‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 17 sur 71 · CHAPITRE PREMIER CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

SOMMAIRE. — Définition des Éléments généraux de la composition. — Recherche moderne du bien-être. — Accroissement des exigences et des moyens. — Nécessité des clôtures. — Compositions anciennes devenues inacceptables.

Jusqu'ici, je vous ai parlé des éléments particuliers de chaque famille de programmes : c'est ce que dans les premiers aperçus de composition, j'appelais les surfaces utiles. Mais je vous avertissais en même temps qu'aucun plan ne saurait être réduit à ces seules surfaces utiles; qu'il faut toujours des communications, des surfaces neutres en quelque sorte, qui relieront les premières, permettront les accès et les dégagements, les passages d'un étage à l'autre ; qui assureront la lumière et l'air à ce qui ne peut ouvrir sur la voie publique ; qui, enfin, seront les artères de la composition.

Ces surfaces neutres ou banales — au sens ancien du mot — comprendront les vestibules, péristyles, atriums, porches, motifs d'entrée dans un édifice ou un corps d'édifice; les portiques, galeries ou corridors, éléments de pénétration, de liaison et de dégagement; les escaliers, rampes et ascenseurs, communications verticales; les cours grandes et petites, destinées à la fois à la circulation et aussi à l'éclairage et à l'aération des bâtiments. Enfin,

j'aurai à vous entretenir des divers partis qui peuvent être envisagés dans la composition des façades.

Mais évitons ici toute équivoque. Si je groupe ces éléments dans un livre à part, ce n'est pas qu'ils doivent ni puissent être étudiés abstraction faite du programme de l'édifice et de la nature des services qu'ils doivent relier. Le vestibule d'un palais et celui d'une école sont deux choses absolument dissemblables, lors même que leurs surfaces seraient égales, que leur emplacement même serait analogue; cela est évident. Mais si j'ai dû pour certains sujets spéciaux comme l'école, le théâtre, vous parler de vestibules ou d'escaliers, je ne pouvais cependant, à la suite de chaque chapitre, traiter par exemple les vestibules de musée, les escaliers de musée, puis les vestibules ou les escaliers de prison ou d'hôpital, etc. En rapprochant au contraire des exemples d'origine diverse, je vous inviterai en fait à la comparaison, m'en remettant comme je le dois à votre goût et à votre sens de la mesure et de la proportion pour l'emploi que vous ferez de ces éléments. De tout ce que nous allons voir maintenant, rien ne s'étudie en soi-même et abstraction faite des circonstances et dépendances. Mais la théorie est bien obligée de généraliser.

Tout d'abord, l'ensemble de ce sujet appelle une observation générale. Nous sommes devenus frileux, et c'est un fait dont les conséquences s'imposent à notre architecture.

Ce serait donc une grave erreur de croire qu'en traitant plus haut des éléments de l'habitation et autres, nous ayons épuisé tout ce que l'architecture comporte de conseils en vue de l'hygiène ou du confortable : deux mots qui ont pour équivalent unique la vieille expression : bien-être. Or ce désir du bien-être, qui est l'aspiration de toute société raffinée, ne commence pas à la porte d'un appartement; on le veut partout — dans la rue,

cela ne nous ne regarde pas — dans la maison dès qu'on y entre, et de plus en plus à mesure qu'on y pénètre. Voyez, par exemple, un simple passage de porte cochère; on veut que la porte une fois franchie on y ressente le bien-être de l'abri, la rafale du dehors est oubliée; ce passage sera donc fermé non seulement sur la rue, mais aussi sur la cour. Si pour cela on préfère des grilles, ces grilles seront doublées de glaces. Tout comme dans la rue, on trouvera ici chaussée et trottoirs, éclairage, etc. Qui sait si dans quelques années ce lieu de passage ne sera pas chauffé ? Mais tel qu'il est, comparez-le aux anciennes entrées des vieilles maisons demeurées telles qu'elles ont été créées, dans les anciens quartiers de la ville.

Toujours en vue du bien-être, il s'est créé une foule de choses qui compliquent beaucoup l'architecture, mais qui sont devenues des nécessités indiscutables. Il y a quelque vingt ans, on voyait encore sur certaines maisons de Paris des inscriptions « Eau et gaz à tous les étages ». Aujourd'hui, cela va sans dire, on affiche encore qu'il y a dans la maison ascenseur, calorifère, électricité ; bientôt, soyez-en sûrs, ces inscriptions disparaîtront, car il en sera ainsi partout. La maison la plus modeste a aujourd'hui ou aura bientôt ces accessoires. 11 n'y a qu'un élément de bien-être que nous avons perdu, c'est la grande dimension ; en surface comme en hauteur, il faut se restreindre, sans quoi la construction, si coûteuse en raison même de tous ces perfectionnements, deviendrait impossible.

Mais remarquez-le bien, si de notre temps on va vite en toutes choses, si vingt ans, dix ans même sont devenus dans notre architecture une marque de vieillesse, il n'en est pas moins vrai que cette recherche du progrès dans le bien-être a toujours existé, avec une marche plus lente sans doute, mais néanmoins continue, et suivant les nécessités propres à chaque pays.

Ainsi, on a dit souvent que notre architecture française depuis le xvie siècle s'était inspirée des dispositions de l'architecture

Fig. 1637. — Château de Maisons-sur-Seine. Plan du premier étage.

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Fig. 1636. — Château de Maisons-sur-Seine. Plan du rez-de-chaussée.

1,1, vestibule. — 2,2, antichambre, — 3, seconde antichambre. — 4, grand escalier. — 5, 5, chambre de parade. — 6,6, chambre. — 7,7, cabinet. — 8,8, garde-robe.

italienne, sans tenir compte de la différence des climats. Cette critique n'est pas juste ; la Renaissance française a beaucoup

CONSIDKRATIONS GHNI-RALIIS

emprunte aux formes de la Renaissance italienne, mais très peu à ses dispositions. Pendant longtemps, au XVIe siècle, au commencement du xvnc, tandis que le portique était d'un usage général en Italie, les riches habitations françaises étaient souvent

Fig. 1638. — Château de Maisons-sur-Seine. Coupe.

composées de bâtiments simples en profondeur; les pièces diverses, en enfilade, se commandaient l'une l'autre sans, paraîtil, que le besoin d'une circulation indépendante se fît sentir. Ainsi, à Saint-Germain, au château de Maisons (fig. 1636, 1637, 1638 et 1639) ou à celui d'Écouen, un escalier central dessert des antichambres, puis des suites de salles en enfilade. Le Louvre lui-même était distribué ainsi à l'origine, et la différence est à

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coup sûr très sensible entre cette vaste cour du Louvre sur laquelle s'éclairent les grandes pièces des appartements, et les cours à portiques des Palais italiens. Cela était peu commode, ou en tous cas le serait peu pour nous, et plus tard on a reconnu la nécessité des circulations indépendantes. Mais vous voyez par là toute la différence qui séparait à cette époque la composition française de la composition italienne. Au contraire, en remontant dans le passé, on trouve dans notre architecture du Moyen -âge les porches et les galeries ouvertes à l'air libre, les escaliers extérieurs, les terrasses servant souvent de communication. Et en cela encore la Renaissance a été fidèle aux errements du Moyen-âge, dont elle abandonnait graduellement les formes et la mouluration, peu à peu même les méthodes de construction, mais dont elle conservait les dispositions, tant que des habitudes nouvelles de la vie n'en imposèrent pas le changement. Les exemples pourraient être ici nombreux ; je vous en montrerai un qui tient presque encore au Moyen-âge et appartient déjà à la Renaissance. C'est la maison dite de François Ier, à Orléans (fig. 1640 et 1641). La composition très ordinaire de la maison du Moyen-âge était une allée voûtée servant d'accès, une cour à l'angle de laquelle un escalier en tourelle desservait les étages par une galerie ouverte - - portique ou balcon ; les appartements {locaux à part, séparés) étaient seuls protégés contre le froid, les circulations se faisaient en plein air, dans des endroits couverts mais non clos. Les merveilleux escaliers de Blois et d'autres châteaux d'alors, qui datent de la première Renaissance, ne font que suivre avec plus d'art cette ancienne tradition, qui ne devait pas longtemps survivre. En Italie aussi, les cours à portiques, pour être plus monumentales, ne procédaient pas moins du même principe : les communications se faisaient par des galeries ouvertes, les

escaliers étaient le plus souvent ouverts. En Espagne également, et même dans les pays froids de l'Allemagne, des Flandres, de l'Angleterre.

C'est qu'on était moins délicat d'abord, et aussi qu'on demandait la protection contre le froid au vêtement plus qu'à la construction; c'est aussi qu'entre ces circulations en plein air et les salles, mal

Fig. 1640. — Maison dite de François Ier à Orléans.

Fig. 1641. — Maison de François I", à Orléans.

chauffées, où elles conduisaient, le contraste n'était peut-être pas très grand. La fourrure, depuis la peau de chèvre jusqu'aux plus coûteuses zibelines, était au Moyen-âge chose de première nécessité, et jusque dans les intérieurs, très médiocrement chauffés, on gardait ses chapeaux, malgré la perruque.

