Quand la racine s'est un peu développée, elle soulève
ET DÉ Leurs fonctîons. 145
toute la masse du haricot qui se sépare alors en deux lobes, qu'on nomme souvent feuilles séminales, primordiales, ou mieux cotylédons (c, c). On voit au milieu une partie d'abord jaunâtre, qui s'allonge, verdit, présente de petites feuilles; enfin c'estune petite plante qu'on nommeplaniule{B), et dont la portion supérieure, appelée plumule ou gemmule , est destinée à former la tige.
247. Par suite de cet accroissement, les lobes ou les cotylédons du haricot, qui s'étaient d'abord beaucoup développés, et qui avaient pris souvent la teinte verte des feuilles, se dessèchent et tombent; la radicule et la plumule continuent de se développer. L'une se prolonge en filaments déliés dans l'intérieur de la terre pour en absorber l'humidité; c'est ce qu'on appelle le chevelu : l'autre s'élève dans l'air ; elle est composée d'une tige qui supporte des lames vertes, aplaties, qu'on nomme feuilles^ et d'autres parties qui, paraissant plus tard, se dessèchent quelque temps après s'être épanouies. Ce sont les fleurs (310).
248. Ces fleurs contiennent les organes de la reproduction ou de la génération. Quand elles sont flétries, il leur succède un fruit qui s'allonge, se gonfle et se flétrit à son tour. Enfin la plante se dessèche et meurt tout à fait. Mais dans la plupart des fruits qu'on nomme légumes ou gousses (320) , on trouve sept à huit graines ou haricots absolument semblables à celui dont nous venons d'indiquer le développement.
249. Le plus grand nombre des végétaux a la même origine; ils croissent, se propagent et périssent : mais comme tous présentent quelques particularités dans ces diverses périodes de leur existence, on s'est servi des observations auxquelles le nombre, la forme et la position de leurs organes ont donné lieu, pour les distinguer entre eux et pour leur assigner des caractères. De sorte que la première étude à faire en botanique, c'est celle des fonctions des plantes et des organes ou instruments qui leur sont destinés.
250. On ne connaît bien encore dans les végétaux que les facultés de se développer et de se reproduire, ou les organes de l'absorption et de la génération. Encore n'a-t-on que des idées fort incomplètes sur la nutrition des plantes, quoiqu'on sache
en général comment se fait leur développement, comment elles respirent, et qu'on connaisse assez bien les matières qu'elles sécrètent ou qu'on retrouve dans quelques-unes de leurs parties, ainsi que nous allons l'exposer.
281. Une jeune plante qui germe peut être considérée comme un moule oi'ganisé et jouissant de la faculté d'attirer les éléments qui l'entourent, de les forcer à s'introduire dans des interstices préparés d'avance, pour lui donner la forme que la plante doit avoir et pour la faire croître en tous sens. On comprend, sous le nom de germination , les phénomènes divers qui ont lieu lorsque Terabryon contenu dans la semence s'y développe, ou sort entièrement de ses enveloppes. Trois circonstances doivent se trouver réunies pour qu'une semence bien constituée puisse germer : 1° de l'eau; 2* un certain degré de chaleur; 5* l'action de l'air ou la présence de l'oxygène. Comme, le plus ordinairement, il existe dans les graines une certaine proportion de fécule, celle-ci se change d'abord en dextrine, puis en sucre qui est liquide, et il s'en dégage de Tacide carbonique; il paraît aussi qu'il se développe un peu d*électricité. Toujours est-il que la masse, imprégnée le plus ordinairement par l'humidité, commence à se gonfler, à produire de la chaleur, à se dilater de manière à rompre son enveloppe ou à la déchirer, et à laisser sortir l'embryon ; mais comme cet être est dans l'impossibilité de changer de lieu, il fallait que ses organes absorbants fussent situés au dehors.
252. La racine est toujours la partie la plus inférieure de la plantule, celle qui la fixe, soit dans la terre, soit sur d'autres végétaux, et qui tend constamment à descendre. Elle ne verdit jamais dans ce cas. Sa forme varie beaucoup [i); en général elle produit ce que l'on nomme vulgairement le chevelu, ou une infinité de petites fibrilles qui se terminent par des poils
(i) On a donné des noms divers aux différentes sortes de racines. Ainsi, la pomme de terre (pi. t, flg. i) est une rapine tubéreuie ; Toignon (fig. 2) est un hmtbey qn'oR a regardé comme une racine ; c'est un vrai bourgeon, mais radical, dans lequel le plateau représente la tige; les écailles, les feuilles; leg câïeuY, les branches , et les fliefs dirigés en bas, les racines proprement dites, le rkinome est une sorte de lige on de pousse souterraine qui a Tappareneé^ d'une racine dans le sceau de Salomon, les iris. Le plus grand nombre des plantes et des «rbres ont des racines fibreutet (fig. 3}.
ET DE LËUftS rONCtIONS. 147
très-déliés, dont la surface s'imprègne par endosmose (2156) des liquides qui , pénétrant ainsi à l'intérieur, s'unissent à des sucs plus denses qui paraissent exercer sur eux une sorte d'attraction. Avant qu'on eût fait ces curieuses observations, on pensait qu'il yavait sur ces fibrilles des pores ou petits trous qui communiquaient avec l'intérieur de la plante.
055. On regardait ces pores comme autant de petites bouches destinées à pomper les fluides en contact. On prouve, au reste, cette absorption par plusieurs expériences : ainsi toute plante placée dans la terre la plus propre à sa végétation , y périt si on lui coupe les racines, ou bien elle languit jusqu'à ce que de nouvelles se soient développées. Quelques plantes qu'on avait arrosées avec de l'eau colorée ont absorbé ce liquide, qui a, par là, indiqué son passage. Enfin il est d'expérience que des plantes isolées, placées dans des pots dont on oublie de mouiller la terre, périssent en très-peu de temps; et si l'on examine alors la terre qui environne les racines, on la trouve entièrement desséchée. Aussi , en général , les plantes qui poussent le mieux sont-elles celles qui végètent dans un sol humide.
254. Mais ce n'est pas l'eau pure que les pores radicaux aspirent; on a prouvé, par des expériences positives, que l'eau distillée, par exemple, ne peut pas servir seule au développement des végétaux, et qu'il faut, pour qu'une plante se nourrisse bien , que l'eau qu'elle pompe soit chargée de quelques matières terreuses ou d'origine organique, comme de l'hydrogène, de l'azote, et surtout de l'acide carbonique. C'est en effet la source principale de la substance solide qu'on nomme corps ligneux, ou le ligneux qui produit le charbon et qu'on retrouve en grande quantité dans les plantes et qui forme le bois.
255. On appelle sève ou sucs séveux les humeurs aqueuses que l'on trouve dans les végétaux , et qui paraissent servir à leur nourriture. On a remarqué que ce fluide était abon-* dant dans les jeunes plantes , et qu'il diminuait beaucoup et môme qu'il disparaissait dans les vieilles. On a vu aussi que la sève était plus abondante dans le tissu des bois en certains temps de l'année, comme au printemps et au mois d'août, époques auxquelles, dans notre climat, les bourgeons des feuilles de l'année actuelle ou de la suivante commencent à
poindre sur les arbres , et surtout au printemps où ces mêmes feuilles se développent. Quand on coupe alors un sarment à la vigne , la sève en découle aussitôt fort abondamment. C'est ce que les jardiniers connaissent sous le nom de pleurs. En Allemagne on recueille ainsi la sève du bouleau, dont la quantité fournie en quelques semaines du printemps est, dit-on, à cette époque , égale à celle du poids de Tarbre entier : c'est une liqueur susceptible de fermentation vineuse qui sert de boisson. Celle d'un érable d'Amérique contient beaucoup de sucre, et l'on emploie divers procédés pour l'obtenir. Les vins, les eauxde-vie et les sucres de palmiers proviennent aussi de la sève de ces végétaux qui croissent abondamment dans les Indes et en Amérique.
256. On avait cru que cette absorption de l'humidité de la terre par les racines des plantes s'opérait au moyen de l'action mécanique des vaisseaux capillaires, et par la différence de chaleur et de dilatation qu'éprouvent, pendant le jour et la nuit, d'abord la sève elle-même , et ensuite l'air et la terre dans lesquels les végétaux sont en môme temps placés. Mais on s'accorde aujourd'hui à penser qu'il y a dans le végétal une action propre et dépendante de la vie qui le fait ainsi sucer. On a sup^ posé aussi, comme nous l'avons dit déjà, que l'action de Yendosmose s'exerce en raison de la différente densité des parties solides, mais solubles des végétaux, qui peu vient attirer l'eau de la végétation, comme par une succion qui établirait ainsi une sorte de courant ascendant. D'ailleurs on a souvent occasion de remarquer que ces racines cherchent une terre facile à remuer, ou du moins qu'elles s'y développent mieux et plus promptement quand elles la trouvent, qu'elles semblent môme se détourner pour aller s'enfoncer dans celle qui est plus humide. Si l'on plante un végétal entre deux terrains, dont l'un est gras ou humide et l'autre sec ou aride, les racines se porteront vers le premier, elles travei*seront même des murs, des fossés , pour y parvenir. Enfin on a reconnu que des racines mises à découvert dans les parties les plus flexibles, faisaient, en une journée , un demi-cercle sur elles-mêmes, pour suivre un linge ou une éponge mouillés qu'on changeait de place peu à peu.
257. Dans la plante en général et quelle que soit sa structure, la partie qui est située au-dessus de la racine, ordinairement à la surface de la terre , se nomme le collet ou nœud vital ; c'est une sorte de point intermédiaire entre la portion qui tend toujours à monter et la racine qui pivote. La portion de la plante plongée dans Tair, qui porte les feuilles, qui tend toujours à s'élever dans la direction perpendiculaire, et qu'on nomme la tige , paraît aussi jouir de la faculté absorbante, au moins dans quelques-unes de ses parties. Mais avant de faire connaître comment s'exerce cette fonction dans l'air, il convient d'exposer la structure de la tige dans le plus grand nombre des végétaux.
