‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 13 sur 71 · CHAPITRE II ARCHITECTURE RURALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II ARCHITECTURE RURALE

SOMMAIRE. — Caractère et nécessités de cette architecture. — La Ferme, emplacement, programme général. — Exemples historiques;

Écuries, parcs. — Étables et dépendances. — Bergeries. — Porcheries. — Chenils.

Granges. — Chais et celliers. — Laiteries. — Glacières.

Sous ce titre : Architecture rurale, je ne prétends pas réunir tout ce que l'architecte peut concevoir hors des villes. Ainsi, je ne reviendrai pas sur l'habitation, non plus que sur l'école, la mairie, etc. Tout cela, pour être dans un village ou même en pleins champs, dans la plaine ou sur la montagne, n'en est pas moins ce que nous avons déjà vu. Il y a des nuances, certes; mais ce qu'on en peut dire en général, c'est que la simplicité s'impose ici plus grande encore, tandis que, d'autre part, l'espace est moins ménagé. Puis, le rural a moins d'exigences de confortable que le citadin; il lui sera plus indifférent de circuler en plein air pour aller dans les diverses parties de sa maison; enfin, l'abondance d'espace n'astreint pas aux nombreuses superpositions d'étages qui caractérisent les constructions urbaines. Tout cela ne peut que s'indiquer, le bon sens et la force des choses vous imposeront leurs lois sans qu'il soit besoin de les codifier.

Je me bornerai donc à ce qui n'a pas d'analogue dans les villes, aux bâtiments ruraux par destination.

Ces bâtiments sont nécessairement simples, ils sont utilitaires avant tout ; même lorsqu'ils sont très importants, les considérations en quelque sorte mathématiques de surface, de hauteur, sont impérieuses. Les constructions rurales ont satisfait à leur programme lorsqu'elles sont suffisantes et nécessaires. Tout cela d'ailleurs a fait depuis un demi-siécle de très sensibles progrés; tandis que autrefois on édifiait un peu au hasard des bâtiments un peu à toutes fins, on est arrivé à comprendre que des constructions bien aménagées pour leur objet spécial, hygiéniques et durables, constituent une économie judicieuse, et l'expérience a fixé les régies à observer dans chaque cas, pour chaque espèce d'animaux, presque pour chaque race dans chaque espèce.

Ici encore, je ne pourrai entrer dans tous les détails, et ceux d'entre vous qui auront à étudier un jour des constructions de cette nature devront consulter les ouvrages spéciaux, qui sont d'ailleurs nombreux, et en particulier les plus récents. Je me bornerai donc à quelques indications générales.

A vrai dire, la construction rurale proprement dite n'existe que là où la propriété est assez vaste pour permettre une exploitation importante. La petite propriété morcelée ne comporte pas ces bâtiments spéciaux : la maison du cultivateur, souvent bien insuffisante, se complète par une petite étable, un grenier, une cabane à porc, une basse-cour, un hangar. Tout cela s'accole à la maison, parfois la pénètre; c'est ainsi que le chalet suisse se divise en deux parties, l'une pour les animaux, l'autre pour les cultivateurs. Ce n'est pas toujours très hygiénique, mais bêtes et gens vivent presque en famille, ce voisinage

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réciproque défend du froid, et surtout le paysan, très économe par goût, mais aussi par nécessité, n'a pas le moyen de faire autrement. Mais en subissant cette agglomération lorsqu'elle est inévitable, rien n'empêche du moins d'en atténuer les inconvénients par le soin et l'intelligence dans la construction, et par l'observation des régies d'expérience qui ont profondément modifié et modernisé la conception de l'architecture rurale.

Quant aux propriétés importantes, que le mode d'exploitation soit la culture directe par le propriétaire, le fermage ou le métayage, cela n'importe pas quant aux bâtiments. Et pour désigner l'ensemble des constructions élevées sur un domaine, je suivrai l'usage en me servant du mot la Ferme.

Sauf des cas exceptionnels ou des nécessités particulières, on cherche en effet à grouper les bâtiments d'exploitation dans un espace assez concentré pour que la direction et la surveillance puissent en être faciles. Cet ensemble constitue la Ferme. Son emplacement n'est pas indifférent. Tout d'abord, il importe que la ferme soit autant que possible au centre du domaine, afin d'éviter les trop longs parcours. Mais il faut aussi qu'elle soit facilement accessible d'un chemin public, d'une grande route si faire se peut, en vue des transports aux villes voisines, aux marchés, aux chemins de fer ou aux canaux. Il faut en outre que des chemins d'exploitation permettent, sur le domaine même, les transports des récoltes, engrais, etc. De la ferme aux champs, des champs à la ferme, le va-et-vient est fréquent et doit être possible par tous les temps. L'emplacement doit être aéré, mais cependant il faut éviter les sites en élévation accentuée, à cause de la facilité des transports. Il faut encore plus éviter les fonds qui pourraient être marécageux ou simplement humides; enfin la question d'adduction et d'évacuation des eaux, question souvent fort difficile à la campagne, se pose ici impérieusement. Toute

ferme sera malsaine si l'eau n'y arrive pas pure et abondante, et si les eaux usées se déversent dans des mares stagnantes comme on en voit trop au voisinage immédiat de fermes importantes.

