CHAPITRE IV LES VESTIBULES INCORPORÉS (Suite
SOMMAIRE. — Les vestibules engagés ou adossés. — Dispositions
diverses.
Vestibules à deux niveaux; les Palais de Gènes. — Vestibules élevés ou
bas.
Les vestibules adossés, ou incorporés dans un bâtiment avec un accès principal en face de leur entrée sont plus nombreux encore. Nous les appellerons, si vous voulez, vestibules engagés ou adossés. Comme exemple et pour fixer les idées, considérez celui de votre Ecole sur le quai, avec une façade seulement, et ses trois autres côtés en contact avec des locaux intérieurs. De même encore le grand vestibule de la Sorbonne sur la rue des Ecoles. Je ne pourrai que vous indiquer des types, mais non vous en exposer toutes les variétés. Il s'y trouve d'ailleurs certains caractères communs à presque tous : leur disposition appelle en général l'éclairage d'un seul côté, par la façade; ils sont ordinairement plus larges que profonds, en raison de cette nécessité d'éclairage et de leur destination qui suppose que, même dans un bâtiment épais, ils ne s'étendent en profondeur que jusqu'à un refend, en laissant aux surfaces utiles la moitié de l'épaisseur d'un bâtiment double; enfin, ils sont le plus souvent précédés de perrons plus ou moins élevés, comme le rez-de-
chaussée même de l'édifice : d'ailleurs, voûtés ou plafonnés, avec ou sans points d'appui intérieurs.
A propos des thermes, je vous ai montré des vestibules de l'architecture romaine, ordinairement voûtés en voûtes d'arête, toujours vastes et monumentaux. De nombreux vestiges de vestibules se reconnaissent dans beaucoup d'autres édifices romains, notamment dans les ruines des grands palais, au Palatin entre autres; mais nous sommes réduits aux hypothèses des restaurations. Au surplus, le grand développement donné dans cette architecture aux porches d'une part, et aux atrium de l'autre, laissait peu de place au vestibule, au sens moderne du mot.
Au Moyen-âge, bien des salles pourraient être qualifiées de vestibules, avec cette nuance qu'elles servaient sans doute aux communications, mais surtout à la réunion du personnel domestique et militaire, toute habitation importante étant alors quelque peu un château fort. Le type le plus grandiose de ces vastes salles est peut-être celle qui au Palais de Justice de Paris s'étend sous la salle des Pas-perdus (fig. 1688). Cette salle, ou ce vestibule, était, avant les adjonctions ultérieures, mieux éclairé qu'il ne l'est aujourd'hui, mais toujours assez peu. Une ligne longitudinale de piliers robustes la partage en son milieu, soutenant les piliers intermédiaires de la salle des Pas-perdus, et chaque moitié est encore subdivisée par un rang de colonnes, partageant ainsi la largeur de la salle en quatre nefs, voûtées en arête suivant la pratique du Moyen-âge. Quant aux colonnes supplémentaires qui n'existent que du côté droit, elles sont postérieures, et ont été rajoutées par prudence pour supporter la charge du perron intérieur qui dans la salle des Pas-perdus donne accès à l'étage supérieur du Tribunal.
Des salles intéressantes, répondant plus ou moins à notre conception du vestibule, se remarquent dans un assez grand
nombre d'édifices du Moyen-âge, notamment dans les abbayes, ou dans les châteaux tels que Saint-Germain, le Palais des Ducs de Bourgogne à Dijon, et dans les Hôtels de Mlle du nord. On peut dire cependant que le vestibule proprement dit ne répon-
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Fig. 1
Grande salle basse, sous celle des Pas-Perdus, au Palais de Justice de Paris.
dait pas à une conception du Moyen-âge, et les grandes salles qui souvent occupent les rez-de-chaussées étaient plutôt, comme à Pierrefonds, des salles d'assemblée, ou comme dans les hôtels de ville des rendez-vous d'affaires et souvent des marchés, parfois même, comme en Allemagne, des salles de boisson.
C'est donc dans l'architecture moderne, à partir du xvie siècle,
ou de la fin du xve en Italie, que nous rencontrerons le véritable vestibule.
