‹ Eléments des sciences naturellesChapitre 115 sur 158 · VIII. APTÈBIS · texte numérisé non relu

VIII. APTÈBIS

(0 L'araignée, le cloporte, le pou (PI IV) (800).

(3) Les mouches, les taons, les cousins, les tipules (Pl. IV, fig. i à 26) (Si4).

%t PE8 INSECTES AI>TÈIUES.

HUITIÈME ORDRE, iksbctss ÀPTfiHES,

800. Tous les insectes qui appartiennent à cet ordre des A?*« T^KES, ne prennent jamais d'ailes, ainsi que leur nom Tin*^ dique; mais ce caractère négatif rapproche des animaux très** diÂ'érents les uns des autres; d'ailleurs, plusieurs insectes ne portent jamais d'ailes, quoiqu'ils subissent des métamorphoses, de sorte que cet ordre est le seul qui soit tout à fait artificiel. Pour avoir une idée juste des insectes qui le composent, il faut les comparer avec ceux qui appartiennent réellement aux autres grandes sections de la classe, afin de les distinguer au moins par voie d'exclusion. Les aptères n'ont jamais d'éiytres, ni de rudiments d'ailes ; ils ne subissent pas de meta* morphoses. Leur abdomen n'est pas pédicule, à moins qu'ils n'aient plus de six pattes, et ce nombre suffit pour distinguer la plupart des aptères à mâchoires.

801. Les insectes sans ailes peuvent être divisés en deux grandes sections: dans l'une seraient rangés tous ceux qui n'ont que six pattes, les seuls que quelques naturalistes regardent maintenant comme appartenant véritablement à cetto classe. Parmi eux les uns ont des mâchoires, comme les séti'-> caudes (802); d'autres n'ont pas de véritables mâchoires, on les désigne sous le nom de parasites (803) : ceux qui ont plus de six pattes semblent devoir former deux sous-ordres ou même deux classes (789), Chez les acères (806) il n'y a pas d'antennes; la tête n'est pas séparée du corselet , et les pattes sont ordinairement au nombre de huit. Tous les autres ont des antennes, une tête bien distincte , et les pattes au nombre de sept paires au moins. Ce sont les polygnathes (812), comme les cloportes et les myriapodes (815).

802. Parmi les insectes sans ailes et à mâchoires, deux genres seulement ont six pattes, et tous deux renferment de petits animaux, dont la queue est terminée par des poils. On les a nommés, à cause de cela, séticaudes ou Nëmatoures, Chez les uns ces poils entrent dans une rainure pratiquée sous le ventre, et ils en sortent à la volonté de l'insecte et en se débandant comme un ressort; c'est même de là qu'ils ont tiré

DBS mSECTBS APTÈRXS. tV

leur nom de podures^ telles sont aussi les machila. On les trouve ordinairement réunis par familles. Le second genre est celui des forbidnes, qui ont le corps couvert de petites écailles argentées. Elles cherchent les lieux obscurs, et ne marchent que la nuit. Une petite espèce se trouve souvent dans les aiv moires» où elle recherche des parcelles de sucre; on la nomme vulgairement litigère ou poi$son de terre. Ces insectes subissent probablement des transformations. Ils ont beaucoup de rapports avec les blattes de Tordre des orthoptères.

803. On a donné le nom de Pasabitss ou Minaptères aux insectes de la première famille, parce qu'ils vivent sur le corps des autres animaux qu'ils sucent. Leur tête est distincte du reste du corps, et, comme le second nom de famille Tindique, ils ont un suçoir, mais pas de mâchoires (PI. III, iig. 16, B, b) ; ils se distinguent en genres d'après le nombre et la forme des pattes ainsi que par la disposition des antennes. Les uns, comme les acaridies, ont huit pattes; les autres n'en ont que six, tels sont les poux, les ricins.

804, Les acaridies, tels que les mitteê ou eirom, vivent sur les autres animaux : on en trouve une espèce dans les boutons des animaux attaqués de la gale, et on croit H^u'elle produit cette maladie. On en a, depuis peu, fait un genre distinct : c'est le $ar copte, nom qui signifie piqueur de chair. Sa tête, son corselet et son ventre sont distincts par des incisions : ses huit pattes sont garnies de poils , les quatre antérieures sont terminées par de petites vésicules. Le rouget ou bête-d'aoUt est trèsr voisin de ce genre, on le nomme lepte d'automne ; mais il n'a que six pattes velues, les palpes remplacent la paire antérieure. Cet insecte est très-incommode, en automne, par les démangeaisons qu'il occasionne : on le détruit avec l'alcool pur et le vinaigre fort, avant que la peau ait été écorchée par le frottement, suite du prurit qu'il détermine. On trouve sur les oreilles des chiens de 'chasse, sur les lézaids, sur les oiseaux môme, une grosse espèce de tique , on la nomme ixode ou cynorhœste : elle n'a pas d'yeux distincts; sa tète est très-petite, ainsi que les huit pattes qui sont toutes rapprochées; son abdomen est susrceptible de prendre le volume d'une graine dé ricin à laquelle on a comparé cet insecte, en le désignant aussi sous ce nom.

