CHAPITRE IX
Usages principaux et singularités des plantes.
559. Nous allons suivre dans cet exposé Tordre naturel indiqué dans le chapitre qui précède, et nous nous attacherons à faire connaître les avantages que Thomme asutirer des diverses parties des végétaux, en même temps que nous exposerons les particularités qui ont été observées dans la manière dont les plantes remplissent leurs différentes fonctions. Comme laplupart des paragraphes correspondent aux familles dont le nom a été précédemment indiqué, nous engagerons le lecteur à recourir à la table qui termine ce volume, afin d'y retrouver, s*il le juge nécessaire, les caractères qui distinguent ces végétaux de tous les autres.
560. Si la famille des Champignons (455) fournit à Thomme plusieurs végétaux très-agréables à manger et fort recherchés par tous les peuples, elle en réunit aussi d'extrêmement dangereux, qui sont de véritables poisons. Les champignons comestibles sont, pour la plupart, au moins lorsqu'ils ont subi l'action du feu, d'une odeur agréable, et leur chair, ou leur tissu, devient tendre et facile à être divisée sous les dents. On compte au nombre de ces champignons comestibles, parmi les bolets^ les ceps ou cèpes mangeables; plusieurs agarics ou amanites , tels que celui des couches que l'on cultive, l'oronge , l'odorant ou le mousseron ; la plupart des mérules, comme les chanterelles; les clavaires , dites encore griffes ou menottes; les morilles esculentes; enfin les truffes noires et blanches. Les champignons qu'on regarde comme vénéneux doivent , à ce qu'il paraît , leur principe acre à un suc particulier qui se dissout facilement dans l'eau bouillante, et qui surtout paraît être détruit par le vinaigre. La plupart des espèces d'agarics qui ont un suc laiteux empoisonnent; les accidents qu'ils déterminent sont des vomissements, des douleurs d'estomac, une soif dévorante et des évacuations douloureuses qui sont suivies de ho-
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quets, de tremblements et de la mort. Les principaux remèdes indiqués contre cette sorte d'empoisonnement sont d'abord Témétique, lorsqu'il n'y a pas très-longtemps que les champignons ont été ingérés; ensuite les acides végétaux, comme le vinaigre^ le jus de citron.
561. V amadou ordinaire noir et jaune, qu'on allume avec Tétincelle que le briquet d'acier fournit lorsqu'on le frappe sur le caillou , provient de la partie spongieuse d'une sorte de bolet qui croît sur les chênes et sur les noyers. On le coupe par tranches , après l'avoir fait infuser dans une eau chargée de nitrate , ou de potasse ou de plomb, quand on veut l'avoir jaune; mais pour l'amadou noir, on se sert d'une dissolution aqueuse de poudre à canon ; on le fait sécher, puis on le bat de manière à l'assouplir, et c'est sous cette forme qu'on le livi-e au commerce. Vagaric des chirurgiens est la môme substance spongieuse qu'on emploie contre les hémorrhagies, parce que cette matière d'un tissu très-fm laisse exsuder la partie la plus fluide du sang, tandis que le caillot arrêté à l'extrémité libre du vaisseau ouvert y forme une sorte de bouchon. On ne s'en sert pour cet usage que depuis 1750. Vagaric des médecins est aussi une espèce de polypore qui se développe sur le tronc des arbres, du mélèze en particulier; il est employé à l'intérieur; c'est un purgatif amer et tonique.
