Les larves des mouches et des syrphes vivent, en géné
rai» dans les matières animales ou végétales qui se décomposent, ou dans les différentes parties des plantes. Il y a des espèces dont les œufs éclosent dans le ventre de leur mère, qui naissent ainsi toutes vivantes , et dont le développement s*opère en quatre ou cinq jours. D'autres sont deux années à se préparer à la métamorphose, et ne vivent quelquefois qu'une seule journée sous Tétat de mouche ou d'insecte parfait. Il est difficile d'expliquer comment ces mômes insectes peuvent aller pondre leurs œufs ou les déposer dans des cadavres enfouis à d'assez grandes profondeurs; car on a observé des milliers de mouches vivantes dans l'intérieur des sépulcres souterrains qui n'avaient eu aucune communication possible avec l'air at^ mosphérique depuis plusieurs mois. Les vers de la viande, qu'on nomme asticou, et ceux du fromage produisent des mouches^ Les lannes arrondies avec une longue queue, qu'on trouve dans les eaux croupissantes, et que l'on nomme vers à queue de rat, se changent en syrphes ; tel est en particulier l'espèce de mouche qu'on nomme apiforrae parce qu'elle ressemble à une abeille. Linné l'avait désignée sous le nom de tenace , parce qu'il s'était assuré que sa larve était extrêmement vivace. On a reconnu en efiet que, se développant dans les masses de chiffons de linge altérés par une sorte de décomposition putride à laquelle on les soumet pour en faire du papier, l'insecte, sous ce premier état, continuait de vivre, même après avoir été exposé à l'action des pilons qui doivent réduire toute la masse en une sorte de pâte ou de bouillie.
826. Les échinomyes^ ou mouches hérissonnes, ont sur le corps des poils très-roides; leurs larves vivent, comme celles des ichneumons (878), dans le corps des chenilles, et il sort quelquefois d'une chrysalide de papillon trois ou quatre de ces mouches. Les tétanocéres ont reçu ce nom de la forme particulière de leurs antennes dressées, dirigées en avant dans le repos, avec un article intermédiaire très-allongé; elles vivent sur les plantes qui se décomposent. Les cénogastres sont de très-gros diptères, à poil latéral des. antennes plumeux (PI. III, fig. 23), à bec prolongé et à ventre transparent et comme vidé, ainsi que l'indique leur nom. Les larves des cosmies ou téphrites se développent dans les tiges, les réceptacles et les racines tube-
DES INSECTES DIPTÊRBS. 99
reuses des plantes, principalement sur les espèces de la famille des crucifères et de celle des cinarocéphales; on les appelle ordinairement vers mineurs. Les insectes parfaits qu'ils produisent ont les ailes écartées et le plus souvent bariolées de taches foncées, sinueuses, très-symétriques.
827. La famille des insectes Hydromtes, ou bec-mouches, réunit les insectes à deux ailes, dont le front se prolonge en une sorte de bec ou de museau, sur lequel on distingue seulement des barbillons ou des palpes articulés; leurs antennes, souvent très-longues et en peigne ou en chapelets, dites monihformes, ont toujours un grand nombre d'articles serrés; ils n'ont pas les balanciers recouverts par des cuillerons. Cette famille comprend beaucoup de genres, dont les principaux sont les tipuleêf les scatopses et les hirtées. On nomme tipules ( PI. IV, fig. 7 ) des diptères qui ont des antennes , des pattes et des ailes allongées, et qu'on trouve principalement dans les lieux humides. Les larves de plusieurs espèces vivent dans le terreau , et paraissent se nourrir des racines des plantes; d'autres dans les champignons; plusieurs dans l'eau et dans la vase. Ces larves ressemblent souvent à des chenilles, et leurs nymphes sont bien différentes de celles des autres diptères, elles ont quelques rapports avec celles de quelques lépidoptères. Les oiseaux et les poissons en sont très-friands. Sous l'état d'insectes parfaits , on trouve souvent , pendant le jour, ces insectes appliqués contre les murs; ils donnent à leur corps un mouvement de tremblement oscillatoire très-singulier, qui dure des heures entières. Les larves de quelques espèces de scatopses vivent dans les excréments et les latrines; de là leur nom. Les hirtées sont des insectes qui paraissent à des époques périodiques en quantité innombrable; ils vivent sous l'état de larves dans l'intérieur des plantes, et principalement dans le calice des fleurs, où ils produisent des tumeurs et des galles trèssingulières. Ils font beaucoup de tort aux horticulteurs parce qu'ils détruisent les très-jeunes fruits. A la campagne on les désigne sous le nom de mouches ou de bibions de saint Marc , parce qu'on les observe surtout à l'époque où l'on célébrait la fête de ce saint.
