Déjà, en 1759, Bernard de Jussieu avait disposé les
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plantes du jardin botanique de Trianon suivant une méthode particulière, et d'après Tordre naturel; mais il n'avait rien publié de ses motifs et des vastes connaissances qui l'avaient guidé dans cette disposition. Heureusement que son élève et son neveu, Antoine-Laurent de Jussieu, après avoir rangé le jardin des Plantes de Paris suivant cette méthode, ût connaître» en 1789, les bases de cet arrangement dans un ouvrage latin, sous le titre de Gênera Plantarum.'eic. ( Les genres des plantes rangés suivant les ordres naturels.)
430. Cette méthode a été beaucoup perfectionnée par les tra- Taui des botanistes français. Nous ferons en sorte d'en suivre les progrès dans l'exposition que nous allons en faire. Il faut d'abord savoir que dans cette disposition toutes les plantes ont été rangées par groupes ou familles naturelles, d'après des caractères tirés des parties les plus importantes, telles que la forme de l'embryon , la disposition des étamines par rapport au pistil , ou la situation respective des organes sexuels ; enfin , les variétés qu'offre le périanthe, c'est-à-dire d'après des caractères tirés de parties diverses; de celte manière on trouve rapprochées naturellement toutes les plantes qui se ressemblent par un plus grand nombre de parties.
431. La forme et la structure de l'embryon (332) ont fourni les premières divisions; et l'observation prouve d'ailleurs que la semence, étant le végétal réduit à sa plus simple expression, offre des caractères très-uniformes dans les plantes les plus TOisines. D'après cette considération générale, il y a trois divisions principales : les plantes dont on ne connaît pas les coty-* lédons ou les graines, et par conséquent sur lesquelles on n'a pu observer les feuilles séminales pendant la germination ; celles<;i sont dites AGOTYLÉDONES ou NON-LOBÉES (434) : comme on connaît bien les semences des autres végétaux, on a pu observer la manière dont elles se développent; ainsi les unes n'offrent, lorsqu'elles germent, qu'une seule feuille séminale; on les nomme MONOGOTYLÉDONES ou UNILO- BÉES (44Î) ; et toutes les autres graines contiennent l'embryon mire deux lobes : on les appelle DIGOTYLÉDONES ou BILO- BÉES (461).
431. Il serait eertainement difficile de déterminer, à Taspect
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d'une plante en végétation, Bi elle s*est développée avec un, deux ou sans cotylédons ; mais Tobservation apprend bientôt à faire cette distinction ^ comme nous allons Texposer dans les articles qui vont suivre. D'abord, les acotylôdones ne portent jamais ni fleurs ni fruits perceptibles à Toeil nu. On connaît trè&-peu leur structure; on sait seulement qu'elles n'ont ni tiges, ni racines, ni vaisseaux, ni pores corticaux; c'est ce qui les a fait désigner sous le nom général de végétaux cellu- LAiRcs. Toutes les autres plantes en effet, qu'on a nommées, par opposition, VASGULÀiRES^ offrent dans leur structure interne des vaisseaux, c'est-à-dire des canaux destinés à transporter les humeurs ou leurs sucs nutritifs, et ces vaisseaux présentent, comme nous le verrons, un double mode de distribution; ainsi, parmi les unilobées, on observe toujours et constamment, d'après les belles découvertes de Desfontaines, la structure suivante : la tige, presque constamment cylindrique, et non conique dès la base inférieure, présente au dehors des anneaux ou lignes circulaires qui indiquent l'accroissement : lorsqu'elle est fendue suivant sa longueur, cette tige n'offre jamais ni moelle, ni prolongement médullaire, ni écorce bien distincte; coupée en travers, on y remarque le plus souvent un ou plusieurs canaux distincts, vides, flstuleux ou en tuyau. Il y a des pores corticaux et des vaisseaux; mais ceux-ci ne sont pas disposés par couches concentriques : les feuilles n'ont presque jamais de nervures branchues; et lorsqu'on en voit, elles sont disposées sur la longueur et parallèlement. Les fleurs sont presque toujours enveloppées par un périanthe unique, et leurs graines ou semences offrent presque constamment à l'intérieur les indices des racines qui sont déjà développées; cependant on a appris, par un examen plus attentif, que les plantes chez lesquelles on avait cru que les semences ne portaient qu'un seul lobe, en avaient quelquefois plusieurs, mais que dans ce cas ils n'étaient jamais opposés ni en couronne ou en verticille. Ce sont ces diverses considérations qui ont fait désigner, dans ces derniers temps, les plantes monocotylédones sous des noms qui indiquent les diverses particularités qui les distinguent, comme sous celui d'ExDOGÈNEs (261), nom qui signifiait que la croissance a lieu en dedans , ou que les fibres les
plus nouvelles se formaient au centre, tandis que la manière dont se. développent des petites racines qui existaient dans Tembryon, et qui ne font que se dérouler dans la germination, leur a valu le nom de plantes Exorhizes.