562. Dans l'économie générale de la nature , les champignons, les moisissures et toutes les espèces de rouilles, de nielles, paraissent appelés à détruire rapidement les restes des corps organisés, et surtout des végétaux, afin de rendre plus tôt à la masse commune des éléments ceux de leurs principes qui avaient été pour quelque temps soumis à des forces parlicuhères ou aux lois dépendantes de l'organisation. Beaucoup de ces productions sont de véritables parasites : tels sont les érysiphes, que les jardiniers nomment le blanc; les puccinies, qu'ils appellent rouille à cause de leur couleur, comme celle qui attaque les feuilles des rosiers; les urédos, qu'on nomme nielle, carie , charbon, comme ceux qui altèrent lessemencesde l'avoine et des autres graminées; il n'est pas jusqu'au bulbes et aux oignons, comme ceux du safran , qui ne soient attaqués par une sorte de trulTe qui les fait périr, et qu'on nomme à causé de cela la mort
du safran, V ergot, qui altère les grains du seigle et de quelques autres graminées, paraît être aussi une sorte de champignon parasite qui se développe aux dépens des parties amylacées et glutineuscs de ces semences qu'on nomme alors ergotées, et qui produisent des accidents graves lorsqu'on les emploie à Tintérieur, parce que souvent elle se trouvent mêlées à la farine dont le pain est composé. On a vu des champignons se développer en quelques jours sur les linges, servant d'appareils, avec lesquels on avait pansé les fractures des malades dans nos hôpitaux , et partout où la décomposition des plantes a lieu. Une sorte de clavaire naît uniquement sur les corps inanimés de quelques larves d'insectes, surtout sur celles des cigales, des guêpes et des scarabées. On a cru à tort que ces productions végétales se transformaient en insectes ; c'est ce qui a donné lieu à ce préjugé qui fait recueillir ces productions que l'on voit dans les cabinets des amateurs, sous les noms de mouches vegélanies ou de mouches-plantes,
S65. Parmi les Algues (438), les varecs ou plantes marines fournissent, lorsqu'on les brûle , une grande quantité de^oude impure , qu'on nomme de varecs ou de goémons ; elle sert quel quefois aux savonniers pour faire les savons mous, avec les huiles grasses communes; elle est employée aussi par les blanchisseurs, et surtout par les verriers, car elle entre dans la composition des verres ordinaires dont on fait les grosses bouteilles. On a observé qu'après avoir bien lavé quelques fucus dans l'eau tiède non salée, ces plantes, en se desséchant, laissaient cristalliser à leur surface une matière sucrée assez abondante. Plusieurs espèces &\Uves ofiFrent aux malheureux habitants du rivage des mers du Nord une nourriture assez saine , lorsqu'elles ont été soumises à l'action du feu. On emploie souvent comme engrais les fucus que la mer rejette, après les avoir laissés pourrir en masse. On a proposé de se servir de portions de varecs comme d'un très-bon moyen hygrométrique, à cause de la grande affinité que leur tissu a pour l'eau. La mousse de Corse ^ qu'on emploie en décoction pour faire périr les vers intestinaux, est composée de plusieurs espèces de varecs, de céramions et de conferves qu'on recueille dans la mer, principalement sur les rochers de l'île de Corse. On croit que cette
propriété anthelminthique peut tenir à la présence de Tiode, substance simple qu*on a trouvée en plus grande quantité dans la soude de varecs que dans celle du kali.
564. Vorseille, avec laquelle on teint la soie en violet, provient des Lichens appelés parelleê et roccelles , qui croissent en France , principalement dans les départements méridionaux. On les prépare avec l'urine corrompue , dans laquelle il se développe beaucoup d'ammoniaque. Beaucoup d'autres lichens contiennent aussi des principes colorants; cependant ou les emploie peu en teinture. On mange, en Islande et au Canada, des espèces de ce môme genre, qui se réduisent par la cuisson en une sorte de gelée très-nourrissante, en raison de la grande quantité de fécule qu'elles contiennent. On l'emploie aussi en médecine, ainsi que d'autres espèces, telles que la. pulmonaire du chêne , comme donnant du ton et servant d'aliment. Quelques espèces sont tellement amères, qu'on les emploie, au lieu de houblon, dans la confection de la bière. Les rennes de la Laponie se nourrissent principalement d'une espèce de lichen qui porte leur nom.
565. En général, la famille des Mousses (441) offre peu de végétaux utiles. Cependant on se sert indifféremment de presque toutes les espèces à tiges un peu allongées, pour les introduire dans les intervalles que laissent entre elles les planches des bateaux, et comme ces matières occupent peu de place lorsqu'elles sont sèches, comme elles se renflent beaucoup par l'humidité qu'elles absorbent et conservent, elles deviennent ainsi une excellente matière pour calfeutrer les fentes des maisons, et pour calfater les bateaux qui ne doivent servir qu'une seule fois comme moyen de transport. On se sert encore des mousses pour emballer les objets fragiles, pour envelopper les plantes vivantes qu'on fait voyager, et autour desquelles elles conservent l'humidité. Considérées quant à leur utihtô plus générale, les mousses protègent de l'intempérie des climats, abritent du froid violent, et préservent du contact de la glace les plantes qu'elles recouvrent, ainsi que le tronc et les racines des arbres qu'elles revêtent. Les sphagnes^ qui se développent dans les marais submergés, y produisent la tourbe flottante, laquelle , augmentant chaque année d'épaisseur , prend plus