CONSIDKRATIONS GENERALES 207

Ajoute/ à cela que la grande vitre était d'un usage presque inconnu; le vitrail ou la simple mise en plomb de petits morceaux de verre aurait seul permis de vitrer ces galeries et ces escaliers en les assombrissant beaucoup : rappelez-vous que les verres de la Galerie des Glaces de Versailles passèrent pour une merveille de dimension au milieu du XVIIe siècle.

Mais lorsque la vitre de dimensions moyennes fut devenue un objet usuel, comme on ne refuse jamais un accroissement de bien-être, les galeries, les escaliers furent clos. Beaucoup y perdirent certes comme aspect : mais si cela est arrivé en France, si aujourd'hui les vieilles maisons de Dijon, d'Orléans, de Rouen, etc., sont altérées dans leur caractère par des menuiseries ajustées au hasard et au mépris de leurs élégantes ouvertures, il en est tout de même en Italie, à Rome, à Florence, à Gênes. Là comme ici, l'habitant devenu moins rude s'est révolté contre le froid, et trouvant les moyens de le combattre s'en est préservé.

Ce n'est pas la première fois que je vous signale l'invention de la vitre comme une de celles qui ont le plus contribué au développement de l'architecture, et, ajoutons, de la civilisation. Inventer la vitre, cela paraît modeste, et pourtant sans elle nul moyen de se préserver des intempéries; si dans l'habitation on veut sans elle s'abriter du froid, du vent, de la pluie ou delà neige, il faut renoncer à la lumière, car on ne peut avoir que des clôtures opaques. Et alors, la zone habitable ou tout au moins habitable avec bien-être se restreint aux climats méridionaux. César, Tacite nous dépeignent les Gaules, la Germanie, la Grande-Bretagne comme des pays presque sauvages, peu habites, de climats rudes et décourageants. Aujourd'hui ces pays sont peuplés presque à l'excès, le bien-être y progresse sans cesse, y trouve ses créations nécessaires, et ce sont eux qui

maintenant les transmettent aux pays méridionaux. Certes, tout grand fait historique a des causes multiples et profondes, et je ne voudrais pas systématiquement tout imputer à une cause qui ne doit compter que pour une certaine proportion; mais enfin, si la vitre ou quelque chose d'analogue à la vitre n'avait pas été inventée, l'histoire générale de l'humanité n'aurait pas pu être ce qu'elle a été. Et c'est assez dire que l'architecture devait se transformer par cette invention, tout au moins dans la composition des édifices. Il faut étudier et admirer les compositions antiques, ce n'est pas moi qui y contredirai, car je suis de ceux qui pensent qu'en étudiant le latin on se prépare à parler français; mais il faut les étudier précisément comme on étudie les langues classiques, afin de mieux parler sa langue propre.

Je vous rappelle donc que nous sommes devenus frileux, et j'ajoute que nous ne pouvions pas ne pas le devenir : on ne refuse jamais la possibilité de combattre un fléau, lorsque les moyens de combat sont découverts. Et une fois devenu frileux, on ne s'arrête plus : il n'a plus suffi de clore, il a fallu chauffer : besoin tout moderne, et pas seulement dans les vestibules, escaliers ou dégagements : il y a cinquante ans, vous n'auriez rencontré de chauffage ni dans un musée, ni dans une église, ni dans une bibliothèque : ici encore les exigences sont nées de l'invention des moyens de combat. Cela est particulièrement sensible dans les escaliers. Il y a cent ans encore, l'escalier était presque toujours ouvert à tous les vents, si bien qu'on s'en servait pour aérer des cabinets d'aisances, parfois des cuisines. Dans un assez grand nombre d'anciennes maisons ou de vieux hôtels, vous voyez de ces escaliers dont les rampes étaient visibles du dehors; ou si l'escalier était dans une cage saillante comme à Blois, comme à Saint-Germain, etc., des arcades ouvertes à chaque palier faisaient de cette cage une

Fig. 1644. — Ancien hôtel Lambert, .'1 Paris. Plan du 2e étage.

construction ajourée, où l'on subissait la gelée ou le dégel, la pluie oblique ou la neige. Telle était entre autres la disposition de l'Hôtel Lambert (fig. 1642, 1643, 1644 et 1645), demeure cependant quasi -princiére. Si dans un palais comme Versailles, comme le Palais Royal, on a tenu à avoir des escaliers clos, c'était un luxe royal, et la pratique des escaliers ouverts a subsisté longtemps encore après ces exemples.

Puis ces anciens escaliers ont été clos comme on a pu; mais aujourd'hui l'escalier doit être composé pour être clos et chauffé. Cette transformation n'a pas beaucoup plus de

deUX Siècles pOUr leS Fig. 1642. — Ancien hôtel Lambert, à Paris. Plan du rez-de-chaussée.

Éléments et Théorie de l'Architecture — IV. 14

Fig. 1645. — Ancien hôtel Lambert, à Paris. Plan du 1" étage.

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Fig. 1645. — Ancien hôtel Lambert, à Paris. Façade sur cour.

demeures riches, beaucoup moins pour les habitations modestes. C'est en France, au contraire de l'opinion légèrement reçue, que les dispositions architecturales se sont rapidement transformées, plus rapidement qu'ailleurs, dans le sens du bien-être. Voyez cet immense ensemble de Versailles : cette composition n'a déjà rien de commun avec les cours à portiques, les galeries extérieures, les escaliers ouverts a tous les vents. Si la cour à portiques ouverts est restée un élément de l'architecture française, si le portique lui-même a été employé par les artistes d'alors, c'est plutôt comme élément de magnificence décorative. Ni la colonnade du Louvre ni celle de la Place de la Concorde ne sont des circulations nécessaires; la cour de l'Hôtel de Soubise, celle de l'École militaire sont de l'architecture d'apparat.

Si je vous dis tout cela au début de cette étude, c'est qu'il importe de bien vous persuader que le programme des éléments de circulation n'est plus ce qu'il a été au Moyen-âge et jusqu'au xvie siècle; pas davantage, bien entendu, ce qu'il était dans l'antiquité; pas davantage sans doute ce qu'il sera dans un avenir prochain. Clos et chauffé, voilà ce qu'on nous demande. Et dès lors, vous aurez — a regret souvent — à vous défendre de séductions trop naturelles. Ces cours du Moyen-âge avec leurs escaliers en tourelles et leurs galeries à jour sont charmantes : n'essayez pas d'en faire, au moins dans le même esprit, lors même que le propriétaire vous jurerait par ses grands dieux qu'il ne les fera jamais vitrer. Il vous trahira pour son médecin, et en tous cas ses héritiers ont déjà fait choix du vitrier qui mutilera votre oeuvre.

Mais ces éléments anciens n'en sont pas moins utiles à étudier dans leur ingéniosité, leur beauté d'effet, leur style. En général d'ailleurs il suffirait de peu de chose pour les moderni-

ser en eux-mêmes : ce n'est guère que la pure colonnade sous toutes ses formes qui se refuse à l'idée de clôture. Seulement, il n'en sera plus de même quant à la composition : ainsi, vous voyez fréquemment dans des plans anciens des salles parfois importantes éclairées de second jour sous des portiques : certes, cet éclairage n'a jamais l'intensité d'un jour direct, mais enfin si le portique est ouvert sur de larges espaces, s'il n'est pas trop large et assez haut, on peut encore avoir une lumière suffisante, et on peut s'aérer autant qu'on le veut. Tel est le cas par exemple des boutiques des galeries du Palais-Royal ou de la rue de Rivoli. Supposez au contraire que ces galeries soient vitrées dans leurs arcades, les boutiques deviendront inhabitables. Ici, la composition ne nous offusque pas, car ces galeries ne sont autre chose que la voie publique, c'est un trottoir abrité. Nous concevons encore la galerie ouverte dans les programmes qui réclament avant tout l'aération : dans une caserne, dans un lycée, dans un hôpital même on la préférera souvent au corridor fermé. Mais nous ne comprendrions plus que, comme autrefois, les bureaux d'un Hôtel de Ville ou les chambres d'une habitation ne fussent en communication que par des portiques ouverts ou des escaliers béants. Le célèbre hôpital de Beaune (fig. 1646 et 1647) est * C0UP sur °ien mi^~ ressant et un objet d'étude à recommander. Mais jamais aujourd'hui l'architecte d'un hôpital ne songerait à combiner une semblable disposition.