La logique et la tradition ont partout conduit à une composition presque invariable de la ferme : les bâtiments d'exploitation entourant une grande cour centrale des cours de service sont rejetées au besoin au delà des bâtiments. Autant que possible cependant tout doit se passer sous l'œil du maître : un animal sera toujours mieux soigné dans la grande cour centrale que dans une cour reculée. Cet ensemble est d'ailleurs clos, les entrées et sorties des personnes, des animaux, des transports, devant toujours être surveillées, contrôlées, autorisées ou interdites. Ces règles sont celles qui régissent aussi les usines; c'est que l'ensemble d'une exploitation agricole est une usine aussi, et on ne le concevra bien que si on le considère ainsi. Mais autour de cette cour, la disposition des divers bâtiments n'est pas arbitraire; pour les uns, tels que les étables, bergeries, etc., des conditions d'orientation sont exigibles, sans d'ailleurs être

Fig. 1566. — Exemple de ferme importante.

A, bâtiment d'habitation. — B, annexes de services. — C, buanderie, fournil, etc. — D, bâtiments des grands animaux. — E, bergerie. — FF', porcheries. — G, bâtiments des récoltes.

architecture: rurale

constantes, car la configuration du pays en a fait varier les conséquences; pour d'autres, tels que les porcheries, il faut choisir des emplacements qui ne permettent pas aux vents régnants de rabattre sur la ferme des odeurs inévitables; enfin la question des eaux pourra réagir sur cette disposition générale elle-même. Je crois utile de vous montrer entre autres un exemple de ferme pour une exploitation importante (fig. 1566), d'après l'ouvrage spécial de Bouchard sur l'Architecture rurale.

Nous savons peu ce qu'étaient les constructions rurales dans l'antiquité, on ne peut que les conjecturer d'après les descriptions des auteurs. Aux temps homériques, on voit que la maison, ou le Palais, comme dit une rhétorique trop respectueuse, se confondait avec la ferme : la porcherie gouvernée par Eumée n'était pas loin de l'appartement d'Ulysse ou de la chambre de Pénélope. Chez les vieux romains, la Villa était chose proprement rurale, et la propriété d'agrément ci la campagne a été un raffinement des époques luxueuses. Il est probable que ces antiques villas étaient disposées à peu près comme nos fermes. C'est encore la disposition qu'on trouve au Moyenâge. Ici, nous avons des exemples, et des exemples qui nous montrent bien que l'art ne récuse pas les programmes les plus simples. Ainsi, la ferme de la Pipardicre, dans le Calvados (fig. 1567,

Fig. 1567. — Ferme de la Pipardière, à Livarot. Plan.

Fig. 1568. — Ferme de la Pipardière, à Livarot. Élévation principale.

1568 et 1569), vous fait voir, avec l'emploi de moyens rustiques et avec la disposition traditionnelle, une architecture rurale, bien comprise, certainement pratique et artistique aussi. De même la ferme de la Valouine, dans la Seine - Inférieure ... (fig. 1570, I571 et -*'l£:^ 1S72), présente avec |lfe d autres moyens de construction desqua-

Fig. 1569. — Ferme de la Pipardière, à Livarot. Élévation latérale. lltés analogues. CeS

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Fig. 1571. — Ferme de la Valouine, à Sahu-Valéry-sous-Bures (Seine-Inf*"). Bâtiment d'habitation.

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ttg- !570. — Ferme de la Valouine, à Saint-Valérysous-Bures (Seine-Inf"). Plan.

i, bâtiment des écuries. — 2, bâtiment des étables. — ;, bâti- Fig. 1572. — Ferme de la Valouine, à Saint-Valeryment des récoltes. — 4, bâtiment d'habitation. sous-Bures (Scine-lnf"). Porte d'entrée principale.

exemples suffisent à montrer que pendant le Moyen-âge et au début de la Renaissance l'architecture ne se désintéressait pas de ces programmes. Il n'est pas d'ailleurs de parcours où l'on ne rencontre çà et là quelque ferme pittoresque, d'un caractère rustique et cependant témoignant du goût et du souci de la proportion, même de la silhouette; depuis la ferme de Normandie jusqu'au mas de Provence, avec des caractères très différents, nombreux sont les exemples qui réjouissent l'artiste au passage : mais il faut bannir ici toute prétention mièvre, tout horsd'œuvre, tout enfantillage : le petit Trianon est un joli joujou, amusant dans son cadre et dans sa mise en scène aristocratique : ce n'est pas de l'architecture rurale.