USAGES ET SINGILARITES DES PUNTES. 271
de consistance, et forme un espace solide où commencent d'abord à se développer quelques plantes herbacées, puis des ar^ brisseaux, et enfin des arbres dont les racines, atteignant le fond de l'eau , consolident et affermissent ce nouveau terrain,
566. La médecine a trouvé plusieurs substances utiles dans quelques espèces de Fougères (444), entre autres la poudre de lycopodcy pour en saupoudrer les excoriations de la peau, surtout chez les enfants; elle paraît devoir cette propriété à la ténuité extrême de ses molécules qui sont comme enduites de cire à leur surface ; ce qui non-seulement les empêche de se mouiller, mais encore protège contre l'humidité tous les corps sur lesquels elle s'applique; ce qui fait qu'on peut, sans se mouiller les doigts, saisir une bague au fond d'un verre d'eau, si l'on a projeté une certaine quantité de celte poudre à sa surface. Les pharmaciens s'en servent pour y rouler les pilules; c'est une poussière jaune, très-fine et très-combustible, qu'on croit destinée à la fécondation des graines, et qu'on recueille encore pour produire une flamme très-vive et très-brillante dans les feux d'artifice et sur les théâtres, où elle ne répand aucune mauvaise odeur. On l'appelle quelquefois soufre végé^ tah Dans le commerce , elle est souvent mêlée, et, comme on le dit, sophistiquée ou altérée avec le pollen des fleurs màle$ des massètes et des arbres verls, comme celui des pins et des sapins. L'infusion de polypode a été employée contre le ver solitaire. Le capillaire du Canada ou d'Amérique, qui est une espèce û'adianthe, est, dit-on, sudorifique; il a surtout une odeur agréable et une sorte de mucilage. Enfin les doreurs» les menuisiers, les tourneurs, se servent avec le plus grand avantage de la tige rude d'une espèce de prêle , vulgairement nommée queue de cheval, pour donner un très-beau poli à leurs ouvrages. Tout porte à croire que la silice, qui se trouve presque à nu à la surface de ces tiges, leur donne cette propriété; car, lorsque la plante est jeune et qu'elle sort à peine de terre, elle est tendre, et on mange en Toscane les sommités de quelques espèces, et surtout de celles des bords des fleuves, après les avoir fait cuire comme les asperges (1).
(1) Nous avons été appelé par lie basard à (airoi sur les racines des prèles,
272 LSAGËS ET SINGULARITES DES PLANTES.
567. C'est dans la famille des GiuMiNtES (446) qu'on trouve les plantes les plus utiles. Il suffit de nommer le blé, le seigle^ Yorge , V avoine , le riz , le millet ou panic , le sorgho, le mats ou blé de Turquie . dont nous avons exposé l'histoire avec détail (403-411). Ces graines, dites céréales, contiennent beaucoup de fécule; elles servent à la nourriture de l'homme et de tous les animaux qu'on élève en état de domesticité. La farine du froment est un mélange d'amidon (294) avec un principe particulier nommé gluten et un extrait sucré. Le gluten humide est une matière élastique qui renferme beaucoup d'azote dans sa composition, qui rend la pâte ductile et qui la fait fermenter. C'est avec la farine du blé qu'on fait le pain; pour l'obtenir on unit cette farine dans la proportion de trois parties en poids sur deux d'eau tiède, et avec un peu de levain ou de levure de bière; on pétrit le tout; on l'expose à une douce température; il s'élève dans la masse une véritable fermentation que l'on arrête en plaçant cette pâte en petites masses dans un four chaufiTé de manière à la faire cuire en perdant une portion d'eau. C'est avec cette môme farine délayée dans de l'eau comme une bouillie très^laire que Ton fait dans un moule très-plat les pains azymes ou les hosties et les pains à cacheter diversement colorés. Beaucoup d'espèces communes dans nos pâturages produisent les feuilles destinées aux fourrages, telles que celles de mélique, de fesluque, d'tt?rate, de flouve, de paturin, qui font la principale nourriture des chevaux, des vaches, des brebis, des chèvres. Les racines ou plutôt les jets traçants ou les Rhizomes d'une espèce de froment, qu'on nomme rampant, fournissent à la médecine le chiendent, qui contient une matière mucosonsucrée. Le nom par lequel on désigne cette espèce parait dû à ce que les chiens, pour provoquer le vomissement , en déchirent et avalent quelques feuilles qui agissent sur leur estomac d'une manière mécani-
une observation qui mérite d'être confirmée. On exploitait, prés de Biévre, de l'argile destinée à la conrection des briques : la terre éiait coUpée verticalement, à de grandes prorondeurs; des liges de prèles, de plus de trente pieds de prorondeur, s'élevaient à la surface, et dans leur longueur elles olTraient de dislance en distance des verticilles de tubercules Tarineux, au nombre de six ou de huit, dans un état de desséche.-nenl produit par leur exposition à rair libre. Ces tubercules sont- Us constanu?
que. Les vétivers que vendent les parfumeurs sont des racines d'une plante de cette famille qui appartient au genre Jndropo^ gon ; comme elles portent une odeur fort agréable , elles la communiquent au linge, ainsi que les tronçons des Rhizomes de riris, dit de Florence, employés souvent dans le même but. Le stype tenace, le lygée sparte, avec lequel on fait des nattes dites de sparterie, des cordages; le roseau des sables, qui affermit par ses racines les sables mouvants de nos dunes; enfin la canne à sucre, le bambou à tabaxir, le sorgho et beaucoup d'autres sont de cette famille.