Rien n'est donc plus impraticable que les compositions que vous faites souvent, où les communications nécessaires seraient demandées à des colonnades ou à des portiques ouverts, avec des éclairages de second jour sous ces portiques. C'est un vieil errement devenu caduque, qui procédait d'une imitation irraisonnée de plans antiques ou simplement anciens. Nou seulement

comme on le dit souvent, ce n'est pas compatible avec notre climat, mais surtout ce n'est plus de notre temps. Et lorsque l'architecture veut violenter les habitudes d'une époque, les faire ployer à des conceptions a priori, elle se brise et se tue : on écarte alors les architectes qui dit-on, sacrifient toutes les convenances « à la manie de mettre des colonnes partout ». Faites

Fig. 1647. — Hôpital de Beaune.

donc, si l'occasion s'en présente, des portiques comme ceux du Palais Farnése, rien de mieux, pourvu que votre composition le permette ou pour mieux dire le demande. Mais sauf de rares exceptions, vous aurez à les prévoir clos et vitrés : nuance d'étude assez légère en somme, mais différence capitale au point de vue de la composition. C'est là surtout ce que je voulais mettre en évidence au début de cette étude.

Retenons-en donc cette leçon essentielle. Si les exigences de la vie moderne ont modifié profondément la conception de tout ce que dans l'architecture j'ai appelé les surfaces utiles, depuis la chambre particulière jusqu'à la salle d'audiences ou le théâtre, elles ont modifié aussi tout ce qui sert de dégagement et d'ac-

Fig. 1646.

- Hôpital de Beaune.

Plan.

ces à tout cela. Dans ces pièces, dans ces salles, nous vivons autrement que nos aïeux, nous voulons y arriver autrement aussi. Nous pouvons bien composer le vestibule en lui-môme, le portique en lui-même, l'escalier en lui-même comme l'ont fait nos devanciers; mais notre composition générale ne peut plus être la même. Il faut savoir être de son temps.

Je vous l'ai dit plus d'une fois : l'architecture d'une époque est déterminée — et caractérisée — par l'état social de cette époque. Des changements se font dans les goûts, dans les besoins et les exigences; que, par comparaison, l'observateur satisfait appelle cela progrès ou que l'observateur morose l'appelle mollesse ou décadence, il n'importe. Nous subissons une loi inévitable, et rien ne servirait de s'insurger contre elle. Au contraire, nos efforts propres tendent à accélérer ce mouvement, et chacun pour notre part, ne fût-ce qu'à propos d'un détail minime, nous en sommes les artisans, volontaires ou non. Et après tout, c'est là ce qui donne sa physionomie à chaque époque d'art.

Cela exposé, je vais vous entretenir de ces divers sujets, en tant qu'éléments de composition, et en m'en référant à la première partie du cours pour la structure architecturale des colonnades, arcades, voûtes, plafonds, etc.

SOMMAIRE. — Classification des vestibules. — Vestibules de passage.

— Propylées. — Vestibules à l'entrée de cours d'honneur. — Péristyles. — Porches. — Dispositions variées.

Nous entrons dans l'édifice : quel qu'il soit, il aura nécessairement un vestibule, ne fût-ce qu'un simple passage. Il y a d'ailleurs des variétés infinies de vestibules : on peut dans une certaine mesure les classer d'après leur fonction :

Les vestibules extérieurs à l'édifice, qui eux-mêmes comprennent :

Les vestibules de passage qui donnent accès du dehors à un espace intérieur découvert, par exemple à une cour d'honneur, un jardin, etc.;

Les porches, vestibules ouverts précédant la porte d'entrée d'un édifice; les péristyles sont une variété de porches.

— Les vestibules compris dans l'édifice, savoir :

Les vestibules de traversée, incorporés au bâtiment qu'ils desservent, mais compris entre deux murs de façade parallèles, par exemple les passages de porte-cochére de nos habitations;

Les vestibules incorporés ne desservant que des parties de bâtiments et non des cours, et n'ayant par conséquent qu'une façade ;

— Enfin, les vestibules intérieurs, entourés en tous sens par l'édifice.

Ces divers vestibules peuvent ouvrir sur la voie publique ou sur des espaces appartenant eux-mêmes à l'édifice; par exemple, dans votre École, le vestibule du Palais des Études.

Ainsi, dans ce qui va suivre, ne vous attachez comme situation d'un vestibule qu'à cette différence : son accès est intérieur ou extérieur. Mais lorsqu'il ouvre à l'extérieur, peu importe qu'on y accède par une voie publique comme à l'Hôtel des Monnaies, ou par une cour comme au Palais des Archives.

Il y a encore une autre différence très sensible, résultant du programme aussi bien que de la situation : un vestibule peut être accessible aux voitures, comme ceux de la cour du Louvre, ou réservé aux piétons seuls comme celui de l'Opéra, celui de la Sorbonne, etc. Enfin, le vestibule pourra, au point de vue de sa composition propre, être très différent encore, suivant que l'édifice comportera plusieurs étages ou n'aura qu'un rez-dechaussée. Les facilités ou les difficultés d'éclairage en dépendront autant que la proportion : le vestibule sera bas ou élevé, et devra comporter des points d'appui intérieurs soutenant les distributions des étages, ou au contraire en sera affranchi. Vous voyez quelle variété s'offre à vous pour la conception et l'étude des vestibules.

Leur caractère commun est d'abord, bien entendu, d'être utiles et proportionnés à la composition, mais aussi d'annoncer dignement l'édifice. L'impression qu'on éprouve dès l'entrée ne s'effacera pas, et un noble vestibule donnera mieux que toute chose l'idée d'une noble demeure. Aussi les vestibules ont-ils toujours été une des parties les plus monumentales des compositions architecturales. Transition naturelle entre l'architecture des façades et celle des intérieurs, ils participent des deux : il y faut

plus de finesse et d'élégance que dans une façade qui doit lutter contre l'étendue des espaces extérieurs et les dégradations de la pluie ou de la gelée; mais il est naturel d'y trouver encore l'architecture de la pierre. Les reliefs d'architecture en saillie ou en creux, les colonnes, les piliers accentués, les niches et les renfoncements y sont légitimes, car si c'est déjà un intérieur, c'est un intérieur qui ne recevra pas de mobilier, où toute l'architecture sera visible, et, sauf le cas d'exagérations de mauvais goût, ne contrariera pas la destination. Programme précieux, qui a toujours inspiré les artistes, et a produit des œuvres remarquables entre toutes.

J'ai tout d'abord appelé vestibules, faute peut-être d'un mot plus approprié, ces abris qui sont à l'entrée d'un espace découvert tel qu'une cour d'honneur. C'est en quelque sorte une porte qui, au lieu d'être pratiquée dans un simple mur de façade, est doublée par une baie semblable dans un mur parallèle. Pour vous citer des exemples que vous connaissez, je vous signalerai cette disposition au Palais de l'Elysée, aux Archives nationales, au Conservatoire des Arts et Métiers. Dans ces plans, l'abri dont je parle donne accès à des services immédiats de l'entrée : loge de concierge, corps de garde, portiques de circulation. Ces vestibules ne sont donc pas conçus uniquement pour l'apparat, ils ont aussi leur utilité matérielle. Parfois cependant ils n'ont pas d'autre fonction que d'annoncer et décorer une entrée qu'on veut monumentale : par exemple, l'entrée de la Cour ovale à Fontainebleau. Mais dans tous les cas, c'est un élément qui ne peut trouver sa place que dans l'architecture monumentale, un véritable luxe dans la composition. Ces quelques explications étaient nécessaires pour vous faire bien comprendre quelle est cette première famille de vestibules dont je vais d'abord vous entretenir.

Les vestibules d'accès aux espaces découverts peuvent se réclamer des plus illustres ancêtres. Déjà dans l'architecture égyptienne, nous trouvons notamment les Propylées de l'enceinte d'Edfou (fig. 1648), précédées de longues files de piédestaux de sphinx. Cela devait être d'un effet grandiose, et vous y

remarquerez tout de suite cette tendance invincible de l'architecture — et de l'architecture égyptienne entre toutes — éveiller l'idée de grandeur par le dépassement anormal de la proportion humaine. La grande porte de Louqsor, par exemple, obéit à la même conception que la Porte Saint- Denis; elle ne se mesure pas à la I! 1 1 taille de l'homme , et voulant le

• • I grandir moralement elle exagère son

; • I cadre. En pareille matière, assez est

bien, trop est dangereux : non pas que je trouve excessives ces proportions égyptiennes, mais je suis d'ailleurs tranquille : si c'est un excès, vous n'aurez pas l'occasion d'y tomber.

Mais ces Propylées ne sont souvent qu'une porte, dans un mur à la vérité fort épais. Nous allons trouver le grand vestibule avec les Propylées grecques, à Athènes ou à Eleusis.

Vous savez que les villes antiques avaient leur enceinte consacrée, qui en général était une citadelle en même temps qu'un lieu de piété. Telle était Y Acropole d'Athènes, sur un rocher qui semble le piédestal des plus merveilleux monuments de l'antiquité. On y montait par un grand escalier, au sommet duquel s'ouvraient les Propylées; puis après avoir traversé les Propylées,

Fig. 1648. — Plan du temple d'Edfou.

on pénétrait dans l'enceinte sacrée de l'Acropole. C'était donc bien un vestibule de passage. Je vous en ai montré le plan (V. fig. 83, vol. I, p. 206), reportez-vous-y. En arriére de la colonnade qui forme péristyle ou porche, cinq portes fermaient l'enceinte. Celle du milieu est beaucoup plus large que les autres, comme d'ailleurs l'entrecolonnement milieu du péristyle, non pour le passage des voitures, l'Acropole ne leur étant pas acces-

Fig. 1649. — Propylées d'Eleusis. Plan et élévation.

