BOTANIQUE. — TOURNEFORT
sorte de parachute ou de couronne de poils plus où moins divisés, qu'on nomme aigrette. Elles constituent trois classes : les flosculeuses, c'est-à-dire dont les fleurettes qui sont semblables à un petit entonnoir, ont le bord à peu près régulier, et qu'on appelle des fleurons; les demi-flosculeuses (365), ou celles dont toutes les petites corolles sont terminées par une languette ; et les radiées (366) , dont la partie centrale de la fleur commune, ou ce* qu'on nomme le disque, est composée de fleurons, et le pourtour ou la circonférence garnie de fleurettes disposées en rayons.
364. Les fleurs flosculeuses (PI. IV, fig. 23) sont rangées dans cinq sections : on remarque parmi elles des fleurs composées de fleurons stériles et d'autres fleurs fertiles séparées, comme legenreXanthium ou Lampourde, et d'autres qui, ayant le fleuron fertile, ont les semences aigrettées, comme le chardon, ou non aigrettées, comme la santoline. Quelquefois chaque fleur a son calice particulier, comme l'échinope, dont la corolle est découpée également, tandis qu'elle l'est inégalement dans les autres fleurs agrégées, comme la scabieuse, le chardon à foulon , qui forment la cinquième section.
565. Les demi-flosculeuses (PI. IV, fig. 22) , ne renferment que deux sections, suivant que leurs graines sont surmontées d'une aigrette, comme dans le pissenlit, le salsifis; ou qu'elles sont nues, comme dans la chicorée.
366. Les fleurs en soleil ou radiées (PI. IV, fig. 24) sont réparties en cinq sections, d'après la forme de leurs semences. Elles sont ou aigrettées, par exemple, le tussilage ; ou garnies d'arêtes membraneuses, le soleil; ou absolument nues, la pâquerette ; ou elles semblent former une capsule par leur disposition en manière d'écaillés disposées comme celles du calice , le souci ; ou enfin le disque est entouré par les écailles du calice en forme de feuilles, les carlines.
567. Toutes les autres herbes n'ont pas de pétales, même quand elles ont des fleurs : sur les unes, à la vérité, on voit des étamines; mais il n'y a pas de pétales, ou les parties qui en tiennent lieu subsistent après la floraison : ce sont des apétales à étamines. Une autre classe de plantes apétales porte des fruits sans fleurs ; et dans une dernière sont rangées les
plantes dans lesquelles on ne connaît ni les fleurs ni les fruits.
368. C'est à la classe des apétales à étamines (Pi. IV, fig. 7 ) qu'appartiennent, sous le nom de céréales ou de graminées , le blé, Tavoine, etc., dont les fleurs sont hermaphrodites, et la masse d'eau, le maïs, la mercuriale, le chanvre, dont les fleurs mâles et femelles séparées, sont réunies dans quelques cas, et chez d'autres, placées sur deux pieds différents; telles sont encore l'oseille, la pariétaire, la bette, dont les fruits sont inhérents au calice.
369. Les arbres sont à peu près dans le même cas que les herbes : les uns n'ont point de pétales à leurs fleurs; mais parmi ceux-là il en est, comme le buis, le figuier, dont les fleurs mâles ne sont point séparées des femelles; et d'autres, au contraire, comme le coudrier, le bouleau, le saule, dont les fleurs mâles sont disposées isolément sur un pédoncule allongé qui supporte beaucoup de fleurs sans pétales : l'ensemble se nomme chaton {?L IV, fig. 2 ), et les arbres eux-mêmes sont appelés amentacéê ou à chatons. Les arbres qui ont des pétales, ou n'en ont qu'un seul , comme le lilas, le laurier rose, le sureau; ou ils en ont plusieurs qui sont tantôt réguliers, comme dans le poirier et la vigne; tantôt irréguliers, comme dans l'acacia, le baguenaudier, le genêt.
370. En résumé on obtiendrait le tableau synoptique qui va suivre :
BOTANIQUE. — TOUBNEFORT.
TOURNEPORT. classes.
