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CHAPITRE XXII

De rHoiùiiie.

I2MK. Si la raison, c'est-à-dire la faculté de pensée, de comparêfT et de tirer des conséquences des faits connus et observés, omettait entre Thomme et les animant un aussi grand inter- ▼aMe 5 si les moyens qu'il a d'exprimer ses idées par la parole et de transmettre par des signes convenus les faits que les expériences lui ont appris à connaître ; quelques caractères naturels tirés de sa conformation pourraient servir à le faire distinguer de tous les autres êtres animés, sur lesquels il exerce un pouvoir absolu. L'homme en effet est le seul mammifère qui se tienne et puisse marcber ou courir constamment debout oui dans une position absolument verticale. Seul, il peut opposer aux autres doigts les pouces de ses mains, et non de ses pieds (PI. I, fig. 2 a b). Enfin, aucun n'a, comme lui, les dents incisives verticales à la mâchoire inférieure, dont le rebord libre , m le menton , soit plus saillant en avant que l'orifice de la bouche (PI. I, fig. 2), et surtout que les dents incisives.

1516. La structure du corps prouve évidemment que l'homme est destiné à se tenir debout : sa colonne vertébrale légèrement êourbée supporte latêtepresquehorizontalementsursescondyles â peu près en équilibre; ses hanches évasées , charnues, et ses cuisses arrondies font continuité avec la longueur du tronc; sa jambe est garnie de muscles très-forts qui agissent sur le talon, et dont la masse forme ce qu'on appelle le mollet ; son pied fait un angle droit avec la jambe ; il est plat en dessous, et son gros orteil est le plus long et le plus volumineux de tous les doigts. Ces caractères ne se remarquent ensemble dans aucun autre animal

1317. Au reste, l'homme éprouverait la plus grande difificulté pdur marcher sur les quatre extrémités. Ses membres inférieurs ëôûi excessivement allongés ; il a l'échiné trop droite et trop

courta , principalement dans la région du cou ; sa face n*est point assez prolongée , et sa tête est trop pesante. Il résulte de cette organisation que la marche sur quatre pieds doit être tréspénible, comme il est facile de s*en assurer par Texpérience. Alors les hanches sont trop élevées; les pieds ne peuvent porter entièrement sur la plante sans une gêne extrême ; les poignets sont trop tendus , surtout si la paume des mains appuie entièrement sur la terre. Gomme la tête est alors très-inclinée , le sang s*y porte en trop grande abondance, et ne revient pas en proportion, ce qui produit des étourdissements ; les yeux, dans cette position contre nature, n^aperçoivent les objets qu*en arrièi'e ou à une petite distance en avant ; enfin la bouche n'étant pas portée au bout d*un museau , comme dans les autres mammifères, elle ne peut aller au devant des aliments, à moins qu*on ne se couche à plat- ventre, afin de marcher sur les coudes et sur les genoux.

1518. Quoique Thomme ne soit pas le seul être qui puisse appréhender les corps avec une seule main , il jouit de cette fa* culte d'une manière beaucoup plus parfaite que les autres êtres animés. Il est en effet le seul parmi eux dont la main , par sa conformation et son adresse, puisse tracer des lignes, des contours, et représenter, au moyen de récriture, du dessin et de la peinture , toutes les idées que Thomme conçoit et celles dont il conserve le souvenir dans son admirable mémoire, ou par l'admirable effet de son imagination, qui crée, anime, reproduit et transmet ses pensées. Il est peut-être le seul qui réfléchisse sur son existence , et qui en ait la preuve dans la mémoire de son passé et dans l'espérance de son avenir. Sa station sur deux pieds lui laissant la facilité de faire un libre usage de ses extrémités supérieures , il les emploie à satisfaire tous ses autres besoins; son avant-bras peut se tordre sur lui-même et entraîner la main dans ses mouvements; son poignet est court, et ses doigts longs , nombreux , isolés ou tout à fait libres , trèsflexibles , protégés seulement à leur extrémité par des ongles plats; son pouce, mobile en tous sens, quoique moins allongé que les autres doigts, peut se placer au devant de chacun d'eux, et saisir ainsi les objets les plus délicats; ce qui Ta naturellement rendu l'être le plus adroit et le seul apte à se perfectionner

dans toutes ses facultés physiques , morales et industrielles. Il n*est aucune région de son corps, aucun point de sa surface, où Tune des mains ne puisse atteindre en partie; et c*est même à cette faculté qu^il doit son adresse et tous les arts qu'elle a produits.