Les hommes mêmes en sont souvent attaqués quand ils vont dans les bois. D'autres cirons, dont on a fait des genres particuliers, tels que les smaridies, les bdelles, etc.; quelques-uns se rencontrent dans les poumons des poulets et des vieux coqs ; il en est qui vivent dans l'eau, et qui ont des pattes ciliées, ce qui leur donne la faculté de nager: on les a appelés hydrachnes.

805. Les poux ( PI. IV, fig. 10) sont aplatis, et n'ont que six pattes courtes, égales entre elles, avec le dernier article en crochet (fig. 46, a) : leurs antennes sont composées de cinq pièces distinctes , articulées. Toutes les espèces de ce genre se trouvent sur des mammifères ; elles conservent constamment la forme qu'elles avaient en sortant de leur œuf, qu'on nomme lente (PI. IV, fig. 41). Chaque mammifère paraît nourrir une espèce particulière de pou; le plus ordinairement même il y en a deux espèces sur chacun. Ainsi l'homme en a deux espèces; l'une qui vit dans les cheveux, et l'autre qui préfère les sourcils, les poils des aisselles et des autres parties du corps. Les ricins forment un genre très-voisin des insectes aptères parasites ; leur tête et leurs mâchoires sont faciles à distinguer à la loupe : leurs antennes sont très-courtes. Ils n'ont que six pattes. Leur abdomen, arrondi à l'extrémité, n'est pas terminé par des poils : on ne les a encore observés que sur les corps des oiseaux ; aussi a-ton proposé de les nommer ornithomyzes ou suce-oiseaux. Chaque oiseau paraît en nourrir deux espèces différentes, l'une allongée et l'autre arrondie. On en trouve sur presque toutes les plumes, principalement à la base des pennes des ailes, et sous les aisselles et le cou. Les ricins se trouvent le plus souvent sur les plumes des oiseaux. Le célèbre Lyonnet, qui en a figuré un grand nombre, a employé un moyen bien simple de les observer en enveloppant d'une feuille de papier blanc le corps d'un oiseau mort, et en recouvrant le tout d'une serviette chaude; les insectes, attirés par la chaleur, se sont portés sur le papier où il a été facile de les recueillir.

806. Les puces (PI. IV, fig. 12 ; 20, à pattes et antennes grossies; 13, tête très-grossie) ont le corps comprimé, et leurs pattes de derrière sont plus longues et propres au saut : elles s'élèvent à plus de deux cents fois leur hauteur. Elles ne naissent pas avec la forme qu'on leur connaît; leurs œufs donnent

de petites larves sans pattes , qui se nourrissent de quelques gouttes de sang coagulé, que leurs mères ont sans doute, par prévoyance, fait sortir du corps des animaux qu'elles piquent, ou peulrêtre du sang qu'elles ont sucé et qu'elles rendent ensuite. Elles ont une grande vivacité, et ne sont occupées qu'à se nourrir. Quand elles ont acquis toute leur croissance, elles se filent une coque et subissent une métamorphose complète; seul exemple connu parmi les aptères. Il y a en Amérique une espèce de puce qui pénètre sous les ongles des orteils, et qui fait beaucoup souffrir : on la nomme tunga ou chique. On est bien certain maintenant que c'est une puce; nous avons observé des individus qui provenaient de ce pays. Le genre puce comprend des espèces trè^différentes. On en a trouvé, ainsi que des punaises, dans des nids d'hirondelles.

806. Après ces insectes parasites, à abdomen distinct du reste du corps, on peut étudier ceux qui, comme les araignées, n'ont point d'antennes, et qui ont un gros ventre, sans pattes. La tète est réunie à un corselet qui porte huit pattes (PI. IV, fig. 9) : on les a désignés sous le nom d'AcÈRES. On en fait une classe particulière sous le nom d'ARACHNinss. Ces animaux semblent en effet avoir quelques rapports avec les crustacés, parce qu'ils ont la tête confondue avec le corselet; que leurs palpes ou leurs mâchoires sont articulés en pinces ou en crochets; qu'ils ont plus de six pattes, et souvent des organes pulmonaires distincts, sous forme de poches aériennes, et par conséquent des vaisseaux; que plusieurs ont des organes reproducteurs situés tout autrement que dans les insectes, et qu'ils peuvent engendrer plusieurs fois pendant la durée de leur existence.

