‹ Eléments des sciences naturellesChapitre 69 sur 158 · On conçoit que cette invention dut tout à coup dimi · texte numérisé non relu

On conçoit que cette invention dut tout à coup dimi

idi SYSTÈMES

nuer considérablement le nombre des noms consacrés à chaque plante en particulier. Il est certains genres en effet qui renferment seuls, et sous un nom commun, plus de cent espèces; mais en supposant que chacun des genres ne comprenne que dix espèces , on voit de suite que la mémoire n*aura à retenir que cinq mille mots, au lieu de cinquante mille; et môme dans rétat actuel de la science, les noms de genres ne s'élèvent guère au delà de trois mille.

339. Un autre avantage qui résulte de cette nomenclature , c'est que les noms des espèces, restent toujours considérés comme des adjectifs, puisqu'ils sont constamment joints à des substantifs ou aux noms de genre, dont ils ne font qu'indiquer une modification. Ce nom est ordinairement emprunté du port de la tige, de la conformation des feuilles , de l'époque de la fleuraison , de l'habitation dans telle partie du monde ou telle sorte de terrain, etc.. etc. Ainsi il peut y avoir à la fois des Géranions et des Séneçons qui portent le même nom spécifique de sans-tige, crépu, printanier, de la Caroline, des prés, etc. ; et il n'y a aucun inconvénient à ce que ces noms spécifiques se reproduisent, puisqu'ils soulagent la mémoire en rappelant une particularité ; et comme ils se présentent fort souvent , voilà pourquoi on les a encore appelés des noms triviattx.

ZiO, D'après ce que nous venons de dire, chaque plante porte toujours un nom botanique composé de deux mots qu'il faut confier à la mémoire. Le premier, ou celui qui indique le genre, est quelquefois consacré au souvenir des botanistes, des voyageurs ou des autres hommes qui ont rendu quelques services à la science. Tels sont les suivants : Gesneria, Cœsalpinia, Bauhinia, Tournefortia, Plumieria, Vaillantia, Linnea, Jussieua, Fontanesia, Candollea, etc., qui rappellent les noms des principaux fondateurs de la Botanique. Le plus ordinairement le nom du genre est emprunté de certains mots grecs ou latins qui font connaître quelque propriété, quelque forme singulière dans les organes, ou que l'on croit avoir été employés dans le môme sens par les anciens. C'est ainsi que le nom de Géranion indique la ressemblance des graines avec le bec d'une grue, et que celui de Séneçon, employé par Pline,

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fait connaître les aigrettes ou les barbes grises ou blanches qui surmontent les semences des espèces de ce genre.

341. Ce n'était point assez d'avoir ainsi élagué les mots de la science et d'en avoir combiné l'arrangement : il fallait arriver à la connaissance de ces noms par celles des plantes elles-mêmes, et les disposer de manière qu'on pût parvenir, en étudiant un végétal en particulier, à la recherche , à la découverte du nom de genre et d'espèce qui le distingue, et réciproquement qu'on reconnût la plante, en lisant la description jointe aux noms. On a atteint ce double but, en considérant, par une suite d'observations comparatives, toutes les ressemblances et les différences que les genres présentaient entre eux; et l'on s'est servi des unes et des autres pour opérer des coupes ou des sections, plus ou moins arbitraires ou naturelles, dans lesquelles on a rangé toutes les plantes connues jusqu'à ce jour. C'est ce que les botanistes ont appelé la disposition systématique ou méthodique.

34â. Dans ces arrangements, qu'on nomme aussi classifications, les genres qui se rapprochent et se conviennent, ou qui Qnt entre eux quelque analogie, sous certains rapports, sont réunis en un groupe qui leur est, à peu près, ce qu'ils sont aux espèces qu'ils comprennent; c'est-à-dire un assemblage de genres réunis sous un nom commun qui est appelé tantôt une famille, tantôt un sous-ordre. Ces sou&ordres ou ces familles elles-mêmes se ressemblent encore fort souvent par un caractère commun que l'on peut exprimer, et ils forment un autre groupe plus élevé qu'on nomme ordre , lequel est une division de la classe ou de la première section que présente la science.