258. On appelle épiderme, cuticule^ ou surpeau, la membrane mince qui recouvre la surface de toutes les parties du végétal, comme pourrait le faire une couche de vernis. Elle paraît être produite par le dessèchement des parties extérieures du végétal qui sont plongées dans l'air, car il n'y a point d'épiderme dans les plantes qui vivent sous l'eau. On trouve au-dessous de l'épidermeune sorte de tissu de fibres qui, vu au microscope, paraît composé en partie de cellules ou utriculesqui s'allongent en tubes et représentent des vaisseaux dont les uns contiennent des sucs plus ou moins colorés, dits du latex ou laticifères, d'autres des gaz; et ces derniers sont de véritables trachées, dont les parois sont ordinairement formées de filaments contournés en spirale : tout cet appareil d'organisation porte le nom de parenchyme. Parmi les sucs colorés, il en est un le plus souvent verdàtre, qu'on nomme matière colorante parce qu'il donne la couleur aux feuilles, aux pétales : on a proposé de l'appeler chromule ou chlorophylle ; il est ordinairement contenu dans une sorte de tissu en réseau , formé par des fibrilles trèslâches, mais qui se rapprochent, se serrent vers le centre de la tige pour constituer ce qu'on appelle Vécorce ou les couches corticales.
259. Cette écorce devient d'un tissu moins serré du côté le plus intérieur; elle se détache quelquefois par lames, comme les feuillets d'un livre, ce qui lui a fait donner le nom de livret ou de liber dans quelques végétaux, et surtout dans le chêne à liège. Cette écorce forme une couche externe molle et poreuse
150 DBS VEGETAUX EN GENERAL ,
qui prend, à cause de cette particularité, le nom de subéreuse. Par suite de son développement, on a dit que ce livret se changeait en boù ou corps ligneux, d'abord mou, peu serré, de couleur moins foncée, qu'on nomme à cause de cela aubier. Ce tissu se durcit quelquefois davantage, comme on le distingue parfaitement dans le bois d'ébène; ses fibres se serrent d'autant plus qu'elles se rapprochent du centre, dans lequel on observe une sorte de canal, dont la forme varie, le plus souvent ar* rondi, surtout dans les dicotylédonées, rempli d'uae matière beaucoup moins solide, quelquefois blanchâtre, qu'on nomme la moelle ou le tissu médullaire,
260. Quand on examine une tige nouvellement coupée en travers, on observe autour de la moelle une rangée circulaire de petits trous qui indiquent 1^ position des tubes ou des canaux dits, peut-être improprement, vaisseaux séveux principaux : on y remarque aussi des prolongements d'un tissu cellulaire plus serré, qui s'étendent en tous sens, de la moelle à l'écorce , au travers du corps ligneux, et qui s'appellent rayon$ médullaires.
261. Cette organisation n'est pas absolument semblable dans tous les végétaux. On ne la retrouve point, par exemple, dans la tige du lis, du blé, des fougères et de plusieurs autres plantes, comme nous aurons à l'indiquer par la suite; on ne peut pas l'observer complètement dans les herbes qui ne vivent qu'une seule année ou deux seulement; mais il est facile de la reconnaître dans plusieurs arbres et arbrisseaux, tels que le sureau, le noyer, le chêne et dans le plus grand nombre des plantes ligneuses de notre pays. Sous le rapport du mode d'accroissement , on fait deux ordres des végétaux vasculaires ou à cotylédons ; 1° ceux qui ont une tige conique munie dans son centre d'un canal et de rayons médullaires, et qui se reconnaissent en outre par les couches concentriques que présente leur coupe en travers, de manière que leur tige prend plus de solidité de dedans en dehors; telles sont les plantes qu'on a nommées à cause de cela exogènes (452), qui croissent en dehors; 2» ceux qui ont des tiges cylindriques dans lesquelles les vaisseaux sont comme épars et non disposés par cercles ou zones concentriques, les parties les plus anciennement formées étaal
à l'extérieur et les plus nouvelles au centre ; ce qui a fait appeler ces végétaux endogènes, ou croissant en dedans (433).
262. Les tiges des plantes dites endogènes, comme les palmiers, les roseaux, n'ont donc jamais de moelle ni de corps ligneux. Elles sont, pour ainsi dire, entièrement composées d'écorce, dont les couches extérieures sont les plus âgées et celles qui sont en dedans les plus nouvelles, de sorte que U partie la plus molJe des tiges est en dedans; et si la moelle existe, elle est interposée au milieu des fibres ou des filets ligneux.
263. On distingue les tiges d'après leur consistance en Hgueuses et en herbacées. On leur donne aussi des noms particuliers, suivant leurs formes. Ainsi on les appelle chaumes dans les graminées, comme dans le blé, dont la tige est creuse en dedans, noueuse et garnie de feuilles qui lui forment des gaines (PI. I, fîg. 4); le tronc est la tige des arbres et des plantes, prise dans le sens le plus général, quand le diamètre reste à peu près égal, et ne se divise pas dans sa longueur ; le stipe est la tige des palmiers, lorsqu'elle est couronnée de feuilles à son sommet et formée par la base de leurs pétioles (fig. 5). On distingue aussi les tiges par leurs positions, leurs figures, lems conformations : ainsi il en est de couchées (fig. 9), de comprimées, d'arrondies, de flexueuses (fig. 6), de dichotomes ou de fourchues régulièrement (fig. 9), d'articulées (fig- 8), d'anguleuses, de grimpantes, de sarmenteuses , de radicantes, etc.
264. La tige, qui s'élève verticalement dans l'air, se divise en branches^ en rameaux, en ramuscules et en feuilles. Toutes ces parties varient beaucoup pour la consistance, le nombre et la forme. Aussi les étudie- 1- on afin de distinguer les végétaux entre eux; nous ne parlerons ici que des feuilles, et nous traite^ rons principalement de celles des arbres et des arbustes, sur lesquels on peut facilement suivre le développement de ces parties.
265. Les feuilles d'un arbre, comme celles du pommier, sont une année à se développer. Si l'on examine avec attention, au printemps, l'endroit de la branche sur lequel est attachée la queue de la feuille, qu'on nomme le pétiole, on observe dans l'angle rentrant ou dans l'aisselle, quelquefois même dans l'intérieur de la base du pétiole, un petit tubercule qui continue
de grossir jusqo'en automne; c*est ce qu'on appelle un œil. Tant que dure le froid, cet œil ne change pas du tout de forme ni de volume ; mais au premier printemps il se gonfle , et prend le nom de bouton ou mieux de bourgeon. C'est la branche dans son jeune âge. On distingue ]es bourgeons à bois ou à germes, qui se développent par la suite pour former des branches, et ceux dits à fleurs ou à fruits; et c'est ce qu'il est important que les jardiniers reconnaissent pour ébourgeonner les arbres, car il en est qui ont des bourgeons mixtes. Les écailles ( qui sont des feuilles avortées ) qui recouvraient le bourgeon à l'extérieur, tombent ; on voit paraître une partie verte entourée de duvet , qui se développe et forme une petite branche, dont les extrémités s'étalent bientôt en petites lames aplaties, qu'on nomme feuilles, lesquelles étaient roulées ou pliées sur elles-mêmes dans l'intérieur du bourgeon, de manières très-difiiérenles, selon les espèces. C'est ce qu'on démontre en opérant des coupes transversales. Cet enroulement des feuilles dans le bourgeon est curieux à étudier, c'est ce qu'on nomme la préfoliaison ou estivation,
266. Presque toutes les feuilles sont composées d'une lame et d'un pétiole. La lame est pour l'ordinaire disposée de manière que l'une de ses faces est supérieure ou tournée vers le ciel , tandis que l'autre est inférieure. La face supérieure est ordinairement lisse et plus* dure; l'inférieure est moins foncée en couleur, quelquefois velue et plus molle. Très-souvent ou voit .'sur ce côté inférieur des nervures qui aboutissent au pétiole, et qui, en se divisant, laissent entre elles de petites mailles, dans lesquelles la matière colorante, verte, se dépose en grande quantité. Tantôt ces nervures sont parallèles, tantôt elles sont ramifiées. L'épiderme des feuilles est percé d'un grand nombre de pores, principalement sur la face inférieure, au moins dans les plantes qui vivent dans l'air. Vus au microscope, la plupart paraissent ovales; on les regarde comme des oriflces destinés à permettre les exhalations chez les végétaux, et peut-être à faciliter l'absorption.
267. Les feuilles varient beaucoup dans les plantes: on a étudié leurs formes diverses, auxquelles on a donné des noms particuliers, afin d'exprimer par un seul mot les dispositions
dont on s*est servi pour indiquer le caractère des espèces; c'est ce qu'on a nommé la phyUoiaœie, Ainsi , par exemple, il est des feuilles continues ou adhérentes; celles-là ne tombent qu'avec le rameau qui les porte, et souvent elles sont sessiles ou sans pétiole ; il en est d'articulées, qui tombent nécessairement chaque année, et qui ont le plus souvent un pétiole. De môme on nomme feuilles simples (PI. II, fig. 4, jusques et compris la 48*), celles qui sont supportées par un seul pétiole , et dont toutes les parties sont continues; et on appelle feuilles composées celles qui sont partagées naturellement en plusieurs pièces, articulées les unes sur les autres, et qu'on peut séparer sans opérer aucune déchirure. On appelle folioles ces petites feuilles distinctes qui sont le plus souvent disposées par paires (PI. TI, fig. 22, 23, 24, 25 et 26).
268. On distingue encore les feuilles d'après le lieu de leur insertion : ainsi il en est qui viennent de la racine, qu'on nomme radicales; sur la tige, ou caulinaires; sur les rameaux (PI. II, fig. 27), ou raméales; avec leurs fleurs, ou florales, comme dans la fritillaire (fig. 34). On les dit conjuguées quand efles sont réunies deux à deux ( PI. II, fig. 28-33) ; décurrentes, quand elles se prolongent sur le pétiole ( PI. II, fig. 8) ; digitées, quand leure lobes représentent les doigts de la main (PI. III, fig. H, 42, 31, 32); flabelliformes , ou en éventail (fig. 47, 48, 49); en fer de lance, ou hastées (PI. III, fig. 45, 46; PI. IV, fig. 47); tronquées (PI. IV, fig. 45); en violon, ou pauduriformes (fig. 4); en bouclier, ou peltées (PI. II, fig. 4); percées ou perfoliées (PI. II, fig. 20, 24, 22); pinnées, ailées ou en plume (fig. 28, 29).