Fig. 1650. — Propylées d'Eleusis. Coupe.

sible, mais pour le passage des processions, cortèges, et les entrées solennelles; car c'est toujours une nécessité morale, lors même qu'elle n'est pas matérielle, que l'entrée principale domine les autres par sa majesté. L'architecture, comme je vous l'ai dit, est celle des portiques grecs; la même que vous voyez dans les temples, car les Grecs ne cherchaient pas la variété de caractère qui est une des lois de l'architecture moderne. Proportions admirables d'ailleurs, mises en valeur par une exécution dont la perfection est absolue.

Les Propylées d'Eleusis (fig. 1649 et 1650) étaient une inspiration immédiate de celles d'Athènes, avec moins de perfection et moins d'aspect aussi, le terrain étant à peu prés de niveau.

Des compositions analogues existaient évidemment en grand nombre à Rome, à l'entrée des Forums, des enceintes, des grands Palais. Il en reste un exemple bien conservé, le Portique d Octavie (V. façade, fig. 51, vol. I, p. 151). Ici encore, ce vestibule de passage est un péristyle à six colonnes, mais il s'ouvrait latéralement sur des portiques moins élevés, larges, avec lesquels il communiquait par des arcades (fig. 165 1). Je ne sais s'il était fermé, peut-être par des grilles. On voit d'ailleurs par des restants de piliers çà et là, que souvent à Rome ces grandes entrées étaient constituées de préférence par des arcades, disposition plus naturelle pour de larges passages, surtout si les

voitures y doivent trouver accès.

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rig. 1651. — Portique d Octavie, a Rome. *

d'une enceinte, et cette enceinte elle-même avait une entrée monumentale. Telle était à Rome celle du Temple de Vénus et de Rome, dont la restitution est à peu près certaine. Il devait en être de même des forums créés d'un jet, forum d'Auguste, de Nerva, de Trajan, etc. Mais je ne veux pas vous lancer dans le champ indéfini des hypothèses; et même lorsque nous trouvons le monument encore existant, nous savons peu, il faut bien en convenir, comment on s'en servait. Je passerai donc rapidement sur ces antiquités.

Plus tard, et pendant tout le Moyen-âge, ces entrées furent des ouvrages plutôt militaires, avec toutes les exigences de la fortification d'alors. Il serait donc illogique d'y voir des vestibules proprement dits. Cet élément pacifique ne reparaît qu'avec des temps moins troublés, et encore l'usage des fossés ou douves se continua-t-il longtemps, par tradition plus que par utilité.

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Parmi les vestibules de passage ainsi compris, on peut citer celui du château d'Anet (fig. 1652, 1653 et ^54), remarquable par l'élégance de son architecture et des sculptures qui le décorent, et un peu plus tard celui du château de Maisons (fig. 1655 et 1656), déjà plus simple et n'affectant plus les allures semi-militaires des précédents.

A Paris même, vous pouvez voir plusieurs vestibules qui servent ainsi d'entrée à une cour d'honneur : c'est la porte cochère qui, au lieu d'être simplement ouverte dans un mur, accède à un porche entre des pavillons de portier, corps de garde, etc., comme par exemple à l'Elysée, ou au Conservatoire des Arts et Métiers, ou bien à un portique, souvent élargi en ce point, comme à la Chambre des Députés, à la Légion d'honneur, à l'Hôtel Soubise (Palais des Archives), etc. Dans ces édifices, le vestibule s'accuse en façade par l'architecture de la porte, souvent plus élevée que son entourage : proportion qui d'ailleurs se rencontre fréquemment aussi dans les hôtels où la porte est simplement ouverte dans un mur comme l'hôtel Pozzo di Borgo, rue de l'Université; l'hôtel de Castries, rue de Varennes; l'hôtel des Conseils de guerre, et tant d'autres.

Mais le vestibule de passage donne lieu souvent aussi à un pavillon nettement accentué, saillant en plan et silhouettant en élévation; il devient alors un bâtiment central d'entrée de l'édifice. Deux exemples, entre autres, de cette disposition sont

Fig. 1652. — Entrée du Château d'Anet.

Plan du rez-de-chaussée.

célèbres : l'entrée du Palais du Luxembourg (fig. 1657), et l'en~ trée de la cour ovale de Fontainebleau (V. plus haut, vol. I, fig.

Fig. 1653 ." — Château d'Anet. Élévation extérieure.

Fig. 1654. — Château d'Anet. Élévation intérieure.

135, p. 251), appelée Baptistère de Louis XIII. Avec des formes très dissemblables, ces deux pavillons ont une analogie marquée

de composition. Les portiques latéraux sont couverts en terrasse, et livrent ainsi une circulation découverte au niveau du

Fig. 1656. — Entrée du château de Maisons. Façade.

premier étage ; et à ce premier étage, au-dessus du vestibule d'entrée, le pavillon se complète lui-même par un étage, salle voûtée avec fenêtres au Luxembourg, loggia ouverte à Fontainebleau.

Ces vestibules d'entrée sont nécessairement clos du côté de l'extérieur, par une porte en menuiserie ou une grille; ils peuvent avoir une seule porte, ou offrir des portes secondaires pour le passage des

Fig. 1655. — Entrée du château de Maisons. Plan.

piétons, la grande porte centrale étant réservée aux voitures.

Cette disposition est même la plus fréquente, car elle répond à un besoin véritable. Mais du côté de la cour ces motifs restent ouverts; ce n'est en effet qu'un passage, un abri momentané, qui remplit parfaitement sa fonction s'il est couvert mais non clos. La profondeur en est généralement assez faible; il n'y a donc ici nulle difficulté d'éclairage. L'étude de cette première variété de vestibules est exonérée de diverses sujétions qui se rencontreront plus loin.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que ces motifs ne sont à leur place que dans

l'architecture monumentale, en avant des cours grandioses. Ils

Fig. 1657. — Entrée du Palais du Luxembourg.

supposent ordinairement, d'ailleurs, la volonté du compositeur de clore la cour, d'y laisser pénétrer le regard tout au plus par une grille au lieu d'une porte pleine, et alors le portique latéral est ouvert sur la cour seulement, fermé sur l'extérieur : tel est le cas au Luxembourg (où les arcades extérieures du portique sont bouchées) et à Fontainebleau. Cependant, ce n'est pas là une régie constante, puisque dans les exemples même que je viens de vous citer, vous voyez la Chambre des Députés et le Palais de la Légion d'honneur, où les portiques sont aussi transparents que la porte centrale. Question de programme et aussi de caractère. La destination, militaire à l'origine, de ces vestibules d accès ou passages d'entrée se retrouve dans quelques programmes, avant tout dans celui de la prison ; et aussi dans les programmes d'édifices financiers, tels que la Banque de France, le Crédit foncier, etc., où ce premier passage peut au besoin être fermé par de doubles portes très solides : je n'ai pas besoin de dire pourquoi. Ailleurs, ce vestibule donnera accès à un corps de garde, à un poste de police, à un poste de surveillance. En général, on peut considérer que, en dehors de la question d'aspect, ces vestibules d'entrée ont aussi pour objet de constituer entre la cour d'honneur et la voie publique une séparation plus efficace que celle qui résulte simplement d'une porte ouverte dans un mur.

Les porches sont des vestibules, ouverts également, et ordinairement extérieurs, mais adossés à un bâtiment : le caractère distinctif du porche est de précéder la porte. C'est un abri hospitalier, monumental ou non, pauvre ou riche, qui permet d'attendre, à couvert ou à l'ombre, l'ouverture de la porte. L'auvent, la marquise sont des porches sans points d'appui, mais le nom de porche est réservé à l'abri constitué par des piliers, des plafonds ou des voûtes, soit qu'il fasse saillie sur la façade de

Éléments et Théorie de l'Architecture. — IV. 15

l'édifice, soit au contraire qu'il soit pratiqué en renfoncement. Aussi, quoique la nécessité des classifications m'ait fait intituler le présent chapitre « Vestibules extérieurs », j'y comprendrai les diverses variétés de porches.

Je vous ai déjà parlé des porches d'églises à propos de l'architecture religieuse; je n'y reviendrai donc pas dans la présente étude.

Le porche est souvent un portique en saillie; en ce cas, il peut exister au rez-de-chaussée seulement, et être couvert par une toiture et une terrasse : disposition très simple, mais qui a l'inconvénient de diminuer l'importance de la façade, qu'elle subdivise en retraits à plusieurs plans. Cela pourra être très justifié sur des façades latérales ou postérieures, plus rarement sur une façade principale. Ou bien le porche du rez-de-chaussée sera surmonté de salles quelconques aux étages, et alors le motif devient un pavillon milieu, saillant, dont le rez-de-chaussée est ouvert. C'est plus qu'un porche, et je n'insisterai pas davantage sur cette composition.

