ou péiioie (PL II, fig. 2 , a) ; quand il est accolé au thorax, on le dit sessile (PL I, fig. 2). On distingue dans l'abdomen le nombre des segments ou anneaux, qui varie de quatorze à quinze , et ensuite leurs formes, qui présentent des différences beaucoup l^us notables. Chacun d'eux est percé de chaque côté , le plus
ordinairement entre les articulations, d'un trou ou pore qui est roriûce des trachées ou vaisseaux aériens, et que l'onûonime stigmate (PL I, fig. 2, f). L'extrémité libre de l'abdomen est, le plus ordinairement, percée par l'anus (fig. 8, h). Elle présente beaucoup de variations dans la forme du dernier anneau, qui est souvent disposé de manière à favoriser les rapprochements des sexes, ou à faciliter la ponte ou l'insertion des œufs dans les matières qui doivent les recevoir. Souvent encore, il est armé d'une sorte d'instrument propre à l'attaque ou à la défense; les crochets» les tarières, les aiguillons, les pinces, les lames, les scies, les queues, les filières, etc., se trouvent placés dans cette région du tronc qui livre en môme temps passage aux résidus des aliments, aux organes de la reproduction, et à des liqueurs odorantes particulières destinées à attirer la proie ou à repousser les ennemis.
776. Les pattes des insectes sont au moins au nombre de six, quelquefois cependant et seulement parmi les espèces pri« vées d'ailes, de huit, et dans certains genres il y en a plusieurs centaines. Elles sont toujours disposées par paires symétriques. Dans les insectes qui n'en ont que six, on y distingue les mêmes parties , savoir, une hanche qui les joint au corps; une cuisse ou fémur {V\, I, fig. î), qui vient après; puis une jambe ou tibia kf et un tarse l formé ordinairement de plusieurs pièces, qu'on nomme articles, dont il y a rarement plus de cinq. La patte est le plus souvent terminée par des ongles ou crochets. Ces parties sont différemment conformées, suivant les mœurs et les habitudes des espèces; car elles peuvent produire l'effet d'une pince, d'une griffe, d'une serre, d'un tire-bourre.
777. Il y a des insectes qui n'ont point d'ailes, mais le plus grand nombre jouit de la faculté de voler. Quelques-uns n'ont que deux ailes (PL IV, fig. 7); d'autres en ont quatre, et alors, ou ces ailes ont à peu près la même consistance, ou elles diffèrent pour la forme et l'épaisseur. Ainsi il en est chez lesquels les ailes supérieures sont solides, courtes, et servent seulement d'étuis aux inférieures, qui sont membraneuses ; on les nomme alors des élytres (PL I, fig. i); tantôt ces quatre ailes sont nues, absolument membraneuses (PL III, ûg. 5); tantôt elles sont couvertes d'une sorte de poussière écailleuse (PL III,
iig. 15) (1). Ces ailes sont des lames cornées, légères quoique très-minces, à Taide desquelles les insectes s'appuient sur Tair et se transportent dans l'atmospbère. Elles consistent en pièces articulées sur la seconde et sur la troisième partie du corselet, dans l'intérieur desquelles sont placés des muscles puissants qui les meuvent avec une excessive rapidité, les étendent, les plissent et les déplissent; les élèvent et les abaissent alternativement et les portent en dehors et en dedans. Enfin ce sont de véritables rames légères, mais solides, constituées par des membranes soutenues sur des rayons diversement disposés pour leur donner la souplesse, la résistance, la légèreté et la mobilité dont elles ont besoin.
778. Chacune de ces articulations est mise en mouvement par des fibres charnues placées dans l'intérieur, et réunies en un ou plusieurs faisceaux, qu'on nomme muscles» Il y a ordinairement deux muscles pour chaque article des membres; l'un est destiné à le fléchir, l'autre à l'étendre. Les mouvements , quoique très-variés chez les insectes, ont exigé peu de complications : comme les parties de leur corps sont en général trèssymétriques, on retrouve à gauche ce qui s'observe à droite, de sorte que, sous ce rapport, l'étude de la moitié de leur corps donne l'idée de la partie correspondante. Quant au tronc , la tête et ses annexes, ainsi que les parties de la bouche et les antennes, sont seules très-mobiles. Les trois régions du thorax sont mues en totalité par les membres, et elles servent plutôt de point d'appui qu'elles ne déterminent le transport. Enfin , les anneaux de l'abdomen sont en général articulés les uns sur les autres d'une manière semblable, de sorte que les muscles de l'un des segments se retrouvent à peu près les mômes sur les anneaux qui le précèdent et sur ceux qui le suivent.