iOO DES INSECTES LÉPnWPTÊBES.
SIXIÈME ORDRE, insectes lépidoptères.
828. On a donné le nom de Lïpidoptèrbs aux insectes qui ont quatre ailes semblables, couvertes de petites écailles , ordinairement colorées ( PI. VI, fig. 9-15), et dont la bouche est composée de deux lames qui forment un petit canal (PI. VI, f)g. 6), et qui se roulent le plus souvent en spirale, en se cachant entre deux palpes (c), plus ou moins allongés et couverts de poils. On nomme langue cette sorte de trompe. Leur tête est le plus souvent munie de longues antennes composées d'un grand nombre d'articles de forme variable, on ji*y voit pas des stemmates ou des yeux lisses.
8â9. L'ordre des lépidoptères réunit des insectes qui ont entre eux la plus grande analogie. Tous proviennent d'une larve (PI. IIL fig. 11) qui n'a jamais plus de seize pattes, dont six seulement sont articulées et placées du côté de la tête ( a a a ), et sont dites écailleuses : les autres (bbb), dont le nombre varie, sont membraneuses , situées plus en arrière ; elles forment des sortes de tubercules munis de crochets rétractiles (fig. 20), à l'aide desquels la chenille agrippe les feuilles qui font sa nourriture principale; leur corps est partagé en douze anneaux , et leur tête est enveloppée dans une sorte de casque de corne : elles ont des mâchoires; la plupart se nourrissent de feuilles, de tiges, de racines et de fruits, rarement de matières animales privées de la vie. Toutes ces larves, qu'on nomme chenilles y subissent des métamorphoses complètes (793). Leurs chrysalides ne sont pas toujours enveloppées dans un cocon. Il en est qui ne filent pas, qui s'accrochent par la queue (PI. III, fig. 15). Elles sont ordinairement plus grosses du côté qui correspond à la tête. La peau qui les recouvre alors semble tenir l'insecte parfait comme emmaillotté; on en distingue très-bien la tête, les yeux, les pattes, les antennes, les ailes; mais toutes ces parties sont adhérentes les unes aux autres, de sorte que l'ensemble représente une sorte de momie, qui laisse cependant apercevoir les diverses régions du corps ou leurs membres comme emmaillottés.
830. Les cornes que ces insectes portent sur la tête » et qu'on
appelle antennes, ont permis de les ranger dans quatre familles différentes : les uns ont les antennes en masses , on les nomme globulicornes (PL III, fig. 5); d*autres les ont renflées au milieu, on les appelle fusicornes ( fîg. 7) ; les antennes à peu près d'égale grosseur caractérisent les filicornes (fig. 8); enfin, dans la famille des sélicornes (fig. 14), on a placé tous les lépidoptères à antennes plus grêles à l'extrémité, ou en forme de soies de cochon.
831. Les papillons appartiennent à la famille des Globulicornes, Ropalocères, ou diurnes , parce qu'ils volent pendant la journée. Tous vivent sur les plantes, sous leur premier état. Leurs chenilles, qui ont seize pattes, ne se filent jamais de cocon ; leur chrysalide est le plus souvent suspendue par la queuO; quelques-unes ont pris seulement la précaution de placer plusieurs fils en travers de leur corps pour ne point être ballottées par le vent. On connaît près de quinze cents espèces dans ce genre. Toutes sont diurnes ou ne volent que pendant le jour.