L'antiquité nous a laissé de nombreux exemples de porches, que nous désignons plus souvent sous le nom de péristyles. Ce sont les espaces enclos de colonnes qui précèdent soit les temples, soit divers monuments civils.

On a classifié ces péristyles en une foule de genres et sousgenres, sous des noms assez peu compréhensibles pour nous : diptères, périptères, pseudo-périptères, picnostyks, eustyles, prostyles, amphiprostyles, etc., etc. Ce jargon n'est pas nécessaire pour faire comprendre que la disposition peut varier, et que la proportion n'a rien de mathématique.

En réalité, ces porches ou péristyles peuvent se ramener à trois dispositions : ils sont de la largeur du bâtiment qu'ils précèdent, ou plutôt de la salle — temple ou autre — à laquelle ils introduisent; ou ils sont plus larges et comprennent en

Fig. 1658. — Exemple de temple in autis.

outre la largeur de portiques latéraux; ou enfin ils sont moins larges et s'y adossent.

Le premier cas est celui des temples les moins importants, l'ordonnance de la façade ne dépasse pas en général quatre ou six colonnes — trois ou cinq entrecolonnements. Les dispositions peuvent d'ailleurs différer : tantôt les murs latéraux se prolongent et embrassent le porche, qui n'a pas d'ouvertures latérales ; alors, ces murs ont en tête deux pilastres, ordinairement de même largeur que Le diamètre de la colonne : le mur latéral est donc nécessairement moins épais que le diamètre de la colonne; c'est ce qu'on exprime par la désignation latine de temple in autis, c'est-à-dire entre pilastres (fig. 1658). Tantôt, au contraire, les murs n'existent qu'au long de la salle, et les colonnades du péristyle se retournent latéralement par un ou plusieurs entrecolonnements sensiblement égaux à ceux de la face principale. Tel est, par exemple, le temple de la Victoire Aptère, à Athènes (fig. 1659 et 1660), avec cette particularité que ce temple n'avait pas de porte, de sorte que l'on ne peut dire absolument que son péristyle formât un porche. V Erechtheion (fig. 1661) est un exemple plus complet, de même que, entre bien d'autres, le temple d'Antonin et Faustine, à Rome (fig. 1662).

Ou, enfin, l'architecture des colonnes de la face principale se retourne latéralement, et, de plus, à partir du mur de face de la salle ou Cella, cette architecture se continue par des colonnes engagées. C'est la composition du temple de la Fortune virile, à Rome, de la Maison Carrée de Nîmes, du Temple de Préneste (Palestrine).

Le second cas — porches plus larges que la salle ou Cella — est celui de la plupart des grands temples antiques. L'architec-

ture du péristyle se retourne en colonnades sur les quatre îaces du monument, donnant lieu à des portiques latéraux, et à

un péristyle pos-

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teneur qui peut n'avoir également que la largeur d'un portique.

Il n'existe pas d'exemples de cette disposition avec quatre colonnes seulement de face : il resterait trop peu de largeur pour la salle. Mais on la trouve avec six colonnes, notamment à Pestum,

iFig. 1659.

Temple de la Victoire Aptère, à Athènes. Vue.

Fig. 1660. — Temple de la Victoire Aptère, à Athènes. Plan.

à Ëgine, et dans plusieurs autres temples doriques. Avec huit colonnes comme au Parthénon, elle permet plus d'aisance et une largeur plus monumentale de la Cella.

Reportez-vous au plan du Parthénon (fig. 243, vol. I, p. 313) et remarquez bien la combinaison du porche. Après la rangée des colonnes de façade, vous voyez une seconde rangée de six colonnes : les entrecolonnements de celles-ci ne sont pas les mêmes,

VESTIBULES

l'ordre n'est pas pareil. Plus fin, il est élevé au-dessus de quelques marches ; et les portiques latéraux clos en façade par la colonnade extérieure en ligne avec la colonne d'angle du péristyle, sont plus larges que l'entrecolonnement d'angle.

En fait, aucun axe des façades extérieures, sauf l'axe principal, ne devient un axe intérieur. Cette liberté de composition, qui permet de donner à chaque partie du plan les dimensions désirées, résulte, comme je vous

l'ai indiqué, de la structure des plafonds grecs, où aucune ligne de soffite ne commande la juxtaposition des points d'appui. Le plan du Parthénon ne serait pas possible avec des architraves retournées comme celles de la colonnade du Louvre ou de la place de la Concorde : exemple saisissant de la solidarité inévitable entre la composition d'un plan et les moyens d'exécution qui permettront de le réaliser, et nouvelle preuve qu'un plan doit s'étudier en pensant toujours à la structure supérieure qui en relie les diverses parties.

A Rome aussi nous trouvons de nom- Ficr l662

breux exemples de cette disposition, dont la Templ\^Z^ Faus"

Fig. 1661. — Plan de l'Erechtheion, A Athènes.

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beauté majestueuse devait séduire les Romains. Un des mieux conservés, comme plan tout au moins, est le grand temple, ou plutôt les deux temples adossés l'un à l'autre, de Vénus et Rome (V. plus haut, vol. III, fig. 940, p. 173).

Le temple de Mars Vengeur, celui de Jupiter Stator, dont il reste des parties de façades latérales avec colonnades, étaient nécessairement conçus suivant cette disposition.

Du troisième cas enfin — péristyles adossés à un édifice

plus large — je vous citerai deux exemples, l'un à Athènes, le temple de Minerve-Poliade (Voir plus haut, le plan de l'ensemble de ce temple et de l'Erechtheion, fig. 1661), l'autre à Rome, le célèbre péristyle du Panthéon dit d'Agrippa (fig. 1663).

(V. plus haut, le plan d'ensemble du Panthéon, fig. 364, vol. I, p. 471.) Pour ce dernier, il paraît certain, d'après les récents travaux de M. Chedanne, que ce n'est qu'une transformation postérieure, et que le péristyle originaire devait avoir dix colonnes de face au lieu de huit, et qu'ainsi s'expliquent certaines anomalies de détail, comme la pente exagérée du fronton et l'inclinaison irréguliére de ses ornements. Mais il n'importe, et tel qu'il est, ce péristyle est comme composition un des plus grandioses, sinon le plus grandiose, qui s'offre à notre admiration.

Seulement, tandis que pour les plans grecs tels que celui des péristyles du Parthénon, vous vous rendez facilement compte de la construction monumentale qui les recouvrait, ici l'esprit hésite, et l'on se demande, en présence de ces dimensions qu'un

Fig. 1663. — Péristyle du Panthéon de Rome.

VESTIBULES. LES VESTIBULES EXTERIEURS 2}l

plafond en pierre ou en marbre ne saurait franchir, s'il faut admettre que ce porche monumental fût couvert par des plafonds en bois ou des charpentes apparentes. Mais tout indique qu'il était voûté, et en effet des témoignages sérieux font connaître qu'il était voûté, mais voûté en bronze. Inutile d'ajouter que ce bronze a trouvé son emploi ailleurs.

Voilà donc trois dispositions générales de porches ou péristyles antiques. Vous en pouvez voir encore bien des exemples dans votre bibliothèque. Cherchons quel enseignement ils nous proposent.

Un porche n'a de valeur, et ne mérite la création d'un motif spécial, que s'il répond à son programme d'abri, et s'il contribue à la beauté du monument. Or, vous remarquerez que tous ces porches ou péristyles sont profonds; ils le sont plus ou moins, mais toujours plus qu'une simple largeur de portique. Et plus ils sont profonds, plus ils sont beaux; plus ils sont profonds, plus ils conviennent à l'attente d'un public sans doute nombreux. Le Parthénon avec sa double rangée de colonnes, le Panthéon de Rome avec ses colonnades longitudinales, produisent les plus magnifiques effets qu'on puisse attendre de cette belle composition.

Contrôlez cette conclusion par l'étude des exemples modernes que vous connaissez bien. Le motif une fois admis, et sous réserve des restrictions que peut comporter la façon dont on l'a construit, quels sont à Paris les péristyles qui vous donnent satisfaction, relativement tout au moins ? Les plus profonds, Saint-Vincent-de-Paule, Notre-Dame-de-Lorette, le Panthéon, la Magdeleine. Voyez au contraire la Chambre des Députés, où l'on a voulu certes faire monumental, mais où ce grand fronton au haut d'un grand perron ne recouvre que la profondeur d'un simple portique : il semble qu'on bute contre un obstacle, que

l'accès soit aussi impuissant que la vue à pénétrer au delà de ce mur malencontreux.

Ne croyez donc pas que ce motif de quatre, six, huit colonnes et un fronton soit un motif banal qui n'appelle pas l'étude très attentive d'un plan. On n'est jamais obligé de l'employer : quand on le fait, il faut que ce soit dans les conditions qu'il exige impérieusement, et dont la première est .cette profondeur monumentale sans laquelle il n'y a pas de beau péristyle.