Voyons maintenant les éléments divers de cet ensemble. Vous trouverez d'abord l'habitation du fermier, placée en général près de l'entrée et pouvant voir à la fois tout ce qui se fait dans la ferme, et aussi ce qui se fait dans le domaine. En tant qu'habitation, je n'ai rien à en dire de particulier, et je ne puis que me reporter à ce que j'ai dit plus haut de l'habitation en général. Il est bon de noter cependant que cette habitation n'est pas simplement un pavillon abritant une famille. Il y faut un bureau où se traitent les affaires ; d'autre part, une partie du personnel est en général logé dans ce même bâtiment, et tous y prennent leurs repas ; il faut donc une sorte de réfectoire, et la cuisine est commune à l'habitation privée et à cette espèce de table d'hôte qui réunit parfois, outre le personnel permanent, un personnel temporaire assez nombreux pour que dans quelques circonstances il faille faire plusieurs repas successifs.

Je ne reviendrai pas sur le détail des écuries ; ce que j'en ai dit plus haut trouve ici encore son application. Dans la ferme, c'est surtout le cheval de travail qu'il faut considérer; une écurie

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très simple, très rustique, saine d'ailleurs, voilà tout ce qu'il lui faut. Mais il y a aussi les établissements ruraux destinés à l'élevage, et dont le type le plus complet est le haras ou le dépôt d'étalons, qu'il soit privé ou appartenant à l'État ou à un département. Ces éta- ^

blissements sont souvent très importants et on cherche à y réaliser tous les progrés les plus récents; il faut ajouter que les animaux qu'ils abritent ont souvent une très grande valeur : il n'est pas rare qu'on

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vous y signale un cheval de trente mille francs. Le mieux que je puisse faire est de vous montrer le plan d'un de ces grands dépôts d'étalons, celui de Compiégne (fig. 1573). Ce grand et bel ensemble a été à l'origine les Écuries du roi. Il a été facile de le convertir en haras. La légende du plan en indique suffisamment les grandes divisions, quelques observations la compléteront. Au centre est une vaste cour; ce n'est pas seulement une

Fig. 1573. — Dépôt d'étalons de Compiégne.

I, cour d'honneur, jardin et piste de trot. — 2, manège en plein air. de fumier. — 4, écurie des 28 chevaux. — ;, boxes. — 6, manège couvert. — 7, infirmerie avec boxes isolées. — 8, maréchalerie. — 9, salle de monte. — 10, pavillon d'habitation, administration.

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cour d'honneur, c'est là qu'on fait prendre aux chevaux l'exercice dont ils ont besoin, et c'est aussi en vue de cet exercice qu'il y a un manège, non comme école d'équitation, mais pour que les chevaux puissent prendre du mouvement, même par les mauvais temps. Dans le plan, vous voyez des écuries simples et doubles, et aussi des boxes. Si l'on n'avait à tenir compte ni de l'espace ni de l'argent, on ne ferait que des écuries en boxes; en tous cas, les écuries par stalles sont ici traitées avec tout le confortable possible, et tenues d'ailleurs avec une propreté rigoureuse. L'infirmerie, le service vétérinaire doivent être à quelque distance des écuries, et à Compiégne on peut trouver cette distance plutôt insuffisante : beaucoup de maladies des chevaux sont contagieuses. Enfin, il faut aussi que la salle ou le hangar de monte soit séparé des écuries et pourvu d'une entrée spéciale ; il est très important que pour s'y rendre les juments ne passent pas à proximité de chevaux facilement excitables. Tout cet ensemble se complète par des magasins à fourrages, des logements, des locaux administratifs, une maréchalerie, des réservoirs, abreuvoirs, service des fumiers, etc.

Nous venons de voir un ensemble plutôt exceptionnel ; rentrons dans la construction courante avec les bâtiments destinés aux animaux de la ferme. Mais je ne vous parlerai pas de tout : l'architecture rurale comporte de trop nombreuses variétés de programmes, et chacun — l'étable par exemple — sera différent suivant la race des animaux, le climat, l'alimentation, les idées personnelles ; et la liste seule des sujets qui peuvent être à traiter sera fort longue; il y a d'abord bien entendu les bœufs, vaches et veaux, les moutons, les porcs ; mais il y a encore les volailles, poules, canards, dindons, oies, pigeons, faisans; les lapins ; les chiens ; les abeilles ; dans le midi, les vers à soie —

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j'en oublie certainement. Aussi ce sujet a-t-il donné lieu à des volumes compacts : s'il vous arrive d'être aux prises avec ces programmes, vous vous renseignerez par les livres et par la vue des exemples, je ne puis quant à moi que vous donner des aperçus généraux.

L'étable à bœufs ou la vacherie ressemblent assez à des écuries avec les mêmes nécessités quant à la propreté, à l'hygiène, à l'écoulement des urines, etc.

Il faut cependant noter certaines différences : le plus souvent les animaux ne sont pas séparés par des stalles ou des bat-flancs, ils sont simplement espacés aussi régulièrement que possible devant un râtelier continu. Il y a pourtant des étables avec stalles, voire même des boxes, mais c'est là du luxe rare.