269. La plupart des noms de figures symétriques (comme rondes, rhomboïdes, ovales, etc.) ont été aussi employés pour désigner la forme des feuilles, qui sont tantôt linéaires, tantôt réniformes , lunulées, etc. On les a aussi distinguées par leur épaisseur : il en est de grasses , comme celles de la joubarbe; de sèches, comme celles du laurier; d'après leur disposition respective sur la tige qui les supporte on les a nommées alternes, opposées, verticillées, en rosettes, en spirale. La seule inspection des planches dans lesquelles on a gravé au trait les formes principales, indiquera au reste la grande variété de
végétaux, et que la coloration en vert dépendait de la fixation du carbone.
273. Non-seulement la lumière agit ainsi évidemment sur la respiration des végétaux , mais elle paraît encore produire la couleur, la saveur et l'odeur des feuilles et des fruits. Tout le monde sait que les plantes privées de la lumière restent ou deviennent blanches, fades ou aqueuses. C'est un procédé que les jardiniers emploient tous les jours pour rendre nos légumes plus agréables. Il suffît de citer ici les feuilles de céleri, de fenouil, de pissenlit, de chicorée, de salsifis, qu'on fait ainsi blanchir en les couvrant de terre ou en les enfermant pendant une huitaine de jours dans des caveaux obscurs. Ce qu'on appelle faire pommer les choux , les salades , est un procédé analogue , dans lequel les feuilles extérieures de la plante privent le centre ou le cœur du contact de la lumière. Toutes les plantes, môme les plus amères, sont blanches et insipides lorsqu'elles sortent de terre; telles sont les tiges d'asperges, de houblon , de gentiane, de raiponce, qu'on peut seulement alors manger avec plaisir. Cet état de la plante se nomme étiolement. Les végétaux étiolés sont réellement malades; ils souffrent d'une sorte de chlorose ou d'hydropisie : quoique absorbant l'eau propre à la végétation, ils ne décomposent point l'acide carbonique, et ceux qui présentent sur leurs feuilles des taches blanches, qu'on nomme pànachures , sont aussi dans un état de maladie qui ne se perpétue que par les boutures ; telles sont quelques variétés de sureau, de buis, de rue, de roseau et de beaucoup d'autres plantes.
276. Toutes les plantes paraissent chercher l'obscurité par leurs racines, et la lumière par leur tige; ainsi les pommes de terre qu'on abandonne dans des lieux humides, où la lumière ne pénètre que par un soupirail, dirigent au printemps leurs jeunes pousses étiolées vers l'ouverture extérieure , quelquefois jusqu'à sept mètres de distance (environ vingt et un pieds), tandis que les jeunes racines se portent à quelques centimètres seulement, et en sens opposé. C'est encore à cette sorte d'attraction pour la lumière qu'on doit rapporter le mouvement que les plantes manifestent dans leur tige , lorsqu'on les tient enfermées dans 46S appartements et dans des serres pu la lumière
ne pénètre que d'un seul côté. On voit bientôt toutes les fleurs et les feuilles se pencher comme pour aller au devant des rayons lumineux. Si on dérange le vase , la tige se contourne sur ellemême pour reprendre une pareille situation. On a reconnu, par des essais ingénieux, quec*était plutôt la lumière que l'air qui était recherchée ainsi par les plantes.
277. Un autre mouvement bien remarquable, qui se manifeste dans les feuilles, est celui qui a lieu lorsque la face supérieure d'une feuille vivante, encore attachée sur sa tige, a été tournée vers la terre; alors elle fait un effort afin de se replacer, pour ainsi dire, dans sa situation naturelle; elle se tord sur la petite queue qui la supporte, de manière, par exemple, que les feuilles d'une branche qu'un accident a retournée sont toutes dirigées le lendemain dans leur situation première.
278. L'action des feuilles n'est point continue. Le plus grand nombre des végétaux éprouve , pendant l'obscurité , une sorte de sommeil. C'est principalement sur les feuilles composées et sur celles des plantes légumineuses que ce sommeil est bien sensible; car pendant la nuit les folioles prennent une position tout à fait différente de celle qu'elles avaient dans la journée. La chaleur et l'humidité ne sont pour rien dans ces mouvements. On a la preuve que ce phénomène a lieu pendant les éclipses de soleil. Dans l'acacia, par exemple, les folioles entrent dans une sorte de contraction par laquelle elles se renversent en dessous en s'appliquant les unes contre les autres ; aussi l'arbre est-il alors très-difficile à reconnaître. On observe une autre disposition le soir dans les feuilles de la sensitive, de la morgeline des oiseaux, du sainfoin, de la fève des marais, du pois odorant, du mélilot, des oxalides, de la pomme épineuse, etc. ; enfin, chaque plante a, pour ainsi dire, une manière propre de se coucher pour dormir. Les fleurs éprouvent aussi un sommeil analogue. On peut reproduire tous ces phénomènes avec une lumière ou une obscurité artificielle qui changent bientôt l'habitude des plantes.
279. Presque toutes les plantes dont les semences sont à deux lobes, et qui vivent plus d'une année, éprouvent, dans notre climat, une sorte de mort apparente, un véritable sommeil d'hiver. Leurs feuilles changent d'abord de couleur : ainsi dans
la vigne, le sorbier, le sumac, etc., elles se teignent du plus beau rouge; dans le tilleul, le poirier, etc., elles passent au jaune citron; dans le chêne, le hêtre, elles sont couleur de rouille et comme desséchées; enfin elles tombent presque vertes dans le cerisier et le frêne, et Tarbre reste dépouillé. Cependant il est des végétaux, comme les arbres verts, les pins, les genévriers, le lierre, le buis, qui ne perdent pas leurs feuilles, et d'autres, tels que les charmes, les hêtres, sur lesquels ces organes se dessèchent seulement sans tomber.
280. On ne sait pas encore positivement comment les fluides gazeux et liquides, absorbés par les feuilles et les racines, circulent dans rintérieur des végétaux. Quelques observations portent à croire que la sève monte , pendant le jour, des racines vers les branches, au moyen des tubes ou vaisseaux se veux qu'on a principalement aperçus dans certains arbres (260) autour du canal de la moelle : beaucoup d'expériences semblent prouver que c'est toujours, dans l'état le plus ordinaire, un peu au travers du corps hgneux, et surtout par l'aubier, que s'opère cette ascension de la sève, tandis qu'elle descend au contraire constamment par Técorce. Ce n'est qu'à l'époque du développement des bourgeons que la sève monte près de la moelle ; cependant il faut avouer que l'organisation des plantes n'a point été suflîsamment étudiée sous ce point de vue ; seulement on a fait sur les arbres quelques observations qui ont appris comment s'opère leur accroissement.
281. Dans les arbres, la couche de l'aubier (259) qui s'est durcie ou qui a passé à l'état de bois, ne croit plus du tout. Cependant, si on a enfoncé un clou à une distance mesurée, dans la partie ligneuse d'un tronc, il reste fixé au même endroit : au bout d'un temps, déterminé par l'espèce d'arbre sur lequel on a fait l'expérience, le clou se trouve complètement recouvert, parce qu'il a été enveloppé par les couches du nouveau liber, qui ont fait croître le volume de l'arbre, puisque ses parties n'augmentent chaque année qu'en grosseur ou qu'en diamètre. C'est donc par la couche la plus extérieure du livret que paraît être produit cet accroissement, qui s'arrête pendant l'hiver, en formant autour du tronc des cercles concentriques qu'op aperçoit très-bien dans les troncs d'arbres sciés en travers. Le
ET DE LEURS FONCTIONS. lo9
nombre des lignes circulaires produites chaque année corres^ pond à peu près à celui de l'âge de Tarbre.
282. C'est aussi aux dépens de la couche extérieure du livret que l'écorce augmente d'épaisseur. Quand on enfonce un clou dans le tronc d'un arbre, de manière que la têle large appuie sur le livret, l'écorce se forme au-dessous, et le chasse dehors; tandis que si la tête du clou pénètre plus profondément, l'écorce la recouvre et il se forme même au-dessus de nouvelles couches de bois. Cet accroissement en diamètre est donc le plus remarquabfe sur le tronc des arbres; voilà pourquoi les noms qu'on écrit sur les écorces deviennent illisibles au bout d'un certain temps , car les lettres s'élargissent considérablement , tandis que leur hauteur reste la même. Il résulte de ces observations que le liber sécrète extériem^ement les couches de l'écorce, comme les couches intérieures de l'aubier forment le cœur du bois, ou la partie la plus dure, la plus solide dans les troncs des arbres.
283. Non-seulement les plantes se développent et se réparent par les moyens que nous venons d'indiquer, mais même elles sécrètent certains sucs ou des humeurs particulières , comme les huiles grasses ou fixes (284), et volatiles ou essentielles (286), les résines (287), les baumes et le camphre (288), les gommes (289), les gommes résines (290), le caoutchouc (291), le sucre, la mannCy le miel (203), V amidon (294), certains acides (593), le gluten (567) et plusieurs autres matières extraites des sucs des végétaux par la chimie ; la plupart jouissent des propriétés alcalines le plus souvent unies à des acides et formant ainsi des sels. Ces matières, qu'on appelle en général Alcaloïdes (296), ont reçu des noms indiquant ceux des végétaux dans lesquels on les ;a observées et elles ont pris la désinence en ine, telles sont la mratrine, la. quinine, la cinchonine, la strychnine, etc., ou pour faire connaître leurs principales propriétés, comme la morphine, la narcotine, Vémétine, etc« Comme ce ne sont pas des sub~ j&tan$es naturelles, leur étude doit être renvoyée dans celle de la chimie ; nous les indiquerons cependant lorsque nous aurons & faire connaître quelques-uns des végétaux qui les ont fournies. i\. faut y joindre en outre la soude, la potasse et beaucoup d'autres corps anorganiques comme la silice, la chaux , etc^
dont nous avons précédemment fait connaître l'histoire abrégée.