568. L'espèce de canne ou canamelle qui donne le sucre paraît originaire de la Chine et des Indes; elle fut transportée en Amérique , et d'abord à Saint-Domingue en 1506 : elle ne donne plus de graines; on ne la perpétue qu'en provignant les rejetons. C'est dans la tige qu'on va chercher la matière sucrée; elle n'y existe en grande quantité que lorsque la plante jaunit et qu'elle a perdu beaucoup de ses feuilles. On écrase la tige, et la liqueur qui en sort est nommée vesou. On expose cette liqueur sur le feu; on y mêle certaines substances alcalines qui lui enlèvent des matières muqueuses d'une odeur fade : elle prend alors, après l'évaporation de l'eau de végétation , une légère consistance, et se nomme moscouade brune ou sucre terré; en l'affinant davantage, par des mélanges avec des sucs albumineux et du charbon animal, par des cuissons et des lavages, on lui enlève la matière colorante ; on fait passer ce sucre à l'état de cassonade blanche, et enfin de sucre en pains qui ont conservé la forme des vases coniques dans lesquels on les rafiiné en Europe. La partie du sucre qu'on ne peut pas faire cristalliser se nomme mélasse. Le tafia et le rhum sont des sortes d'eauxde-vie préparées avec le vesou ou avec la mélasse, qu'on laisse fermenter et qu'on distille ensuite.
569. Le bambou est le genre de graminées dont les espèces atteignent à de plus grandes hauteurs ; on en a vu de plus de treize mètres d'élévation ; il croit naturellement aux Indes. Lorsqu'il est jeune, ses pousses contiennent une substance médullaire fort tendre et très-agréable au goût, que les habitants du pays préparent à leur manière, et dont ils sont très-avides. Les jeunes pousses de bambou, les bourgeons du palmiste et plu-
sieurs antres fruits verts ou légumes confits dans le vinaigre par les créoles des îles de Bourbon et Maurice , sont ce qu'ils nomment Vatchars. Il découle naurellement des articulations du bambou une liqueur sucrée , qu'on croit être le sucre d'Arabie dont parle Pline. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui le tabaxir. Les tiges, lorsqu'elles ont acquis toute leur consistance, servent à faire des meubles et à construire des bateaux et des édifices. On en fait aussi de petits ustensiles de ménage, comme des paniers, des nattes, des corbeilles. Les jets bien filés servent de cannes en Europe. Le sorgho ou millet de l'Inde donne des grains qui servent à la nourriture de l'homme et des animaux; ses tiges fournissent un sucre ou une sorte de sirop, et ses panicules séchées forment de très-bons balais.
570. Les tiges des Gtpéràcées et des Typhàcées (447, 4tô] , qui végètent dans l'eau des marais et des étangs, sont Ordinairement très-résistantes. On les emploie pour couvrir les maisons et pour faire des nattes, des paillassons et des fonds de chaise. Le papier des anciens, ou \e papyrus, était fabriqué avec l'écorce du souchet-papyrier, dont on collait les extrémités en les appliquant bout à bout. Ces écorces venaient d'Egypte, et elles étaient préparées à Rome avec beaucoup de soin. Une autre espèce de souchet, nommée esculent ou comestible, et qu'on cultive principalement en Espagne, aux environs de Valence, offre dans les tubercules de sa racine une émulsion amylacée, avec laquelle on fait une sorte d'orgeat. Les poils allongés et soyeux qui enveloppent les semences de la linaigrette ont servi à faire des duvets ou des ouates, et on les a aussi employés, mélangés avec le coton, dans le tissu de certaines étoffes, auxquelles ils donnent beaucoup de lustre, mais aux dépens de leur solidité. On en fait encore des coussins : on recueille aussi dans le même but les aigrettes des semences des masseltes ou masses d*eau, tandis que la poussière jaune et abondante des fleurs mâles est souvent employée pour les mômes usages que la poudre de lycopode.