807. D'un autre côté, il est difficile de séparer cette famille de la classe des insectes, parce que tous n'ont pas des poches aériennes, et qu'on trouve chez le plus grand nombre des trachées et des oriûces respiratoires. Presque tous ces animaux sucent leur proie, quoiqu'ils aient des mâchoires. (1). Aucun ne subit une métamorphose complète, mais ils changent plu-

(i)La figure iTde la planche IV représente la bouche d'une araignée grostie : a, a, sont les mandibules : 6, 6, les grifi'es ou crochets qui sont percés à leurexirémilé et qui servent de suçoirs : c, e , deux rangs d'épines entre les-

00 DES INSECTES APTERES,

sieurs fois de peau. La plupart, comme nous rayons dit, vivent et pondent pendant plusieurs années. On les distingue en ceux qui ont des mandibules fendues comme des tenailles (PI. IV, fig. 27) , tels que les scorpions^ les porte^pinees ou chéliféreg^ les galéodeê et les faucheurs (i ) ; et en ceux qui ont les mandibules en crochet, comme les araignées, les mygeUee, les phrynes et les trombidies.

808. Ceux de la première section aiment Tobscurité, et ne sont pas très-industrieux. On reconnaît les scorpions à leur longue queue, terminée par un aiguillon (PI. IV, fig. 19) , avec lequel ils blessent les petits animaux. Us ont sous le ventre des lames en forme de peigne, qui représentent des branchies de poissons (PI, V, fig. 2). Les porte-pinces ou ehéliféres ressemblent beaucoup aux scorpions, mais ils n'ont point de queue ; on les trouve dans les vieux livres , où ils se nourrissent de psoques et autres petits insectes ; ils marchent en tous sens. Les faucheurs sont des espèces d'araignées n'ayant que deux yeux, et de très-longues pattes qui remuent encore longtemps après qu'on les a séparées du corps.

809. Les araignées, qui ont au moins six yeux, et la plupart en ont huit disposés symétriquement (PI. IV, fig. 9') , se nourrissent d'insectes vivants* Plusieurs leur tendent des filets dont la forme est très-différente selon les espèces : elles les construisent elles-mêmes en tirant des fils glutineux de petits ma-* melons situés près de leur anus. Ces insectes s'accouplent singulièrement : comme ils se mangent les uns les autres, les mâles, qui sont les plus faibles, et dont les organes sexuels sont placés près de la bouche, ne s'approchent qu'en tremblant de leurs femelles, qui les dévorent quelquefois. Cependant ces mêmes araignées prennent la plupart un très-grand soin de leurs petits. Il en est qui portent partout avec elles le sac de toile solide et imperméable à l'eau, qu'elles ont filé, et dans lequel elles ont déposé leurs œufs ; d'autres font continuelle^ ment sentinelle auprès de leur progéniture; quelques-unes même transportent leurs petits sur le dos. L'étude des mœurs

quelles ces crochets s'engrènent t d, d, lei mAehoiref : 0, la lèvre inférieure : /, l'un des palpes maxillaires.

(1) PI. IV, fig. 18 et 19.

de ces animaux présente beaucoup d'observations curieuses. 810. L'araignée aquatique, par exemple, se file sous Teau une toile qui a la forme de la moitié d'une coquille d'œuf. Elle y transporte du gaz atmosphérique, en venant à la surface, et en s'enfonçant ensuite tout à coup dans une position renversée, emportant avec elle la couche d'air qui l'enveloppe. Arrivée sous la cloche, qui est d'un tissu ferme et serré, elle se retourne; l'air, par sa légèreté, forme une bulle qui, n'étant pas retenue sur la convexité du dos, vient monter sous la cloche, dont elle chasse un volume proportionné d'eau. Lorsque la cloche est suffisamment remplie par ce manège répété plusieurs fois,* l'araignée s'y place et s'y met en embuscade pour saisir les insectes aquatiques qui passeront près de cet affût. D'autres espèces d'araignées se pratiquent sous terre des gale* ries au fond desquelles elles se blottissent, après avoir construit à l'orifice une véritable porte mobile et à charnière qu'elles ferment à volonté (1). Il y a aux Indes une très-grosse araignée qui se nourrit du sang des oiseaux-mouches et des colibris; elle appartient au genre mygale. Il paraît que l'espèce appelée tarentule n'est pas venimeuse , comme on l'a fait croire longtemps. Les irombidies ressemblent aux araignées, mais elles n'ont que deux yeux. Une espèce qui vit à Surinam est employée en teinture comme la cochenille.

811. Les PoLYGNATHES OU quadricomes, qui viennent en»- Buite, ont quatorze pattes seulement, quatre antennes, plusieurs paires de mâchoires, et l'abdomen peu distinct. Ils semblent lier la classe des insectes à celle des crustacés, parmi lesquels on les a placés dans ces derniers temps sous le nom d'iiopodesy parce qu'en effet ils en offrent à peu près l'organisation , sous le rapport des organes de la circulation et de la structure des diverses parties de la bouche et de celles qui sont , destinées à la reproduction; car la plupart portent leurs œufs sous les derniers anneaux du corps. Ces œufs y éclosent, et les petits y restent vivants pendant quelques jours; mais ils respirent par des trachées. Quelques-uns paraissent avoir en même temps des branchies.

(1) Voyez Bulletin de la Soc. Philomat., 3« année , no 23.

Page 1