343. En résumé , la botanique reconnaît des classes ou premières répartitions fondées ou établies d'après la structure intime des organes les plus importants, comme ceux de la reproduction ou de la nutrition qui sont les deux seules fonctions bien connues dans les végétaux; des ordres ou des partages secondaires; des sous-ordres ^ nommés encore de^ familles ou des distributions tertiaires; des genres ou des divisions quaternaires: viennent ensuite les espèces, qui comprennent quelquefois des variétés. De sorte que toute espèce de plantes doit être nécessairement rapportée à ces cinq divisions successives,

dont les deux dernières seules entraînent la nécessité du nom qui les indique.

344. Quelle que soit la marche que suive le botaniste pour arriver à la connaissance de Tespèce, il faut qu'il étudie successivement les divers organes qui constituent le caractère des cinq divisions principales. Dans presque tous les procédés imaginés jusqu'ici en botanique, on considère les organes de la fructification. C'est en effet la seule fonction que l'on connaisse bien dans les végétaux, parce qu'elle s'opère sous nos yeux et au dehors de l'individu et aussi parce qu'elle a produit en général des rapprochements très-naturels. Nous allons faire connaître ici d'une manière générale les trois principaux systèmes de botanique, ceux établis par Tournefort, par Linné et par Lamarck. Nous exposerons, dans un chapitre particulier, avec beaucoup plus de détails , la méthode naturelle, qui est celle de Jussieu.

345. Joseph Pitton de Tournefort, né à Aix en Provence, publia ses Eléments de Botanique, en 1694. Il établit les fondements de sa méthode sur ce qu'on appelait alors la fleur, mais essentiellement sur la corolle qui, frappant davantage la vue, fournissait de suite un grand nombre de caractères. A cette époque, l'auteur ne connaissait guère que dix mille espèces de plantes qu'il rapporta à environ sept cents genres ; de sorte que la marche qu'il a tracée n'est plus maintenant au courant de là science. Si nous l'indiquons ici , c'est qu'elle est liée à l'Histoire de la Botanique, dont elle a hâté les progrès; parce que cette méthode est simple, et que son exposition nous facilitera beaucoup les études des autres moyens mis en usage pour acquérir la connaissance des plantes. Nous la présenterons donc avec quelques détails, mais surtout comme un procédé commode qui offrira l'histoire de l'avancement de la science , et qui nous servira d'introduction pour une marche meilleure et plus régulière.

346. Tournefort divisa d'abord le règne végétal en- deux grandes sections. Il rangea dans la première toutes les herbes , et il comprenait sous ce nom les plantes annuelles ou vivaces qui perdent en hiver leurs tiges, dont la consistance est médiocre, et qui ne sont jamais ligneuses. Les arbres (369) for-

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iraient la seconde section avec les arbrisseaux. 11 réunissait ainsi toutes les plantes de consistance ligneuse qui s'élèvent en général à la hauteur du corps de l'homme, qui ont des bourgeons, et qui vivent le plus souvent au delà de deux années. Cette division était fautive; mais il croyait suivre l'ordre de la nature en rapprochant ainsi les grands végétaux, et en les rangeant par la taille.

347. Le second examen portait sur la fleur, ou plutôt sur la corolle, dans l'une et dans l'autre section des herbes et des arbres. Ainsi les herbes sont avec ou sans corolle. Quand il y a une corolle (1), ou elle est simple, c'estrà-dire que chaque organe de la fructification est renfermé dans un calice qui lui est particulièrement destiné ; ou elle est composée (363), c'est-àdire qu'il y a plusieurs corolles dans un même calice.

348. Les herbes à fleurs simples, ou ont la corolle d'une seule pièce, et on les nomme monopétales; ou elles en ont plusieurs, et ces plantes sont dites polypétales (354). Les fleurs à corolle d'une seule pièce l'ont régulière ou irrégulière (3S1). C'est à la première de ces divisions qu'appartiennent, les deux classes qui suivent : les campaniformes et les infundibuliformes.

