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CHAPITRE XXI

Des Mammifères ou de la première classe des animaux.

1202. Le nom de Mammifères, qui signifie porte-mametles, indique d^avance le caractère principal des animaux auxquels on Ta appliqué. Comme nous Tavons d*abord fait connaître (676), ils ont tous des vertèbres, avec le sang rouge et chaud j ils respirent par des poumons; ils font des petits vivants, que toutes les mères nourrissent d'une humeur particulière qu'on nomme lait, et qui se forme dans leurs mamelles.

J203. Ce n'est point assez de connaître ces caractères généraux, qui suffiraient, à la vérité, pour distinguer les mammifères de tous les autres êtres vivants : il faut, pour s'en faire une idée exacte, les comparer dans les diverses parties de leur organisation. Cette manière dp les étudier servira en même temps^ à établir les différences essentielles qui les éloignent de tous ceux des classes précédentes ; elle nous apprendra aussi dans quelles parties nous pourrons trouver les variations les plus importantes pour l'établissement des ordres. Nous allons donc considérer successivement, dans les mammifères, les organes du mouvement, des sensations, de la nutrition, de la respiration, de la voix, enfin ceux de la génération.

1204. La classe des mammifères est, sans contredit, celle qui présente le plus grand nombre de variations dans les organes du mouvement : il y a, en effet, parmi ces animaux, des espèces qui marchent, qui sautent, qui courent, qui grimpent, qui nagent, qui plongent, qui volent, etc., et qui jouissent de ces diverses facultés ensemble ou séparément. La plupart ont quatre membres , dont ils peuvent se servir pour marcher seulement, pour saisir les corps, et pour attaquer ou se défendre. D'autres n'en ont que deux, principalement destinés au mouvement. Toutes ces actions s'exercent à l'aide des os et des muscles.

iâ05. La charpente osseuse des mammifères est toujoui'S essentiellement construite diaprés un plan uniforme avec une échine , qui forme le tronc , et des membres dont le nombre et la longueur varient, mais qui sont à peu près composés des mêmes parties. L'échiné, dite colonne vertébrale, porte constamment en avant une tètp, ou un renflement considérable, qui loge le cerveau dans une boite osseuse, qu'on nomme crâne , et de plus les principaux organes des sens dans une autre partie excavée, qu'on appelle face. Le cou est formé par sept vertèbres (1) ; le nombre de celles du dos vaine beaucoup, il est de onze à vingt-quatre; celles des lombes, du bassin et de la queue présentent encore plus de différences , puisqu'on totalité on a trouvé les deux extrêmes de onze à quarante-six. Les côtes sont toujoufô appuyées en avant sur un sternum ; le bassin manque seulement dans un ordre de cette classe; celui des Cétacés. Les membres présentent quelques variétés, principalement dans la composition de l'épaule, et dans le nombre et la disposition des doigts.

1206. Quelques mammifères n'ont à l'épaule qu'un seul os, qu'on nomme omoplate ou scapulum, sur lequel appuie l'os du bras; ceux-là ne peuvent pas porter à la bouche leurs aliments avec les membres; d'autres ont de plus un os allongé, qui appuie sur le sternum, et qu'on appelle clavicule. Le bras n'est composé que d'un seul os nommé humerai. L'articulation qui vientensuite est presque toujours formée de deux os : on nomme l'un os du coude ou cubital , et l'autre os du rayon ou radiaL La main ou la patte antérieure varie beaucoup pour la forme, pom* le nombre des doigts, et pour celui des os qui la composent. On y distingue le carpe on poignet, qui joint cette partie à l'avant-bras ; puis le métacarpe , appelé quelquefois cation, quand il est formé de deux os soudés; enfin , les doigts, dont les articulations, qu'on nomme phalanges y sont très-rarement au delà de trois; et la dernière, qui supporte l'ongle, est à cause de cela désignée sous le nom d'onguéale.

(1) On ne connail encore que le paresseux à trois doigts, ou l'aï de la Guyane, qui en ail neuf. Encore ignore-l-on si celle parlicularilé s'observe dans un autre squelette que celui qui a donné lieu à cette observation singulière.

