‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 14 sur 71 · CHAPITRE 111 LES JARDINS · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111 LES JARDINS

SOMMAIRE. — Les Jardins en général. — Jardins d'utilité, potagers, fruitiers, etc. — Jardins d'agrément. — Jardins des villas italiennes. — Jardins dits français et anglais. — Jardins publics.

Dans le chapitre précédent, nous avons vu le domaine rural, cette propriété de campagne où l'utilité est la loi suprême ou pour mieux dire unique. C'est l'industrie de la terre. Il nous faut voir maintenant l'élément essentiel de la propriété d'agrément : le Jardin. Lors même qu'une grande propriété réunit les deux caractères, comme cela arrive fréquemment avec la ferme contiguë au château, ce sont toujours deux parties absolument différentes : l'une vise au profit, l'autre offre un luxe coûteux; là, rien n'est légitime si l'utilité ne l'exige pas ; ici, tout est légitime si l'agrément le motive.

Entre ces deux extrêmes cependant, il y a place d'abord pour un élément intermédiaire, qui participe un peu des deux : c'est le jardin potager ou fruitier. Le rôle de l'architecte y est peu important : lorsque dans un ensemble plus ou moins grand, il a réservé la place de ce Jardin d'utilité comme on disait autrefois, son tracé ne demande plus de grands efforts d'imagination, car ce tracé lui-même doit satisfaire à des nécessités de travail qui le régissent.

Autant que possible, le jardin potager sera disposé dans une partie du terrain qui sera sensiblement de niveau. Si les pentes et les accidents de terrain sont de mise dans le parc ou dans le jardin d'agrément, où l'on recherche la vue et les effets, il ne faut pas oublier que dans le potager il se fait constamment le dur travail du jardinage, moins pénible sur terrain plat. Puis le terrain de niveau garde mieux l'eau d'arrosage, les terres n'y sont pas entraînées par les pluies. Mais il faut aussi que le terrain y soit de qualité favorable, éloigné des ombrages trop épais.

Le jardin potager consiste en allées et en plates-bandes. Il y a des allées plus larges, qui dans les très grands jardins comportent même le transport par voiture des engrais ou des produits ; des allées moindres, et enfin les petites allées de travail qui séparent les plates-bandes à des distances de im 20 à 1 m 50 environ. Il faut que, de ces petites allées, le jardinier puisse atteindre avec son outil la moitié de la plate-bande.

Il faut que l'eau arrive à proximité de toutes les parties du jardin afin d'éviter les trop longs transports. Si on ne dispose que d'eaux de surface ou de puits à bras, on ne peut que remplir des récipients, bassins ou tonneaux, et faire le service par arrosoirs. Mais tout en conservant l'arrosoir, il est très désirable d'avoir de l'eau en pression avec des bouches et des prises convenablement réparties. On le peut lorsqu'on dispose d'eau amenée par conduites closes d'un niveau supérieur, ou lorsqu'on élève au moyen d'une pompe et d'un moteur quelconque dans un réservoir supérieur l'eau d'un puits. Le moteur est souvent un manège avec un cheval, souvent aussi une hélice tournant par l'action du vent, et munie d'un appendice en girouette pour l'orienter toujours face au vent. Dans ces divers systèmes, la consommation étant plus rapide que l'alimentation, il faut des

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réservoirs assez grands pour contenir toute l'eau nécessaire à un arrosage simultané. Il convient d'ailleurs d'ajouter que la pression n'a pas besoin d'être très forte, au contraire. Une pression comme celle qu'on cherche dans les secours contre l'incendie ravagerait les jardins. Une dizaine de mètres de hauteur d'eau est plus que suffisante.

Je ne puis vous montrer un exemple plus complet de ces sortes de jardins que celui de l'École nationale d'Horticulture, ancien Potager du Roi, à Versailles (fig. 1599), resté à peu près tel que l'avait tracé le jardinier La Quintinie. Vous pouvez d'ailleurs le visiter, ce qui vaut mieux, et en admirer la belle culture.

Voyez aussi, prés de Paris, à Montreuil, à Thomery, les jardins spécialement destinés à la culture des espaliers. A distance, on ne voit que des murs : c'est que là, le mur n'est pas seulement une clôture entre deux propriétés, il est un outillage de production. Aussi un terrain même peu étendu est subdivisé en un grand nombre de compartiments par des murs parallèles entre eux suivant l'orientation voulue, et espacés seulement à la distance réclamée par la pénétration des rayons du soleil.