1519. Les organes des sensations en général, et ceux de la voix comparés dans Thommo et chez les autres animaux, pourraient encore indiquer les grandes différences qui existent entre ces êti*es. Si, comme Tobservation semble le démontrer, la masse de substance cérébrale contenue dans le crâne détermine le plus ou moins d'intelligence chez les animaux, Thomme est celui de tous qui serait le mieux favorisé, puisque sa cervelle est extrêmement volumineuse, surtout en proportion de la grosseur de sa tête, dont la face n'occupe qu'une très-petite partie. Cependant , si les organes des sens sont d'autant plus parfaits qu'ils sont plus volumineux ou qu'ils présentent une plus grande surface, nous verrons que chez l'homme aucun des sens qui résident à la tête n'est parfaitement développé, et que celui du toucher est chez lui le plus perfectionné. Peu^être même l'homme doit-il sa grande perfection à cette sorte d'équilibre qui existe entre chacun de ses sens. Nous voyons en efiFet que les animaux les plus brutes sont ceux chez lesquels la faim et l'amour physique sont les principaux mobiles : or, chez eux, Tun des organes des sens , cçmme celui de l'odorat, du goût, de la vue, de l'ouïe, l'emporte presque toujours sur les autres.

1320. Presque tous les mammifères connus ont une voix, ou peuvent produire des sons, pour ainsi dire mécaniques, parce qu'ils dépendent de la conformation de leur larynx, mais cette voix est toujours la même. Ainsi le chien aboie, le renard glapit, le loup hurle, le lion rugit, le chat miaule, etc. ; chacun a son cri particulier. L'homme seul a une voix articulée formée de plusieurs sons, qu'on nomme voyelles, unis, séparés ou modifiés à l'aide de certains mouvements qu'il communique à sa langue, à sa bouche et à ses lèvres, et dont les résultats ou les effets produits sont nommés consonnes. Les voyelles et les consonnes réunies constituent la parole ou la voix articulée.

i521. L'homme, comme tous les autres mammifères, se

développe dans un organe particulier du corps de sa mère, qu'on nomme matrice. Il en extrait sa nourriture par un cordon composé de vaisseaux sanguins, qui viennent aboutir, d'une part, à son nombril, et, de Tautre , à une masse spongieuse et vasculaire qu'on appelle p/acenra (676), et qui adhère aux parois de la matrice. Au bout de neuf mois, ce placenta se détache; la matrice se resserre sur elle-même pour expulser le fœtus. L*enfant, qui était contenu dans une poche remplie d*eau, sort de cette membrane qui se déchire; bientôt il nait, alors seulement il respire et peut faire entendre sa voix.

1322. L'enfant est très-faible en naissant, ses os sont flexibles, ses yeux ne perçoivent pas l'action de la lumière ; il n'entend pas, et ne paraît éprouver, ou du moins apprécier aucune sensation : il n'a qu'un seul instinct, celui de chercher le sein de sa mère, et de saisir le mamelon avec les lèvres pour en sucer le lait. Il a ordinairement alors environ 0,50 à 0,55, ou dix-huit à vingt-deux pouces de long, et pèse de deux à six kilogrammes, ou de quatre à douze livres. Dans les premiers mois de sa naissance, l'enfant dort ou tette, à moins qu'il ne souffre. Vers quarante jours ou deux mois, ce petit être commence à voir, à entendre, à sourire; il tette jusqu'à ce que ses premières dents soient tout à fait apparentes.

1323. Les dents incisives se développent d'abord : les deux inférieures paraissent ordinairement les premières, vers te sixième ou septième mois; celles d'en haut peu de temps après, et successivement, jusqu'à dix mois ou un an, les deux incisives latérales. A cette même époque, les laniaires, qu'on nomme aussi très-improprement canines ou œillères, percent quelquefois les gencives; mais cela n'est pas constant, le plus souvent même elles n'apparaissent qu'après les molaires. Dans l'année suivante, de quinze à seize mois, quatre molaires se développent successivement sur les deux mâchoires; deuxd^ chaque côté : ce qui fait en tout vingt dents. A six ou sept ans, les incisives tombent, ainsi que les laniaires et les quatre premières molaires, c'est ce que l'on nomme dents de lait; elles sont remplacées par d'autres plus fortes qui ont deux pointes au lieu de quatre ; il paraît aussi quatre autres molaires à c[uatre pointes (?\. I , fi^. 1 , 2, 3). EnfiQ, vers l'âge de vingt à vingt-

DE L'HOMME. ?^i

six ans, il se développe encore une dent molaire au fond de chaque côté des mâchoires ; ce qui fait en tout trente-deui: dents, dont huit incisives, quatre laniaires et vingt molaires ou mâchelières (PI. I, fig. 3, a 6 c).