1207. Comme le membre postérieur ou abdominal appuie sur la hanche, il n*y a pas de pieds de derrière dans les animaux à mamelles qui n'ont pas de bassin. La cuisse est toujours composée d'un seul os, qu'on nomme /"emora/. La jambe, qui correspond à l'avant-bras, est formée de deux os, l'un très-fort, qui ne manque jamais, et qu'on appelle iibial; l'autre plus grêle , situé au dehors, ne formant quelquefois qu'un petit tubercule à la malléole ou cheville du pied , est nommé péronéal. Le pied de derrière est à peu près composé des mêmes parties que celui de devant. Mais on nomme tarse la portion qui correspond au poignet; métatarse ^ celle qui vient ensuite; enfin , les doigts ou les orteils sont aussi composés de phalanges, dont le nombre , la forme et la disposition varient dans les différentes fiimilles.

1208. Les mammifères qui peuvent exercer le plus de mouvement, comme les singes, les chiens, ont un squelette composé d'environ deux cent quarante os, dont il entre à peu près moitié dans la structure de la tête, de l'échiné, de la poitrine et du bassin ; les autres os constituent les membres, mais leur nombre varie beaucoup dans les diverses espèces ; la tête , le cou et le bassin sont des parties du corps qui offrent le moins de différences à cet égard pour le nombre, tandis que la poitrine , et surtout la queue, ne présentent rien de constant.

4209. Tous lesos du corps des mammifères sont destinés, soit à protéger quelques cavités, comme la tête, la poitrine, le bassin, soit à produire les mouvements par lesquels l'animal transporte son corps et subvient à ses besoins. La tête s'articule ordinairement sur l'échiné , au moyen de deux tubercules qu'on appelle condyles. C'est la première vertèbre, qu'on nomme atlas , qui tourne sur la seconde appelée axis^ et qui fait mouvoir la tête à droite et à gauche. La totalité de l'échiné peut se fléchir ou se redresser, et se porter un peu de côté ; mais ces mouvements ne sont bien sensibles que dans les régions du cou et de la queue. Les côtes se soulèvent les unes sur les autres; cependant les premières , du côté de la tête, sont presque toujours fixes. Le bassin n'est mobile que dans les cétacés. L'épaule est retenue seulement par les chairs , dans les mammifères non clavicules; dans presque tous, à l'exception d'un seul genre, elle

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peut changer de situtation. Le bras et la cuisse se meuvent presque en tous sens. La jambe et Tavant-bras ne peuvent que se fléchir et s'étendre sur la cuisse ou sur le bras. La main et le pied, ou les pattes de devsuatet de derrière, sont susceptibles de divers mouvements, qui dépendent de la manière de vivre, et qui indiquent si ranimai peut s'en servir pour saisir les corps ou pour marcher, voler, nager, etc.

1210. Les principaux mouvements du corps sont produits par des organes particuliers, qu'on appelle mu^c/e^. Ce sont des faisceaux de fibres rouges, qu'on nomme ordinairement chair ou viande : ces fibres sont toujours attachés au moins à deux os différents; et, par une propriété qui les caractérise, elles peuvent se contracter ou diminuer de longueur, de sorte qu'elles font nécessairement rapprocher les deux parties sur lesquelles elles sont fixées. Il y a autant de muscles , pour ainsi dire, que de positions diverses dans lesquelles les os peuvent d'abord se placer; et puis toujours il y en a d'autres pour ramener ces os à la place qu'ils occupaient; aussi compte-t-on plus de quatre cents muscles différ^ftts : ils sont toujours placés au dehors des os. On nomme tendons les parties d*un blanc argenté qui font la continuité de la fibre rouge, et qui ne paraissent servir que comme des cordes de prolongement. En général, les os et les muscles font du corps des animaux vivants une sorte de mécanique en action, dans laquelle la charpente est formée par le squelette^ et la puissance motrice est véritablement remplacée par les muscles.