571. On retire une très-bonne farine de la racine de plusieurs espèces de gouets ou pieds-de-veau, de la famille des Aroï- DKS (449), quoique le suc de ces plantes soit extrêmement caustique, acre et brûlant. C'est une sorte de fécule qu'on obtient
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par le lavage à grande eau ou par la trituration, après avoir desséché la racine. Elle est vendue dans nos pharmacies sous le nom anglais qu'elle conserve d' arr oto-root ;'on croit cependant que la farine qui vient de la Jamaïque sous le nom d'/ndian arroxio-root provient de la racine du marania^ espèce de plante de la famille des drymyrrhizées (579). Aux Antilles , on mange cuites les feuilles d'une espèce d'arum, qu'on nomme, à cause de cela, le chou de Caraïbes. La caXle des marais offre aussi dans ses racines une nourriture fort saine aux Lapons et aux habitants du golfe de Bothnie. Les fleurs de ces plantes, et en particulier celles du gouet d'Italie, présentent un phéno*mène curieux à l'époque de la fécondation : leur température s'élève à plusieurs degrés au-dessus de la chaleur de l'atmosphère. Quelques-unes répandent une odeur très-suave, comme la calle d'Ethiopie; tandis que d'autres, comme les gouets serpentaire et gobe-mouche , corrompent l'atmosphère par les émanations infectes et comme cadavéreuses qu'elles y répandent, et par lesquelles les mouches de la viande et les autres insectes qui vivent dans les matières corrompues sont attirés de loin, et viennent y déposer leurs œufs, ainsi que nous l'avons vu plusieurs fois. Une espèce de ce genre a été nommée gobe-mouche ou muscivore, parce que les mouches, attirées par l'odeur cadavéreuse que leur spathe exhale, arrivent dans l'intérieur de cette sorte de cornet en forçant la résistance des poils convergents qui le garnissent; mais lorsqu'elles veulent en sortir elles se trouvent prises comme dans une sorte de nasse on de souricière , ces poils ne cédant pas à leur écartement de dedans en dehors.
572. Les Palmiers (451) sont des arbres ou des arbrisseaux extrêmement utiles, dont les tiges, la sève, les fruits qui va-« rient beaucoup pour la forme servent à la nourriture et à la conservation de la santé de l'homme. Ils sont presque tous ori* ginaires des pays chauds, principalement de l'Afrique et de l'Amérique : les bâtons que nous nommons ordinairement cannes de roseau ou joncs à cannes sont les tiges souples et tenaces d'une sorte de rotang des Indes, qui acquièrent souvent près de deux cents mètres de longueur. On fait avec les morceaux de ces tiges et avec les feuilles de certaines espèces
des cordages, des nattes, des sièges, des corbeilles. Leurs fruits contiennent quelquefois une pulpe acide et agréable, recouverte par des écailles entuilées. Une autre espèce de ce genre offre dans ses fruits une sorte de résine d*un rouge noirâtre, qui exsude de sa surface, et qui porte dans le commerce le nom de sang -de-dragon , quoique sous ce nom on désigne des substances qui proviennent d'arbres tout à fait différents les uns des autres. Le sagou , substance farineuse qui nous vient des lies méridionales de TAsie, principalement des Molu* ques, est retiré dans ce pays de la moelle de plusieurs genres d'arbres de cette famille. Les dattiers qui croissent naturellement en Syrie, mais qu'on cultive aussi jusqu'en Espagne, donnent des fruits très-nourrissants aj^pelés dattes ^ dont la pulpe sucrée et mucilagineuse convient dans les affections catarrhales. Ce sont les feuilles étiolées de ces arbres qu'on vend ordinairement sous le nom de palmes. Le chou-palmiste est le bourgeon des feuilles d'une espèce du genre aréque, qui croît naturellement en Amérique. Le coco, dont on mange l'amande, et dont on boit le lait ou l'espèce d'émulsion qui se trouve au milieu de l'amande, lorsqu'elle n'est point encore très-mûre, croît naturellement aux Indes. On en retire de l'huile. La sève qui découle de l'extrémité tronquée des stypes est une liqueur vineuse qui, par la distillation, donne une sorte d'eau-de-vie connue sous le nom d'arracka ou de rack. L'huile de palmes, qui vient de la Martinique, est extraite de l'enveloppe du drupe d'une espèce û'élaïs^ qui paraît originaire d'Afrique. Quelques genres de palmiers du Pérou et du Brésil , comme le céroxylon , fournissent une sorte de cire végétale qui suinte à travers l'écorce de leur tronc et de leurs branches. Le lontar des Seychelles, dans la mer des Indes, porte ces cocos ou ces fruits singuliers qu'on recueille sur le rivage des îles Maldives, où le flux de la mer les apporte. On a cru longtemps, et à tort, qu'ils étaient produits par des plantes sousmarines.