Une autre différence, c'est que presque toujours, du moins lorsque c'est possible, la mangeoire n'est pas dans la partie destinée aux animaux, et le service se fait par un corridor de circulation vers lequel les animaux se présentent par la tête. Ainsi, le bœuf ou la vache mangent à travers une cloison, souvent à claire-voie, en sortant la tête par une ouverture ménagée à cet effet. On évite ainsi la perte du fourrage qui s'il tombe n'est pas piétiné par l'animal, et chaque animal ayant son ouverture propre pour manger, cela suffit à déterminer les places sans qu'il soit nécessaire de les staller, sauf

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Fig. 1574. — Exemples d'étables.

pour les races qui ont les cornes longues et pointantes de côté. Et c'est ainsi que tandis que quand vous visitez une écurie vous voyez généralement les chevaux par leurs croupes, lorsque vous visitez une étable vous passez en revue les bonnes figures des vaches étonnées de vous voir (fig. 1574).

On recommande pour les étables, lorsque cela est possible,

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Fig. 1577. — Ventilation des étables. Élévation.

0 / 2 J 4- S" Fig. 1576. — Ventilation des étables. Coupe.

l'exposition au levant. Pour les plafonds, les parois, les mêmes soins sont nécessaires que pour les écuries. Il faut que les étables soient ventilées, et on a soin en général de disposer, outre les châssis ouvrants, des tuyaux de ventilation qui sortent des toitures (fig. 1575, 1576 et 1577).

Le sol doit être ferme, sans exiger cependant autant de solidité que celui des écuries qui doit résister aux fers des chevaux; en tous cas, il importe qu'il soit imperméable et que les écoulements soient faciles. Lorsque les animaux sont répartis en stalles, les dimensions en varient suivant les races, de 1 métré à 1 m 40 de largeur; Gasparin, dont l'autorité est très grande en la matière, réclame 1 m 50. Les séparations doivent avoir

Fig. 1575. — Ventilation des étables. Plan.

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1 m 60 de hauteur à la tête, 1 m 10 suffit à la croupe. Pour une vache et un veau, il est préférable de disposer d'une boxe dont

Fig. 1578. — Grande étable avec greniers fourrage.

les côtés auront de 3 mètres à 3 m 50. Il y a quelques exemples d'étables voûtées.

Dans les exploitations importantes, on trouve des dispositions assez variées d'étables. Tantôt les animaux sont disposés dans le sens de la longueur du bâtiment, tantôt dans des compartiments transversaux; on a même fait des

Fig. 1 >8o. — Grande étable.

Fig. 1579. — Grande étable avec greniers à fourrage. Coupe.

étables rayonnantes sur plan circulaire : comme toujours, ce parti séduisant à première vue présente plus d'inconvénients que d'avantages. Je vous montrerai comme types résumant assez

bien les recherches faites à ce sujet deux ensembles importants, empruntés à l'ouvrage déjà cité de Bouchard (fig. 1578, 1579 et 1580); dans le premier de ces exemples, Pétable est surmontée

de greniers à fourrages.

Pour des animaux de valeur exceptionnelle, il se fait parfois des étables entièrement constituées en boxes (fig. 1581). Cette disposition est rare et répond plutôt à un désir de montrer avantageusement les animaux qu'à une nécessité pour euxmêmes.

Les étables ont leurs dépendances, ce sont avant tout les greniers à fourrages et les paillers. Les greniers sont souvent au-dessus des étables, et cette disposition a l'avantage de maintenir la température plus égale; elle a d'autre part l'inconvénient d'exposer les animaux au danger de l'incendie, toujours à craindre dans des dépôts de fourrages. Aussi on préfère souvent, et lorsque l'espace le permet, enfermer les fourrages dans des bâtiments spéciaux. Je n'ai pas grand'chose à vous en dire : dans un cas comme dans l'autre, il faut la capacité suffisante, l'aération possible, et des précautions contre l'invasion des rongeurs.

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Fig. 1 581 . — Ëtable en boxes.

ARCHITECTURE RURALE

Mais les bœufs et les vaches ne consomment pas seulement du fourrage vert ou sec. On leur donne aussi des racines, notamment des betteraves, et des tourteaux, agglomérations de divers ingrédients réunis en une sorte de biscuit grossier. Pour ces denrées, il faut des dépôts spéciaux et même une espèce de cuisine de préparation.

Il est bon qu'une chambre de bouvier soit aussi rapprochée que possible des étables.

Fig. 1582.

Bergerie avec mangeoires en pierre.

Avec les écuries et les étables, nous avons vu ce qui concerne les grands animaux de la ferme.

Passons aux animaux de moindre taille : nous trouverons d'abord les moutons et leurs bergeries.

En réalité, la bergerie n'est qu'un abri clos et couvert où les moutons sont réunis sans être ni séparés par des stalles ni même attachés. Leurs mœurs pacifiques leur méritent cette liberté relative ; la nourriture est approvisionnée tout le long de mangeoires, et comme il n'y a ici à craindre ni coups de pieds, ni coups de cornes, le service se fait par l'intérieur de la bergerie, les mangeoires sont tout simplement adossées aux murs ou à des espèces de palissades intérieures peu élevées. Les mangeoires sont en bois ou en pierre; celles en pierres (fig. 1582) sont préférables; elles sont surmontées d'un râtelier.