Le porche comporte bien d'autres dispositions, et tout d'abord le portique en avant du monument, conservant toujours ce caractère d'adjonction qui constitue le porche, que ce portique soit d'ailleurs formé de colonnades ou d'arcades, et à la condition que ce portique précède l'entrée. Ces grands porches, dont l'étendue est nécessairement considérable, n'ont guère d'application que pour de grands édifices. C'est dans l'architecture municipale qu'on en trouve les plus remarquables exemples : entre autres, je vous citerai la belle façade de l'Hôtel de Ville d'Audenardes (V. plus haut, fig. 786, vol. II, p. 457), si heureusement précédée de son porche de sept arcades, dont celle du milieu, plus robuste, porte la loge centrale et le beffroi. Toutefois, il est difficile en pareille matière de préciser l'appellation de ces portiques : ainsi, on appellera rarement porche un portique communiquant par de nombreuses ouvertures avec l'intérieur, comme celui de la gare de l'Est, à Paris. Simple question de langage après tout, dont l'importance est minime.

Il est d'ailleurs bien difficile d'établir une démarcation entre le porche et le portique extérieur. Tout portique extérieur sert de porche à l'édifice qu'il précède, mais en général il sert aussi de passage à ceux qui suivent la voie publique sans avoir affaire dans l'édifice. On peut cependant dénommer porches les por-

tiques qui se limitent à la façade du monument, surtout ceux dont les extrémités latérales sont closes, et qui par conséquent ne sont pas créés pour la circulation. Cette addition de portiques est surtout fréquente dans les pays méridionaux; il y est en effet plus nécessaire de s'abriter de la chaleur, dont le porche défend non seulement les personnes qui s'y tiennent, mais aussi les pièces du rezde-chaussée lui-même; et d'autre part on craint moins dans ces pays d'obscurcir un rez-de-chaussée en l'éclairant de second jour. L'Hôtel de Ville de Brescia, le palais public de Vérone nous offrent des exemples très intéressants de cette disposition.

Le plus souvent, les porches consistent en une arcade, large et profonde, ouverte sur la façade en avant de la porte. C'est toujours l'abri d'attente. Ces porches peuvent être en saillie, comme au Palais public de Sienne (fig. 1664), lorsque des alignements rigoureux ne s'y opposent pas; tel est encore le porche qui précède l'intéressante façade du Palais de Justice de Dijon (fig. 1665 et 1666). Parfois, par des raisons spéciales, l'entrée véritable de l'édifice est au premier étage, et de hauts perrons conduisent du sol à un porche relevé. Cette disposition originale se trouve à Rouen,

Fig. 1664. — Palais public de Sienne.

au monument dit de la Fierté (V. plus haut, fig. 1466, p. 18); là, le porche est élevé au-dessus d'une arcade qui forme l'ouverture d'un passage allant d'une voie publique à une autre. Mais, le plus souvent, on est obligé de pratiquer les porches en renfoncement. Leur étude est celle d'une arcade, en harmonie

. Fig. 1665. — Porche du Palais de Justice de Dijon. Élévation et coupe.

avec l'édifice; c'est tout ce qu'on en peut dire. La Porte dorée de Fontainebleau (fig. 1667) était à l'origine un porche de ce genre; mais depuis on l'a fermée, et en son état actuel elle ne peut être citée comme exemple de porche. Les anciens porches ont souvent subi la loi commune de la clôture, ainsi les grandes arcades de l'ancien Hôtel de Ville de Paris. C'est que le porche, conception hospitalière, devient pour l'édifice une cause de dégradations et de souillures si, comme c'est trop fréquent, le

Fig. 1666. — Le Palais de Justice de Dijon. Façade.

public en abuse à tous les points de vue. En architecture aussi, la générosité est souvent duperie.

Il faut encore classer parmi les porches les vestibules extérieurs de descente de voiture. Je vous en ai parlé à propos des églises, et surtout à propos des théâtres, en vous montrant que

la difficulté inévitable est dans le dégagement rapide des voitures ; aussi pour les programmes qui exigent une circulation très intense et très rapide, il faut bien admettre qu'il n'y a pas de solution qui vaille pratiquement la grande marquise, comme à la gare d'Orléans, ou la grande cour couverte, comme à la gare du Nord.

Mais lorsque la circulation n'atteint pas un tel développement, on cherche volontiers à assurer la descente à couvert avec les éléments plus monumentaux du porche ou du vestibule. Ils peuvent être de deux sortes : vestibules pénétrant sous l'édifice : c'est le cas des passages ordinaires de portes cochères, ou des grands vestibules de l'Hôtel de Ville vers la place Lobau, correspondant aux sorties par les deux grandes arcades sur la façade principale — ou vice-versa; ou bien ils sont adossés à l'édifice et par conséquent extérieurs, comme à l'église de la Trinité. Les premiers ont cet avantage que, s'il ne s'agit pas

Fig. 1667. — Pavillon de la Porte dorée, à Fontainebleau.

d'une file de voitures, le vestibule peut être fermé par deux portes, et l'on peut au besoin refermer la porte sur rue et ne pas ouvrir encore la porte sur cour pendant qu'on descend de voiture ou qu'on y monte. C'est plus confortable; mais, d'autre part, il y a le grave inconvénient de la sonorité ; de tous les étages on entend le roulement de la voiture ; peut-être lorsqu'il n'y aura plus que des roues munies de pneumatiques pourrat-on négliger cette considération. La descente de voiture adossée n'est que couverte, elle n'est pas close, à moins de prendre une importance excessive. Puis, dans une ville, elle oblige à un sacrifice très préjudiciable de terrain, en forçant à une retraite considérable sur l'alignement, du moins lorsque l'édifice est en bordure de la voie publique. Si la descente à couvert est au fond d'une cour, il faut que la cour soit grande, pour permettre cette saillie en avant du bâtiment principal, et pour permettre l'évolution circulaire de la voiture.

Quant aux difficultés résultant de l'encombrement, dans le cas d'affluence de voitures, je les ai exposées à propos des théâtres : elles seraient les mêmes pour tout édifice où de nombreuses voitures se présentent simultanément, partout notamment où il se fait de grandes réceptions. Je n'y reviendrai pas.

SOMMAIRE. — Vestibules traversant le bâtiment. — Passages de porte cochère. — Passages d'entrée. — Vestibules monumentaux. — Vestibules de la profondeur d'un bâtiment. — Vestibules dans le sens de la longueur d'un bâtiment.

J'arrive aux vestibules incorporés, ou plus généralement aux vestibules faisant partie intégrante de l'édifice, et ne présentant plus ce caractère d'adjonction ou de local ouvert, qui constitue le porche. Voyons d'abord les vestibules qui traversent le bâtiment, le plus souvent entre une voie publique et une cour, souvent aussi entre deux cours, ou donnant accès d'un côté à un jardin : peu importe; les vestibules que je considère en ce moment sont caractérisés par ce fait qu'ils sont compris entre deux murs de façades, comme par exemple ce beau vestibule de l'Hôtel des Monnaies que je vous ai montré plus haut (Vol. I, fig. 9, 10, 10 bis).

Ils sont innombrables, et je ne saurais même vous en faire une sèche énumération. Mais ils appellent quelques remarques au point de vue de la composition.

Le plus élémentaire est le simple passage, soit allée pour les piétons, soit passage de porte cochère. De l'allée, je n'ai rien à

vous dire, sinon que malgré sa modestie elle peut encore être élégante. L'artiste ne doit dédaigner aucun programme.

Pour la composition générale du plan, vous aurez à examiner si votre allée d'entrée peut occuper le milieu, ou si elle doit être rejetée sur un côté. Le plus souvent il en sera ainsi, car la

simple allée ne convient qu'à des bâtiments modestes, peu étendus par conséquent en façade, et il serait peu commode de trop diviser les espaces. Aussi la plupart des jolies et petites maisons d'Orléans, de Troyes (fig. 1668), de Dijon, de Lyon, etc., ont-elles franchement leur entrée sur le côté, sans souci d'une symétrie qui n'a guère d'intérêt dans une suite de maisons juxtaposées.

Ces considérations s'appliquent souvent aussi aux passages de portes cochères, dont l'emplacement est régi encore par une autre nécessité : il faut qu'une voiture puisse facilement tourner dans la cour, chose souvent malaisée à réaliser avec nos exiguïtés de terrain.