Je devrai, vous ai-je dit, me limiter à quelques types. Il y a d'abord ceux qui étaient ouverts sur un de leurs grands côtés, et dont quelques-uns ont été clos depuis : ainsi, celui de la Farné-
Fig. 1689. — La Farnésine, à Rome. Plan.
sine à Rome (fig. 1689 et 1690), portique par ses arcades ouvertes, mais bien plus large qu'un portique. Sans doute, il devait servir aussi pour des fêtes, des repas. Vous savez que ses voûtes, disposées en pénétration dans des voussures, et présentant une surface centrale qui est presque un plafond, sont décorées d'admirables peintures de Raphaël. C'est un des pèlerinages artistiques qu'on ne manque pas de faire dans un voyage d'Italie. Voyez d'ailleurs combien le plan en est simple, et vous comprendrez que la plus grande magnificence décorative ne néces-
VESTIBULES
LES VESTIBULES INCORPORES
site pas les ressauts, les complications, et tout ce détail de horsd'œuvre par lequel on croit trop souvent exprimer en plan la richesse. L'enseignement est ici le même que nous donne le
Fig. 1690. — La Farnésine, à Rome. Vue du vestibule.
superbe vestibule de Saint-Pierre de Rome, d'une décoration si riche, et d'un plan si simple.
Ce parti de la Farnésine n'est pas sans analogie avec celui du vestibule ou grande loge ouverte de la villa Médicis du côté des jardins (fig. 1691); ici, le charme est avant tout dans l'effet de
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Fig. i6qi. — Plan de la villa Médicis.
la façade; mais quoique ouvert comme un portique, ce beau centre de la villa n'en est pas moins le vestibule d'accès aux salles principales, bibliothèques, salons de réception, et aux escaliers.
Un exemple typique par sa décoration surtout est le vestibule ouvert, ou loge de la villa Madame (fig. 1692 et 1693), dont le charme est dans les stucs et les peintures de l'École de Raphaël qui en font un véritable joyau de l'art de la Renaissance, et dont je
Fig. 1692. — Villa Madame. Plan.
Fig. 1693. — Villa Madame. Vue.
vous ai montre la décoration (V. plus haut, vol. I, fig. 455). J'en passe, comme le Palais Massimi et tant d'autres, mais je tiens à appeler votre attention, comme exemple remarquable de disposition, sur le beau vestibule, autrefois ouvert, du Palais Barberini, à Rome. Par deux rétrécissements successifs, le grand vestibule qui dessert de chaque côté de beaux escaliers, aboutit à une abside, d'où l'on passe aux Jardins par une rotonde sous laquelle s'ouvre la rampe d'accès. L'effet perspectif est magnifique, et si le vestibule a dans cet ensemble une ampleur qui peut paraître hors de proportion, il est visible que c'est là un effet voulu, et que le programme même attribuait au vestibule une valeur de représentation et d'apparat destinée à donner une haute idée de la richesse et de la puissance des hôtes du Palais.
Avec les vestibules fermés, le choix sera plus embarrassant encore. Je pourrai du moins vous en citer que vous connaissez bien, et que pour cette raison je me dispenserai de vous décrire: en premier lieu, ceux de votre Ecole même, à l'entrée du Palais des Htudes, et sur le quai. Vestibules qui d'ailleurs sont aussi bien des salles de Musée, car dans un Musée tout reçoit des collections. A Paris encore, vous connaissez ces grands vestibules, la salle Saint-Jean à l'Hôtel de Ville, le grand vestibule de l'Opéra (voir au chapitre Théâtres), celui de la Sorbonne; ceux du Palais de Justice, sans même y comprendre la salle des Pasperdus, mais en y comprenant celui des Assises, sur la place du Harlay (Vol. I, fig. 32); ceux de la Bibliothèque nationale et de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, etc., etc.
Moins près de vous, je vous signalerai à Gênes le beau vestibule du Palais Ducal (fig. 1694 et 1695), dont le long côté opposé à la façade est occupé par un facile escalier ou perron monumental qui relie le premier étage au rez-de-chaussée; mais cet escalier
Fig. 1695. — Vestibule du Palais ducal, à Gênes. Coupe transversale.