Quant aux pays montagneux, là où l'on ne peut trouver une étendue de niveau suffisante, on est bien obligé de disposer les jardins en terrasses successives, ou plutôt en gradins, en soutenant les pierres par de petits murs le plus souvent en pierres sèches.

Ces quelques données vous suffiront en ce qui concerne les jardins d'utilité ; nous allons aborder maintenant le sujet, plus architectural, des jardins d'agrément.

Parmi les plus charmants programmes que puisse avoir à traiter un architecte, se placent ces jardins.

Notre époque a le goût de la nature : on ne l'a pas toujours

eu ; cependant, à toute époque, les esprits les plus sains lui ont

Fig. 1599. — Ancien Potager de Louis XIV, à Versailles.

rendu hommage. Aujourd'hui le jardin nous apparaît comme un morceau de paysage naturel, rendu agréable et praticable par

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des tracés intelligents de promenades, des plantations heureuses, et s'il se peut des effets d'eau. Nous le concevons décoré de sculptures, de vases, avec des bancs, quelques abris ; s'il y a de la vue, nous la ménageons, au besoin nous la créons par la suppression de quelques obstacles. Notre intervention reste discrète, presque timide.

Si au contraire nous nous reportons à l'époque dont le parc de Versailles est resté l'expression la plus extraordinaire, nous voyons une pensée toute autre : la création. Versailles n'avait point d'eau : on en est allé chercher de tous côtés, et les pièces d'eau jouent le rôle principal dans cette composition. Versailles était un terrain en pente douce peu prononcée ; la main de l'homme y a créé des terrasses élevées, des rampes, des perrons. Peut-être même l'essence des arbres qui composaient l'ancienne forêt au milieu de laquelle a été pratiqué le parc de Versailles a-t-elle été entièrement changée. On a fait table rase, et on a composé ce magnifique ensemble de jardins sans s'astreindre à rien. Versailles fut d'ailleurs le type qu'on s'efforça de reproduire dans les jardins français : ainsi Marly, ou encore le jardin dominant en terrasse une vallée étendue, présenté par Blondel (fig. 1600) dans son ouvrage sur les maisons de plaisance. Le format trop restreint de cet ouvrage ne me permettrait pas une reproduction suffisante du plan de Versailles. Je vous montrerai seulement celui des jardins de Trianon (fig. 1601), déjà plus libres et plus modernes dans leur composition.

Voilà donc deux pensées très différentes qui peuvent présider à la composition d'un jardin : d'un côté une sorte d'adaptation de la nature, de l'autre une création : création qui d'ailleurs ne peut que demander ou attendre le concours de la nature pour se réaliser elle-même. Versailles est aujourd'hui magnifique avec ses beaux arbres, ses lumières et ses ombres, les imprévus de ses

Fig. 1600. — Plan de jardin, par Blondel.

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bosquets parmi cette grande et belle végétation. Louis XIV l'a t-il vu comme nous? J'en doute : pour arriver à la réalisation dune aussi ambitieuse création, il faut faire à la nature crédit de

Fig. 1601. — Jardins de Trianon.

bien plus que la vie d'un homme, si peu mortel qu'il puisse se croire.

On a souvent dit que Versailles — et l'ensemble des jardins français de la même époque — rappelaient les villas italiennes. C'est une erreur; le seul jardin analogue à Versailles qu'on puisse voir en Italie est celui de Caserte, postérieur à Versailles.

Les villas italiennes étaient en général dans une situation admirable comme vue extérieure : il y en a de célèbres, que tous les étrangers vont visiter, et qui n'ont rien en elles-mêmes; mais de leur terrasse on a une vue unique. Ainsi placées à flanc de montagne, elles sont toujours traversées par quelque cours d'eau plutôt torrentiel, avec des rochers parfois abrupts. La végé-jtf tation est ici superbe, là chétive. Des chemins presque montay gnards circulent en lacets, ou s'abrègent en raides raccourcis; des terrasses dessinent les promenades horizontales, et d'un niveau à l'autre on a les longues inflexions de la route à voitures, la cavalière à pente plus raide, l'escalier. Or, dans tout cet ensemble pittoresque, agréable, il y a quelques points qui présentent un aspect particulier; ce sera une chute d'eau ou un rapide du torrent, ou encore une prairie ombragée et abritée, propice aux jeux ou au repos; un point de vue exceptionnel. L'art intervient alors, et de la chute d'eau fait une cascade artistique, de la prairie fait un exédre, du point de vue un belvédère. La promenade horizontale est assurée par des terrasses parfois en gradins successifs.

