‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 16 sur 71 · VEUE PRINCIPALE DU THEATRE D'EAU · texte numérisé non relu

VEUE PRINCIPALE DU THEATRE D'EAU

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Fig. 1626. — Théâtre d'eau du parc de Versailles. (D'après une ancienne gravure.)

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horizontale, bassin ou pièce d'eau ; l'eau jaillissante, c'est toute la série des jets d'eau; enfin l'eau tombante, élément des vasques, mascarons, chutes, etc., et notamment des cascades. Bien entendu, ces éléments peuvent et doivent se combiner, ainsi que nous l'avons vu avec les fontaines, sujet sur lequel je ne reviendrai pas. Cette variété, ce contraste entre les eaux jaillissantes obéissant à une propulsion forcée, et la chute paresseuse de l'eau qui s'épanche, l'opposition de ces deux mouvements avec l'immobilité du bassin où se mirent les reflets, et tout cela avec une dépense d'eau relativement minime, voilà ce qui distinguera la conception de l'artiste; avant tout, il faut que l'eau soit bien en vue, qu'elle produise tout l'effet possible par des rebonds, des jaillissements, des obstacles qui la feront ressauter et resplendir au soleil. Il y a là quelque analogie axee les habiletés qui sur la scène d'un théâtre augmentent l'intensité et la puissance des effets par l'ingéniosité des moyens.

Aucun exemple ne saurait mieux vous montrer les ressources et les moyens de cet art que la cascade de Saint-Cloud (fig. 1627). Je ne veux pas vous la décrire, mais seulement vous signaler toutes les recherches de variété qui en font un si remarquable spectacle d'effets d'eau. La cascade se subdivise en plusieurs chutes, dont les pentes sont différentes : ici cascade en gradins, là plutôt écoulement incliné, qui lui-même se resserre dans des rétrécissements. De petits jets verticaux contrastent avec ces écoulements, des mascarons versent l'eau en chutes plus rapides et plus dessinées; au bas enfin les longues lignes de quelques gradins d'eau s'opposent comme des horizontales du plan à la composition supérieure qui en suit les lignes de plus grande pente; le vaste bassin du bas contraste par son calme avec tout ce mouvement.

A Versailles, les effets d'eau abondent, souvent avec la réu-

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Fig. [629. - Les Jardins de Diane, à Ni

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Fig. 1650. — Les Jardins de Diane, 3 Ni

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nion des divers éléments, chutes, jets, bassins. Je ne pourrais vous donner que des reproductions trop restreintes de grands ensembles tels que le parterre d'eau ou le bassin de Neptune. Dans des proportions plus restreintes, une des plus gracieuses fantaisies est le Buffet de Trianon (fig. 1628). Tout d'ailleurs est

Fig. 1628. — Buffet de Trianon, à Versailles.

à voir et à étudier dans le parc de Versailles, et j'espère que vous le connaissez bien.

Parfois aussi l'eau intervient dans le Jardin ou la promenade comme un élément d'utilité autant que de décoration. Ainsi, à Nîmes les jardins dits de Diane (fig. 1629 et 1630) disposés à une extrémité de la ville, au pied d'une colline où se trouvent quelques sources, sont plutôt un tracé d'irrigation et d'adduction d'eau; le jardin consiste dans les îlots que laissent entre eux les canaux. A Montpellier, la célèbre promenade du Pevrou

l'ig. 1631. — Promenade du Peyrou, à Montpellier. Château d'eau.

Fig. 1632. — Parterres et abreuvoirs de Marly.

LES JARDINS

(fig. 163 1) est motivée par l'arrivée de l'eau nécessaire à la ville, niais cette eau reste invisible et ne se manifeste que par un bel aqueduc et un réservoir ou château d'eau monumental.