La bergerie est donc un abri, pour lequel on compte environ un mètre carré par animal; il va sans dire d'ailleurs qu'on en met souvent beaucoup plus. Comme l'étable, elle est ou non recouverte d'un grenier; dans tous les cas, elle doit être ventilée.

Les fig. 1583 et 1584 vous feront voir une bergerie où des mangeoires sont disposées au centre et contre les murs.

J'appellerai enfin votre attention sur la grande bergerie de Grignon (fig. 1585), qui remonte environ à un siècle, mais qui est encore considérée comme un type.

Dans une exploitation importante, il vaut mieux avoir plusieurs bergeries pour éviter les multitudes trop exagérées. D'ailleurs, vous savez que la race ovine est facilement exposée à des maladies meurtrières et presque toutes contagieuses. Il est donc

Fig. 1583. — Bergerie avec mangeoires contre les murs.

Fig. 1584. — Bergerie avec mangeoires contre les murs et au centre.

utile que le fermier dispose d'un abri spécial, et écarté, pour y reléguer les animaux malades ou suspects.

Les porcheries sont moins simples. Le porc est malpropre, d'aucuns prétendent que la faute en est à l'homme, et dans cette opinion il y a quelque chose de fondé. On admet trop facilement que la saleté est l'état inévitable du porc, et on ne fait rien, ou peu de chose, pour la combattre, lorsqu'il faudrait au contraire s'appliquer à la restreindre. D'autre part, cet animal est peu sociable, assez volontiers batailleur. On évite donc les agglomérations dans un même local, et on dispose les animaux par loges individuelles, pour deux au plus. Chaque loge, construite de préférence en maçonnerie, voûtée s'il se peut, a environ 2 m X 3 m. Une porte solide lui donne accès; cette porte est

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ordinairement constituée en deux parties (fig. 1586), celle du

Fig. 1585. — Grande bergerie de Grignon. Plan et coupe.

haut pouvant rester ouverte comme un volet, pendant que la partie basse est fermée. La loge est défendue contre la voracité de l'animal par une disposition spéciale : vers le bas du mur de face, une ouverture lui permet de sortir la tête mais non le corps, et la mangeoire ou le récipient mobile se place à l'extérieur.

Dans une bonne installation, chaque loge se

Fig. 1586. — Porte

complète par une petite cour, sorte de préau cel- d'une ioge à porcs.

lulaire, séparée des voisines par de petits murs ou par des grilles à barreaux assez serrés. Et comme le porc a besoin d'eau, non seulement pour boire, mais pour se baigner, il est bon qu'il trouve dans ce préau un bassin, ou mieux un ruisseau d'eau courante. Les porcheries peuvent être groupées; il est bon que des loges plus grandes soient réservées pour les truies portières. Les figures 1587, 1588 et 1589 rendront compte d'une installation complète de grande porcherie.

L'évacuation des eaux, des urines, des déjections et souillures de toute espèce est ici plus encore qu'ailleurs une question de première importance. On a parfois recours à une combinaison judicieuse, qui n'a que le tort d'augmenter sensiblement la dépense : le sol de la porcherie est constitué par un plancher à claire-voie, pour lequel d'ailleurs il vaut mieux ne pas employer le bois, et s'étend au-dessus d'une cavité maçonnée (fig. 1590), véritable égout qui reçoit les immondices et permet leur évacuation soit par enlèvement, soit par chasses d'eau lorsqu'on le peut.

Après ces divers animaux, n'oublions pas leur gardien, le chien : chien de ferme ou chien de meute, cela ne diffère pas comme nécessités, on apporte à son logis plus ou moins de luxe, voilà tout. Le plus souvent, le chien est logé dans la niche en bois que vous connaissez, parfois dans un tonneau défoncé. Cela ne vaut rien. L'ennemi des chiens, c'est avant tout l'insecte parasite, qui s'éternise en dépit de tous les nettoyages. Le feu seul en a raison. Il faut donc que dans la case même du chien on puisse brûler sa litière, et que la construction s'accommode de cette pratique. Des murs en briques, une voûte en briques conviennent pour cela. Il est bon d'ailleurs que les chiens aient à leur disposition un espace découvert, soit individuel, soit en commun — question de programme; de l'eau courante, s'il se

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peut. La nourriture si elle leur est donnée isolément ne demande que des récipients mobiles; s'ils doivent la prendre en commun, par exemple une meute, elle sera répandue dans une longue auge en plein air; les convives de cette table canine s'y préci-

Fig. 1 $89. — Installation de grandes porcheries. Coupe transversale.

Fig. 1588. — Installation de grandes porcheries. Élévation.

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Fig. 1587. — Installation de grandes porcheries. Plan. ,!, loges à porcs. — 2,2, cours. — 3,3, abreuvoirs. — 4,4, loges pour truies portières.

pitent et attendent sous le fouet du piqueur le signal du repas, qui est vite expédié, non sans grognements et parfois batailles : la lutte pour la vie ! Comme les porcheries, les chenils doivent être éloignés des habitations : l'odeur en est souvent prononcée, et les abois font souvent un bruit insupportable.

1590. — Porcherie avec égouts d'évacuation.