455. Ensuite les bilobées offrent dans leur intérieur la moelle, le corps ligneux et Técorce. Elles ont des vaisseaux autour du canal médullaire, et des prolongements rayonnes disposés de manière que, dans l'accroissement qui s'opère, les plus intérieurs s'oblitèrent, tandis qu'il s'en développa de nouveaux à la circonférence, et que la plante prend ainsi de la consistance de dedans en dehors; c'est ce qu'on a voulu exprimer en nommant les végétaux dicotylédones des Exogènes (262) : leurs feuilles ont des nervures ramifiées; elles sont le plus souvent pétiolées et articulées ; leurs semences n'ont pas seulement, comme leur nom l'indique, deux cotylédons; on en a observé jusqu'à cinq , ou un plus grand nombre ; mais ces lobes séminaux sont toujours opposés ou verticillés, et les racines de la plantule qu'ils contiennent sortent de la graine en perçant l'épiderme, ce qui leur a valu le nom d'ENDORHizES. A l'aide de ces divers caractères, il est donc facile de distingfuer cette première division de la méthode naturelle.
454. Les plantes ACOTYLÉDONES de Jussieu correspondent aux herbes sans corolle, sans élamines et sans fruit de Tournefort, aux cryptogames de Linné, aux agamiques de M. de Lamarck, aux végétaux cellulaires de Decandolle. Elles n'ont pas de caractères communs, par cela même que leur réunion est produite par un défaut de parties. Leur structure est cependant différente de celle de tous les végétaux qui ont des feuilles séminales, et dans lesquels on a observé des vaisseaux, tandis qu'ici on n'a reconnu que des cellules ou aréoles, ou une substance semblable dans toutes ses parties : elles sont partagées en deux grandes sections ou séries. Les acotylédones à feuilles, ou foliacées, c'est-à-dire qui ont des expansions semblables à des feuilles, et qui semblent avoir des sexes; telles sont les mousses (PI. YI, fig. 24 c) (441) et les hépatiques (440); chez les autres, on ne voit pas d'apparence de feuilles, et les organes sexuels ne sont pas bien connus. On les a nommées aphylleSy et on y rapporte les algues (ûg. 24 b) (458) , les lichem
(439), leshypoxylons (437), et les champignons (flg. 24 a) (435).
435. Les Champignons (a) n'oot jamais de feuilles ni aucun organe qui y ressemble. Leur substance paraît homogène, tantôt semblable à du bois, à du liège; tantôt molle, comme charnue, gélatineuse ou mucilagineuse. Ils varient beaucoup pour la forme. Il en est de simples qui ressemblent à des filaments, à des membranes dont les deux surfaces sont semblables ou différentes ; l'une lisse, et l'autre garnie de pores ou de lames. Les uns sont portés sur un pied, ou pivot cylindrique; les autres sont sessiles. Il en est qui sont garnis d'un chapeau, ou surmontés d'une partie élargie plus ou moins orbiculaire; d'autres qui sont hérissés de pointes ou d'écaillés. On ne connaît pas très-bien encore leurs organes de reproduction. Comme la plupart offrent, aune certaine époque, une sorte de poussière, tantôt à l'intérieur, tantôt à l'extérieur, et que cette poussière, composée de globules, reproduit au bout d'un certain temps des espèces semblables, on la regarde comme la semence; mais on ignore encore comment s'en fait le développement. On trouve des champignons sur les parties des plantes mortes ou vivantes , où ils vivent en parasites; plusieurs croissent dans la terre et à sa surface; quelques-uns même se développent dans l'eau (560, 561, 562).
436. On a divisé les champignons en deux grands ordres. Le premier, sous le nom de gymnocarpes, comprend toutes les espèces dont les globules reproducteurs sont placés à la surface. Le second renferme les angiocarpes, ou les espèces dont les capsules séminales sont renfermées à l'intérieur. C'est au premier ordre qu'on rapporte : 1* les champignons filamenteux, comme les bysses; 2° les plats à surfaces semblables, comme les pézizes, les trémelles, les auriculaires; 3*» les plats à faces différentes, comme les bolets, les mérules, les agarics, les morilles. Le second ordre comprend d'autres champignons, dont la plupart sont parasites, comme les puccinies, les urédos, improprement appelés rouille, charbon, carie, nielle, etc., les œcidium, les moisissures; d'autres croissent sur la terre, comme les lycoperdons, dits vesseloups, ou dans son intérieur, comme les truffes (562).