284. Vhuile grasse ou fixe est presque toujours contenue dans les fruits des végétaux, et principalement dans les semences dont on Textrait assez facilement par le broiement et l'expression. La plupart des huiles fixes sont liquides à la température dans laquelle nous vivons, mais elles se concrètent par le froid ; telles sont celles d'olives, d'amandes, etc. ; on dit alore qu'elles se figent; le beurre de cacao est toujours dans ce cas. Exposées à l'air, quelques-unes se dessèchent, surtout lorsqu'elles sont étendues en couches très-minces; on les nomme alors huiles grasses siccatives; telles sont celles de noix, de lin et celle de pavots nommée olielte, ou par corruption, d'oeillet. Presque toutes les huiles grasses, celle de ricin exceptée, sont insolubles dans l'alcool : c'est avec les huiles grasses qu'on fait les savons , la plupaii des peintures dites à l'huile, l'encre des imprimeurs, qui est de l'huile de noix ou de lin, épaissie par l'action du feu et broyée avec du noir de fumée; elles servent aussi à l'assaisonnement de beaucoup de mets, à la combustion pour l'éclairage, pour les lampes domestiques, pour préparer les laines au tissage des étoffes, pour ramollir les cuirs, etc.
S85. Dans quelques circonstances les huiles fixes semblent sortir des pores de la plante, et exposées à l'air en très-petites gouttelettes, elles s'épaississent et se changent en une matière qui a la plus grande analogie avec la cire. Cela est surtout remarquable dans certaines espèces de plantes, comme le gale, le cirier; c'est cette matière qui forme le glauque sur les feuilles de beaucoup de plantes qui croissent sûr les bords de la mer, comme sur quelques espèces de choux, de panicauts : telle est encore la poussière blanche que l'on rémarque sur les prunes et sur beaucoup d'autres fmits. On a cru longtemps, mais à tort, comme nous le ferons connaître, que les abeilles allaient la recueillir, et principalement dans la poussière des étamines. Toutes les propriétés de la cire des végétaux (629) sont à peu près les mêmes que celles des huiles fixes, mais elles brûlent plus facilement ; elles se volatilisent par la chaleur, et elles forment aussi des espèces de savons avec les alcalis.
286. Les huiles volatiles, qu'on a aussi appelées essences ou huiles essentielles, se déposent naturellement dans de petites vésiculesqu'on observe dans toutes les parties, à l'exception de Tintérieur des semences. Ainsi on en trouve dans les racines de l'iris, dans le corps ligneux du sapin, dans l'écorce de la cannelle, dansles feuilles de la rue, dans les fleurs de la lavande, dans les enveloppes du fruit des citrons, des oranges. Souvent on les obtient par des incisions, par la simple expression ou par la distillation. Elles varient beaucoup par la consistance, l'odeur et la couleur. En général, leur saveur est acre ; elles sont légèrement solubles dans l'eau qui sert à les distiller , et à laquelle elles communiquent de l'odeur et de la saveur. L'alcool les disjsout; elles s'épaississent et se dessèchent par l'évaporation; toutes ont de l'odeur; elles s'enflamment très-facilement et donnent beaucoup de fumée : ou les emploie ordinairement comme parfums ou comme peintures. C'est parmi les premiers que l'on range les huiles de bergamole, de nérolis, de roses, de lavande, de menthe, etc. Les huiles volatiles qui sont le plus souvent employées par les peintres sont celles de térébenthine, d'aspic, de romarin, de citron.
287. Les résines sont à peu près aux huiles volatiles ce que la cire végétale est aux huiles fixes. On les regarde comme des huiles épaissies par la dessiccation. La plupart proviennent des tiges ou des troncs des végétaux , sur lesquels des huiles volatiles se sont en partie évaporées et solidifiées ainsi. Telles sont la térébenthine , la poioc blanche ou de Bourgogne, la colophane , l'arcanpon (630) , \e mastic, la. sandaraque , Vélémi, la copale , la résine animée, etc. La résine extraite de certains arbres verts par le feu porte le nom de goudron quand elle est liquide , et de poix noire lorsqu'elle a plus de consistance. Toutes ces résines se dissolvent dans l'esprit de vin , elles servent aussi beaucoup dans les arts pour faire des vernis. La poix et le goudron servent aussi de peinture pour préserver de l'action nuisible de l'eau les bois des vaisseaux et leurs cordages.
288. Les baumes sont des résines unies à un acide volatil , qui est celui qu'on trouve en grande quantité dans le benjoin, et qu'on nomme à cause de cela benzoïque. Leur consistance
varie : le storax et le benjoin sont solides; les baumes du Pérou et de Tolu , ainsi que le styrax, sont mous. Le camphre est une matière qui a beaucoup d'analogie avec les résines et les baumes. On le retire de plusieurs huiles volatiles, mais surtout» parla distillation, du bois de certaines espèces de laurier; quand il est pur, il est blanc, concret, cristallisé, très-odorant , très-iuûammable ; il nage et brûle à la surface deTeau.
289. On nomme ^omme une matière muqueuse, une sorte de substance sans odeur ni saveur, mais qui laisse dans la bouche une certaine viscosité appelée mucilage. Elle ne se dissout pas dansTesprit de vin, mais très-bien dans Teau. On Tobserve dans diverses parties des végétaux, tantôt à la surface des graines, comme dans les fruits à pépins, les graines de plantain, de melon; dans les racines du lis ; dans les tiges de la mauve, de la consoude ; sous Técorce de la plupart des jeunes branches au printemps; à Textérieur des troncs et des branches des mimoses, des astragales : telles sont la gomme arabique, du Sénégal, la gomme adragant, les mucilages de pépins de coings, de graine de lin, déracines de guimauve, etc., et les fruits des arbres à noyau. On s'en sert principalement dans les arts pour donner du lustre aux étoffes et du liant aux couleurs qu'on emploie à Teau, comme pour la miniature et la gouache.
290. Les gommes résines semblent aussi participer des propriétés des gommes et des résines, car elles sont en partie solubles dans l'esprit de vin et en partie dans l'eau. On ne les observe jamais que dans l'intérieur des végétaux. Souvent elles découlent des tiges ou des rameaux des plantes sous forme d'émulsions. Elles portent des noms différents selon qu'elles proviennent de telle ou telle plante : telles sont la scammonée, Veuphorbe^ legalbanum, ïaloës, \2l gomme gutte, Vassafœtida, VopopanaXy la gomme ammoniaque, Yopium. La plupart sont employées en médecine.
291. Le caoutchouc , qu'on nomme aussi résine ou gomme élastique, n'est ni une résine,ni une gomme , hiais une matière végétale particulière que Ton retire de la sève de dilfércntsarbres de l'Amérique méridionale et des Indes (626). Cette matière se trouve dissoute dans un suc propre qui s'évapore. C'est une
substance éminemment élastique , qui nous est envoyée principalement, de la Guyape : elle est principalement employée, à cause de cette qualité, pour effacer le crayon de plombagine, et pour enlever les autres salissures du papier sur lequel on la frotte, les petites gerçures ou fentes qui s'y forment faisant alors Tofiice de pinces. On s'en sert dans les arts et quelquefois dans la chirurgie ; mais le plus souvent les instruments dits de gomme élastique , ou enduits de cette matière, ne sont recouverts que par des couches plus ou moins épaisses d'huiles siccatives. Tels sont en particulier les taffetas vernis et les sondes. Cependant on est parvenu à le dissoudre dans l'éther et dans une sorte d'huile volatile qu'on obtient par la distillation de la substance même, ou lorsque l'on prépare les gaz destinés à l'éclairage : cette sorte d'éther ramollit le caoutchouc de manière à ce qu'on peut l'étendre entre deux lames d'étoffes qui deviennent par ce moyen imperméables à l'air et à l'eau, ce qui a permis de les employer pour faire des coussins de matelas, des bouées remplies d'air. En Amérique, à la Guyane, on apphque le suc de la plante , qui est une sorte d'émulsion de caoutchouc , sur des moules d'argile, pour l'y faire sécher : on brise ensuite l'argile desséchée , et l'on obtient ainsi les poires ou bouteilles plus ou moins épaisses, formes sous lesquelles cette matière est livrée au commerce; mais elle n'est guère connue que depuis une centaine d'années. L'arbre qui la fournit a été nommé hevea par Aublet, qui l'a observé àCayenne. On sait maintenant que le caoutchouc est fourni par les sucs de plusieurs autres plantes, par une euphorbiacée du genre Syphonia, et par quelques espèces de figuiers des Indes.
292. Le sucre y dont le nom seul rappelle la saveur, se rencontre dans beaucoup de parties trè&^ifférentes des végétaux , telles que les fleurs, les fruits, les racines, les tiges; mais on le retire le plus ordinairement de la canne à sucre. C'est le sucre ordinaire. Lorsqu'il est bien pur, il cristallise d'une manière régulière; c'est ce qu'on nomme sucre candi. Il est blanc, ou plutôt transparent e4 sans couleur. Ce n'est que lorsque sa cristallisation est confuse qu'il paraît blanc. Les usages du sucre sont bien connus. Les sucres de .betteraves et des châtaignes sont absolument les mêmes que celui de la csusne. Celui
qu*OD retire du jus de raisin est différent par sa composition , comme les chimistes l'ont prouvé ; d'ailleurs, il n*a pas une saveur aussi franche, et il a un tout autre mode de cristallisation qui est toujours grenue et imparfaite.
293. La manne est une matière sucrée qui provient de la sève épaissie de certains frênes, principalement dans la Calabre; elle contient une matière pure appelée mannite , que Ton obtient à l'aide de l'esprit de vin , qui la dissout à chaud , et la laisse déposer sous forme de petits cristaux par le refroidissement. Il parait aussi que le miel est encore une sorte de sucre liquide préparé par les abeilles, qui en trouvent les matériaux dans le nectaire des fleurs. Elles avalent ce suc qu'elles y pompent, et le déposent ensuite élaboré de manière à ce que, privé de certains principes muqueux et surtout de l'eau, il ne puisse plus fermenter.