Des poulaillers, des pondoirs, je n'aurais à vous dire que des

détails qui sont mieux à leur place dans des ouvrages spéciaux. Dans la composition d'un ensemble, il faut leur chercher un emplacement abrité, pas trop exposé à la chaleur, et surtout pas exposé au froid. L'humidité est également à éviter.

L'installation des pigeonniers ou colombiers est plus spéciale. Souvent, ce n'est qu'une partie plus élevée d'un ensemble de bâtiments; lorsqu'on le peut, un pigeonnier isolé est préférable. En ce cas, c'est toujours une tour cylindrique, couverte d'une toiture; les cases à pigeons sont adossées sur un grand nombre de rangs à la paroi circulaire, qui doit être en maçonnerie sérieuse. Les pigeons ont des entrées de divers côtés, et parfois à plusieurs niveaux; ces entrées assurent l'aération. Si le pigeonnier est au-dessus d'un rez-de-chaussée, il peut y avoir des entrées pour les oiseaux au ras du sol même du pigeonnier; mais cela doit être évité si ce pigeonnier repose directement sur le sol, afin de parer autant que possible à l'invasion des ennemis. Devant chaque ouverture est une tablette extérieure, légèrement en pente, où le pigeon revenant au pigeonnier se pose toujours un moment avant d'entrer. Naturellement, il faut que l'homme

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puisse entrer aussi; pour cela, il y a une porte de service, et s'il y a lieu un escalier. Mais de plus, pour le nettoyage, les soins, et l'enlèvement des oiseaux, il faut approcher des cases; pour cela, autour d'un pivot central, on dispose une échelle qui se déplace circulairement.

Autrefois, lorsque le droit d'avoir un pigeonnier était un pri-

0 ! 2 J f s"- Fig. 1 591. — Colombier du manoir Ango, à Varengeville (Seine-Inférieure).

vilége féodal, l'affirmation de ce droit donnait lieu à des constructions presque fastueuses; il est bon d'ailleurs que le pigeon voie de loin son pigeonnier. Un des plus remarquables exemples de ces constructions spéciales est le colombier du Manoir Ango, à Varengeville (Seine-Inférieure), non loin de Dieppe (fig. 159 1). Rien n'est plus intéressant que ce manoir du corsaire qui faisait

personnellement une guerre heureuse à Charles-Quint. Ce pigeonnier est construit en maçonnerie de galets et de briques, et dans son absolue simplicité de formes tire de l'emploi des matériaux une valeur architecturale comme nous en avons déjà rencontré avec la ferme de la Pipardiére.

Voyons maintenant les bâtiments destinés aux récoltes. Il va sans dire qu'ils seront très variés, suivant les cultures ; en général, ils seront fort simples : ce sont en somme des magasins dont chacun a son programme particulier quant à l'agencement, mais qui au point de vue de la composition demanderont surtout de la salubrité, de l'éclairage, pas d'humidité. Je ne puis entrer dans le détail de ce qu'exigent les magasins de grains, de légumes, de fruits, de laine, de produits ouvrés : pour tout cela, il faut bien que l'architecte consulte les ouvrages spéciaux, les exemples réputés les meilleurs et l'expérience acquise. Toutefois, il y a de ces bâtiments qui appellent des dispositions spéciales dans l'ensemble même. Telles sont d'abord les granges.

La grange n'existe pas partout. Dans le midi, où l'on compte davantage sur la fixité du temps, le blé se bat en plein air après la moisson, la paille se met en meules, le grain se dépose dans des silos ou dans des magasins. Il suffit d'une aire de battage, dont le sol est ordinairement constitué par de la simple terre comprimée, parfois additionnée de quelques ingrédients de liaison, notamment des résidus des huileries. Dans le nord au contraire, sitôt les blés coupés, on les rentre en grange, puis on les bat, parfois après un certain temps, et on sépare les grains de la paille.

La grange est donc un grand abri clos et couvert, sorte d'atelier rural, qui doit contenir une grande quantité de mar-

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chandise volumineuse. On calcule qu'il faut environ un mètre cube par ioo kilogr. de gerbes, ou 3.200 mètres cubes par hectolitre de grain espéré.

Pour la facilité des travaux, et pour éviter la déperdition degrains qui résulte de chaque maniement des gerbes, il faut que les grands chariots des cultivateurs puissent entrer dans les granges. Mais ils ne peuvent y tourner, cela perdrait trop de place. Par conséquent, il faut qu'entrant par une porte, ils puissent sortir par une autre porte qui s'ouvre vis-à-vis de la première. Il en résulte qu'une grange doit toujours être isolée au moins par deux faces parallèles. Le passage au milieu, en entrant par les longs côtés, est celui qui perd le moins de place; il permet aussi de décharger les voitures à droite et à gauche. Les portes doivent être fort grandes, 3 m 50 à 4 mètres de large sur 4 mètres à 4™ 50 de haut.