573. Nous avons quelques plantes remarquables fournies par la famille des Asparaginébs (45â). Ainsi l'une des espèces de résine dont on se sert en médecine sous le nom de sang-de-dragon est, dit-on, le suc desséché d'un végétal qui croît dans
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les Indes orientales, et qu'on nomme dracéne en botanique. Tout le monde connaît les asperges , dont on mange en Europe les jeunes pousses au printemps, comme en Amérique celles du chou-palmiste. On sait quelle odeur singulière et désagréable ces tiges communiquent rapidement au résidu liquide de nos boissons, lorsqu'elles ont été soumises à l'acte de la digestion. Les chats recherctent beaucoup ce végétal, quoiqu'en général ils aient de la répugnance à manger toute autre plante. Les racines de la salsepareille et de la squine qui nous viennent d'Amérique, et dont on fait un si grand usage en médecine comme sudorifiques très-puissants, appartiennent à des espèces de smilax qu'on cultive principalement à la Jamaïque. Les racines du ruscus ou fragon de notre pays sont employées en médecine comme celles de ces deux dernières plantes pour exciter l'action excrétoire par les voies naturelles de la peau ou des reins. Celles de Yignamey ou dioscorée ailée ^ sont des tubercules charnus qui contiennent une si grande quantité de fécule un peu sucrée, qu'elles font la principale nourriture des habitants des îles de la mer du Sud et des colonies occidentales. La plante singulière que l'on cultive dans nos serres, et que l'on nomme pied d'éléphant, est une espèce du genre tamnus, dont le tronc rabougri , ramassé en une masse considérable, divisé par compartiments anguleux, semble être formé de morceaux de liège. Du centre de ce tubercule énorme s'élèvent des rameaux grimpants qui périssent chaque année.
574. Beaucoup de plantes de la famille des Joncées (453) offrent dans leurs tiges une substance flexible, et qui se pourrit difficilement; c'est pour cela qu'on les emploie pour faire des liens dans le jardinage, des couvertures de toits, des paillassons, des nattes. Les oignons du colchique d'automne, qui portent une odeur fort désagréable lorsqu'on les écrase, deviennent cependant un remède fort énergique dans les hydropisies , lorsqu'on fait prendre aux malades l'infusion de cette racine dans le vinaigre, ou lorsqu'on les écrase et qu'on les applique en cataplasmes mêlés avec de la mie de pain. Les racines des hellébores blancs ou varaires sont employées en poudre pour faire vomir; quand on fait prendre cette poudre en guise de tabac, elle produit de violents éternuments. La cévadille
f7t U8A0ES ET SmCttÀllITti DES PLANTES.
est le fruit ou la semence d'une espèce du genre Tératre : c'est un médicament trè&^ctif employé surtout pour détruire la vermine et même les vers intestinaux. La nature nous offre ici un mode de prévoyance bien curieux k connaître : on sait que les fleurs du colchique d'automne, celles du safran^ etc., sortent de la terre, et souvent d'assez grande profondeur, dans un état de mollesse extrême, et l'on a peine à concevoir comment des parties aussi tendres auraient pu perforer un terrain souvent fort résistant; mais si l'on recherche le moyen qui a permis cette libre issue, on voit, eu emportant la motte à travers laquelle ces longues fleurs se sont élancées, qu'elles y ont trouvé une sorte de canal préparé d'avance par un faisceau de feuilles dont les pétioles engainants ne sont pas entièrement pourris et qui ont laissé une sorte de pertuis ou de canal libre, qu'elles ont pu aisément parcourir.
875. Parmi lesLiLiACÉss (454), les oignons de scille sont employés en médecine, comme ceux du colchique, pour faire eouler les urines, et même pour purger. Ceux du lis, qui ren-^ ferment beaucoup de matière mucilagineuse, sont appliqués avec grand succès en cataplasme sur les inflammations ex-^ ternes afin de détendre la peau et de la conserver humide , comme dans le panaris. Les plus belles fleurs qui ornent nOS parterres appartiennent à cette famille : c'est là qu'il faut ranger la couronne impériale ou fritillaire^ le lis^ Yamarylliêj le narciêse, là jacinthe, la tubéreuse, etc. Parmi les plantes utiles, nous y trouverons les oignons, les aulx^ les échalottes^ le poireau , et surtout V ananas ou bromélia, dont on mange le fruit formé par la réunion d'un grand nombre de baies ressemblant au cône du sapin, mais couronné de feuilles; ce beau fruit, dont l'odeur agréable se rapproche de celle des pommes et des fraises, conserve longtemps et communique son parfum aromatique aux matières sucrées auxquelles on l'unit. Sa saveur acidulé le rend précieux sous les climats brûlants où il croit naturellement. C'est dans un genre voisin qu'on range encore Valoés, qui fournit les gommes-résines amères, très^mployées comme médicaments. Cette dernière plante et quelques espèces d'agaves d'Amérique présentent en outre dans leurs feuilles des fils ou fibres très-solidea, avec lesquels on fait des
étoffes, des cordages, des hamacs. Celui qu'on appelle fil de pUte est fourni par une plante de ce genre et par une espèca d'yucca. Une autre, très-voisine, donne des filaments plus déliés et plus solides encore : c'est le phormion de la Nouvelle^ Zélande.