La classe des campaniformes ou en forme de cloche (PI. IV, fig. 16, 17), comprend toutes les fleurs évasées en forme de bassin, de clochette et de grelot, comme le liseron, le muguet def mai, la campanule. Les fruits viennent ensuite former des ordres : tantôt ce sont des baies qui succèdent aux fleurs; tantôt une ou plusieurs capsules.

350. Les infundibuliformes ou les fleurs monopétales en entonnoir (PI. IV, fig. 18), comprennent les plantes herbacées, à corolle en roue, comme la bourrache, la véronique; celles en coupe aplatie, comme la primevère; celles en entonnoir, comme la pervenche; et la considération du fruit établit dé nouveaux ordres. Tantôt le fruit est distinct du calice et forme une capsule; tantôt il y est adhérent. Souvent il y a quatre semences nues au fond du calice ; quelquefois une baie, etc.

(1) \\ faut se rappeler que la corolle est toujours nommée la fleur dans cet arrangement de Tourncfori.

351. Les berbes à corolle monopétale irréguUère sont aussi comprises dans deux classes , l"* suivant que les fleurs ont une sorte de ressemblance avec quelques parties de Tbomme ou des animaux, et que leurs fruits sont renfermés dans une capsule ; c'est alors la troisième classe sous le nom de pcrsonnées (352) ; ou ^ selon que leurs semences sont au nombre de quatre à nu et visibles au fond du calice; et c*est ce qu'il nommait les labiées (553).

352. La classe des personnées comprenait alors cinq sections. Dans la première, il rangeait improprement les aroïdes, dont le spatbe, en forme d'oreille ou de capucbou, lui paraissait une corolle; à la seconde section appartenaient les fleurs en languette, comme celles des aristoloches; à la troisième, les corolles à tube très- ouvert inférieurement, comme celles de la digitale, du catalpa; à la quatrième, les fleurs en museau ( PL IV, fig. 27 ), comme celles du muflier, de la pédiculaire; et à la cinquième, les fleurs terminées à la base par un anneau, comme ou l'observe dans les corolles de l'acanthe.

353. Les labiées présentaient quatre sections. Dans les trois premières, la lèvre supérieure de la corolle ressemble tantôt à une faucille ou à un casque, comme dans les sauges; tantôt à une cuiller, comme dans l'ortie blanche ( PI. V, fig. 25 ); tantôt elle est tout à fait droite , comme dans le romarin, l'hysope ; dans la quatrième section, la lèvre supérieure n'existe pas, comme dans la germandrée.

354. Les herbes à fleurs simples polypétales sont aussi ou régulières ou irrégulières (560). Il y a cinq classes parmi les régulières, savoir ; 1° les cruciformes (555), dont la corolle est composée de quatre pétales disposés en croix , et dont le fruit ne tient pas au calice ; 2** les rosacées (556), qui ont le plus souvent cinq pétales ou davantage, disposés en rose; 3» les ombelliféres (557), qui ont aussi des pétales en rose, mais dont les fleurs, disposées en parasol, produisent des fruits qui sont formés de deux semences réunies; 4« les caryophyllées (558), ou fleurs en œillet, dont les corolles sont composées de pétales à onglets allongés, cachés dans un calice d'une seule pièce; b** enûn les liliacées (559), qui ont un, trois ou six pétales sans calice, et dont le fruit est une capsule à trois loges.

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355. Les crudformeê ( PI. IV, fig. 28) étaient divisées par Tournefort en neuf sections, d'après la forme du fruit; mais il ne mettait pas une très-grande précision dans les caractères qu'il assignait à chacune d'elles. Ainsi les silicules (530) formaient trois divisions : les rondes, comme la caméline; les plates, divisées par une cloison dans le sens delà largeur, comme la lunaire , ou dans celui de la longueur, comme la bourse-à-pasteur ; les siliques (PI. V^ fig. 6 et7), articulées comme dans le radis ; simples à deux loges, comme sur le chou, et sans cloisons, comme dans la chélidoine. Il réunissait dans cette classe et dans des ordres particuliers les potamogétons , qui ont les semences réunies en tête, et la parisette qui a une baie.