1324. La plupart des animaux peuvent, au n^oment de leur naissance, subvenir à leurs principaux besoins quelques-un^ môme, comme les poissons, les reptiles, presque tous les insectes et les mollusques, ne connaissent jamais leurs parents, tes mammifères, en général, et les oiseaux restent, à la vérité, pendant quelques serpaines , dans un grand état de faiblesse ; mais, vers le huitième ou ledixième jour, ils ont tous leurs sens développés, souvent môme ils peuvent suivre leur mère, au moment môme où ils sortent de son corps, ou de la coque de l'œuf qui les renfermait : l'homme, au contraire, est celui de tous les mammifères qui naltle plus faible ; ses sensont besoin d'unesortp d'éducation, et ae se développent que vers le quarantième jour : il ne peut se dresser sur les jambes qu*à l'âge de dou?e ou dixhuit mois ; il commence à bégayer à un an, et il ne parle ordinairement qu'à deux ans et demi : cette longueur de l'enfance de Fhomme paraît avoir la plus grande influence sur son existence en état de société.

1325. L'observation prouve que les animaux qui vivent en société sont ceux qui ont besoin les uns des autres, et même que les deux sexes ne se réunissent en une paire, que lorsqu'ils doivent produire des ôtres très-faibles au moment de leur naissance : quelques exemples viendront à l'appui de cette assertion. Nous avons vu précédemment que tous les animaux dont les petits naissent faibles et peu agiles, pourvoient d'avance à la subsistance de leur progéniture, s'ils doivent périr avant son développement complet (l); d'autres prennent soin de la première éducation de leurs petits; i)s lés nourrissent et les instruisent : alors le mâle et la femelle s'en occupent en commun (2), à moins que des individus n'aient été spécialement destinés 4 cet emploi (3); ainsi les insectes, les poissons, les reptiles et

(1) La plupart des insectes qui déposent leurs œqfs dans les lieux conver nabtes, les nécrophores dans les cadavres , les ichneumons dans les larves, les calandres dans les semences , etc. ^

(2) Les oiseaux passereaux, les rapaces.

(3) Les Tourmis, les abeilles à miel , les termites, etc.

beaucoup d*au très, ne vivent presque jamais par couple; tandis que chez les animaux qui restent plus longtemps faibles, et qui nécessitent des soins assidus au moment de leur naissance, les deux sexes unissent leur volonté; ils forment un ménage, ils se lient, ils se marient, au moins paur tout le temps que doit durer Téducation des êtres auxquels ils donneront la vie. Si, pendant que leurs petits s^élèvent, il en nait d*autres, les parents restent réunis par paires, et cette association dure pendant toute la saison des amours chez les animaux qui vivent dans les climats tempérés, et pour toute la vie chez ceux qui peuvent engendrer peudîinl toute Tannée : or, l'homme et la femme sont dans ce dernier cas; leurs enfants se succèdent; les aines aident leurs père et mère dans l'éducation des cadets; ceux ci se lient; s'attachent les uns aux autres, et aux familles dans lesquelles ils entrent; ils se deviennent mutuellement utiles, agréables et nécessaires. Voilà l'état de la société, où le bonheur dépend de l'union conjugale, de l'amour fraternel et de l'amitié franche, loyale et persistante.

132G. Presque tous les animaux, par un pressentiment pour ainsi dire inné, exercent, au moment de leur naissance, des mouvements utiles f our subvenir à leure besoins, et conserver leur existence. Ainsi le^; petites araignées filent leur toile, tendent leurs tilets; le fourmilion dresse ses embûches perfides; le poulet use sa coquille; le pigeon se maintient proprement dans son nid. Toutes ces opérations instinctives sont admirables, mais elles ne sont pas raisonnées : leur industrie est toujours la môme et absolument semblable, elle ne se perfectionne pas; il semble aussi que, plus les animaux montrent de prévoyance innée, moins ils sont doués de raisonnement. Si, par exemple, on retourne dans son follicule la chrysalide du bombyce giand paon (856*), qui s est filé un cocon terminé à l'un des deux bouts par des soit;s roides, convei^entes, destinées à lui permettre une libre* issue au dehors, le papillon qui va naître persistera jusqu'à la mort à vaincre l'obstacle irrésistible, plutôt que de se retoumer ou de sortir par une ouverture latérale qui lui aurait été ménagée Ce sentiment naturel, qui semble diriger les animaux dans la plupart de leurs opérations, est ce qu'on appelle Yin^tinct,

1527. L'enfant n*a que très-peu d'instinct dans son premier âge; il n'en manifeste même presque plus lorsqu'il peut parler ou transmettre ses sensations. L'homme , quoique beaucoup plus avantagé que les autres animaux , est encore susceptible de perfectibilité; il généralise ses idées et ses inventions, qu'il conserve et transmet par des signes convenus ou par des représentations, telles que l'écriture , le dessin. Ses mœurs et sa nourriture varient suivant les circonstances dans lesquelles il se trouve placé. L'homme profile de l'expérience et des connaissances des autres ; il unit les siennes à celles de ses ancêtres; il les lègue à sa postérité : c'est ainsi qu'il perfectionne les arts et les sciences, et que l'homme sert à l'instruction de l'homme.