832. On a découvert plus de mille espèces de papillons de jour; pour se reconnaître dans cette immense quantité , on les a divisés en plusieurs tribus. Quelques-ont la masse des antennes recourbée en crochet, d'autres l'ont droite. On a nommé les premiers hespéries et héléroptêres , suivant qu'ils ont les ailes droites ou comme renversées. Tous les autres appartiennent au grand genre papillon , qu'on a subdivisé en un grand nombre d'autres; mais il fallait donner des noms à toutes ces espèces, et Linné a trouvé un moyen très-ingénieux pour les désigner. Voici à peu près l'ordre qu'il a suivi : il a nommé chevaliers ou guerriers tous ceux qui ont des ailes supérieures plus longues au bord externe ; ils forment deux tribus ; on remarque chez les uns des taches rouges sur la poitrine , et des couleurs ordinairement sombres; on les a appelés Troyens, en leur assignant les noms des personnages les plus célèbres, tels que Paris , Priam , Hector, Anchise, Énée , Ascagne, etc. Les guerriers de la seconde tribu sont nommés Grecs , parce qu'ils n'ont jamais de taches rouges sur la poitrine. C'est parmi ceux-là qu'on retrouve les noms d'Agamemnon, d'Ulysse, d'Ajax , d'Achille , etc. Presque tous ont les ailes prolongées en pointes comme des épées; ils proviennent des pays chauds. Les
papillons qui ont les quatre ailes étroites, excessivement allongées, et les inférieures très-couiles, ont été appelés ^^/tconteiu, et on les a désignés par des noms de déesses ou de femmes. On a appelé Danaïdes les espèces qui ont les ailes très-en* tières, comme les brassicaires ou papillons des choux, et Nymphales celles qui les ont dentelées, tels que les Satyres, les Polyommatet qu'on nomme aussi Argui.
833. On trouve souvent sur les carottes, les panais, le fenouil, et sur beaucoup d'autres plantes voisines, une très-belle chenille sans poils, dont le corps est d'un beau vert, avec des points rouges et des aneaux noirs. Elle fait sortir de son cou un ap* pendice charnu en forme d'Y, de couleur jaune. Cette chenille donne le plus grand papillon de ce pays-ci : c'est un guerrier grec qui a reçu le nom de Machaon : ses ailes sont d'un beau jaune , bordées et tachetées de noir ; les inférieures sont allongées en forme de queue. Les chenilles vertes qui mangent les choux et les capucines , donnent des papillons danaïdes blancs, La chenille noire, épineuse, avec des petits points blancs, qui vit en société sur l'ortie et le houblon, devient un beau papillon, noir en dessous; rougeâtre en dessus, avec une grande tache arrondie en forme d'œil, qu'on nomme lo ou Xœil de paon y et qui est de la tribu ou du genre des vanesies. On con* naît plus de cent espèces différentes de papillons en France.
834. Les antennes des lépidoptères de la seconde famille sont en forme de fuseau; voilà pourquoi , avons-nous dit, on les a nommés Fusicornes ou clostérocères. On les désigne aussi sous le nom de crépusculaires, parce que, le plus ordinairement, ils volent le soir ou au jour tombant, et avant le lever du soleil. Leur corselet est plus gros que celui des papillons ; leurs ailes inférieures s'accrochent, par un poil roide reçu dans une sorte d'anneau , au bord interne des supérieures près de leur base. Les uns ont les ailes horizontales dans le repos, on les appelle sphinx eisésies; d'autres les portent en toit sur le dos, ce sont les zy gènes. Jamais ces ailes ne peuvent se relever à la perpendiculaire sur le corps, principalement les supérieures.