Tout cela, vous le voyez, c'est Saint-Cloud bien plutôt que Versailles; et entre Saint-Cloud et Versailles, je tiens à vous le faire voir, il n'existe aucune analogie.

Précisons donc bien ce caractère de la villa italienne. Tandis que le plus souvent le site de nos châteaux français, et par conséquent celui de leurs jardins, était choisi en vue de la chasse, et dès lors avec le souci de la proximité de la forêt, comme à Fontainebleau où le parc n'a aucune vue étendue, le site de la villa italienne était choisi pour l'agrément que promettait une belle vue. Les belles vues se trouvent surtout dans les régions accidentées, aussi la villa italienne est en général et sauf de rares exceptions constituée sur un terrain très mouvementé; on y monte

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et on v descend beaucoup, et cette obligation a donné lieu à des combinaisons ingénieuses et pittoresques, même dans des villes; telles sont ou étaient l'ancienne villa Barberini au Borgo di San- Pietro à Rome (fig.

1602), petite, mais très accidentée, et agrandie de toute l'étendue de lointains horizons ; la villa Mattei (fig. 1603), dont le plan exprime si bien la composition en deux terrasses superposées, et presque toutes les villas de ces endroits de plaisance, Albano, Frascati, etc. Une autre chose qui caractérise invariablement la villa italienne, c'est l'abondance de l'eau ; non de l'eau amenée artificiellement comme à Versailles, et dépensée parcimonieusement pour des fêtes qui durent une heure, et ne peuvent se renouveler que lorsque

les réservoirs se sont lentement remplis à nouveau; mais de l'eau naturelle, qui coule jour et nuit et qui, si on l'a contrainte à passer par des cascades, fontaines ou chutes voulues, ne s'arrête plus d'y passer lorsqu'elle en a pris le chemin.

Fig. 1602. — Plan de la villa Barberini, à Rome.

C'est donc bien l'utilisation, pour l'agrément, des éléments naturels d'une belle situation : la main de l'homme a concouru au résultat, mais en suivant la nature ; ajoutons que, en général, de beaux arbres qui à eux seuls méritent l'admiration comme les chênes verts de Castel-Gandolfo, les oliviers de Tivoli, les cyprès de la villa d'Esté, les pins de la villa Panfili, etc., des

Pr^1

Û 10 M Jû 40 JoM- Fig. 1603. — Plan de la villa Mattei, à Rome.

i, entrée. — 2, bassin. — 3, grande terrasse. — 4, hémicycle. — $, salle de verdure. — 6, grande pièce d'eau. — 7, loge.

8, bosquets couverts.

fleurs à profusion, et une verdure généralement persistante hiver comme été, continuent en toute saison le charme de ces résidences. Je vous assure qu'à la villa Médicis, entre ses pins, ses buis, ses lauriers, ses chênes verts, les jardins ne sont ni moins beaux, ni moins agréables en hiver qu'en été.

Une autre caractéristique des villas italiennes, c'est que leurs jardins sont à certains égards des musées, et des musées agréables à parcourir! Dans ces pays où la civilisation antique a été si riche, si prodigue de sculptures, il est rare qu'il se fasse

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un travail de terrassement? sans mettre à jour quelque antiquité, statue, fragment, vase, etc. lit ces fragments disposés soit dans les allées, soit en adossement contre des murs ou des bâtiments donnent à tout instant la surprise d'une rencontre imprévue : l'objet n'est pas toujours en lui-même d'une valeur considérable,

Fig. 1604. ■ — ■ Terrasses de la villa d'Esté, à Tivoli.

mais il vaut par son contingent d'art et d'antiquité dans ce jardin moderne. On peut remarquer encore la facilité avec laquelle les effets décoratifs sont obtenus. Des éclats de pierre mélangés dans le ciment, des mosaïques en cailloux ou en coquilles très ordinaires en sont souvent les éléments ; il en résulte une impression primesautiére qui est un grand charme de ces jardins. Quelques-uns de ces ensembles sont très grands, sans atteindre toutefois les dimensions de Versailles. 11 y a toujours plus d'intimité, mais la donnée générale que j'ai cherché à vous

faire comprendre subsiste toujours. Je vous ai déjà montré le plan de la Villa d'Esté, type remarquable de la Villa sur un ter-