Au surplus, dans l'architecture d'habitation à étages multiples, la place de ce passage ne pourra être déterminée que par suite des distributions des étages. Que le rez-de-chaussée soit affecté au commerce ou à l'habitation secondaire, son plan sera toujours une conséquence. Vous devrez notamment arrêter les emplacements des murs de refend recevant les cheminées, et ces murs devront se traduire tout au moins par des piles dans le plan du rez-de-chaussée. Or, il est bien évident que vous ne subordonnerez pas la composition de

Fig. 1668. — Plan de maison, à Troyes.

cinq ou six étages à celle d'un rez-de-chaussée distribué a priori. C'est le contraire qui aura lieu. De même la place du grand escalier, des escaliers secondaires ou de service, sera déterminée par la distribution des appartements : ici encore le rez-dechaussée sera une conséquence. Et comme il faut que du passage d'entrée on gagne facilement les escaliers, ce sera ici encore une considération qui réglera l'emplacement du passage de porte cochére. Rien ne serait donc plus imprudent que de l'arrêter d'abord. Passage d'entrée, accès des escaliers, loge du concierge, tout cela forme un ensemble qui doit se grouper, mais qui ne peut se grouper que là où la distribution des étages en autorise l'emplacement; et sauf, bien entendu, à ne pas arrêter votre distribution d'étages ne varietur, mais en vous laissant au contraire la latitude de la réviser dans la mesure du possible, si l'étude du rez-de-chaussée vous en démontrait la nécessité. Je vous ai déjà dit tout cela, mais il y a des vérités qu'il est sage de répéter.

Le passage de porte cochére n'est en somme qu'une allée plus large, voûtée ou plafonnée. Mais ici des précautions particulières s'imposent. En général, nos maisons — je ne parle pas des grands hôtels — n'ont pas d'autre entrée ; ce passage sert donc à la fois aux voitures et aux piétons. Nous ne pouvons le faire bien large, ou alors il devient un véritable vestibule ; son étroitesse le rend donc dangereux : non pas tant pour le piéton qui le suit dans le sens de sa longueur, que pour celui qui l'aborde transversalement. Aussi est-il très utile que partout où il peut y avoir croisement de circulation, au débouché d'une loge de concierge, d'un escalier, d'une porte d'appartement, il existe un élargissement. Il ne faut pas que par exemple quelqu'un sonnant à une porte en attendant qu'on ouvre, puisse être serré entre le mur et une voiture qui entre ou sort. Ce danger n'existe pas

Éléments et Théorie de l'Architecture. — IV. 16

lorsque les proportions peuvent être monumentales, ni surtout quand on peut avoir des portes latérales pour les piétons : je ne vous le signale que pour la pratique courante de nos maisons, où il a fallu réunir en une seule les deux espèces de portes, par l'expédient du guichet, petite porte qui s'ouvre dans j^m j mm la grande.

j ,':'\ Dans ces passages où l'étude est toujours

fff fej la lutte contre l'étroitesse, il importe d'éviter

les saillies qui sont toujours des encombrements. D'ailleurs, la fréquence des allées et venues, souvent avec des fardeaux, expose les parois aux dégradations : la pierre écornée ou salie est une menace permanente.

Aussi dans les exemples dont l'étude est la plus judicieuse, vous verrez ces parois unies, en pierre dure, polie s'il est possible; ou encore l'emploi des panneaux de marbre ou de stuc. Plus haut, hors de l'atteinte, la richesse et la décoration sont légitimes.

Encore un soin nécessaire : la porte sera fréquemment ouverte, et il ne faut pas qu'elle bute contre des parties décorées. Si donc l'étude comporte des motifs et des axes, la décoration ne doit commencer qu'au delà de l'ouverture de la porte. Il en sera de même de la porte sur cour, si le passage est fermé à ses deux extrémités, et si la porte ouvre intérieurement (fig. 1669). Enfin, il faut éviter que les eaux pluviales de la cour passent à découvert par des caniveaux dans le passage de porte cochére; mais il faut cependant que ce passage ait une légère pente pour l'écoulement des eaux de lavage : pente qui suivant les cas pourra se diriger vers la rue ou vers la cour. Je suppose ici que la maison considérée borde

Fig. 1669. — Passage de porte cochère.

une rue pourvue d'égouts. Toutes les rues devraient en avoir, et il n'y a guère de ville qui ne s'applique à réaliser ce progrès nécessaire. Cependant, vous n'êtes certainement pas sans avoir vu, dans des quartiers sacrifiés, cette vieille disposition du caniveau recevant non seulement les eaux pluviales mais même les eaux ménagères, et les conduisant au ruisseau de la rue en longeant le passage d'entrée, puis en passant sous le trottoir dans une gargouille en fonte. Cela est barbare et nauséabond, et il faut espérer que ce ne sera bientôt plus qu'un souvenir.

Parmi les exemples de vestibules qui ne sont en réalité que des passages de porte cochère, l'un des plus ingénieux que vous puissiez voir est celui de l'ancien hôtel de Beauvais, rue François-Miron, à Paris (fig. 1670), que j'aurai d'ailleurs à vous citer encore à propos des escaliers et des cours. L'escalier s'ouvre ici à l'extrémité du passage, et l'élargissement nécessaire est obtenu au moyen d'un porche circulaire très ingénieusement combiné. Cet hôtel est aujourd'hui, comme presque tous ceux de ce quartier, occupé par le commerce et a certainement beaucoup perdu de son ancienne élégance; il mérite cependant encore d'être visité et étudié comme exemple de dispositions originales dans un terrain très restreint, et des résultats que peut obtenir la volonté d'étude qui ne se laisse pas décourager par les difficultés.

Dans nos habitations, on voudrait bien que le passage de porte cochère fût élevé, voûté, la maison serait ainsi plus dignement annoncée. Mais nos rez-de-chaussée ont rarement une hauteur qui le permette, et alors il faut sacrifier une partie de l'entresol. Possible encore quand le passage est à une extrémité du plan, cette disposition est bien difficile si cette lacune à l'entresol doit séparer une partie de cet étage des escaliers, à moins que les entresols n'aient des escaliers spéciaux. Il y a des exemples de distributions où il a fallu faire une double cage

d'escalier, uniquement à cause de la hauteur du passage de porte cochére, notamment au Ministère de l'Instruction publique, rue de Grenelle. Évitez d'en être réduits à cette nécessité.

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Fig. 1670. — Ancien hôtel de Beauvais, à Paris.

Mais abordons les vestibules monumentaux. Dans le cas présent, ils sont presque toujours composés d'un passage central plus important, réservé aux voitures, et de deux passages laté-

VHSTIBULES. LES VESTIBULES INCORPORES

raux pour les piétons. Parfois cependant le passage de voitures est double, notamment lorsque les circulations de voitures sont très fréquentes, par exemple dans les grands hôtels de voyageurs, les cercles, etc., on a ainsi l'entrée et la sortie; enfin le vestibule a quelquefois cinq divisions en largeur, comme celui de la Monnaie. Il semble que ces vestibules devraient toujours

Fig. 1671. — Ancien hôtel de Rohan, à Paris

avoir trois portes, correspondant aux trois passages ; plusieurs pourtant n'en ont qu'une, par des considérations de façade, au Louvre notamment.

Lorsque dans un édifice, privé ou public, on doit prévoir des réceptions nombreuses, un accès unique, si large qu'il soit, devient insuffisant à certains jours. Il faut que la voiture après être entrée, après que ses hôtes en seront descendus, pénétre dans la cour, tourne et revienne parcourir en sens inverse le même passage. Si une autre voiture se présente à ce

moment pour entrer, ce sera un conflit ou une obstruction. Il faut alors que des préposés quelconques dirigent les mouvements, pilotent les voitures — et soient obéis. La double porte

remédie à cet inconvénient, mais surtout il est supprimé si les voitures après être entrées par la façade principale peuvent s'échapper latéralement par des portes de sortie. Mais cela n'est possible que pour desbâtimentsbordés de rues latérales, ou si la façade est assez étendue pour que, de la cour d'honneur, on puisse passer dans des cours latérales ayant une entrée de service sur la même voie.

Je puis vous citer dans le premier cas l'Elysée ainsi que le plan de l'ancien hôtel de Rohan (fig. 1671), devenu l'Imprimerie nationale, dont l'entrée principale est rue Vieille-du-Temple, mais qui a une sortie secondaire sur la rue des Quatre-Fils; dans le second, celui de l'ancien hôtel de Roquelaure, aujourd'hui Ministère des Travaux publics (fig. 1672), ou encore avec de

Fig. 1672. — Ancien hôtel de Roquelaure.

1, grande cour. — 2,2, vestibule. — 3,3, antichambre. — 4,4, seconde antichambre.

— 5, salle d'assemblée. — 6,6, chambre à coucher. — 7, chambre de parade.

— 8, salon. — 9, cabinet. — 10,10, garde-robe. — 11, chapelle. — 12,12, petite cour. — 1 3, salle à manger. — 14, office. — 15, salle du commun. — 16, cuisine.

— 17, lavoir. — 18, garde-manger. — 19, logement du portier. — 20, forge.

— 21,21, écurie. — 22,22 remise. — 23, cour des écuries. — 24, logement de l'intendant.

plus vastes proportions de la cour secondaire, l'ancien hôte] d'Auvergne (fig. 1673), rue de l'Université, avec cette observation cependant que dans ces hôtels, comme dans la plupart de ceux des xvne et xvme siècles, on ne descendait pas de voiture dans un vestibule clos. On se contentait alors de descendre devant un

Fig. 1673. — Ancien hôtel d'Auvergne, à Paris.

perron. C'est ce qui fait que dans presque tous les anciens hôtels, vous voyez qu'on a dû ajouter des marquises d'abri. Exemple entre autres des changements que les habitudes publiques apportent dans nos programmes.