835. Les sphinx ne volent guère que le soir, et bourdonnent très-fort; leurs ailes sont longues, triangulaires, portées et
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mues sur un corselet très-développé ; leur abdomen est le plus souvent conique , pointu ; leurs antennes , plus grosses ou renflées au milieu, sont dites en fuseau ; le plus souvent elles sont terminées par des articles plus grêles, en soie. Ils sucent les sucs des fleurs à l'aide d'une langue très-longue , sans s'arrêter sur la plante. Leurs chenilles ont seize pattes ; elles sont rases ; ordinairement elles sont armées d'une corne sur la queue. Lorsqu'elles sont sur le point de se métamorphoser, elles s'enfoncent dans la terre , et y restent quelquefois une année sous la forme de chrysalides, dans une cavité qu'elles se sont creusée , mais elles ne se ûlent pas de cocon. Une très-grosse espèce de sphinœ se nourrit, sous la forme de chenille , des feuilles de la pomme de terre ; on la nomme Atropos ou sphinx à tête de mort, parce qu'on a cru voir sur des taches de son corselet le contour ou le croquis de la face d'un squelette humain. Les sésies ont le ventre plat, comme tronqué à l'extrémité et bordé de poils roides. Les zygènes ont les antennes prismatiques simples ou pectinées; leur port ressemble à celui des phalènes; eUes se filent des cocons sur les tiges des plantes. L'espèce la plus commune en France se nourrit des feuilles de la plante appelée fllipendule : elle est d'un noir bronzé, avec des taches rouges.
856. Tous les insectes lépidoptères, dont les antennes ont leur tige centrale à peu près de même grosseur dans toute leur étendue, sont désignés sous le nom de nématocères ou. Fili- GORNES. Ceux-ci sont dits nocturnes parce qu'ils volent principalement dans l'obscurité de la nuit, il en est de même de ceux du groupe suivant. Ils ont été distribués en trois genres : deux d'entre eux ne réunissent que quelques espèces ; tel est celui du cossus. Les insectes qu'il comprend n'ont point de trompe , et leurs antennes sont courtes et un peu dentelées. Une espèce vit sous l'écorce des ormes et de saules ; elle les fait souvent périr. Lyonuet a écrit un ouvrage tn4*' de plus de six cents pages sur l'anatomie de sa chenille. Cet auteur a gravé lui-môme dix-huit planches, auxquelles il a travaillé pendant dix ans : c'est un chef-d'œuvre de patience et d'exécution, qui est très-utile pour diriger dans l'anatomie de tous les autres insectes. Les hépiales, qui appartiennent au second genre, ont
i<M IffiS INSECTES LÉPIDOPTÈRES.
des antennes formées d'articles arrondis comme des grains enfilés; ils ressemblent aux cossus parleur manière de vivre sous l'état de chenille, car on les trouve sous Técorce ou dans Tintérieur de la tige des plantes vivantes.
836*. Les bombyces constituent le troisième genre : ils ont une langue courte. C'est à cette divison qu'appartient la chenille qui donne la soie. Il y a maintenant près de cinq cents espèces connues dans ce genre. Les principales du pays sont, 1<» le grand paon de nuit, dont la chenille, qui est d'un beau vert, avec des tubercules bleus, porte des poils terminés par des globules. Ou la trouve ordinairement sur Forme ou sur les pommiers. Elle se file un gros cocon, à la pointe duquel elle s'est ménagé une issue qu'on ne peut forcer qu'en dedans; 2» la feuille de chêne , qui ressemble à un paquet de feuilles séchées ; 3" le bombyce du mûrier » qui donne la soie , et dont nous avons indiqué l'histoire (793); 4» la processionnaire^ ainsi nommée parce que les chenilles de cette espèce vivent en société, et marchent toujours par bandes, deux par deux, à la suite les unes des autres, et en lignes parallèles; ^"^ la. disparate, dont le mâle, de couleur grise , est beaucoup plus petit que la femelle, qui est blanchâtre. Celle-ci arrache les poils de son ventre pour en couvrir ses œufs et les préserver de la gelée. Sa chenille est très-commune sur le tilleul; elle ne se file presque pas de cocon. Lorsqu'on touche sa chrysalide, qui est attachée par la queue, elle se roule sur son axe avec une très- grande rapidité ; mais craignant de rompre, à force de les tordre, les fils qui la retiennent, elle change alternativement le sens de sa rotation, etc., etc.
837. On a nommé Séticornes ou chëtocères la dernière famille de cet ordre, parce que les insectes qu'elle comprend ont les antennes en forme de soie, ou plus grêles à leur extrémité libre. Ces genres sont très-nombreux en espèces ; on les a distingués comme il suit, d'après la forme et la disposition des ailes : les uns les portent en toit , telles sont les noctuelles et lespyrales; d'autres les ont étendues, comme les phalènes et les ptérophores; enfin, dans quelques-uns, les ailes sont disposées comme en fourreau autour du corps, telles sont les teignes.