779. Cet examen des parties extérieures des insectes nous a fait voir des organes du mouvement très-parfaits. Ces animaux peuvent en effet marcher, sauter, nager, plonger, voler, et souvent un même individu jouit de toutes ces facultés à la fois. La manière dont les insectes perçoivent leurs sensations et
(0 Toutes les figures comprises sous le n» i3 représentent les différentes formes d'écaillés grossies des lépidoptères.
dont ils se nourrissent, sentent, respirent, se reproduisent et se développent, offre encore beaucoup de particularités intéressantes à exposer.
780. Les insectes sont évidemment doués d'un système nerveux, dont les organes qu'on nomme nerfs sont les mômes que ceux qu'on observe dans les crustacés et les annelides : ils forment un cordon ou chapelet qui règne dans toute la longueur du corps, depuis la tête jusqu'à l'extrémité opposée du tronc. Ce cordon (1) est composé le plus souvent de douze ganglions, ou renflements successifs, placée à la file les uns des autres, fournissant chacun deux nerfs principaux qui se portent au ganglion suivant; plus d'autres nerfs, en nombre variable suivant les régions, qui se dirigent, en rayonnant, sur tous les organes voisins. Le premier renflement, qui est regardé comme un cerveau a, est situé dans la tête, au-dessus de la bouche et de l'origine du conduit des aliments; outre les filets qu'il fournit aux parties de la bouche, il en envoie de plus gros aux yeux, aux antennes, et deux qui enveloppent l'œsophage comme un collier, pour se rendre au second ganglion, qui est alors placé sous le tube alimentaire, ainsi que tous ceux qui suivent. Il y en a trois dans la poitrine qui fournissent aux muscles des pattes et des ailes. Dans l'abdomen, il y a autant de ganglions que de segments, et chacun de ces renflements, suivant sa position respective, envoie des filets nerveux aux muscles et aux organes digestifs, sécréteurs et génitaux, en accompagnant les trachées. Tels sont les instruments de la sensibilité générale chez les insectes; examinons maintenant comment s'opèrent chez eux les sensations ou la perception des qualités des corps.
781. 11 n'y a pas de doute que les insectes ont la faculté de distinguer les saveurs : comme la plupart sécrètent de la salive, il est probable que le sens du goût réside dans leur bouche humide, comme chez la plupart des animaux, ou à l'origine du canal digestif. Quand leurs aliments ne sont pas fluides, ils sont liquéfiés par une sorte d'humeur que l'animal dégorge et unit aux parties solides qu'il détache et qu'il broie avec ses mâ.-
(i) PI. Il, fig. 9 i pi. m, flg. 2, et pi. IV, flg. 14.
78 DES INSEGTBS BIf GÉNfiUL.
choiras pour les porter dans Tcesophage à Vaide d'une sorte de langue. On voit en effet les insectes rechercher ou abandonner certaines sortes d'aliments après en avoir opéré la dégustation.
782. L'odorat existe hien certainement chez tes insectes. On les voit arriver de toutes parts vers les lieux où ils trouveront soit leur nourriture, soit celle qu'ils destinent au développement de leur progéniture. On croit que l'insecte est averti par les odeurs dont les émanations ne peuvent être transmises que pai* l'air. On suppose que cette sensation s'opère par Torgane respiratoire, comme dans tous les animaux aériens; avec cette différence que, dans les insectes, l'oriflce des trachées n'est pas à la tête, comme chez les vertébrés, mais bien à leurs stigmates nombreux. Les odeurs pénètrent-elles avec Tair dans ces lacis de vaisseaux aériens, ou hien se déposentelles à l'entrée môme des trachées? c'est ce qu'il est difficile de décider autrement que par le raisonnement, quand on n'éprouve pas ce même mode de sensation.