1328. Quoique l'homme en naissant soit abandonné, pour ainsi dire, presque nu , faible et sans armes sur la terre, son industrie supplée à tout ce qui lui manque : il revêt son corps de la dépouille des autres animaux ou des tissus qu'il se fabrique avec les débris des plantes ; il sait échapper, par son adresse, à la force des êtres plus puissants; il ose même attaquer les animaux plus forts que lui ; il se ligue contre eux, il parvient à les dompter et à en faire ses esclaves soumis. Toutes les nourritures lui conviennent : il est indifférent aux saisons, aux climats , contre l'intempérie desquels il oppose tantôt la chaleur, qu'il peut faire développer à volonté , tantôt la fraîcheur artificielle, qu'il obtient aisément dans la retraite qu'il se choisit. On voit donc que l'homme peut habiter tous les climats.

1329. Il n'est pas facile de déterminer si le genre de l'homme doit être rapporté à une seule race , ou si quelques-unes des variétés qui existent doivent être considérées comme autant d'espèces. Nous voyons chez les autres animaux , principalement parmi ceux qui vivent en domesticité , comme les chiens, les chevaux, les lapins, etc., un très-grand nombre de différences dans la taille, dans la forme du corps et de ses diverses parties, enfin dans la couleur de la peau et du poil. Cependant tous ces individus appartiennent au même genre ; ils s'accouplent et produisent des individus féconds, qui remontent à la souche primitive. Il en est à peu près de même de l'homme ; le

climat, la nourriture, Tesclavage et les maladie^ pai^û^sint suilout avoir une très-grande influence sur les variétés qu'if présente. La taille de l'homme adulte est ordinairemept die dixhuit décimètres : cependant on a vu des hommes , qu'on appelle des </ea»f«, atteindre vingt-quatre à vingt-huit dépimètre^; on cite même un nègre qui avait plus de vingt-neuf décimètres. D'un autre côté, il est des hommes qui restent très-petits, çt qu'on nomme des vaiv9. Le plus petit individu connu est mort^ trente-sept ans , et n'avait que huit décimètres de haut. Qumt à la couleur de la peau, elle varie selon les climats et dans plusieurs maladies ; quelquefois elle se colore en jaune , comma dans l'ictère ou la jaunisse ; et en violet foncé dans certainei^ affections du cœur : elle reste blanche, incolore et comme étip- )ée daps les lieux non éclairés, chez les blafards ea Eun^, )eç albinos et les dondos en Afrique, les chacrelats aux ladçf, e^ quelques dariens en Amérique : la barbe et les çbeveux m pfésenteiit pas moins de variétés; Iç blanc , le jaune, le rpu?^ le gris et le noir sonjt leurs couleurs les plus ordinaires ; ils spfll longs t)u courts, plats ou crépus, fins ou grossiers, suivant les individus.

1330. Op rapporte à cinq variétés principales, ou à cinq r^.çes, les divers individus de l'espèce humaine : ils diffèrent principalement par la couleur de la peau , la forme du visage, et les parties du globe sur lesquelles ils vivent. Ces races sont :' i«» la Caucasique, ou Arabe-Européenne (PI. I, fig. 1); 2*» THyperboréenue ; 3' la Mongole ; 4° la Nègre (Pi. ï, fig. S) ; et 5" l'Américaine.

1531. La race Caucasique a emprunté son nom du Cauca^, ou de cette chaîne de montagnes étendue depuis le Pont-Euxiji jusqu'à la mer Caspienne. Elle est la seconde en population, et occupe sur ce globe , entre le cercle polaire et le tropique du Cancer, un espace mesuré par un arc de méridien d'à peu près cinquai^te degrés : elle habite par conséquent presque tôutp l'Europe, à l'exception des régions les plus septeijtrionales ; la partie du nord dç l'Afrique , comme l'Egypte , la JBarbarie, et enfin Ja partie occidentale de l'Asie, savoir : l'Arabie, la Perse, laTartarie, 1^ Syrie.

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