838. Les deux genres ûesnoctuelles et des pyraîes se distinguent par la forme de leurs ailes, qui sont élargies à la base dans les pyrales, et qui ne le sont point dans les noctuelles. Celles-ci ont reçu ce nom parce qu*elles volent principalement la nuit. Il y en a un très-grand nombre d*espèces : presque toutes subissent leurs métamorphoses dans la terre. On remarque principalement dans ce genre, à cause de leur couleur, la chrysile , dont les ailes supérieures sont d'un vert doré poli ; la mariée^ qui a les ailes inférieures d'un beau rouge , et dont la chenille se nourrit de lichens ; et beaucoup d'espèces sur les ailes desquelles on a cru reconnaître des lettres grecques, comme le gamma, Viota, le psi , l'omicron , Vomégay etc. Les pyrales ont été aussi nommées des chappes, à cause de la forme de leurs ailes. Leurs chenilles se cachent ou dans l'intérieur des fruits qu'elles rongent, ou dans un fourreau qu'elles se font ellesrmêmes avec une feuille qu'elles roulent très-artistement pendant la nuit et qu'elles dévorent dans la journée, après s'être ainsi mises à l'abri du bec des oiseaux ; elles se trouvent souvent en très-grand nombre sur une même plante ou sur des arbrisseaux dont elles dévorent les feuilles et les fruits. La pyrale de la vigne, fléau des vignobles, est une espèce de ce genre.
839. Les phalènes (PI. III, fig. 14) sont aussi des insectes nocturnes, comme leur nom grec l'indique. Les chenilles rases qui les produisent n'ont que dix à quatorze pattes en tout, dont six onguiculées du côté de la tête; les autres, placées à l'extrémité opposée du corps, ne sont pas articulées. Elles sont tellement disposées, que l'insecte ne peut marcher qu'en rapprochant considérablement la queue de la tête, ce qui a fait donner à ces chenilles le nom d'arpenteuscit ou de géomètres : elles semblent en effet arpenter le terrain , ou mesurer les espaces qu'elles parcourent. La plupart jouissent en outre de la singulière faculté de se dresser et de rester des heures entières immobiles sur une branche, afin d'éviter leurs ennemis, ce qui les a fait encore appeler chenilles en hâtons. Quelques-unes ressemblent tellement aux extrémités des branches d'arbres sur lesquelles elles vivent, qu'on les décrirait, pour ainsi dire, endétaillant les particularités de ces branches avec lesquelles on les confond toujours au premier aperçu, tant est grande l'analogie
106 DKS INSECTES LÉPIDOPTÈRES.
de grosseur, de figure , de couleurs, d'aspérités et de saillies de certains tubercules qui simulent l'apparence des gemmes. Toutes ces phalènes, dans Tétat de repos, portent leurs ailes éten«dues. Leurs antennes sont en soie, simples ou pectinées, et leur trompe est grêle. On les a désignées par le nom des plan* tes dont elles se nourrissent, ou d'après leur forme et leur couleur : telles sont celles dites du prunier, de l'aulne, du groseillier, du sureau, et celles qu'on a appelées charbonnière, laitière, barrée, pourprée, etc.
840. Ou a nommé ptérophores des insectes très-voisins des phalènet, dont les ailes ressemblent à des plumes. Ordinairement chacune des ailes est formée de plusieurs divisions dont le nombre et la couleur servent à déterminer les espèces. Leur chrysalide est velue, souvent suspendue au bout d'un long fil; la chenille de l'une d'elles vit sur le chèvrefeuille : on nonmie l'insecte parfait, ptérophore en éventail ou hexadactyle^ parce que chacune de ses ailes se divise en six parties.