785. Tous les insectes parfaits ont des yeux, ainsi que beaucoup de larves, quand celles^'Ci sont obligées d'aller chercher elles-mêmes leur nourriture. Ces yeux sont extérieurement taillés à facettes ou présentent l'apparence d'une sorte de réseau. Chacune de ces mailles est une petite cornée que traverse la lumière, pour aller peindre les images des corps sur la rétine qui provient de l'épanouissement des nerfs optiques. Beaucoup d'expériences ont démontré que ces yeux, toujours fixes et immobiles, recevaient ainsi et transmettaient à ces animaux les apparences que déterminent chez eux les différents mouvements de la lumière qui traverse les corps ou qui se réfléchit à leur surfotce.
784. Les sons ou les ébranlements de l'air, déterminés par le mouvement et la vibration des corps, sont aussi perçus par les insectes. On doit au moins fortement le présumer, puisque la plupart en produisent dans les circonstances de la vie où il leur devient important de se manifester réciproquement leur existence. Tous ces chants, ces bruissements, ces bourdonnements, ces tintements, ces tapotements, ces piaulements, ces murmures, ces bruits divers sont certainement produits pour être perçus par un organe spécial et répétiteur; mais on ne sait pas encore où réside dans ces animaux l'instrument destiné à re-
produire eu quelque sorte et à leur en transmettre l'idée , la représentation ou rimage côj^tée de ces sons.
785. le toucber paraît être l'un des sens les moins développés chez les insectes; car leurs parties les plus mobiles, et destinées à être mises en conlact avec les différents points de la surface des corps, sont en général couvertes d'une peau dure, cornée, qui se refuse à une application immédiate, comme Texige l'appréciation des qualités tangibles des corps. On a supposé que les antennes étaient destinées à cette perception ; mais ces parties ne sont pas toujours très -saillantes. Les palpes et les tarses seraient généralement plus propres à cet olfice. Il est certain que beaucoup d'insectes les mettent en action dans ce but, lorsque ces organes sont fort développés.
786. Nous avons déjà vu que les aliments sont assez divisés, lorsqu'ils ont passé par la bouche des insectes à mâchoires, ou par celle des insectes suceurs, car dans ce dernier cas ils sont toujours liquides. Ces matières sont quelquefois mêlées avec une sorte de salive qui les pénètre avant de parvenir dans Vœ-* sophage. On nomme ainsi le canal qui conduit de la bouche à Vestomae, cavité dans laquelle les aliments doivent séjourner quelque temps. Il y a des insectes qui ont un estomac muscu^ leux, ou une sorte de gésier; d'autres l'ont membraneux : quelques-uns ont un estomac composé de plusieurs cavités; ils peuvent même ruminer les aliments qu'ils ont avalés, afin de les mâcher une seconde fois. Quelquefois il y a autour de l'estomac des appendices ou petits culs-de-sac, qu'on nomme eœoumi^ dont le nombre varie et qu'on suppose tenir lieu du foie. Le reste du tube intestinal diffère beaucoup pour la longueur. Il est très-long et très-large dans les insectes herbivores, tandis qu'il est court et plus étroit dans ceux qui vivent de chair.
787. Les aliments, ainsi avalés, sont abreuvés par des sucs provenant de vaisseaux très-longs, qui tiennent lieu de glandes et de canaux salivaires : on croit que la portion la plus fluide passe au travers des parois du canal digestif, afin d'aller imbiber les parties voisines qui l'absorbent pour leur dévelop^ pement et leur réparation; le résidu sort par l'anus.
788. Beaucoup d'insectes ont, comme nous venons de le dire, une sorte de salive; quelques-uns ont des vésicules qui contien-
Dent des humeurs visqueuses propres à enduire les œufs, ou des liqueurs soit acides, soit odorantes, qui leur servent de moyens de défense; mais on ne connaît point de glandes propres à en opérer la sécrétion. C'est ce qui porte à présumer que certains tubes très-longs, qui plongent librement dans Tintérieur du corps et qui viennent se rendre dans les réservoirs où aboutissent ces humeurs , sont destinés à les préparer.