294. On retrouve aussi Yamidon ou la fécule dans beaucoup de parties des végétaux, comme dans les racines* les tiges, mais principalement dans les graines , surtout dans celles dites céréales. On l'en extrait par la simple trituration dans Veau ; car il se dépose au fond sous la forme d'une poudre blanche sans saveur ni odeur. Exposée au feu avec de l'eau, la fécule se dissout et forme ce qu'on nomme colle ou empois , qui est une sorte de gelée ayant beaucoup d'analogie avec la matière muqueuse. On reconnaît la présence de l'amidon dans les liquides qui le contiennent, même en suspension, par l'addition dans ces matières de quelques gouttes d'iode liquéfié qui donne à la liqueur une teinte bleue ou violette. L'amidon remplit un rôle très-important dans la nutrition des plantes (251). D'abord on a prouvé que la fécule peut être dissoute, même à froid, par une autre matière qu'on nomme diastase, laquelle, à l'aide de l'eau, change l'amidon en une sorte de sirop qu'on a appelé la deœtrine, parce que sa solution est douée d'une propriété optique singulière, qui est de faire dévier à droite les rayons lumineux qui la traversent. L'amidon paraît être la base de la substance nutritive du blé: on le retrouve dans toutes les semences des graminées dites céréales , dans le manioc ou la cassave , dans la pomme de terre ; dans les tiges de plusieurs palmiers tels que le sagou ; dans le riz, le sarrasin, etc. On peut
en obtenir de Valcool, de l'acide oxalique : il sert aux apprôts des papiers, des étoffes de lin et de coton auxquelles il donne beaucoup de consistance.
295. On a encore reconnu dans les plantes certains acides qui s'y développent naturellement, et qu'on nomme acides végétaux. Ils y existent soit dans les fruits, comme dans les pommes, les citrons : ce sont les acides malique , citrique, etc. ; soit dans les feuilles de l'oseille et de l'alleluia, ainsi que dans les poils qui couvrent les feuilles des pois chiches : c'est alors l'acide oxalique (614); soit dans le tamarin, le sumac, l'épinevinette, le raisin : le tartre quise dépose dans les tonneaux est un sel acide à base de potasse et de chaux. On le purifie pour obtenir ce qu'on nomme la crème de tartre; quand on en extrait l'acide par une simple opération chimique , on le nomme acide tat^ irique ou iarlreux, etc. Mais ces matières sont entièrement du ressort de la chimie, surtout celles qui sont le plus souvent produites par l'art , comme le vinaigre , qu'on nomme acide
* acétique ou vinaigre radical quand il est très-concentré; tel est encore l'acide gallique qu'on retire de la décoction dans l'eau, des excroissances produites sur les chênes par des insectes, et qu'on nomme noix de galles (876). C'est avec la décoction de noix de galles et celle du bois de campêche gommées , sucrées et colorées en noir par l'oxyde de fer, qu'on fait Y encre à écrire,
296. C'est ici que nous devrions parler des alcaloides végétaux, dont nous avons précédemment fait connaître les noms de plusieurs (283) ; mais leur histoire e^t véritablement plutôt du ressort de la chimie ; aucun ne se trouve naturellement isolé. Quelques-unes de ces matières forment même des acides unis à quelques bases, et ce n'est qu'à l'aide de décompositions successives et par des procédés divers qu'on est parvenu à les séparer pour les étudier. Ces alcaloïdes, ou alcalis végétaux , forment des sels et des matières plus simples qui ont permis de les administrer comme des médicaments dont la vertu ou l'action se trouve ainsi réduite en ce qu'elle a de plus énergique.
297. Nous venons de voir comment les végétaux se développent, s'accroissent, se nourrissent; comment ils respirent et
sécrètent quelques humeurs ou substances particulières; il faut étudier maintenant les diverses manières dont ils peuvent perpétuer leur espèce. Les végétaux se reproduisent de deux manières différentes : par propagation ou par la séparation de quelques-unes de leurs parties déjà toutes formées, soit au moyen de leurs racines ou de leurs branches, soit par le développement de leurs bourgeons; mais la manière la plus ordinaire est celle qui a lieu par les semences, et qu'on nomme la génération des plantes, qui s'opère dans les fleurs par la fécondation (308).
298. Tous les jours on voit au pied des arbres de jeunes pousses qui sont provenues de racines, et nos forêts ne se perpétuent le plus souvent ainsi que par les souches des gros troncs qu'on laisse dans la terre, afin qu'elles donnent des rejetons. Des branches d'autres arbres ou de plantes vivaces produisent aussi des racines lorsqu'elles sont couchées dans le sol. Au bout d'un certain temps, on peut les séparer du tronc qui leur a donné naissance, et elles continuent de végéter : c'est ce qu'on appelle provigner (PI. III, fig. i). Quelquefois des plantes, comme le fraisier, la violette, fournissent des branches qui rampent à la surface de la terre pour prendre racine à quelque distance. On nomme ces sortes de branches des jets, des coulants, des surgeons, des drageons (PI. III, fig. 2).
299. Ce mode de propagation a fait naître l'idée de se servir de procédés analogues pour obtenir constamment des rejetons semblables à certaines variétés de plantes, comme celles de l'œillet. On couche dans la terre des branches de ce végétal, après avoir fait une petite plaie ou une ligature sur l'une des articulations de la tige {voyez PI. III, fig. 3), ou après avoir fait une section transversale et circulaire sur l'écorce de l'arbre (fig. 4), ou l'avoir liée fortement; il se forme en cet endroit un bouiTclet autour duquel on retient de la terre humide, et il s'y développe des racines. On a soin d'y entretenir l'humidité : on couvre de mousse la superficie de la terre, et on place à quelque distance un vase a plein d'eau, dans lequel trempe un fil ou une lisière de laine 6, dont l'autre bout vient aboutir au vase où est la terre. C'est ce qu'on appelle marcotter ou faire des marcottes. D'autres végétaux, comme les saules, les peu-
pliers, les girofliers jaunes , etc., se propagent d'une manière beaucoup plus simple encore ; une de leurs branches fichée dans un terrain convenable donne bientôt des racines, et s*y développe parfaitement. On nomme cette opération une bouture y en terme de jardinage.
300. On a dit que les bourgeons ou les gros boutons des arbres se développaient quelquefois, lorsque, après s'être séparés de la branche, ils tombaient sur une terre convenable; mais il parait que si le fait est vrai il est fort rare. Les plantes qui ont des oignons ou des bulbes, comme les échalottes, la tulipe, le lis, etc., sont cependant dans ce cas. Les petits bulbes situés sur la tige ou sur la base de Tombelle de plusieurs aulx produisent en terre, par leurs racines, de petits bourgeons qu'on nomme caïeux, et qui perpétuent l'espèce, comme les bourgeons des arbres, et les propacules de la joubarbe.
301. On a tiré le plus grand parti, dans l'art du jardinage, de cette faculté qu'ont les boui^eons de se développer, même après avoir été séparés de la branche sur laquelle ils sont nés; mais au lieu de les mettre en terre, on les applique sous l'écorce d'autres arbres, en y pratiquant une ou plusieurs incisions qui mettent en contact le bourgeon d'un arbre ou d'une variété d'arbres déterminée , avec le liber ou le livret d'un autre individu; c'est ce qu'on nomme greffer ou enter.
302. Xa greffe est donc une sorte de soudure ou de plantation d'une branche d'un végétal dans le liber d'un autre végétal, dont la végétation devient alors commune aux deux individus, auparavant étrangers l'un à l'autre. On'«iultiplie ainsi les espèces ou les variétés de certains arbres qu'on ne pourrait obtenir autrement. Les jardiniers emploient cinq ou six procédés différents pour obtenir le développement du bourgeon ou de la greffe sur l'écorce des autres arbres, qu'ils nomment alors sujets. C'est ce qu'on appelle greffer par approche. (303), en fente (304), par juxta-position (305), et en ocusson (306).
303. Pour opérer une greffe par approche , il faut que les deux arbres voisins soient enracinés et puissent se toucher par quelques-unes de leurs parties. On peut alors les réunir par les troncs, en les croisant (PL III, fig. 5); mais on ne se sert guère de ce procédé que lorsqu'on veut conserver la tête d'un
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arbre utile dont le tronc est vicié, lorsqu'il a éprouvé qudque grand accident. Alors encore on peut approcher deux sauvageons qui se servent mutuellement d'étais (PI. III, fig. 5); ou bien enfin on croise plusieurs branches, et on les applique les unes sur les autres, comme pour former une haie qui ne laisse que des intervalles en losange (ûg. 7).
304. On pratique la greffe en fente de plusieurs manières. Ainsi les jardiniers nomment greffe à Y an glaise (fig. 8), Tapplication d'un rameau à double entaille sur un sujet de même grosseur auquel on l'assujettit solidement ; ils appellent greffer en poupée (fig. 9), lorsqu'ils coupent en travers la branche ou le tronc du sujet dans une partie où il n'y a pas de nœud, et qu'ils fendent ensuite ou soulèvent légèrement l'écorce correspondante à l'entaille, pour y insinuer, de l'un et de l'autre côté, une petite branche taillée en biseau, de manière que les parties correspondantes du livret et de l'aubier se touchent (1). Ce qu'on nomme les greffes en couronne ou à six bourgeons (fig. 10) sont des greffes placées entre le bois et l'écorce, sans fendre le corps ligneux.
305. La greffe par juxtaposition se fait principalement sur les noyers, les châtaigniers. Le plus ordinairement elle s'opère en anneau (fig. 11); c'est-à-dire qu'après avoir coupé la tête d'un sauvageon, on cerne et on enlève circulairement une partie de l'écorce à une hauteur d'un pouce, et qu'on applique sur cette partie de l'aubier mis à nu, un autre cerceau d'écorce absolument pareil tiré d'une branche de même grosseur
(1) L'art de faire des entes ou des greffes est fort ancien. Pline, Virgile, Golumelle, et beaucoup d'autres auteurs, Font décrit avec détail. Voici comment Delille a traduit les beaux vers des Géorgiques :
« Tantôt dans Tendroit même où le bouton vermeil
« Déjà laisse échapper sa feuille prisonnière,
« On fait avec Tacier une fente légère ;
« Là, d'un arbre fertile on insère un bouton,
« De l'arbre qui l'adopte utile nourrisson.
« Tantôt des coins aigus entr'ouvrent avec force
« Un tronc dont aucun nœud ne hérisse l'écorce, etc.