841. Les teigneê sont des insectes très-destructeurs, sous leur première forme ou sous celle de chenilles ; elles sont d'au*tant plus à craindre qu'on ne s'aperçoit de leur présence que lorsqu'elles ont produit de très-grands ravages. Toutes vivent et se retirent dans des fourreaux qu'elles se construisent avec les matières même qu'elles dévorent. On reconnaît les teignes à leurs ailes roulées en fourreau autour du corps, et à une sorte de toupet de poils situé au devant de leur tête. Les principales espèces de ce genre sont la teigne de la cire, qui pénè-* tre dans les ruches et y vit à l'abri dans un fourreau très* solide; celles des tapisseries, des pelleteries, des habits, qui sont des espèces très-différentes. La plus pernicieuse de toutes est sans contredit celle des grains. C'est un petit papillon, tacheté de noir et de blanc, dont la tète est toute blanche. La chenille vit au milieu des tas de blé dans les greniers : elle se file un fourreau auquel elle agglutine des grains de blé qui la masquent entièrement. Retirée ainsi dans cette demeure, elle ronge d'autres grains dont elle ne laisse que le son; et, lorsqu'elle est près do se métamorphoser, elle emporte son étui et les grains qui la recouvrent, pour aller s'accrocher dans un lieu écarté.
DES INSEGTBâ HÉMIPTÈRES. 107
CINQUIÈME ORDRE, msECTES hémiptères*
d4â. Le principal caractère des H&miptères ne réside pas dans la forme des ailes, comme on pourrait le croire d'après leur nom; mais bien dans la structure de la bouche, qui a déterminé la nature de leurs aliments et par conséquent la diversité de leurs mœurs. £lle consiste dans un tuyau formé de plusieurs pièces articulées les unes au bout des autres, comme les parties d'un tube d'une lunette d'approche qui serait ouvert en dessous pour former un canal : il n'est jamais accompagné de palpes. On observe dans l'intérieur trois soies terminées par une pointe très-acérée, au moyen desquelles ces insectes percent la peau des animaux et des plantes. Cette bouche se nomme un bec (PI. III, fig. 4). C'est un organe qui produit l'efifet d'une piqûre , en même temps qu'il sert à absorber. Les trois soies reçues dans le canal sont disposées de manière que celle du milieu est la plus longue, cylindrique et cachée entre les latérales qui sont creusées en gouttière, de sorte que, pour les bien voir, il est nécessaire de faire pénétrer entre elles quelque corps très-pointu afin de les séparer. Il paraît que l'absorption des liquides s'opère par la capillarité et le fiiDtiveiBeM' -, fort rapide qu'exerce la soie du milieu entre celles qui lui servent de gaine.
843. Les hémiptères sont agiles et conservent^la! ïriêâiè' formé ' ■'> ^ sous leurs trois états, de larve, de nymphe et d'insecte parfait. Ils acquièrent seulement des ailes, et ne sont propres à la génération que sous leur dernier état. Il en est quelques^-uns ' qui ne prennent jamais d'ailes, et qui ne font que changer de peau : telle est la punaise des lits (Pî. III, fig. 21 ). Quoique tous les hémiptères n'offrent pas ces demi-élytres, qui n'appartiennent qu'à quelques familles; d'autres ayant les ailes de même consistance, l'ordre qui les réunit n'en est pas moins très-naturel, puisque leur métamorphose est incomplète, c'està-dire que l'insecte est mobile, et semblable à lui-môme sous les trois états, les ailes et les rudiments d'ailes exceptés, et que la manière de vivre ne cesse pas d'être la même dans toutes les espèces.
844 . La forme et la structure des ailes permettent d'établir deux sections dans cet ordre : lune comprend les "véritables hémiptères, qui ont des ailes supérieures à demi coriaces, presque opaques, membraneuses dans Tautre moitié, et dont le bec part du devant de la tôte, comme dans la punaise des cboux, la naucore. Lorsque les ailes sont à peu près d'égale consistance, et que le bec paraît naître du cou, comme chez les cigales chanteuses et les pucerons, les hémiptères ainsi conformés appartiennent à la seconde section.