789. Quant aux organes de la respiration, nous avons déjà ditqueTair pénétrait dans le corps des insectes par des ouvertures qu'on nomme stigmates ou «ptracw/M (PI. I, fig. 2, /), le plus ordinairement au nombre de seize ou dix-huit de chaque côté du corps. C'est là que s'abouchent les vaisseaux aériens ou les trachées, canaux particuliers à ces êtres, et que Tanatomie a reconnus formés d'une lame mince élastique, contournée en spirale sur elle-même, de manière à produire un tube continu. Et pour en donner une idée fort exacte, qu'on se représente un de ces fils d'or, d'argent ou de cuivre, tirés à la filière et aplatis ensuite, comme le sont ceux avec lesquels on recouvre la soie des galons. Si l'on brûle isolément un de ces Hls de galons, la soie ou le fil intérieur se consume, se réduit en cendre, et le métal forme un canal que l'on peut détordre et défiler. Ces trachées des insectes vont, en se ramifiant et en se subdivisant, se perdre dans le tissu de tous les organes; elles y portent Tair qui va ainsi se mettre en contact avec les humeurs : on croit que c'est dans leur intérieur, ou plutôt, ainsi que nous l'avons dit, à leur orifice que réside l'organe de l'odorat. Comme les insectes n'ont pas de vaisseaux, ils sont aussi privés d'un cœur, et l'air va chercher leur sang partout où il se trouve. Cependant parmi les insectes privés d'ailes, on a reconnu une particularité d'organisation qui a permis d'établir deux groupes autrement construits. Dans l'un, qui comprend le plus grand nombre des araignées et qui ont huit pattes (807) , il existe une sorte de cavité pulmonique, au moins chez le plus grand nombre, et trèsprobablement un système vasculaire ; dans l'autre groupe, dont le nombre des pattes dépasse toujours celui de quatre paires, il y a aussi une sorte de circulation (812-815).
790. Quoique les insectes n'aient pas de véritables organes de la voiœ^ ils produisent cependant des bruits, et déterminent
certains sons par lesquels ils s'entendent réciproquement et se communiquent leurs affections. La plupart de cessons peuvent être attribués à des attritioos, à des frottements, à des vibrations rapides communiquées soit aux corps voisins, soit à certaines parties de leur corps, conformées de manière à représenter des cordes ou des membranes. Les uns font mouvoir leur tête sur le corselet, ou celui-ci sur les élytres; d'autres font vibrer ces mêmes étuis de corne, à l'aide des derniers anneaux de leur abdomen. Chez quelques-uns, ce sont des bouquets de poils roides qui frottent, à la manière d'une brosse, sur des corps solides; il en est qui frappent le bois avec la tête; chez quelques autres, comme dans la cigale, c'est une sorte de tambour ou d'écaillé concave sous laquelle se meut rapidement un cylindre convexe, garni de lignes saillantes; enfin chez les sauterelles et les criquets mâles, ce sont les élytres mêmes qui résonnent en se croisant rapidement, ou lorsqu'ils sont frottés vivement parles jambes qui font alors, sur ces tables sonores, l'office de l'archet d'un instrument à cordes, tel que la basse ou le violon. Dans quelques cas, comme dans le bourdonnement des abeilles, l'air peut sortir par les stigmates avec un bruissement produit par l'ébranlement vibratile de la totalité du corps dont on distingue le tremblement. Chez les cousins et plusieure espèces de diptères, la rapidité du mouvement imprimé aux ailes et répété dans des intervalles de temps incommensurables, à cause de leur vitesse, produit ce piaulement insupportable que ces insectes font entendre.
791. Les insectes ne se reproduisent que lorsqu'ils ont acquis leur entier développement : leur sexe est toujours distinct, et la femelle est en général plus grosse que le mâle. Dans plusieurs genres, comme dans les abeilles, les fourmis et les termites, quelques individus sont privés de sexe, et sont appelés neutres ou mulets, 11 y a toujours un accouplement réel entre le mâle et la femelle. Les organes de la génération sont le plus souvent placés dans l'anus. On trouve, dans l'intérieur du ventre des mâles, les vaisseaux propres à préparer et à coipserver la semence. Les femelles ont des organes presque semblables, qui contiennent les œufs et qu'on appelle des ovaires. Le plus souvent la femelle pond des œufs qui produisent des petits au bout
d'un temps déterminé : quelquefois ces œufs éolosent dans rintérieur du corps, et les petits naissent tout formés. Il est rare que le mâle et la femelle vivent ensemble; le seul besoin de la reproduction les rapproche pour un temps très-court : le mâle périt peu de temps après l'accouplement, tandis que la femelle fécondée survit jusqu'après la ponte. Cependant, dans quelques espèces, les deux sexes travaillent en commun â l'éducation des petits, ou pourvoient d'avance à leurs besoins futurs.