« Mais comment de la greffe expliquer le mystère,
«< Comment l'arbre, adoptant une plante étrangère ,
« Peut-il, fertilisé par ces heureux liens,
« Former des fleurs, des fruits qui ne sont pas les siens ? »
(fig. 42), qu'on retient à l'aide de filasse et d'une sorte d'emplâtre composé d'argile, de boue et de bouse de vache.
306. La greffe en écusson (fig. 13) consiste en un morceau d'écorce taillé en y, au centre duquel est placé l'œil ou le jeune bourgeon qu'on insinue dans la fente verticale d'une incision double en forme de T, pratiquée sur l'écorce du sujet, jusqu'à l'aubier; on écarte ensuite les deux lèvres de l'écorce pour recevoir l'écusson. Quand il y est convenablement placé, on lie la plaie. La greffe en chevron brisé a (fig« i-*)» est une modification de la précédente, et s'emploie principalement pour les arbres résineux.
307. Il paraît constant aujourd'hui que les greffes ne réussissent qu'autant qu'on les applique sur des arbres avec lesquels elles ont quelque analogie, principalement par la consistance du bois, par la quantité de sève que l'un et l'autre absorbent, par la structure du fruit, et surtout par l'époque où leur sève monte dans le tronc. Tous les fruits à noyau, comme les cerisiers, les abricotiers, les pruniers, les amandiers, les pêchers, peuvent servir réciproquement de greffes et de sujets. Il en est de même des fruits à pépins, comme les poiriers, coignassiers, pommiers, néfliers, et plusieurs autres. On a reconnu que l'analogie des familles permettait toute espèce de greffe, môme dans les herbes et dans l'extrémité molle et herbacée des tiges ou des rameaux non encore ligneux, et des plantes annuelles entre elles.
308. La seconde sorte de propagation des plantes est celle qui a lieu dans le plus grand nombre et qui s'opère par des semences ou par des graines. C'est une véritable génération dans laquelle de petits œufs, des ovules ou des germes, contenus dans des organes particuliers, reçoivent vraiment la faculté de vivre par eux-mêmes, à la suite d'une opération naturelle, que l'on nomme fécondation, sans laquelle ils ne peuvent germer ou se développer.
309. Presque toutes les plantes ont des organes destinés à la fécondation; mais ils ne se manifestent qu'à une époque fixe et déterminée pour chaque espèce; c'est ce qu'on nomme la /leuraison. Il y a la plus grande diversité à cet égard entre les végétaux. Les uns fleurissent souvent dans la même année qui
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les a VUS naître, et ne donnent du fruit qu'une fois (i) : d'autres sont deux ou trois ans, et quelquefois même jusqu'à vingt, avant de produire des fleurs, qui se succèdent ensuite sans interruption, d'année en année, jusqu'à la fin naturelle de l'individu (2). Quelques plantes semblent même avoir une époque fixe dans le mois et dans le jour pour donner leurs fleurs. On a relevé des tables de ces particularités, sous les dénominations de Calendrier de Flore et à" fforloge.de Flore. Dans notre climat, par exemple, il y a des fleurs nocturnes, et d'autres qu'on nomme diurnes. Parmi les premières, une espèce de ûcoïde, qu'on nomme noctiflore, s'épanouit à sept heures du soir, et se ferme à la même heure le matin : tel est le cierge à grandes fleurs ou serpent , qui a fleuri dans nos serres du Jardin du Roi presque régulièrement le 44 juillet de chaque année, vers les sept à huit heures du soir; tels sont encore le silène noctiflore, qui s'ouvre vers cinq heures du soir; le liseron pourpre, à dix heures; la belle-de-nuit, vers huit heures. De même, parmi les fleurs diurnes, qui sont en beaucoup plus grand nombre, on en observe qui s'épanouissent entre trois et cinq heures du matin, comme le salsifls; à sept heures, comme le nénuphar, le pissenlit, le souci , qui sont aussi hygrométriques; à onze heures, comme le pourpier, une sorte d'omithogale, qu'on a nommé dame d'onze heures; à midi, comme le plus grand nombre des plantes grasses ou flcotdes.
310. Nous avons déjà vu que tous les êtres organisés jouissent de la faculté de reproduire des individus absolument semblables à eux (232). Ce sont les fleurs qui sont les organes de la géné- 4«tion dans les végétaux. Le plus souvent on désigne ainsi la réunion d'un grand nombre d'organes qui constituent l'appareil de la fécondation et des annexes protecteurs des embryons.
(0 On les nomme annuels, comme le pavot commun, le blé, la playartdea céréales et un très- grand nombre d'autres plantes. Les botanistes, dans leurs ouvrages , les indiquent par ce signe 0, qui dénote la marche ou la ré- Yolution annuelle du soleil.
(2) On les nomme vivaces quand leur végétation persiste plus de trots années et on les trouve annotés dans les ouvrages par celte marque 7fi ; quand ils sont ligneux, par celle-ci j > lorsqu'ils sont bisannuels, ou pour indiquer qu'ils ne fleurissent pas dans la première année, on les marque ainsi o •
On y distingue des parties mâles et d'autres femelles, qui sont quelquefois séparées, mais le plus souvent réunies. Les organes mâles ont reçu le nom d'élamines; ceux de la femelle s'appellent pistils. Ils sont ordinairement entourés d'une enveloppe appelée périanthe ou périgone, qui est double quelquefois; alors l'intérieure, le plus souvent colorée, se nomme corolle, et l'extérieure calice. Quand on coupe en travers un bouton de fleur complète non épanouie, on obtient alors ua diagramme, ou mieux diacope{?\. VI, fig. 24-25), qui offre sur cette tranche horizontale, en dehors : 1** la coupe des folioles, des sépales ou du calice ; 2° en dedans , la tranche des pétales on des pièces de la corolle; puis 5° en dedans, les points qui cor^ respondent aux filets ou aux anthères des étamioes , et 4<* enfin, au centre, suivant la hauteur, la coupe du style ou de l'ovaire. La queue des fleurs se nomme pédoncule : on le distingue en partiel et en commun , suivant qu'il supporte une ou plusieurs fleurs. On le désigne encore par sa situation près de la racine ; alors, et quand il ne se divise pas et qu'il porte une ou plusieurs fleurs, comme dans le narcisse, le muguet de mai (PL I, fig. 10) , on dit que c'est une hampe. Le pédoncule commun, qui porte d'autres pédoncules propres, ramifiés dans les fleurs en grappe, comme dans la vigne, le groseillier, l'épine-vinette, s'appelle la rafie ( PI. IV, fig. 1). On nomme chaton (fig. 2) une sorte d'épi qui soutient les fleurs mâles des noyers, des châtaigniers, des saules.
311. Les pédoncules ont encore reçu d'autres noms d'après leur disposition générale. Ainsi dans les fleurs en ombelle, ou ombellifères (PL IV, fig. 5), tous les pédicules partent d'un même point et s'élèvent â la môme hauteur, comme dans la carotte. Loi'sque ces pédicules ne partent pas d'un même point, et que cependant les fleurs arrivent à la même hauteur, on les dit en corymbe ou corymbiféres (PI. IV, fig. 5), et en bouquet ou panicules, lorsque les pédoncules branchus, inégaux, sont insérés sur des points très-différents. Quand le pédoncule coooh mun porte d'autres pédoncules non ramifiés, on le nomme fleurs en thyrse (fig. 6) , comme dans le lilas; lorsque les fleurs sont sessiles le long d'un axe commun, comme dans le blé, l'avoine, etc., on le nomme épi (fig. 7), et l'axe s'appelle ra*
ehis. Quand les pédoncules sont très-courts et les fleurs ramassées, on les appelle fleurs en tête.
312. Tout le monde connaît les primevères, qu'on appelle aussi primerolles ou fleurs de coucous, ces jolies fleurs odorantes et jaunes qui ornent au premier printemps la verdure des prairies ; elles nous ofljrent toutes ces parties d'une manière bien distincte. La portion la plus extérieure de chacune des fleurs, celle qui est d'un vert pâle, marquée de cinq lignes saillantes et qui forme une sorte de tube garni de cinq dentelures à l'entrée, est ce qu'on nomme le calice (û%. 8-9 jusqu'à 15) : il reste toujours attaché à la tige. L'enveloppe intérieure, de couleur jaune M en forme d'entonnoir, qu'on voit ensuite et qui se détache très-facilement, est la corolle (PL IV, fig. 8* a). Si l'on fend avec la pointe d'une épingle cette corolle dans le sens de sa longueur, et si l'on en écarte les bords de manière à voir l'intérieur du canal, on y aperçoit cinq petites saillies libres, arrondies, couvertes d'une poussière verdâtre (6) : ce sont les étaminei. Enfin il est resté au centre de la fleur une petite colonne allongée, appuyée sur une petite sphère, et terminée par une petite boule; c'est le pistil (fig. 8" c, d,e),
313. En général le pistil occupe le centre des fleurs : on y distingue souvent trois parties à peu près disposées comme dans la fleur que nous avons choisie pour exemple. La base, ou le point par lequel il fait continuité avec la plante, se nomme ovaire (PI. IV, fl, 8" d) , germe ou fruit. C'est là que sont contenus, comme dans une matrice, les petits œufs ou ovules, ou les graines non fécondées. Quelquefois cet ovaire se prolonge en un ou plusieurs filets, que l'on regarde comme des tubes ou canaux qui communiquent avec l'extérieur, mais dont la forme et l'insertion varient beaucoup; c'est ce qu'on appelle style. Cette partie manque quelquefois : enfin, dans tous les cas possibles, que le style existe ou n'existe pas dans les fleurs, l'ovaire n'en présente pas moins un ou plusieurs orifices extérieurs, souvent évasés, presque toujours humectés d'une liqueur sucrée ou visqueuse, et dont la forme varie beaucoup; c'est ce que l'on appelle le stigmate^ que nous avons vu globuleux dans la primevère. L'ovaire est la partie essentielle des organes fe-
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melles ; il porte seul le nom de pistil quand il n'y aurait pas de style, ou quand le stigmate serait à peine visible.