1211. Tous les mammifères ont un cerveau contenu exactement dans la cavité du crâne, et la structure de cet organe est beaucoup plus compliquée que dans tous les autres animaux. Il en provient douze paires de nerfs (PI. I, fig. 4) qui vont se rendre dans des organes particuliers, et ce cerveau lui-même se prolonge dans le canal que forment les vertèbres, pour se partager au moins en soixante cordons nerveux qui vont se terminer dans toutes les autres parties du corps.

1212, La première paire de nerfs, qu'on appelle olfactive, se porte dans le nez : elle y pénètre par un grand nombre de trous; elle se divise en filaments déliés, pour se distribuer dans l'épaisseur d'une membrane particulière qui tapisse la cavité

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des narines , et se replie sur des lames osseuses qui présentent beaucoup d'anfractuosités, et par cela même une très-grande superficie. C'est ce qu'on nomme la membrane piiuitaire : elle est toujours enduite d'une humeur visqueuse , qui arrête les molécules odorantes dont l'air peut être chargé avant de pénétrer dans le poumon. Cette membrane qui, dans quelques animaux, est repliée dans un espace de trois centimètres carrés au plus , occuperait près de quatre décimètres d'étendue , si toute la surface était étalée. Tel est l'organe de l'odorat; sa dis» position est à peu près la même dans les autres animaux vertébrés aériens ou chez ceux qui respirent l'air en nature (i).

1215. La seconde paire de nerfs se termine dans les yeux; aussi la nomme-t-on optique : elle s'épanouit et s'étale là comme une lame molle dans l'intérieur de ces organes. Cette membrane concave, qu'on nomme la rétine, paraît destinée à percevoir la sensation des objets qui viennent se peindre dans l'organe de la vue. Vœil est une sorte d'instrument d'optique tellement disposé, que quand l'entrée ou le trou, qu'on nomme la pupille , est ouverte à la lumière, s'il se trouve vis-à-vis quelques objets éclairés, ceux-ci viennent s'y représenter en petit, comme dans un miroir. On croit que le nerf, formant cette membrane sensible appliquée derrière l'image qui se représente dans l'œil, communique à l'intelligence la sensation de sa présence. Ce qu'il y a de certain , c'est que dans l'œil isolé d'un bœuf nouvellement tué, les objets extérieurs se représentent très-bien , quoique l'animal ne puisse éprouver la sensation de leur présence. La troisième , la quatrième et la sixième paire

(0 Les vers sont plus faciles à retenir que la prose. Ceux qui suivent quoique médiocres, expriment assez bien l'ordre et l'usage des dix paires de nerfs , telles qu'on les décrivait avant les travaux de Vicq-d'Az^r.

OlfacUfs. Le plaisir des parfums nous vient de la première.

Optiques La seconde nous fait jouir de la lumière.

Moteurs des yeux. . . La troisième à nos yeux donne le mouvement.

Pathétiques La quatrième instruit du secret d'un amant.

Maxillaires La cinquième parcourt l'une et l'autre mAchoire.

Abducteurs des yeux. La sixième dépeint le mépris et la gloire.

Auditifs La septième connaît les sons et les accords.

Vagues La huitième au dedans faiijouer cent ressorts.

Guilatifs La neuvième au discours tieut notre langue prête.

Sous-oeeipitaux. ... Et la dixième enfîn meut le col et la tète.

de nerfs se terminent dans les muscles qui sont propres à mouvoir le globle de l'œil.

1214. La cinquième paire de nerfs, dite les trijumeaux ou le trifacial, est une des plus grosses de celles qui sortent du crâne : elle se partage en trois branches, aussitôt qu'elle est séparée du cerveau ; toutes trois sont destinées à donner le sentiment et à porter la vie dans les diverses parties de la face et de la bouche. La langue, organe charnu et mobile dans les mammifères, et dans laquelle la plupart des nerfs se distribuent, est le siège de deux modes de sensibilité différents. Elle jouit d'un tact exquis pour juger de la solidité et de la température des corps, mais surtout des saveurs, c'est-à-dire de la nature chimique des corps liquides, ou qui peuvent le devenir à l'aide de la salive , laquelle dissout les seules matières qui par suite deviennent sapides. Les saveurs sont désignées parla sensation analogue ou semblable qu'elles déterminent ou produisent chez l'homme. Ainsi on les dit amères, acres, slyptiques, douces, mucilagineuses , sucrées, acides, aigres, etc., mais la langue n'a pas les mêmes usages chez tous les vertébrés (1246).