792. Rien n'est plus digne d'observation dans la nature que le développement des insectes. Il en est qui naissent avec les formes qu'ils doivent conserver pendant toute leur vie ; mais d'autres , et c'est le plus grand nombre , changent de figure plusieurs fois. On dit alors qu'ils se transforment, ou qu'ils su* bissent des métamorphoses» Non-seulement il se manifeste à l'extérieur des changements très-remarquables; mais les organes internes, et souvent même les habitudes et la manière de vivre sont modifiées tout â coup dans les insectes qui éprouvent ces changements.
795. L'insecte qui donne la soie , par exemple, a été d'abord renfermé et immobile pendant près de six mois dans un petit corps arrondi appelé œuf ( PI. III, fig. 9). Il en est sorti sous la forme d'un animalcule allongé, ayant trois paires de pattes vraies et à base articulée du côté de la tête (fig. 12), et cinq autres paires à base charnue non articulée; on le nomme larve ou chenille. Cette petite chenille, Uppelée improprement t)er-à-«ot>, se nourrit des feuilles du mûrier ; elle grossit bientôt et si rapidement , que , six ou sept jours après sa naissance , sa peau ne peut plus contenir ses organes intérieurs. Aussi cette peau crè-* ve-t-elle alors ; la petite chenille en sort avec une nouvelle qui n'est plus velue, et elle se développe encore pendant sept autres jours. Il y a ainsi quatre changements de peau, qu'on appelle mues. Quand le ver-à-soie (fig. 11) sent qu'il doit quitter sa cinquième peau , il cherche un lieu écarté, il s'y construit une retraite, une sorte de demeure où il pourra être à l'abri des corps extérieurs. Il file alors la soje ou une sorte de coque arrondie, véritable tapisserie solide, qu'il dispose de manière à laisser in-* térieurement une cavité ovale; c'est ce qu'on nomme un cocon ou un follicule.
79i. La chenille ne quitte sa dernière peau que dans le fol-* licule, pour paraître sous une forme toute différente, qu'on nomme ordinairement fête , mais mieux chrysalide, aurélie, pupe ou nymphe ( PI. III, fig. 10 et 15). Cette nymphe est une petite masse allongée, ovale, plus grosse à Tune de ses extrémités ; d'abord molle et transparente, elle durcit peu à peu et devient opaque. On remarque alors à sa surface des lignes qui semblent indiquer les parties d'un animal comme emmaillotté ou contracté sur lui-même, dont la forme est tout à fait différente. En effet, une vingtaine de jours après cette transformation en nymphe, on voit sortir du cocon un papillon blanc à quatre ailes farineuses, qu'on nomme phalène ou mieux bombyce (fig. 8). C'est un insecte parfait qui cherche un autre individu de 3on espèce pour s'accoupler. Il pond bientôt des œufis qui, six mois après, doivent reproduire des chenilles, lesquelles donneront de la soie et passeront par les mêmes états.
19Â*, Comme la soie est l'un des principaux produits fournis par les insectes à l'industrie de l'homme, nous croyons utile de présenter ici quelques détails sur cette matière précieuse. La chenille qui file les cocons dont on tire la soie est originaire de cette partie du continent de l'Asie que les Romains nommaient le pays de Sères, voisin de la Chine et de la Perse. Quand les cocons ou follicules ont été soumis à la chaleur du four, pour faire périr les chrysalides qu'ils renferment, après les avoir débarrassés des fils extérieurs qu'on nomme la bourre, on les plonge dans l'eau tiède pour dissoudre une sorte de gomme qui collait les fils; on les agite alors avec des baguettes sur lesquelles quelques filaments s'accrochent , et quand on peut en réunir six ou huit, on les fixe sur un dévidoir pour en former de petits échevaux. C'est ce qu'on nomme la soie grége. Si l'on fait bouillir dans l'eau cette soie dévidée, elle prend le nom de soie cuite. Enfin , si on la soumet à l'action d'une eau alcahne ou savonneuse qui enlève la matière grasse ou gommeuse qui s'opposerait à une bonne teinture , telle qu'elle doit être employée dans les manufactures, on dit alors que cette soie est décreusée.