Fig. 1605. — Plan de la villa Aldobrandini, à Frascati.

i, entrée principale — 2, fontaine. — ;, escalier. — 4) terrasse. — 5. fontaine. — 6, grotte. — 7, terrasse. — 8, parterre. — 9, vestibule. — 10, terrasse.— il, pelouse.— 12, terrasse.— 15, salles recouvertes en terrasses. —14, grand escalier. — 15, cascade. — ié, fontaine. — 17, avenue.

rain en pente prononcée, pente naturelle et non artificielle. Toute la composition dérive de cette situation : la Villa d'Esté, c'est trois terrasses, reliées par des escaliers (fig. 1604), et au bas, là où la pente cesse, un parterre.

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La villa Aldobrandini à Frascati (fig. 1605 et 1606), une des plus belles des environs de Rome, a tout son intérêt artistique concentré sur la cascade et les effets d'eau qui font face au bâtiment principal. Mais c'est le bâtiment qui a été fait en face de la cascade, et non la cascade en face du bâtiment.

Le petit casino de Caprarole (fig. 1607 et 1608) n'est pour ainsi

ri£. 1606. — Terrasses de l.i villa Aldobrandini, à Frascati.

dire qu'un pavillon au haut d'une jolie petite cascade descendant entre deux terrasses d'où l'on peut jouir de la vue.

Si vous vous représentez tout cela avec ses vues superbes, ses arbres qui sont parfois des monuments historiques, et quelquefois des merveilles d'art comme à la villa Madame, vous vous ferez une idée assez juste de ces villas, et lorsque plus tard vous les verrez, vous vous expliquerez leur grande réputation, que ne peut justifier aucune reproduction.

Le jardin dit français, dont le tvpe est comme je vous l'ai dit

Éléments cl Théorie de l'Architecture. — IV.

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Fig. 1607. — Casino de Caprarole. Plan.

Versailles, est en général une chose plus composée.

Il est souvent permis de supposer que sur un emplacement nu et à peu prés nivelé on a combiné un plan en toute liberté ; c'est presque une adaptation à volonté de figures géométriques. Ne prenez pas cela toutefois dans un sens trop absolu : les plus beaux des jardins français participent un peu des qualités des jardins italiens, par exemple celui de Marly (fig. 1609), peutêtre le plus beau de tous ; mais en général le jardin français est plus une conception a priori et moins une collaboration avec la nature.

Cela est plus difficile à exprimer qu'à faire comprendre par des exemples.

Comparez donc aux villas d'Italie les jardins bien connus des Tuileries, du- Palais-Royal, les parterres de Fontainebleau. Vous y

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Fig. 1609. — Plan des jardins de Marly.

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trouvez des allées droites, des quinconces d'arbres, des parterres réguliers, rien ne s'y trouve qui ne résulte de la volonté du créateur — qui pourra d'ailleurs être Lenôtre. Sur des terrains en pente, l'imprévu fait place à la régularité, la composition redressera au besoin la nature : ainsi le jardin en terrasses

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Fit;. 1610. — Jardin du Petit Sans-Souci, près Berlin.

parallèles et équidistantes du Petit Sans-Souci près de Berlin (fig. 1610). C'est majestueux, c'est solennel, et c'est froid aussi. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et je me plais a vous montrer avec le Luxembourg avant ses dernières transformations (fig. 161 1) un exemple de jardin français, c'est-à-dire de composition pure, qui, par la variété de ses formes et de ses effets, la grandeur de ses compositions, mérite d'être cité comme le chefd'œuvre des jardins de ville.

Puis, on a appelé jardin anglais le jardin dont le tracé irrégu-

r, Palais du Luxembourg. — 2, présidence du Sénat. —

3, orangerie (actuellement Musée ). —

4, garde-portier. —

5, jeux de paume. —

6, abris. — 7, caiérestaun»nt. — 8, bâches. — 9, serres. —

10, grande serre. —

1 1, école des Mines.

— 12 , fontaine de Médicis. — 13, fontaine de l'Observatoire.

Fig. 161 1. — Jardin du Luxembourg.