356. Les rosacées {?\. V, fig. 30) offraient aussi neuf sections : dans la première étaient rangées les capsules isolées du calice, s'ouvrant en travers comme une boîte à savonnette, telles qu'on les observe dans le pourpier ; venaient ensuite les capsules à une seule loge, comme celle du pavot ; puis celles à deux loges, comme dans la saxifrage ; celles à plusieurs loges, comme dans les cistes, les millepertuis; celles à semences nichées dans les alvéoles, comme dans le câprier; celles à plusieurs capsules réunies, isolées du calice, comme dans la pivoine; celles à semences à nu sur le réceptacle, comme dans la fraise, les renoncules; celles qui ont des baies ou des fruits secs.

357. Les omheUifères ( PL IV, fig. 3 ), ou les fleurs en ombelle, présentaient aussi neuf sections d'après la forme des semences petites et striées, comme dans la carotte ; oblongues et épaisses, comme dans le fenouil, Tangélique; arrondies, comme dans la coriandre ; aplaties , comme dans l'impératoire, etc.; terminées par une pointe très-longue, comme dans le scandix, dit peigne-de-Vénus : dans la dernière section étaient rangées les fleurs ramassées en tête, comme dans le chardon roland ou panicaut, la sanicle, etc. (503).

358. Les caryophyllées (PI. IV, fig. 29 ) n'offraient que deux sections. Dans l'une, la capsule est tout à fait séparée du calice, comme dans l'œillet, le lin, etc. : dans le gazon d'Olympe ou

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statice, au contraire, le calice est, ou plutôt il paraît être (4) adhérent.

359. Les liliacées étaient partagées par Tournefbrt en cinq sections. Tantôt les six divisions de la fleur tiennent ensemble, et alors ou le fruit provient du pistil seul, comme dans la jacinthe, ou il tient au calice , comme dans les iris : tantôt les pétales , au nombre de six, sont tout à fait séparés, et ils offrent les deux mêmes sections, comme la tulipe, la perce-neige (454) : tantôt enfin il n'y a que trois pétales bien distincts à la fleur, ce qu'on observe dans les éphémérines.

360. Les plantes herbacées à fleurs simples polypétales irrégulières ne composent que deux classes : les légumineuses, dont le fruit est une gousse, et les anomales (362), dont les pétales ne sont pas réguliers comme dans l'autre classe.

361. Les légumineuses (PL IV, fig. 32) se divisent en cin([ sections ) d'après la forme de leur légume, qui tantôt est court sans division, comme dans la lentille, le sainfoin, tantôl allongé, comme dans le pois, la fève; tantôt articulé, comme dans le fer à cheval ou hippocrépide. Il y a encore deux autres sections; l'une renferme les plantes dont le légume parait à deux loges, comme dans les astragales; l'autre est absolument artificielle, et comprend toutes les légumineuses dont les feuilles sont disposées trois par trois ou ternées, comme le trèfle, la luzerne, etc.

362. La classe des anomales (PI. IV, fig. 31) est peu nombreuse, et renferme des plantes très-difi'érentes les unes des autres, distinguées en trois sections par leur fructification. Quelquefois c'est une seule capsule séparée du calice avec un seul pistil, comme dans la violette; chez d'autres plantes à fleurs anomales, ces capsules ou ces pistils sont en grand nombre, comme dans Tancolie, le pied-d'alouette; enfin le calice s'unit souvent à la capsule, comme dans les orchidées.

363. Les herbes à fleurs composées renferment plusieurs corolles dans un même calice, aussi les nomme-t-on des fleurettes. Il est rare que chacune d'elles ait son caUce particulier; leur semence est toujours libre, distincte, nue ou garnie d'une

(i) 66 que TournerorI prenait pour !e Calice est la corolle desséchée.

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