795. Presque tous les insectes qui subissent des métamorphoses , et en général ce sont les espèces qui ont des ailes,
éprouvent des changements analogues à ceux que nous venons de faire connaître. Cependant on peut les diviser en trois grandes sections, d'après leurs métamorphoses : l«ceux qui n'en n'éprouvent pas; 2^ ceux qui ont des nymphes agiles qui se nourrissent et croissent, mais qui sont semblables à leurs larves; et 3* ceux qui ont des nymphes qui ne prennent pas de nourriture et restent dans une sorte de léthargie longtemps prolongée.
796. Les punaises de bois, par exemple, et les perce-oreilles (FI. I, fig. 18), sortent de l'œuf à peu près avec la même forme que ces insectes doivent conserver; mais ce sont des larves qui, après quelques mues, prennent des rudiments d'ailes. Elles sont alors appelées nymphes, et elles n'ont acquis l'état parfait que lorsque leurs ailes sont tout à fait développées. Les insectes à nymphes immobiles présentent entre eux trois grandes différences. Les uns, comme les dermestes (PL I, fig. 14), les hannetons, les abeilles, ont des nymphes dont tous les membres sont libres, séparés les uns des autres, mais immobiles. D'autres, comme les j7api7/on« (PI. III, fig. 10, 15), ont des chrysalides à la surface desquelles on aperçoit les membres , mais ces parties sont comme collées et emmaiiloltées ; enfin les mouches, et presque tous les insectes à deux ailes, lorsqu'ils sont en nymphes, sont renfermés dans une coque semblable à celle d'un œuf, et à l'extérieur de laquelle on ne voit aucun des membres de l'animal qui y est contenu (PI. IV, fig. 2, 3 et 15).
797. Les naturaUstes ne classent les insectes que dans leur état de perfection, c'est-à-dire lorsque ces animaux sont parfaits ou qu'ils peuvent s'accoupler. Cependant , pour bien connaître leur histoire, leurs mœurs et leurs habitudes, ils les étudient aussi sous les formes d'œufs , de larves et de nymphes. Il y a plusieurs systèmes d'entomologie; les principaux sont ceux d'Aristote et de Linné , dans lesquels les insectes sont disposés d'après le nombre et la forme des ailes ; et ceux de Fabricius et Latreille, qui ont groupé les insectes d'après la forme et le nombre des parties de la bouche; mais on a combiné dans le présent ouvrage tous ces moyens d'observation , pour obtenir une autre classification méthodique d'après l'analyse.
798. Ainsi il y a des insectes qui ne prennent jamais d'ailes , et dont la plupart ne subissent pas de métamorphoses : on en
a formé Tordre des Aptères (1). Les autres insectes sont tous ailés et subissent des transformations; mais tantôt ils n*ont que deux ailes, et sont nommés Diptères (2) ; tantôt ils en ont quatre : ceux-ci ont tantôt une bouche qui leur permet seulement de sucer leur nourriture , soit au moyen d'un bec articulé , comme les Hémiptères (PI. III, fig. 4) , soit à Taide d'une langue roulée en spirale sur elle-même, comme les Lépidoptères (PI. III, fig. 6); tantôt ils mâchent leurs ahments, et ils se rangent alors dans quatre ordres distincts; car les uns ont les ailes inférieures à peu près semblables aux supérieures, et leurs principales nervures se voient sur la longueur, comme les Hyménoptères (PL II, fig. 9 àl8), ou en même temps sur la largeur, de manière à représenter un réseau ou un treillis, et on les nomme alors Névroptères (PL II, fig. 1 à 8) ; les autres ont les ailes supérieures plus épaisses, plus courtes, appelées élytres, et les inférieures membraneuses, plissées sur leur longueur, comme dans les Orthoptères ( PI. I , fig. 18, 20, 22, 28), ou bien elles sont seulement pliées en travers, et alors ces insectes portent le nom de Coléoptères (PI. I , fig. 1, 3, 6, 7 ).
799. En résumé, on obtiendrait cette table de la classification des insectes.