4215. La huitième paire de nerfs ou auditifs , qu'on a regardée jusque dans ces derniers temps comme la septième, se porte d'abord avec cette dernière dans l'intérieur de l'oreille ; mais elle s'y termine dans des canaux osseux, qui contiennent une pulpe molle, qu'on croit destinée à percevoir les sensations de l'air ébranlé. On sait en effet que les sons (39) pénètrent dans Y oreille par la conque , qui varie beaucoup pour l'étendue, la forme et la mobilité , la direction et la position relatives : ils sont arrêtés là par une membrane qui ferme le canal auditif, et qu'on nomme le tympan. Derrière cette membrane est une cavité qu'on appelle caisse , dans laquelle il se trouve une petite quantité d'air qui s'y introduit par un conduit dont l'entrée est au fond de la gorge. Cette caisse du tympan communique par deux très- petits trous, qu'on a nommés fenêtres, l'une dite ovale et l'autre ronde, d'après la forme de leur pourtour, ils aboutissent dans les canaux où est placée la pulpe médullaire; de petits osselets, articulés ensemble, et disposés en bascule les uns sur les autres, font ouvrir dIus ou moins l'un de ces trous, suivant que le tympan est aussi

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plus OU moins ébranlé. On croit que la petite quantité d'air contenue dans rinléricur de la caisse éprouve à peu près les mêmes ébranlements que Fair extérieur , avec lequel elle est toujours en unisson, et Ton explique par là comment s'opère la sensation de Youïe ; car cet air ébranlé , répète ou reproduit en petit les vibrations extérieures quMl a éprouvées et transmises; c'est ainsi que cet air intérieur de la caisse agit sur la pulpe médullaire , et on suppose que celle-ci , au moyen du nerf, en instruit aussitôt Tintelligence.

1216. La neuvième paire de nerfs, qui proviennent du cerveau, a été longtemps désignée sous le nom de vague : on la nomme maintenant pneumogastrique , car elle est principalement destinée aux organes de la digestion , de la circulation et de la respiration. La dixième va se perdre dans la langue avec une branche de la précédente et une autre considérable qui provient de la cinquième. C'est là que réside l'organe du goût. 11 paraît que la sensation de la saveur s'opère par une sorte de combinaison chimique qui a lieu entre les molécules sapides des corps et les extrémités des nerfs qui s'épanouissent dans des papilles, ou dans les petits tubercules dont la peau de la langue est hérissée. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'y a que les corps solubles ou liquides qui produisent de la saveur, et qu'il est impossible, quand la langue est sèche, d'éprouver dans la bouche une autre sensation que celle du toucher ordinaire.

1217. Les autres paires de nerfs sont destinées principalement aux mouvements généraux du corps : presque toutes se terminent dans les muscles. Les nerfs des membres, après être sortis delà colonne vertébrale, s'entrelacent en forme de réseau ou de plexus : ils se séparent ensuite pour aller se terminer dans des parties constamment déterminées sur chaque espèce d'animal. Ce sont ces nerfs des membres qui fournissent à la peau en général la sensibilité dont elle est douée. Leur terminaison dans les téguments de la pulpe des doigts produit le sens du toucher y qui apprécie les divers qualités tangibles des corps, telles que leur plus ou moins grande solidité, leur poids, la nature de leur surface, leur température , etc.

121B. Outre ces nerfs , qui proviennent du cerveau et de son

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prolongement, qu*OD appelle moelle nerveuse ou épinière, les animaux vertébrés sans exception présentent un autre système nerveux, formé, de Tun et de l'autre côté, par un eordon unique principal, dont les filets s'unissent avec presque tous les autres nerfs du corps pour produire des réseaux autour des grosses artères. On croit qu'il fait communiquer entre eux tous les nerfs : on l'a nommé , à cause de cela , grand sympathique ou trisplanchnique , parce qu'il est situé principalement dans les trois cavités où sont contenus le cerveau, les poumons, les intestins.