La composition de ces vestibules est avant tout dictée par le souci des communications : un vestibule ne s'étudie pas, abstrac-

tion faite de ce qu'il dessert, soit directement comme souvent le grand escalier, soit indirectement au moyen de portiques, galeries, etc.

Entre les deux murs de façades qui limitent notre vestibule de traversée, il peut y avoir un bâtiment simple ou double en profondeur; un bâtiment accompagné d'un portique sur la cour; le vestibule peut être pratiqué dans le sens de la longueur d'un bâtiment perpendiculaire à la voie publique et éclairé par des

cours latérales; enfin le vestibule peut ouvrir en diagonale sur la cour, dans un pan coupé ou une rotonde. Chacune de ces dispositions peut se prêter à des combinaisons multiples.

Le premier cas est le

plus fréquent chez nous.

Parmi tant d'exemples, je vous citerai les deux plus parfaits des

quatre vestibules de la cour du Louvre, celui qui aboutit à la

rue de Rivoli (fig. 1674), et surtout celui qui sous le Pavillon de l'Horloge réunit le Louvre au Carrousel (fig. 1675).

Les deux autres ont subi après coup des modifications qui altèrent quelque peu leur composition primitive.

Les premiers présentent tous deux la même dispositon, deux

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Fig. 1674. — Vestibule de la cour du Louvre, en face de la rue de Rivoli.

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Fig. 1675. — Vestibule de la cour du Louvre, en face des Tuileries.

VESTIBULES

LES VESTIBULES INCORPORES

rangs de colonnes accouplées séparent les trois passages, mais dans l'un elles portent un entablement en plate-bande recevant la voûte en berceau, dans l'autre elles sont reliées par des arcs formant pénétration.

Un très beau vestibule à passage de voitures est encore celui qui à Versailles donne accès de la Cour aux Jardins (fig. 1676), et qui se double par l'antichambre de la chapelle; de même le vestibule de l'École militaire (fig. 1677) qui joint la Cour d'honneur au Champ-de-Mars ou encore le beau vestibule de l'Hôtel de Ville de Rouen (fig. 1678 et 1679), celui-ci en haut d'un perron.

Vous connaissez tous, je pense, les beaux vestibules de l'Hôtel de Ville de Paris, si ingénieusement composés par Lesueur, et dont vous avez tous les dessins dans la grande monographie de ce monument. Je vous en ai d'ailleurs montré le plan général (Vol. II, fig. 600).

Fig. 1676.

Vestibule de passage près de la ch.ipelle, à Versailles.

Fig. 1677. — Vestibule de l'École militaire, à Paris.

Fig. 1679. — Hôtel de Ville de Rouen.

Fig. 1678. — Hôtel de Ville de Rouen. Plan.

Peut-être encore puis-je classer parmi les vestibules qui nous occupent en ce moment, les grands passages de voitures du

Fig. 1680. — Pavillon d'entrée Je la place Royale, à Paris.

quai à la place du Carrousel, avec les passages de piétons sous les pavillons de Lèsdiguiére et de la Trémouille. Mais ici, le vestibule atteint toute l'ampleur d'une voie publique. L'étude en est d'ailleurs magistrale. Le vestibule servant à la traversée

d'une voie publique a été pendant longtemps assez en usage : à Paris, il y avait ainsi l'arcade Saint-Jean à l'Hôtel de Ville, l'arc de Nazareth à l'ancienne Préfecture de police ; on voit encore le pavillon qui relie la rue de Bretonvilliers à la rue Saint-Louis-en-1'Ile, et cet autre grand pavillon servant d'entrée

Fig. 1681. — Vestibule du Palais-Royal.

à la place Royale (fig. 1680) lorsqu'on y vient de la rue Saint- Antoine.

Enfin, avec une épaisseur de bâtiments exceptionnelle, presque deux bâtiments adossés, il est juste de citer celui du Palais Royal (fig. 1681), très intéressant par lui-même, et qui,

par une galerie d'un grand effet, conduit à ce magnifique escalier de l'architecte Contant d'Ivry, le plus beau peut-être qui existe en France de tous les escaliers d'hôtels ou de palais.

Les plans de ces vestibules vous en diront plus que ne saurait le faire toute description, et je pense d'ailleurs que vous les connaissez.

C'est dans l'architecture italienne surtout que nous trouvons le vestibule de traversée aboutissant à un portique, quoique nous en trouvions aussi en France, notamment celui de l'Hôtel de ville de Lyon (fig. 1682 et 1683), celui de l'Hôtel des Invalides, d'un style énergique et robuste ; le grand vestibule-galerie du Grand Trianon. Je ne puis vous montrer tous ces plans.

Au Palais Farnèse (fig. 1684, 1685 et 1686), la voûte centrale, en berceau, retombe sur les entablements de deux colonnades serrées; les trois nefs, si je puis employer ce mot, sont ainsi moins en communication entre elles que dans nos vestibules du Louvre. L'étude est exquise — elle est de San-Gallo — et devait présenter de grandes difficultés au raccordement avec les portiques. L'architecte n'a pas hésité à déporter les axes, et à racheter cet écart par un biais dans les arcades latérales : cela ne se juge pas en réalité.

Fig. 1682.— Hôtel de Ville de Lyon. Plan

Il faudrait vous citer tous les palais de Rome, de Florence, de presque toutes les villes d'Italie, pour passer en revue les beaux vestibules. C'est impossible. Les vestibules ont pris en

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Fig. 1683. — Hôtel de Ville de Lyon. Façade principale.

Italie une importance capitale; ils nous paraissent parfois hors de proportion avec l'habitation, et certainement dans leur ampleur il y avait une pensée de faste. Le caractère est toujours grand, d'une simplicité mâle, cherché dans les formes nobles et non dans la richesse des accessoires. Je ne puis que vous enga-

ger à les étudier dans des recueils comme Letarouilly, Famin et Grandjean, etc. Le sujet est trop vaste pour que je puisse faire plus que vous le signaler. Voyez notamment l'ouvrage de Letarouilly, vous y remarquerez certainement la grande variété de ces vestibules, toujours d'une grande allure.

La disposition des vestibules dans le sens de la longueur d'un bâtiment est plus rare, et cela se comprend. Elle exige un très grand espace, et oblige à une longue traversée. Mais là où le programme ou des circonstances spéciales l'ont rendue possible, elle est d'un très grand effet : la perspective est toujours plus imposante quand on pénétre dans un espace par son extrémité. D'ailleurs, ces vestibules, sortes de rues couvertes, peuvent sur leur parcours desservir de nom-

. ... , . Fig. 1684. — Vestibule du Palais Farnèse.

breuses circulations et se prêter a de Pian.

multiples dégagements.

Aussi, il n'est personne qui ne soit frappé, à Rome, de l'imposant et magnifique aspect du vestibule du Palais Corsini (V. plus haut, vol. I, fig. 452), si magistralement accompagné par les deux escaliers entre lesquels il se prolonge jusqu'aux jardins. Si l'art n'est plus celui de San-Gallo, la composition est admirable et l'ampleur est étonnante.

A Paris, vous pouvez voir un très bel exemple aussi de cette disposition longitudinale : je vous l'ai déjà cité, c'est le grand vestibule du nouveau Louvre, créé par Lefuel en face du Palais-

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Fig. 1686. — Vestibule du Palais Farnèse. Coupe sur la longueur.

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Fig. 1685. — Vestibule du Palais Farnèse. Coupe sur la largeur.

Royal (fig. 1687), et qui traverse depuis la rue de Rivoli jusqu'à l'arrière -place du Carrousel. Les affectations nouvelles du monument ont changé sa destination, il sert aujourd'hui de salle d'attente des Caisses du Trésor; mais il n'a pas été modifié dans son architecture, et il est encore facile de se représenter par la pensée la grandeur imposante de l'effet qu'il était appelé à produire à l'état de vestibule sous lequel tout un cortège pouvait se développer.

Quant aux vestibules ouvrant sur des pans coupés, leur disposition, qui toujours demande de l'ingéniosité, est essentiellement subordonnée à l'étendue de ce pan coupé ou de cette rotonde.

Leur emplacement est souvent commode, car ils desservent immédiatement deux corps de bâtiment, mais elle crée des difficultés de raccordements et des rencontres biaises qui sont toujours une complication. C'est un

parti qu'il ne faut paS adopter Kg. 1687. -Vestibule du Nouveau Louvre. r >■ r t Place du Palais-Royal.

par simple fantaisie; il se justifie

si la position de l'immeuble lui-même appelle une entrée sur un angle, par exemple dans le cas d'un carrefour qui laisse plus de place aux mouvements de voitures que des rues étroites ou en pente. Comme toutes les solutions exceptionnelles, il ne faut en user qu'à bon escient.

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Éléments et Théorie de l'Architecture. — IV.

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