314. Vétamine (PI. IV, fig. 15) est Torgane mâle : elle consiste essentiellement en une ou deux petites bourses ou loges appelées anthères {a a), dont le volume, la forme, les couleurs varient beaucoup, qui renferment une poussière ou un amas de petits globules ou corpuscules jaunes, blancs ou verdàtres, qu'on désigne sous le nom de pollen ou de poussière fécondante. C'est encore le cas de la primevère; mais le plus souvent, comme dans le lis, dans l'œillet, etc., l'anthère est portée à l'extrémité d'un filament plus ou moins allongé, qu'où nomme filet {b) : ce qui constitue évidemment la présence desétamines» ce sont toujours les anthères, qu'elles soient supportées ou non par des filets.
515. Il est maintenant hors de doute que ce sont véritablement là les organes mâles de la génération des plantes. Au moment où la fécondation doit s'opérer, la petite bourse ou l'anthère qui contient le pollen se déchire, souvent avec une faible explosion; la poussière s'en échappe, mais bientôt chacun des corpuscules se trouve arrêté par la viscosité dont le stigmate est enduit à cette époque. Les corpuscules qui fécondent l'ovaire sont doués d'une sorte de mouvement : ils s'allongent et y pénètrent par les canaux ou tubes dont on sait que le style est creusé, et les germes se trouvent ainsi fécondés.
316. On a aussi quelques raisons pour penser que peut-être il suffît à la matière contenue dans les atomes du pollen d'être mise en contact avec la surface du stigmate, pour que la fécondation soit opérée. Ce que des expériences positives mettent hors de doute, c'est que l'entremise de l'air est nécessitée dans cette singulière opération , qui ne se produit jamais sous l'eau , de sorte que les plantes qui vivent dans ce liquide en font sortir, par des dispositions très-variées, les pédoncules ou les tiges qui doivent porter les fleurs, afin que celles-ci puissent remplir cette grande fonction. On suppose que l'humidité dissolverait la liqueur fécondante contenue dans les poussières du pollen, et que la fécondation ne pourrait pas avoir lieu sans cette circonstance. Dans quelques cas on a observé que des insectes ou d'autres particularités transportaient la matière fécondante
d'une fleur sur une autre, comm^dans certaines fi^es et chez plusieurs orchidées. Ce qu'il y a de certain , c'est que la plu* part des fleurs, ou plutôt leurs pédoncules, rentrent dans Teaii pour y reporter les graines qui peuvent ainsi parvenir à la ma« turité (580).
517. Il est démontré aujourd'hui, par toutes les observations, que la reproduction des végétaux au moyen de leurs graines est le résultat d'une véritable fécondation, dans laquelle les étamines ne sont que des organes transitoires, appelés à 8écré->ter et à fournir le pollen; car jamais une fleur qui n'a que de6 étamines ne donne de graines. Il est reconnu également que les fleurs qui n'ont que des pistils ne fournissent de semences fertiles qu'autant qu'elles ont pu être en relation, par Tinter-' mède de l'air, avec la poussière fécondante des étamines : car, même dans les fleurs hermaphrodites, quand, avec toutes les précautions nécessaires pour que l'expérience ne soit pas fautive, on supprime tantôt le pistil, tantôt les étamines avant kt fécondation , celle-ci n'a pas lieu. On a fait ces essais même sur quelques styles en particulier d'un môme ovaire à plusieurs loges; et la loge correspondante au style détruit a été coustam-^ ment inféconde. Quand on dit, par exemple, en parlant de la vigne ou du blé, que les fleurs ont coulé par l'effet des pluies qui arrivent très-abondamment à l'époque de la fleuraison, on conçoit que le pollen a été altéré par l'eau , et que la féconda«>> tion n'a pu s'opérer, parce que les stigmates ou les pistils ont été altérés par quelque cause antérieure comme la gelée , la pluie, l'action trop vive du soleil.
3i8. On a des preuves très-évidentes encore de la participa* tion réelle des étamines dans la formation de la graine, par les variétés infinies qui sont produites dans nos fleurs de jardin, où des individus, portant des corolles brillantes, restent nuancés d'une manière constante, si on ne les met en rapport avec d'autres fleurs d'une couleur différente; tandis que, dans le cas contraire], les variétés se reproduisent d'une manière indéfinie. On saitj aussi que des espèces très-rapprochées d'un même genre, comme celles des géranions, des rosiers, dessolanées, ont fournifdes graines quiSelles-mèmes ont produit des indivi->dus participant, par les feuilles ou par les fleurs, aux formes
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des plantes doDt on les supposait être les rejetons. On a même nommé ces sortes de mulets, ou de neutres végétaux, des espèces hybrides, et on a pu remarquer que ces nouveaux individus ne donnaient pas de graines, et que pour les multiplier il fallait avoir recours aux boutures, aux marcottes ou aux greffes.
319. La plupart des fleurs sont hermaphrodites, c'est-à-dire qu'elles portent à la fois des organes mâles et femelles; mais il en est d'unisexuelles ou monoclines, qui n'ont qu'un seul sexe. Ces fleurs mâles ou femelles, séparées ou distinctes, sont tantôt monoïques ou androgynes, c'est-à-dire portées par une même plante, comme dans les noisetiers, les melons; et tantôt ellfé? sont dioïques ou diclines, c'est-à-dire que les femelles sont placées sur d'autres plantes que les mâles , ainsi qu'on Yohserve dans le saule, le chanvre, le houblon. Enfin il est des plantes dont les fleurs, et par conséquent le mode de généra^ lion, sont tout-à-fait inconnus.
5â0. Il païaît que le calice et la corolle des fleurs ne font que protéger les organes de la génération ; quelquefois ils servent d'enveloppes aux graines. L'une ou l'autre de ces parties, et même toutes les deux, peuvent manquer aux fleurs; en général, elles présentent plusieurs variétés dans le nombre et la disposition des pièces qui les composent. Les botanistes ont beaucoup étudié ces parties : ils s'en sont servis pour distinguer les plantes entre elles; et ils les ont désignées par des noms parti*^ culiers. Quelquefois même ils confondent, sous une même dénomination commune, le calice et la corolle, qu'ils appellent périgone, ou bien ils emploient ce terme d'une manière génélule, quand ils ont quelque peine à décider si l'enveloppe de la fleur est un calice ou une corolle, et comme aous l'avons dit (510), ils le nomment aussi i^ertant^e.
3âl. Il y a des calices qui sont persistants, c'est-à-dire qui restent toujours autour de la graine (PL IV, ûg. 8): tel est celui de la primevère, de l'œillet (9) ; il en est d'autres qu'on appelle caducs (10) : c'est ce qu'on peut observer dans le pavot. Tantôt le calice est formé d'une seule pièce, comme dans le premier exemple; tantôt de deux, comme dans le second; tantôt de trois, et même de plusieurs centaines de petites lames ou fo-
lioles qu'on a nommées sépales (IS) , d'où Ton a'tiré les eicpressions de monosépale , disépale , polysépaîe. Dans les fruits à pépins ce sont les divisions du calice qui persistent et qui forment l'œil sur la pomme et sur la poire. Sur l'orange, l'espèce de petit godet à cinq dents qui correspond diamétralement au point d'insertion du pédoncule , est aussi un calice desséché ; tandis qu'il tombe constamment dans les fruits à noyau. Quelquefois ce calice est adhérent, soudé avec l'ovaire qui parait inférieur, comme dans le fenouil, la carotte, le pommier, la rose; tantôt il est placé au-dessous, comme dans la primevère, le chou, la violette, et dans le plus grand nombre des autres plantes : on dit alors l'ovaire supérieur. On a donné aussi des noms particuliers à certaines espèces de calices : on a appelé calicule (PI. IV, fig. 11, a. ) un second calice placé le plus ordinairement au dehors; on en compte ainsi jusqu'à quatre dans quelques malvacées. On nomme calathide le calice commun ou extérieur des fleurs composées, comme dans l'artichaut, le soleil, etc. Le calice des ombellifôres (fig. 1, 3), porte le nom d'involucre, et on le distingue en universel, partiel ou propre, suivant qu'il enveloppe les premières, secondes ou troisièmes divisions de l'ombelle. On nomme glume et bàle (PI. IV, fig. 13) le calice des graminées, qui est composé de deux ou trois valves ou paillettes minces, oblongues, lesquelles se terminent souvent par une arisie ou barbe terminale ou dorsale, comme dans l'orge , l'avoine. La spathe (fig. 14) est l'enveloppe membraneuse ou foliacée , qui s'observe autour des fleurs non épanouies de l'oignon , du narcisse, comme le spadice coloré des aroîdes (449), etc.
322. Il en est à peu près de même de la corolle ; tantôt elle est formée d'une seule pièce plus ou moins régulière : on la dit alors monopétale ou gamopétale, parce que les étamines sont toujours adhérentes Uux pièces soudées de la corolle, et on enlève toujours avec elle les étamines, comme on le voit dans la primevère, dans le lamier blanc, vulgairement nommé ortie blanche, dans le uérium ou laurier-rose : tantôt il y a deux, trois, quatre, cinq, six ou plusieurs de ces pièces qu'on nomme pétales : ainsi une fleur qui n'a pas de corolle est dite apétale (fig. 7). On l'appelle dt-, tri-, tétra^^ penta^, heœa-j hepta-.
poly-pétale , selon qu'on y voit tel ou tel nombre de pétales. 3â3. Quand les pétales sont égaux entre eux , la corolle est dite régulière (VI IV, fig. 28, 29, 30); elle est appelée irrégu- Hère , quand les pétales varient entre eux pour la forme , la grandeur ou la direction (PL IV, fig. 25, 26, 27). Parmi les corolles polypétales régulières, on distingue les cruciformes ou crucifères (fig. 28), lorsqu'il y a quatre pétales disposés en croix, comme dans le chou, la giroflée ; les caryophyllées , ou en œillet (fig. 29), qui ont cinq pétales réguliers dont les onglets sont fort longs; les rosacées (fig. 30), ou en rose, dont les onglets sont courts. Les polypétales irrégulières sont nommées anomales (fig. 31), quand il est difQcile d'en caractériser la forme, comme dans la pensée; ou les appelle papt/tonace'M (fig. 32), quand il y a quatre pétales irréguliers, savoir : deux latéraux nommés ailes^ a a, un supérieur appelé étendard, b, et un inférieur ou carène, c, comme dans le pois odorant et presque toutes les légumineuses de notre pays.