1219. Les mammifères offrent entre eux les plus grandes dif férences par rapport aux organes de la nutrition : les principales dépendent de la nature des aliments qui leur sont nécessaires et de la manière dont ils s'en saisissent. Pour bien concevoir ces différences, il faut d'abord étudier les instruments qui servent à la mastication , lesquels indiquent par avance la conformation des autres organes destinés à la digestion.

1220. La plupart des mammifères ont autour de la bouche des lèvres charnues et mobiles qui peuvent fermer complètement cet orifice en dehors. Ils se servent de ces lèvres pour saisir les aliments, les porter à leur rencontre et les retenir. Leur mâchoire inférieure seule est mobile : le plus ordinairement les deux mâchoires sont garnies de dents, mais la forme de ces dents et leur nombre varient beaucoup. On nomme incisives celles qui sont placées en devant et taillées en biseau , de manière à pouvoir couper; laniaires, celles qui sont placées sur les côtés, ordinairement plus longues, pointues ou en forme de coin, et qui sont propres à déchirer; enfin molaires^ celles qui sont situées en arrière, et dont la pai'tie supérieure ou la couronne varie, suivant la nature des aliments. Elles sont li)ates ou à tubercules mousses dans les animaux destinés à manger des substances végétales; elles sont, au contraire, anguleuses et tranchantes chez ceux qui se nourrissent de la chair des autres animaux.

1221. Ces dents se meuvent les unes sur les autres toutes les fois que la mâchoire inférieure se porte en avant ou de côté, et quand elle s'abaisse ou s'élève à l'aide des muscles qui s'y attachent. Quand les mâchoires se meuvent, il arrive dans la

bouche une grande quantité de salive que produisent des glandes placées aux environs. Cette humeur pénètre les aliments, qne la langue tourne et retourne de manière à en former une pâte ductile, qu*elle transporte alors en arrière du gosier, et qu'elle fait tomber dans la gorge, en produisant un mouvement de bascule. La nourriture pénètre ainsi dans Y œsophage ^ tuyau charnu, contractile, qui cdlnmunique de la bouche à V estomac, qui est une poche membraneuse située au delà de la poitrine, dans la cavité du ventre, et qui présente des modifications nombreuses suivant la nature des aliments dont les animaux se nourrissent, et qui sont toujours en rapport avec la forme et la disposition de leurs dents.

1222. Quand cette pàlée alimentaire a séjourné quelque temps dans la cavité de Testomac, elle s'y abreuve des liquides que les animaux y mêlent ordinairement, ou d'un suc analogue à la salive, qui suinte des parois de cet organe : elle est alors changée en une bouillie homogène, qu'on nomme chyme; lequel passe ensuite par un autre orifice de l'estomac, appelé pylore, et dont le tube intestinal est la continuité. La première partie de ce tube porte, en totalité, le nom à^iniesiins grêles, parce qu'en effet leur diamètre est beaucoup plus étroit que celui de l'autre portion du tube qu'on appelle gros intestins.

1223. La portion grêle du tube intestinal est intérieurement garnie de replis ou de valvules qui flottent dans sa cavité : il rampe sur leur surface un grand nombre de vaisseaux. On remarque surtout, dans la partie qui est la plus voisine de l'estomac, des conduits ou canaux qui versent dans l'intérieur deux humeurs particulières ; l'une, qui est aqueuse, analogue à la salive, est fournie par une ou plusieurs glandes qu'on nomme pancréas; l'autre humeur est de couleur verte ou jaune, d'une saveur amère, avec des propriétés alcalines; on la nomme Me : elle provient d'une très^rosse glande qu'on appelle le foie. Ces deux humeurs se mêlent avec le chyme, qui est poussé dans le sens opposé aux valvules, et comprimé de toutes parts à l'aide d'une force contractile qu'éprouvent les parois des intestins grêles, mouvement qu'on appelle péristaltique , parce qu'il s'exerce à la circonférence , ou vermiculaire , parce qu*0û l'a comparé à celui des vers de terre.