/ 1. Carapaniror-
réguliéres | ^^ i„?„**dib„n.
monopé- ^ \ formes,
laies. V irrégaliè- [ 3. Personnées.
res. ( 4. Labiées.
«:».»i«« I ^5. CruciTormes
""P'««- < l 6. Rosacées.
>iifriiHikrP« l '• t)iiibellifères régulières. C ^ Caryophyl-
w^^\^,.A 1 f lées.
'**• I II. Anomales.
HFRBKA ; 1 ( *^- F'osculeuse*
à fleurs \ \ composées : plusieurs corolles) I3. Demi-lluscuiicur». i \ jj^jjg yjj calice j leuses.
\ 14. Radiées.
/ 15. A étamines.
'-P*'»'*» •• !?:iîS;"n*e"Ji.
V ni graines.
" (plusieurs pétales et ( irréguliè- 22. l'apiliona-
( res. cées.
571. On voit par ce tableau que les classes qui correspondent à la division des arbres et arbustes pourraient être rapportées naturellement aux précédentes; que la quinzième, par exemble, doit réclamer la dix-huitième et la dix-neuvième; que les arbres de la vingtième appartiennent aux deux premières; que ceux de la vingt-unième sont de la sixième ; et qu'enfin ceux de la ving1>deuxième sont de la dixième. Voilà pourquoi nous ne sommes pas entrés dans plus de détails sur ces dernières classes.
37â. Supposons maintenant qu'on veuille connaître le yteAd' alouette, et le rapporter à sa classe et à son genre d'après la marche indiquée par Tournefort. Il s'agit de savoir d'abord si cette fleur provient d'une herbe ou d'un arbre. Elle vient d'une herbe. Y a-tril des pétales ou non? Il y en a. Les fleurs sontelles simples, ou y en at-il plusieurs réunies dans un môme
calice? Elles sont simples. La corolle est-elle d'une seule pièce ou de plusieurs ? Il y en a plusieurs. Sont-elles régulières ou non? Elles ne le sont pas. Est-ce une papilionacée? Non. Donc c'est une anomale. Au bout de ces six questions je suis parvenu à connaître la classe , qui est la onzième. Je vois bientôt que la capsule est séparée du calice. Ce n'est donc pas une orchidée. Il y a plusieurs pistils. Elle appartient donc à la seconde sectiou de la classe. Il y a six genres de plantes dans cette section ; mais ceux de la fraxinelle et de l'aconit n'ont pas, à la fleur, d'éperons ou de partie saillante et pointue , tandis qu'il y en a cinq dans l'ancolie , et un seul dans les autres. Parmi les trois derniers genres, le mélianthe n'a que quatre pétales, les deux autres en ont au moins cinq; mais dans la capucine, l'enveloppe extérieure de la fleur est d'une seule pièce : elle est de plusieurs dans la dauphinelle. Donc la plante que j'examine est une dauphinelle.
373. J'étudie alors le genre dauphinelle. J'en reconnais tous les caractères. Je range la plante que j'ai observée parmi les espèces qui n'ont qu'une seule capsule, et j'apprends que c'est celle qu'on nomme fleur d'Ajax, parce qu'elle a la tige simple et non divisée, et qu'on remarque sur le plus grand de ses pétales des hgnes de couleur plus ou moins foncée, représentant à peu près les lettres A I A. J'apprends aussi que la fleur que j'ai sous les yeux est celle dans laquelle on a dit qu'Ajax fut transformé après s'être donné la mort (1). Je sais donc que le pied-d'alouette est la dauphinelle d'Ajax; qu'elle est commune dans les jardins, et qu'on lui donne encore le nom de béquette.
374. Après avoir ainsi donné une idée du système de Tournefort, qui est une sorte de méthode imparfaite, parce qu'à l'époque où cet auteur écrivait, on ne connaissait pas encore assez de plantes pour saisir leurs rapports, voir leur analogie, et former des coupes plus distinctes et plus nombreuses ; nous allons essayer de faire connaître le système botanique de Linné.