On ne bat plus guère au fléau, du moins dans les grandes exploitations. La grange est donc en général accompagnée d'un local pour la force motrice, que ce soit une locomobile, un moteur à pétrole ou à alcool, un manège à chevaux ; prés de là est, sous la grange, l'emplacement de la batteuse. Cependant on dispose quelquefois un bâtiment spécial pour le battage, et la grange n'est plus alors qu'un dépôt. Mais il est plus économique que le battage ait lieu au milieu de la grange, les transports intérieurs étant ainsi réduits au minimum. Il y a souvent dans la grange un plancher surélevé qui reçoit les gerbes ; le dessous reste alors libre et peut servir à la mise en sacs des grains, qui suivant les cas y resteront ou seront successivement transportés en magasin. Une coupe (fig. 1592) pourra vous servir d'exemple de ces constructions, qui doivent être très solides. Je vous ai d'ailleurs montré, par l'exemple de la grange de l'abbaye de Maubuisson (V. plus haut, vol. III, fig. 1377 à 1379, p. 659-660),

en vous parlant de l'architecture des couvents, que la grange a su elle aussi motiver d'intéressantes expressions artistiques.

Pour les liquides, les bâtiments souvent très importants sont disposés diversement suivant les coutumes locales de la vendange. On ne fait pas le vin en Bourgogne comme dans le

Fig. 1592. — Coupe d'une grange.

Bordelais ou comme en Champagne. Mais, qu'on l'ait foulé dans des cuves ou dans des pressoirs, le vin séjourne d'abord quelques jours dans des cuves où par la fermentation il se débarrasse de toutes les impuretés et des matières solides, râpes, peaux, pépins. Les bâtiments affectés aux cuves sont les cuviers, vastes locaux bien clos, qui doivent rester frais et pour cela avoir peu d'ouvertures, au nord si c'est possible. Cette condition est encore plus exigible pour les locaux qui, sous le nom de chais

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ou de celliers, reçoivent et gardent le vin en fûts. Lorsqu'on peut pour cela disposer de caves, ce n'en est que mieux. Mais le plus souvent on doit se contenter de celliers. Ce sont de grands abris en longueur, qui doivent être constitués par des maçonneries épaisses, avec les ouvertures strictement nécessaires ménagées au nord seulement, — la porte et quelques soupiraux — un plafond épais sous une toiture en tuiles, et les trois autres murs pleins. Si sur les autres côtés que celui de l'entrée on peut accoter des terres en talus, cela vaudra mieux, car il faut rechercher avant tout la fraîcheur en été, et en réalité l'égalité de température. C'est dans ce but que le plancher supérieur est souvent recouvert d'une couche épaisse de sable, de tan, ou simplement de feuilles sèches foulées.

Pour un cellier ou chai, la longueur sera ce qu'on voudra ou ce qu'on pourra. La largeur n'est pas arbitraire. Les fûts se gerbent en ligne, dans le sens de la longueur. Entre deux lignes, il faut un passage où les fûts puissent être roulés, avec un certain jeu pour qu'on ne risque pas de s'écraser les mains. La largeur dépendra donc du nombre de rangs, et de la dimension usitée pour les tonneaux dans la région. Ainsi dans les pays où est en usage la pièce dite bordelaise, il faut compter environ 1 m 10 pour les lignes de fûts, et i m 30 pour les passages. Si l'on suppose trois lignes de fûts et deux passages, on aura donc 3 fois 1 m 10 = 3 m 30 et 2 fois 1 m 30 — 2 m 60, ensemble 5 m 90 pour minimum de la largeur. Mais si l'on emploie les grands fûts du Languedoc, qui ont environ 1 m 50, cette largeur deviendra 8 ni 20, ou il faudra diminuer le nombre des lignes. En Normandie, en Bretagne, on emploie pour le cidre des fûts plus grands encore. Et d'ailleurs, il y a souvent en plus des fûts courants de ces grands vaisseaux vinaires qu'on appelle foudres. Tout ce qu'on peut dire, c'est que c'est ici encore l'ou-

tillage qui commande les dimensions, aussi bien pour les largeurs des salles que pour les accès. Il importe donc tout d'abord de se faire donner à cet égard un programme très précis.

Un élément important des grandes fermes, au moins dans les pays de laitage, est la laiterie. Son programme est simple, et ce qu'il y faut surtout c'est de la propreté et de la fraîcheur. Une laiterie se compose en somme d'une salle où le lait se conserve

■MggBM au frais, d'une autre pièce où se prépare le beurre ou les fromages, et d'une laverie et dépôt d'ustensiles. Je parle ici de la laiterie formant l'un ■■ ■■■^■■■^■■LbJI des éléments de la ferme et

non de ces grandes fromageries comme on en voit

O J ■? 3 4 S-"- Fig. 1593. — Laiterie avec doubles parois.

1, laverie avec fournean. — 2, laiterie centrale. — 5, isolement. danS le Cailtal OU 1 AveVrOn

— 4, beurrerie-fromagerie. -'

et qui exigent des centaines de mètres de caves. C'est alors toute une industrie spéciale.