Aux jardins et aux effets d'eau peuvent encore se rattacher les abreuvoirs lorsque l'art en a fait une conception monumentale. L'abreuvoir est en principe un bassin où les chevaux entrent par un plan incliné, et un chemin pour que le palefrenier puisse les diriger sans entrer lui-même dans l'eau.

Le célèbre abreuvoir de Marly (fig. 1632), malheureusement bien ruiné, est le plus bel exemple de ces fastueuses compositions.

Les jardins comportent de nombreux portiques, plutôt pour l'agrément que pour l'utilité. Je n'y reviendrai pas, si ce n'est pour vous dire un mot de portiques spéciaux aux jardins, les treilles. En général, les treilles devant recevoir leur vraie décoration d'une végétation touffue ne se prêtent pas à. beaucoup d'architecture : des piliers ou des poteaux, des traverses, forment le squelette d'une architecture vivante que dessineront les plantes grimpantes. Telles sont beaucoup des plus belles treilles. Parfois

Fig. 1633. — Treilles de la villa Doria, à Gènes.

Éléments et Théorie de F Architecture. — IV.

pourtant des piliers principaux sont traités en architecture, comme dans l'ancienne treille de la villa Doria à Gênes (fig. 1633). En France, l'art du treillage a produit de jolis ouvrages de charpente spéciale aux jardins, autrefois très nombreux, presque tous disparus. L'un des plus remarquables était

Fig. 1634. — Treilles du château de Montargis.

le portique en treillage du château de Montargis, tel que le représente une gravure de Ducerceau (fig. 1634).

Enfin, il faut rattacher aux jardins beaucoup de constructions qui n'ont leur raison d'être que par le jardin ; ce seront les pavillons de différentes sortes où l'on va chercher le repos et l'ombrage, où s'organisent des fêtes, comme ces divers pavillons de Trianon affectés à la danse, à la musique, aux collations. On peut même dire que des constructions plus importantes, telle que la villa Pia au milieu des jardins du Vatican (fig. 1635), ont été créées pour le jardin et parce que le jardin

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existait. D'anciennes gravures nous montrent combien ce goût a été répandu; les anciens jardins abritaient volontiers ces délicates inutilités. Et après tout, ces inutilités étaient bien dans le programme qui est de plaire. Cela n'est plus guère dans nos habitudes, je ne sais si le goût y reviendra quelque jour.

Mais l'architecture n'est pas le seul art qui doive de la reconnaissance aux jardins : il est impossible à leur sujet de ne pas se reporter en pensée aux sculptures souvent très belles qu'ils ont motivées.

En Italie, à Versailles et ailleurs, les jardins sont des musées de sculpture.

Ces jardins sont beaux par eux-mêmes, ilsgagnent une beauté de plus à pouvoir montrer les groupes de Puget, de Coysevox ou de Girardon, les statues, les animaux, les bronzes, les vases, les motifs de toute sorte qui les animent d'une vie artistique si bien en harmonie avec leurs beaux horizons.

Les jardins ont été longtemps un sujet de travaux importants. Non seulement les châteaux royaux, mais de nombreux châteaux particuliers — Montargis, Vaux-Fouquet, Maisons, Conflans,

Fig. 163;. — Plan de la villa Pia.

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etc., etc. — avaient de beaux et riches jardins; les hôtels à Paris et dans les grandes villes également. La plupart sont détruits, le goût a changé, et du jardin trop artificiel, s'est porté au jardin où rien n'est censé venir du fait de l'homme. C'est inexact, et peu ou prou l'homme est toujours pour quelque chose dans un jardin qui n'est ni un simple morceau de champ, ni un simple morceau de forêt. Au xvne siècle, et déjà auparavant, l'art a voulu faire trop grande sa part dans les jardins, mais la réaction a été excessive : dans le jardin moderne, il y a place pour l'architecte et aussi pour le sculpteur. Ne nous laissons pas éliminer de l'art des jardins, ne laissons pas croire qu'il ne relève que des métiers du rustiqueur et du cimentier.

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