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lier ne recherche ni la symétrie ni la majesté, d'où la ligne droite est presque exclue, et qui a pour objectif le pittoresque et l'aspect de nature. Une composition de ce genre, si elle n'est qu'une fantaisie éclose dans le cerveau du compositeur, n'est qu'un enfantil-

lage; elle est très légitime et très artistique si elle se dirige par

' 1M jm Jao io, Seo"

Fig. 1612. — Jardin de Birkenhead, près Liverpool.

le respect de ce qui est à conserver, beaux arbres, points de vue, etc. Le jardin français peut presque se composer sur une feuille de papier à dessin, le jardin anglais ne peut réellement se composer que sur le terrain, avec toutes les indications préalables de ses éléments. Ici encore je vous montrerai quelques exemples : en Angleterre, le jardin de Birkenhead, prés Liverpool (fig. 1612); à Paris, le jardin des Buttes-Chaumont (fig. 1613), très accidenté et où les imprévus d'anciennes car-

Fig. 1613. — Square des Buttes-Chaumont.

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riéres de gypse ont permis des effets plus pittoresques que dans les autres squares de Paris.

Je ne sais quel architecte un peu grognon disait d'attacher un râteau à la queue d'un âne, et de le lâcher sur un terrain sablé, promettant qu'il en résulterait un tracé de jardin anglais. J'en doute. Dans ces jardins aussi il faut des allées principales, des allées secondaires, des courbes douces et faciles suivant les niveaux. Ce qui est vrai, c'est qu'il ne relève pas de la composition théorique, et qu'il doit être l'étude d'un site avec ses éléments de beauté. Ce doit être d'ailleurs la préoccupation maîtresse de toute combinaison de jardin, et je vous invite avant tout à bien retenir que vous ne pourrez étudier un jardin avec quelque succès qu'à la condition de vous être bien pénétrés de toutes les beautés possibles de son emplacement, et en cherchant jusqu'à la fin à les mettre en évidence et à les faire valoir.

Tout ce que nous avons vu jusqu'ici se rapporte surtout à des jardins particuliers; si quelques-uns comme le Luxembourg sont devenus jardins publics ils n'en furent pas moins créés comme jardins personnels.

Le jardin public est cependant une nécessité des grandes villes, et plusieurs se sont imposé de grands sacrifices pour en constituer lorsque leur passé ne leur en offrait pas. Ainsi à Lyon le Parc de la Tête-d'Or, à Bordeaux le Jardin Public, à Toulouse le Grand-Rond, à Lille les jardins qui ont remplacé les anciens remparts. Mais pour nous le jardin public diffère peu du grand jardin privé, et je ne connais pas en somme de jardin public qui ne le cède à tous égards à Versailles, à Saint- Cloud, au Luxembourg, à la Villa Borghèse; je ne parle ici d'ailleurs que des jardins où l'on va exprés pour en jouir, et

non des grandes voies plantées comme les Champs-Elysées. On peut seulement y recommander que les allées les plus fréquentées soient plus larges, surtout si comme au parc Monceau (fig. 16 14) les voitures peuvent les suivre. Il importe aussi que les objets d'art, surtout les marbres, soient moins à portée des passants; et encore le bronze, le plomb, sont-ils aussi exposés à des dangers autres : pour eux ce n'est plus l'ineptie de passants trop spirituels qui est à redouter, c'est le vol.

Et puisque je parle des objets d'art qui décorent nos jardins, il faut dire que leur conservation est un difficile problème. Rien sans doute ne s'harmonise avec le jardin comme les marbres, et après tout les marbres de Versailles — qui étaient en blanc dur — se sont bien comportés lorsqu'ils n'étaient pas trop directement sous les arbres. Mais Versailles est dans un air pur et sur un terrain sec. A l'intérieur des villes, avec la dessiccation plus lente après les pluies, avec les suies produites par des milliers de cheminées, le marbre n'a qu'une existence très éphémère, et la belle œuvre ne tarde pas à quitter sa place pour aller prendre ses invalides dans quelque musée. Le bronze noircit mais se conserve. A Versailles, il a été fait un grand et heureux emploi des plombs; seulement un jardin où il n'y aurait que des bronzes ou des plombs serait assez triste. A tout cela, je ne connais pas de remède; tout ce qu'on peut faire, c'est de ne disposer les marbres que dans des endroits découverts, bien aérés, et en s'entourant de toutes les précautions possibles dans la construction du piédestal pour éviter du moins l'humidité ascendante.

Cette préoccupation s'impose à l'architecte de tout jardin, car il faut toujours prévoir que le jardin devra durer et acquérir avec le temps de plus en plus de beauté de sa végétation : il importe que la beauté des objets d'art qu'il renferme n'aille pas en se dégradant avec le temps.

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Fig. 1614. — Plan du parc Moikc.uk

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