1224. Quand on a eu occasion d'ouvrir des animaux morts au moment même où la digestion s'opérait, ou a observé que toute la çurface des intestins était couverte de petits vaisseaux aussi déliés que des cheveux, et qui contenaient une humeur qu'ils paraissaient avoir absorbée dans l'intérieur du tube, mais par des extrémités si ténues, qu'il était impossible de les suivre à l'œil. Cette humeur est nommée chyle, et par suite les vaisseaux sont dits chylifères. Ils se rendent tous dans un canal commun , qui est placé dans la poitrine, le long de la colonne veitébrale , et qui va se terminer dans les veines. De sorte que la partie la plus fluide des aliments est absorbée par les vaisseaux veineux et chylifères, et que ce liquide nourricier entre ainsi dans la circulation sanguine. Il est probable que Faction péristaltique, qui force les matières alimentaires à avancer vers les gros intestins, et de ceux-ci vers Faous, aide beaucoup l'action des vaisseaux absorbants, en exprimant pour ainsi dire le chyme, en le pressurant de manière à le priver presque entièrement des liquides qu'il contient. Peut-être aussi, par le simple contact avec les membranes muqueuses, les sucs nourriciers peuvent-ils être introduits par l'action de l'endosmose (252, 256).

1225. Lorsque les aliments avalés ont parcouru toute la Iongueur dutube intestinal, et qu'ils ont été entièrement privés des parties nutritives qu'ils contenaient, les animaux s'en débarrassent en expulsant ce résidu par une ouverture qui est toujours placée en arrière du bassin, et qui le plus souvent, chez les mammifères, est uniquement destinée à cet usage.

1226. Les poumons des mammifères sont constamment situés dans la cavité de la poitrine, qui est séparée du ventre par un muscle particulier à cette classe d'imimaux ; c'est ce qu'on appelle le diaphragme. Ces poumons sont formés par l'assemblage d'un grand nombre de canaux ou bronches, qui tous se terminent ou aboutissent dans de petites vésicules où l'air peut entrer et sortir librement. L'air destiné à la respiration y parvient en pénétrant par les narines. Celles-ci recueillent sur leur passage les molécules odorantes qui y sont dissoutes ou suspendues, et elles s'y trouvent arrêtées parla membrane muqueuse qui tapisse ces conduits. Dans les mammifères, les na-

rines n'aboutissent pas directement à la cavité de la bouche; leur orifice postérieur est constamment situé dans le haut du pharynx, derrière le voile du palais. Cet air arrive ainsi vers le larynx, qui est l'origine de la trachée artère. Ces organes sont renfermés, l'un à droite et l'autre à gauche, dans des membranes particulières, qui forment des sacs sans ouvertures, qu'on nomme les plèvres ; ils sont toujours séparés entre eux par l'agent de la circulation ou par le cœur.

1227. Tous les mammifères connus ont une voix; mais, chez eux, elle est produite à l'extrémité supérieure de la frachée. C'est un canal formé de cerceaux cartilagineux qui conduit l'air extérieur dans les poumons. Son orifice est placé vers la base de la langue, dans le pharynx. Cette particularité que nous venons d'iadiquer distingue les mammifères des autres vertébrés à poumons, comme les oiseaux et les reptiles chez lesquels les narines et la glotte, qui est l'orifice de la trachée, sont toujours situés dans la cavité de la bouche. D'ailleurs'les mammifères n'ont qu'un larynx supérieur, ordinairement recouvert par un cartilage mobile qui fait l'effet d'une soupape, et qu'on nomme épiglolle. Ce cartilage s'abaisse toutes les fois que l'animal avale ; il s'oppose à ce que les boissons et les autres aliments puissent tomber dans le conduit de l'air dont les demi-anneaux cartilagineux sont retenus en arrière par une «embrane. Quelquefois l'air, chassé avec vibration par la glotte, pénètre dans des sacs particuliers, ou dans des cavités osseuses, qui augmentent, diminuent ou modifient beaucoup l'intensité de la voix.