845. On peut partager les vrais hémiptères en deux autres sous-divisions; car, sur les uns, on aperçoit des antennes plus longues que la tète, et tous ceux-là vivent hors de Teau : chez les .autres, au contraire, les antennes sont très^ourtes, à peine visibles, et les pattes de derrière sont allongées, aplaties, bordées de poils et en forme de rames (PI. III, flg. i6, qui est la patte postérieure grossie d'un notonecte) ; aussi , tous ces insectes vivent-ils dans l'eau ou à sa surface, et les nomme-t on rémipèdes.
846. C'est dans la première sous-division que se trouvent placées les punaises de Linné. Mais on a observé que les genres fort nombreux que cette section réunit comprennent des insectes trèsrdifférents par les mœurs. A la vérité, toutes les espèces ont des antennes très-visibles ; mais chez plusieurs, elles sont terminées en une pointe très-fine. Celles-là sont constamment carnassières , et on les a nommées Sanguisuges ou Zoadelges, car elles sucent les humeurs des animaux. Leur bec paraît être aussi un prolongement arqué du front. Telle est la punaise des lits qui fuit la lumière, et qui se nourrit du sang des animaux endormis, en particulier de celui de l'homme et des hirondelles. Telles sont encore les réduves, ainsi nommées à cause de leurs larves , et surtout de celle de l'espèce appelée' masquée, qui, pour ne point être aperçue des araignées, des punaises des lits et des autres insectes qu'elle détruit, se couvre de poussière , de poils, de plâtre et d'ordures , dont elle ne se débarrasse que lorsque, munie de ses ailes, elle peut attaquer sa proie à force ouverte et fondre dessus. Telles sont encore les ploièresy qui ont le corps muni d'ailes et excessivement allongé, qui ne marchent que la nuit, pour se nourrir principale-
ment de cousins et de tipules : leurs antennes sont excessivement développées en forme de pattes : celles-ci sontfort longues, au moins la paire moyenne et la postérieure, car celles de devant sont très-courtes. On ne compte que trois articles à tous leurs tarses. Les hydromètres , qui ressemblent aux ploïères , mais qui n'ont pas d*ailes et qui marchent sur l'eau des étangs, appartiennent aussi à cette famille, ainsi que les mm de«, dont les yeux sont très-gros , dont le corps est triangulaire , et qui sucent les insectes mous qu'ils saisissent sur les plantes.
847. Toutes les autres espèces ont un bec qui parait naître du front; on lésa nommées, à cause de cela, Frontirostres ouRhinostotnes. Elles n'ont pas les antennes terminées par une soie ; les unes les ont en masse, comme les podicères et les corées ; les autres les ont en fil, comme les peniatomes, les scutellaires , les lygees , les gerres , les acanlhies , etc. Tous ces genres, sans exception, comprennent des espèces qu'on ne rencontre que sur les plantes dont elles sucent la sève, qui est leur nourriture principale, sous les trois états de larves, de nymphes mobiles et d'insectes parfaits. La plupart, lorsqu'on les saisit, exhalent une odeur très-forte, et ordinairement fortdésagreable, sécrétée et mise en réserve dans des organes particuliers.
848, Les punaises aquatiques ont été nommées les Hydrocorées ou les Rémipèdes , parce que leurs pattes postérieures sont très-aplaties , ainsi que les tarses qui sont souvent ciliés sur les bords et composés de deux articles. Elles ont des antennes si courtes, qu'on a beaucoup de peine à les apercevoir. Elles sucent le sang des poissons et des autres habitants de l'eau. Il en est qui ne font que se traîner sur le sable au fond de l'eau, et qui déposent leurs œufs dans les tiges des roseaux : telles sont les ranalres et les nèpes ( PI. III , fig. 1) , qui volent quelquefois, mais avec peine. Leur abdomen est le plus souvent terminé par des filets réunis en une longue pointe qui leur sert de pondoir ou de tuyau propre à introduire dans leur corps l'air destiné à la respiration. Leurs pattes de devant (PL III, fig. 17 et 28) ne sont composées que de deux pièces; la cuisse a et un crochet b qui tient lieu de la jambe et du tarse. Parmi celles qui nagent très-bien , les unes ont la forme d'un petit bateau ; on les appelées naueores et sigare$ ou corises; d'au-