324. Les corolles monopétales se distinguent de même en régulières et en irrégulières. Parmi les premières, on a donné beaucoup de noms à leurs formes diverses : on appelle campornulées ou en cloche (PI. IV, fig. 16) celles qui ont cette forme de cloche, comme la campanule ; de même globuleuses ou en grelot, comme le muguet (fig. 17); infundibuliformes ou en entonnoir, comme le lilas; iubulées (fig. 19); hypocratériformes ou en soucoupe, lorsque la corolle s'élargit subitement vers l'orifice, comme la primevère (fig. 20); en roue , lorsqu'elle n'a pas de tube bien sensible, comme la véronique, la bourrache (fig. 21).
325. Parmi les corolles monopétales irrégulières, on donne aussi à quelques-unes des noms particuliers : ainsi il en est de labiées ou en lèvre (fig. 25), lorsque leur limbe ou leurs bords forment deux divisions principales écartées , ou laissent une gorge ouverte, comme dans la sauge; et personnées , en masque ou en gueule (fig. 27), quand les deux divisions sont rapprochées, et que l'ouverture de la corolle se trouve fermée et rétrécie par le gonflement ou la dilatation de la partie correspondante de la lèvre inférieure, comme dans le muflier.
326. Les fleurs en tête ou en capitules , c'est-à-dire chez les-
quelles beaucoup de fleurs sont réunies dans un même calice, ont reçu des noms particuliers, suivant que les fleurs sont toutes hermaphrodites et à étamines distinctes; on les dit alors agré^ géei, comme dans le chardon à bonnetier, la scabieuse; mais quand les fleurs dififèrent, et que dans tous les cas les étamioes sont réunies, par leurs anthères, en un cylindre que traverse le style, ce sont alors des fleurs dites composéei. On distin^e ces dernières d*après les formes qui résultent des agrégations diverses des fleurons ou des petites fleurs monopétales. Ainai on les a nommées Ugulées, en languette ou en demi-fleurons (fig. 22), comme la laitue, le pissenlit, quand le tube de la fleur est court et se prolonge au dehors en une lame étroite tronquée et terminée par de petites dents; flosculeuses ou à fleurons tu* buleux (flg. 25), comme le chardon; et radiées ou à fleurons au centre et à demi-fleurons à la circonférence (flg. 24 ), comme la pâquerette.
327. Des noms spéciaux ont été aussi affectés à quelques parties de fleurs dont nous n'avons pas encore eu occasion de parler; tels sont le réceptacle, qui est la partie centrale ou le sommet intérieur du pédoncule supportant la graine ou le fruit. Quand il y a un réceptacle commun à plusieurs fleurs, on le nomme phoranihe, comme dans les artichauts; on l'appelle gynophore dans les framboisiers, les fraisiers, chez lesquels cette sorte de réceptacle, comme. charnu, est évident. Quelques fleurs portent des parties dont les formes varient, mais qui le plus souvent sont destinées à sécréter certains sucs que les insectes viennent recueillir. On leur donne le nom général de nectaires; mais c'est un terme vague appliqué à beaucoup de parties ou d'organes très-différents dans les fleurs; c'est ainsi que, d'après leurs formes , on les appelle éperons (PI. IV, fig. 26 cr) quand ils se prolongent en une sorte de tube ou de corne, comme dans la capucine, Tancolie, le pied d'alouette, etc.
328. Après avoir indiqué les organes qui préparent, enveloppent et protègent les jeunes embryons destinés à reproduire l'espèce, il est bon de faire connaître comment les germes, iine fois fécondés, se conservent et se développent. Le plus or^ dinairement, à peine la fécondation est-elle opérée, que les étamines privées de Jeur pollen se flétrissent et tombent : bien
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ibi aussi les pièces qui composent la corolle se fanent et se détachent de la plante, ainsi que celles du calice, qui se sont même quelquefois séparées plus tôt. Il n'est pas rare que le stigmate et le style viennent aussi à quitter l'ovaire fécondé : celui-ci, et tout ce qu'il renferme, porte le nom de fruit pour les botanistes.
329. Quelquefois la graine paraît presqu'à nu dans l'intérieur du calice; cependant elle est toujours recouverte d'une enveloppe dont l'épaisseur, la consistance et la forme varient beaucoup ; c'est ce qu'on nomme , en général , un péricarpe. Ordinairement cette enveloppe, plus ou moins épaisse, est partagée intérieurement par des cloisons qui forment autant de cavités , qu'on nomme loges. On distingue ces péricarpes selon le nombre des graines qu'ils contiennent : ainsi il en est de mono-, di-, tri-, polyspermes, selon qu'ils renferment une, deux, trois ou beaucoup de semences. Les pièces qui les composent sont nommées valves, et les parties solides qui séparent les loges du fruit sont appelées cloisons. Un fruit peut être à deux, à trois ou à plusieurs loges, c'est-à-dire qu'il contient autant d'espaces limités, dans lesquels les graines sont adhérentes par un ombilic sur un petit placenta. L'ombilic ou le hile est le point par lequel le suc nourricier pénétrait dans la graine, et par lequel les fluides alimentaires seront par la suite absorbés. Le placenta est une sorte de petit bourrelet spongieux d'où provient un cordon ombilical plus ou moins long et distinct qu'on a nommé podosperme.
330. Nous devons dire encore que des dénominations particulières ont été affectées aux différentes sortes de péricarpes : nous ne ferons connaître que les principales; on distingue les fruits en secs et en charnus; en ceux qui s'ouvrent soit naturellement, que l'on nomme déhiscents; soit indéhiscents. Ainsi l'enveloppe sèche des graines de la primevère, du pavot, du nénuphar (PI. V, fig. i et2), est une capsule. La pyxide est une capsule qui s'ouvre en travei*s comme une boîte, tel est le fruit de la jusquiame , du mouron rouge. Le fruit à enveloppe ligneuse, qui ne s'ouvre qu'au moment de la germination, comme celui du noisetier, est une nucule (fig. 3, 4). Le légume ou la gousse est une capsule membraneuse qui s'ouvre par deux
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valves, qui n*a ordinairement dans Fintérieur qu'une seule loge sans cloison, et dont les graines adhèrent toutes du même côté, mais alternativement à l'une et à l'autre valve, sur un cordon pistillaire, et alternativement comme celles du haricot, de la vesce (PI. V, fig. 5 ). La silique ou silicule est un fruit plus long que large, ou plus large que long, sur les côtés duquel on voit deui sutures, séparées par une cloison intérieure, et dont les semences adhèrent toutes de file à la même valve, comme dans le fruit du thlaspi bourse-à-pasteur, qui est une silicule (fig. 6, 7), et dans la silique du chou. On nomme drupe un fruit charnu qui renferme un noyau , comme la cerise, la noix revêtue de son brou (fig. 8). Les fruits du rosier, les nèfles, les grenades, etc., qui conservent les restes du calice dont ils font partie, qui ont des nucules ou des pépins, ont reçu des noms particuliers comme ceux de balausteê; mais l'enveloppe et le jus de la groseille, du raisin, de la morelle (fig. 9), se nomment des baies. Dans ce cas, les semences ne sont point renfermées dans un noyau; elles sont placées au milieu de la pulpe : enûn, on appelle strobiles ou cônes les fruits du sapin (fig. 10), dans lesquels les semences sont cachées par des écailles entuilées.
551. On donne encore différents noms à certaines espèces de fruits ou de péricarpes de formes diverses. Ainsi on appelle follicule la capsule des asclépiades ou apocyns (fig. Il), qui n'a qu'une seule suture longitudinale, comme une feuille pliée sur elle-même. La pomme, comme la poire (fig. 12), est un fruit charnu désigné sous le nom de mélonide, qui contient dans son intérieur des loges, le plus ordinairement au nombre de cinq , où se développent les semences ou graines, qu'on nomme pépins. Le gland (fig. 15) est une espèce de noix revêtue en tout ou en partie d'une enveloppe calyciforme comme le fruit du chêne, reçu dans une sorte de bassinet ou de cupule. La samare (fig. 14, 15) est aussi une sorte de noix ailée ou terminée par une languette membraneuse, comme dans l'orme, l'érable. On a donné les noms d*achaine (ou qui ne s'ouvre pas) (fig. 16, 17) aux graines des fleurs composées, comme le pissenlit; de diachaine (f\g. 18) à celles des ombellifères, comme la carotte; de cérion ou de cariopse (fig. 19) à la graine ou au
grain des graminées, comme le blé, Tavoine, l'orge, le riz. 332. On distingue toujours dans les graines l'enveloppe propre ou Yépispernie, et quelquefois nommé spermoderme, ou peau de la graine, formant ainsi deux téguments. L'amande est tout ce que contient l'enveloppe de la graine ; elle se compose du petit embryon, et très-souvent d'une substance intermédiaire, dont la consistance, la nature et la couleur varient beaucoup, et qu'on nomme V albumen, endosperme ou perîsperme. Ainsi dans le haricot la partie blanche extérieure est le tégument, formé de deux couches ou membranes, et la partie jaunâtre farineuse, qui se trouve au-dessous, est l'embryon. La coque d*un grain de café, qui ressemble à de la corne, est le périsperme. Cette partie ne se trouve que dans les graines de quelques familles. Dans le blé, c'est le périsperme qui donne la farine. Nous avons vu que l'embryon du haricot contient deux feuilles séminales et une plantule; mais toutes les graines ne sont pas conformées ainsi. Il en est, comme celles du blé, des oignons , des iris et beaucoup d'autrjes, qui n'ont qu'une seule feuille séminale. Les botanistes nomment les unes plantes dicotylédonées ou bilobées (PL V, fig. 20, 21), et les autres monocotylédonées ou unilobées (fig. 19). Presque toutes les plantes dont les graines sont connues, appartiennent à l'une ou à l'autre de ces divisions; et la considération de ces premiers organes, qui ont toujours les plus grands rapports avec la structure intérieure des végétaux, a offert aux botanistes les bases les plus solides de la science, ainsi que nous aurons occasion de l'exposer bientôt.