1228. Les individus de cette classe n'ont qu'un sexe; ils s'accouplent; ils mettent au monde des petits vivants qui se sont développés, jusqu'à un certain point, dans le corps de leur mère; ils étaient contenus alors dans un organe particulier à la femelle, qu'on nomme matrice, et ils s'y nourrissaient de son sang, à l'aide de vaisseaux qui, d'une part, adhéraient par un grand nombre de petits orifices à la paroi interne de celte matrice, et qui, de l'autre, venaient aboutir à leur nombril. On nomme encore ombilic cette ouverture, située constamment au devant du ventre. Les vaisseaux qui s'y rendent fondent un cordon et sont appelés ombilicaux. Le nombre des

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petits que portent les femelles varie suivant les espèces. En gé* n^ral, les très-gros mammifères n'en font qu'un seul à chaque portée, et leur nombre est ordinairement moitié moindre que celui des mamelles. La durée de la gestation ou du temps que le fœtus reste dans l'intérieur de la matrice pour s*y développer, varie suivant les races. Chez les lapins et les cochons d'Inde, elle est d'un mois à trente- cinq jours; chez les chats, de quarante-cinq à cinquante; chez les chiennes, de soixante* dix à quatre-vingts; chez les renards, de cinq mois; dans les vaches, les biches, de neuf mois, et môme d'une année chez tes juments.

1229. On appelle mamelles des organes situés sur le ventre ou sur la poitrine, et destinés à sécréter une humeur particulière dont le petit mammifère a besoin pour se nourrir pendant un certain temps après sa naissance. Les mamelles ne se dé* veloppent qu'à l'âge où ces animaux peuvent engendrer; elles existent toujours en nombre pair, et symétrique dans l'un et dans l'auti^e sexe; et on les observe, au moins en rudiment ou par l'indice du mamelon , chez toutes les espèces. Leur nombre varie de deux à quatorze, suivant les genres et les espèces, et d'après leur position on les distingue en pectorales, abdominales ou ventrales, et en inguinales. En général ce nombre est proportionné à celui des petits que la femelle doit produire. On appelle lait Thumeur qui se sécrète dans ces organes. Le lait est un liquide opaque, d'un blanc quelquefois bleuâtre ou jaunâtre, onctueux, écumeux, d'une saveur douce plus ou moins sucrée, portant une odeur fade et propre à chaque animal dont il provient. C'est une humeur très-composée qui, lorsqu'elle est refroidie et gardée quelque temps, se sépare en trois parties : lo en une sérosité qu'on nomme petit-lait ; ^ ea une matière qui se concrète et présente des caractères paiticuculiers : c'est ce qu'on nomme fromage, la caséine on matière caséeuse; ce qu'on nomme la présure, et dont on se sert pour hâter la préparation des fromages dans lesquels on désire qu'il reste de la crème ou de la matière grasse, provient d'une portion du lait que Ton recueiUe dans la caillette, ou le quatrième estomac du veau qu'on sacrifie dans les boucheries. Il s'y trouve en grumeaux, et il conserve longtemps la pro*

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priété dont il jouit; 3"* enfin en une matière grasse, onctueuse, d'un blanc jaunâtre, qui s*élève à la surface du lait qu*on laisse reposer dans un lieu frais, c'est ce qu'on appelle crème ou matière butyreuse, parce que c'est de celle-là qu*on retire le beurre, La proportion de ces trois parties varie beaucoup dans les diverses espèces de lait, ainsi que celle d'une sorte de sucre qui leur donne des saveurs particulières.

1230. On a partagé la classe des mammifères d'après les organes du mouvement et de la nutrition, et on les a rangés en quatorze familles ou groupes, dans chacun desquels se trouvent réunies les espèces qui ont le plus d'analogie par les habitudes et la manière de vivre. On en a formé d'abord trois sousclasses. Les espèces qui ont les pattes courtes, aplaties, changées en nageoires (PI. VI , flg. 6, 7, 9 ) , et qui , par conséquent, vivent habituellement dans les eaux ou i\ leur surface, composent la première : toutes les autres ont des pattes propres à marcher sur la terre; mais chez les unes, les doigts sont enveloppés entièrement, à leur extrémité, par une corne arrondie qu'on nomme sabot, de manière que ces pattes ne peuvent servir pour attaquer les autres animaux ( PL IV, fig. 13 , c c, et PI. VI , flg. 3) ; aussi ces mammifères se nourrissent-ils essentiellement de matières végétales : on en a formé la seconde sous-classe. Enfin on a réuni dans la troisième toutes les espèces dont les doigts ne sont armés à leur extrémité que d'une petite portion de corne tranchante, pointue ou aplatie, qui est destinée souvent à attaquer d'autres animaux (PI. I, fig. 2, 3, 4) : aussi trouve-t-on parmi eux des espèces qui ne vivent principalement que de proie vivante, qu'elles déchirent avec leurs ongles. Ainsi les mammifères peuvent d'abord être divisés en Negto-^ PODBS, en Ongulés et en Onguiculés.