Pour conserver à la salle de laiterie toute la fraîcheur possible, et la défendre aussi du froid qui pourrait amener la congélation du lait, on dispose volontiers cette salle entre des corridors d'isolement, de telle sorte qu'elle n'ait aucune paroi extérieure (fig. 1593). Une seule porte y donne accès, une seule fenêtre en lucarne et orientée au nord l'éclairé. La laiterie a d'ailleurs été l'occasion de jolies fantaisies, à l'époque où la mode était aux bergers et surtout aux bergères. Rambouillet, Trianon en évoquent le souvenir, Mais cela n'est rien moins que rural.

On a aussi à conserver de la glace; c'est l'objet des glacières. La glacière classique est une cavité creusée en tronc de cône

ARCHITKCTUKK RURAI.H

comme un puits large au ras du sol et qui va en se rétrécissant. Il y a à peine de paroi au-dessus du sol, une simple porte tou-

Fig. 1594. — Glacière en terrain perméable.

Fig. 1595. — Glacière en terrain imperméable.

jours assez basse pour entrer, avec seconde porte au fond d'un couloir. Le tout est couvert d'une toiture conique en chaume de roseaux, ou si la construction est voûtée, est recou-

Eléments et Théorie de V Architecture, — IV. 10

vert en terre. Tout est donc combiné pour défendre la glacière de réchauffement, et vous savez bien que combattre le chaud,

c'est la même chose que combattre le froid. Cependant, malgré tout, la glace fond un peu, et il importe que l'eau de cette fusion soit évacuée. Au fond du tronc de cône, il y a donc une grille ou une claire-voie quelconque, puis un espace libre. Et alors, si le terrain est très perméable, du sable par exemple, on le laisse absorber l'eau. Si le terrain est plutôt imperméable, il faut des drains d'évacuation. Les figures 1594 et 1595 vous montreront les différences d'installation des glacières dans ces deux natures de terrains. Mais on fait aussi des glacières sur plan carré et aussi avec de simples blindages en bois au lieu de maçonnerie pour retenir les terres (fig. 1596). C'est plus économique — et encore cela dépend des matériaux qu'on peut avoir sous la main — mais c'est aussi moins durable. Il y a même les glacières dites américaines (fig. 1597), également construites en bois, mais recouvertes de talus en terre, tout

Fig. 1 ;ç6. — Glacière sur plan cairé avec blindages en lois.

Fig. 1597. — Glacière américaine.

ARCHITECTURE RURALE

comme des casemates dans les fortifications. Le programme et le but restent toujours les mêmes, la construction seule se modifie en raison des matériaux.

11 s'en faut de beaucoup que j'aie pu en un chapitre passer en revue tout ce que comporte l'architecture rurale. Elle est illimitée, variable suivant les climats, suivant les productions ; elle suppose d'ailleurs quantité de bangars, de magasins qui n'ont rien de particulier en tant qu'éléments, et

qu il s agit seulement de bien pla- ^jgj^f^ eer en leur donnant les dimensions que réclamera le programme général de la propriété, programme toujours variable, et toujours un peu provisoire. Par certains côtés, cette architecture se confond avec l'architecture industrielle, par exemple avec les moulins, les magnaneries, les distilleries, etc. Dans tout cela, l'architecte doit tout d'abord se rendre exactement compte de ce que sera le contenu, pour en déduire le contenant. Laissezmoi toutefois, à titre de curiosité rétrospective et certainement artistique, vous montrer ce qu'était le moulin de Maisons (fig. 1598), malheureusement démoli, et dont l'auteur était l'un des Mansart. Il faut le dire, le temps de ces recherches est passé. L'architecture rurale a en effet de nos jours un devoir impérieux et absolu : l'économie à outrance. L'agriculture est peu

Fig- iss

Ancien moulin de M.iisons.

rémunératrice ; la concurrence nationale et la concurrence étrangère restreignent de plus en plus ses bénéfices, et pour lutter elle doit faire ce qu'il faut, rien de moins assurément, mais rien de plus sous peine de folie. La poursuite du grand et du parfait mène souvent à la ruine, et dans cette architecture tout ce que l'architecte ferait sans autre motif que sa satisfaction propre serait une trahison. Vous devez donc être dirigé constamment par cette pensée d'économie qui se résume dans la formule que j'ai déjà employée au début de ce sujet, faire le suffisant et le nécessaire.

Et cette recherche consciencieuse vous conduira au caractère, qui en sera la récompense. Plus que toute autre, l'architecture rurale devra employer les matériaux du pays, voire de l'endroit. Les exploitations rurales sont le plus souvent à distance des grandes voies de transport; faire venir des pierres lointaines, même excellentes, des pièces métalliques, etc., est irréalisable ; les ressources locales vous donneront la pierre ou le moellon, la brique du pays, la meulière ou le galet, le chêne ou le sapin, la tuile, l'ardoise ou le schiste; en Bretagne, vous trouverez le granit, ailleurs les grès, ailleurs le tufTeau. De tout cela, on peut tirer parti, et par cet emploi judicieux des matériaux locaux caractériser la construction locale. Vous ne demanderez pas à ces programmes des splendeurs, mais vous pourrez toujours leur demander de l'art. L'art ne rencontre pas de domaines interdits.

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