576. Lee iris ou flambes, les iœies et les glaïeuU (435) se font principalement remarquer par la beauté de leurs fleurs, qui sont en général moins odorantes que celles des deux pré* cédentes familles. Leurs racines portent une odeur fort suave» comme on le remarque dans l'iris de Florence, qui rappelle l'arôme de la violette. Plusieurs sont légèrement purgatives. Le safran du commerce est le stigmate d'une fleur très-voisine de celle des iris. Cette matière est employée principalement comme assaisonnement, surtout aux Indes, à cause de l'arôme particulier qu'elle communique aux mets, surtout au riz avec lequel on la fait cuire, et à certaines liqueurs qu'on nomme scubae. Eu France, on ne s'en sert guère qu*en médecine et dans la teinture, à laquelle elle fournit un jaune brillant mais peu so^ lide. Elle fait l'objet d'un commerce considérable, surtout dans te déparlement du Loiret (ci-devant la province du Gàtinais).
B77. Ce sont les racines bulbeuses, palmées et charnues, de certaines ORCsmiES (^57), qui forment le salep, ou salap. Cette substance mucilagineuse très-nourrissante nous vient de la Perse et de la Turquie ; on en fait avec le bouiUon de viande des gelées adoucissantes et fort agréables. Les épidendres, ainsi nommés parce qu'ils se développent et vivent en parasites sur les arbres, ont pour la plupart la faculté singulière de fleuïir, lorsqu'à l'époque de leur pleine végétation on les suspend dans les appartements sans les arroser; ce qui les a fait encore appeler fleurs du vent. L'aromate qu'on nomme vanille est la capsule ou le follicule qui renferme une pulpe et les graines de l'une de ces plantes parasites, qui croit naturellement sur les palmiers, mais qu'on cultive aussi dans l'Amérique méridionale, principalement au Mexique et dans les Antilles. On lui fait subir quelques préparations. On s'en sert principalement pour parfumer le chocolat, les crèmes au lait et les autres ma* tières sucrées. Il est remarquable que cette même odeur de vanille se développe par la décomposition de l'avoine, comme
on peut l'observer dans les lieux où les animaux qui s'en nourrissent ont résidé longtemps, et comme l'ont reconnu les cuisiniers qui font griller ou torréfier cette semence pour s'en servir ensuite, afin de communiquer l'odeur de vanille aux mets avec lesquels ils la font bouillir.
578. Parmi les Scitaminées (459), se trouvent les bananiers, originaires des Indes orientales, et qui sont maintenant cultivés dans tous les pays voisins de la zone torride ; ils offrent aux peuples de ces contrées une nourriture saine et abondante dans leurs fruits, qu'on appelle des bananes, un fil solide dans leur tige, une sorte de papier naturel et une toiture légère dans leurs larges feuilles, enfin une boisson agréable dans leur sève fermentée. Ce sont ces plantes qu'on nomme encore figuiers d'Adam, La strélitzie, remarquable par la singularité et la beauté de ses fleurs, semblablesau bec d'une cigogne, à pétales extérieurs d'un jaune aurore qui en recouvrent d'autres d'un beau bleu d'outremer, donne une sorte de sucre semblable à celui du bambou. Une autre plante de la même famille présente encore une particularité bien notable : c'est la ravenala, dont les semences sont enveloppées d'une sorte de pulpe d'une belle couleur bleue analogue à celle que donnerait de la cire colorée par le prussiate de fer. Quand on développe cette pulpe dans l'eau tiède, on voit que c'est un arille sous forme de membrane frangée analogue au macis, mais d'un beau bleu de ciel.
579. Les Drtmyrrhizébs (458) offrent, comme leur nom l'indique, des plantes dont les racines sont très-aromatiques. Ce sont des rhizomes très-abondants en matière amylacée, la plupart sont excitants et employés dans les assaisonnements de la cuisine en certains pays. Aussi est-ce dans cette famille que viennent naturellement se ranger le cardamome , le galanga et le gingembre , assaisonnements qu'on substitue très-souvent au poivre, et qui sont les racines de diverses espèces, lesquelles croissent naturellement dans les Indes. Le curcuma ou terre mérite, et le zédoaire, substances qu'on emploie en teinture pour colorer les huiles et les graisses dans les pommades et en médecine, sont encore des racines de plantes analogues et des mêmes contrées. La couleur jaune fournie par le curcuma,
qu'on a regardé longtemps comme une terre, présente cette particularité, qu'elle est rapidement altérée en rouge par les alcalis dont elle indique la présence dans les dissolutions (158), ce qui la fait employer comme réactif par les chimistes. Presque toutes ces racines donnent, par la distillation, de Thuile volatile, exemple presque unique dans les végétaux. Celles du maranta de l'Inde fournissent une fécule que Ton vend à la Jamaïque sous le nom d'arrow-root, avec laquelle on fait de très-bons potages.