1231. Deux familles bien faciles à distinguer partagent la sous-classe des mammifères à pieds palmés. Les uns (PI. VI, fig. 4, S, a, d), comme les phoques et les morses, ont quatre pattes; ils peuvent se traîner un peu sur le rivage, on les nomme amphibies (1242). Les autres n'ont point de pattes de derrière (PL VI, fig. 40); leur forme est semblable à celle des poissons, ils ne quittent pas l'eau : on les appelle cétacés (123S}.

1232. Les animaux & sabots peuvent être rapportés avec la

même facilité à trois familles principales. Quand ils n*ont qu'un seul doigt ou un sabot (PI. YI, fig. 3), on le nomme solipédes (1245); lorsqu'ils en ont deux (PI. V, fig. i2, 14), ruminants ou bùulques (1249); enfin, s'ils en ont plus de deux (PL IV, fig. 13, c c), ils prennent le nom de pachydermes (1267).

1253. La sous-classe des onguiculés contient un beaucoup plus grand nombre de genres que les deux autres prises ensemble ; on Ta partagée en deux sections : dans Tune sont rangés tous les genres qui ont les trois sortes de dents; à Tautre appartiennent ceux auxquels il en manque une ou plusieurs sortes. Ainsi on appelle rongeurs (1276) ceux qui n'ont point de laniaires (PI. 111, fig. 8;; édentés (1274) ceux qui n*ODt ni laniaires ni incisives (PI. IV, fig. 3); et tardigrades (1273) ceux auxquels manquent les seules incisives (PI. IV, fig. il). Les onguiculés à trois sortes de dents, tantôt n'ont pas les membres distincts, étant réunis par une membrane en forme d*ailes (PI. lï, fig. 1 et 9), ce sont les chiroptères (1306); tantôt leurs membres sont libres et propres à marcher. Alors ou ils ont un pouce séparé , soit aux mains seulement (PI. I , fig. 1 , a), tels sont les bimanes (Chapitre XXII); soit aux pieds et aux mains (fig. il, 12, 15), tels sont les quadrumanes (1310) : ou ces animaux n'ont pas de pouce séparé et opposable, soit qu'ils marchent sur le bout des doigts (fig. 11, 12, 13), comme les digitigrades (1290), soit qu'ils s'appuient sur la plante entière des pieds et sur la paume des mains (fig. 11 et 13), comme ceux que l'on nomme plantigrades (1298).

1233.'' Tel est l'ordre naturel que les naturalistes ont adopté dans ces derniers temps pour étudier cette classe d'animaux. Ainsi, ils les ont répartis en trois sections : i"" les es|>èces dont les doigts sont cachés sous la peau dans des lames aplaties servant de nageoires pectorales, ayant tantôt les narines au dessus du museau, tantôt à l'extrémité libre de la face. 2° Les ongulés, ayant les doigts terminés par des sabots dont le nombre varie, comme celui des doigts, de cinq à un seul. 3o Enfinles onguiculés , qui diffèrent et forment autant de tribus par le nombre et la différence des dents : les uns n'ayant jamais d'incisives, comme les édentés; d'autres pas de canines : les rongeurs, et enfin , les carnassiers , les quadrumanes et les bimanes.

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DBS MAMMIFÈRES GËTAGËS.

1234. Ed dernière analyse, voici le taileau des ordres et des familles de la classe des mammifères.

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