^0. Quoique la famille des Hydrocharidëes (460) soit peu naturelle, et que les plantes qu'elle renferme n'aient entre elles d'autres rapports que celui de se développer dans l'eau, à la surface de laquelle elles viennent souvent étaler leurs feuilles ou leurs fleurs, nous croyons devoir indiquer ici la singularité remarquable que nous offre le genre vallisnérie. Cette plante est dioïque ; elle porte des fleurs femelles solitaires à l'extrémité de longues hampes contournées en spirale , qui restent toujours sous l'eau avant l'époque de la fécondation; alors sailement la spirale se détord et s'allonge jusqu'à ce que la fleur soit arrivée à la surface. Les mâles, qui sont portés par une autre plante, et qui sont réunis en un épi chargé d'un grand nombre de fleurs, ont une hampe très-courte, qui les force de rester au fond de l'eau. A l'époque de la fécondation , les petites fleurs se détachent de la tige , elles montent à la surface de l'eau où elles trouvent les femelles épanouies; arrivées auprès d'elles, ces fleurs s'ouvrent avec élasticité, et opèrent ainsi le grand œuvre de la génération. Alors les hampes des femelles se tordent de nouveau, se raccourcissent, et ramènent au fond de l'eau les ovaires fécondés qui deviennent des capsules dans l'intérieur desquelles s'achève la maturité des graines (i).
(t) L'auteur du poëme des Planiet a décrit ce singulier phénomène d'une manière si exacte el si intéressante, que nous ne pouvons résister au plaisir de citer ce passage :
Le Rhône impétueux , sous son onde écumante , Durant dix mois entiers nous dérobe une plante Dont la lige s'allonge en la saison d'amour. Monte au-dessus des flots et brille aux yeux du jour. Les mâles, jusqu'alors dans le fond immobiles, De leurs liens trop courts brisent les nœuds débiles,
581. On emploie beaucoup en médecine les racines des aristoloches (464). La êerpeniaire de Virginie est une espèce de ce genre. On s'en sert dans le pays, dit-on, contre la morsure des serpents; mais comme cette substance est amère, aromatique et trèsodorante, sa décoction est principalement usitée comme sudorifique. L'aristoloche ronde et Tespèce dite clématite sont de légers Yomitifs. Les feuilles et les racines fraîches de Yasaret ou cabaret font aussi vomir; réduites en poudre, ces feuilles séchées sont employées comme sternutatoires quand on veut exciter de violents éternuments, et avant la découverte des propriétés du tartrate de potasse antimonié , ou de l'émétique , on les employait beaucoup pour produire les mêmes effets. Desséchées et réduites en poudre , la racine et les feuilles de cabaret sont un violent sternulatoire. Le suc épaissi des fruits ou des baies de Yhypociste ou du cytinet , plante parasite sin* gulière , est un peu acide et astringent; on s'en sert contre la diarrhée. On a rapproché de cette famille le genre népenthès^ dont les feuilles bizarres, roulées sur elles-mêmes, forment un tuyau solide clos à son orifice par un opercule mobile comme une charnière. C'est une sorte de vase dans la cavité duquel s'amasse et se conserve un liquide presque sans odeur ni saveur qu'on dit propre à étancher la soif des voyageurs altérés.
58S. La famille des Éléagnées (466) nous offre plusieurs plantes remarquables : 1"^ le grignon de Cayenne, dont l'écorce remplace celle du chêne par son infusion qui est propre à tan* ner les cuirs; 2* Vargousier des dunes, dont les baies sont trèsastringentes; y les badamien des Moluques, dont les Indiens mangent les amandes, et dont on exprime une huile qui ne rancit pas. D'autres espèces du même genre donnent, l'une du benjoin, et une autre fournit, à ce qu'on croit, la matière ré-* sineuse de la laque chinoise ou du beau vernis de la Chine.
Voguent vers leur amante, et, libres dans leurs feux, Lui forment sur le fleuve un cortège nombreux. On dirait une fêle où le dieu d'Hyménée Promène sur les flots sa pompe fortunée. Mais les temps de Vénus une fois accomplis, La tige se relire en rapprochant ses plis , Bt Ta mûrir sous l'eau sa semence féconde.