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Fig. 1694. ■ — Vestibule du Palais ducal, à Gênes. Plan.
est ici dans une cage close, différant ainsi de ce que devait être à Versailles le grand escalier, détruit par un incendie, mais dont il nous reste de magnifiques gravures. Le vestibule de la Bibliothèque de Saint-Marc à Venise, par Sansovino (fig. 1696, 1697 et 1698), est un remarquable morceau d'architecture. Celui du
Fig. 1697. — Vestibule de la Bibliothèque Saint-Marc, à Venise. Plan du i" étage,
Fig. 1696. — Vestibule de la Bibliothèque Saint-Marc, à Venise. Plan du rez-de-chaussée.
Palais de Caserte trouvera plutôt sa place avec l'étude des vestibules intérieurs.
A Lyon, le grand vestibule de l'Hôtel de Ville, très simple et très monumental, annonce dignement le palais municipal d'une grande ville; à Fontainebleau, au haut du grand perron, vous trouvez un beau vestibule carré, voûté en arc de cloître, vestibule ou antichambre, qui par trois belles portes donne accès à la chapelle et aux appartements. Enfin, l'un des plus beaux vestibules que vous puissiez voir en France est celui du palais du roi Stanislas à Nancy, devenu l'Hôtel de Ville; il. est d'une finesse exquise d'étude et conduit à un très bel escalier.
Les divers vestibules que je viens de vous citer, et dont la
Fig. 1698. — Vestibule de la Bibliothèque Saint-Marc, à Venise. Coupe transversale.
liste pourrait encore s'allonger beaucoup, appartiennent à des édifices de plain-pied. Les difficultés augmentent lorsque la pente
du terrain commande des dispositions spéciales : par exemple lorsque cette pente est assez accentuée pour que le niveau du rez-de-chaussée de la façade supérieure soit un niveau de premier étage sur l'autre façade. La composition générale peut faire entrer dans ces édifices soit par le côté le plus haut, soit par le plus bas : l'un est aussi fréquent que l'autre. Dans les deux cas, vous pourriez évidemment superposer deux vestibules, un à chaque niveau, et un escalier intérieur les mettrait en communication. Mais vous auriez aussi un premier vestibule plutôt écrasé, probablement sombre, de peu d'effet, et en somme une surabondance. Ce ne serait pas profiter de la belle occasion qui vous serait offerte et qui, en échange de difficultés incontestables, permet les effets toujours puissants qui résultent de ces différences de niveaux. Les architectes avisés ont donc cherché en pareil cas à combiner des vestibules qui, tout en assurant les accès nécessaires, occupassent la hauteur des deux étages, prenant ainsi une importance monumentale plus grande, et en même temps plus commode et même plus économique. Je vous en montrerai tout à l'heure des exemples qui me feront mieux comprendre : cela ne peut se réaliser qu'à l'aide de perrons intérieurs; dans cet ordre d'idées, il s'est fait des chefs-d'œuvre.
Tels sont les vestibules des palais de Gênes en général. Leur composition, variable dans les détails, est uniforme dans son esprit. Gênes est une ville en amphithéâtre, dont les pentes sont rapides, et la plupart des grands palais, d'une architecture puissante et décorative, ont leur entrée principale sur la rue la moins élevée, et des entrées postérieures sur la rue haute. 11 en résulte des plans en gradins, très originaux, dont je vous reparlerai à propos des escaliers, et que vous pouvez voir d'ailleurs dans le précieux recueil des Edifices de Gênes, par Gauthier. De cette situation est née une combinaison spéciale de vestibules, dont
le type le plus parfait est celui du Palais de l'Université (V. plus haut, vol. I, fig. 300).
La cour qui forme le centre du Palais est à un niveau moyen, plus élevé que la rue inférieure, plus bas que la rue haute (fig. 1699 et 1700). Son sol correspond au haut d'un étage de sou-
Fig. 1700.
Palais de l'Université, à Gênes. Coupe longitudinale.
Fig. 1699. — Palais de l'Université, à Gênes. Plan.
bassement, formant sur la rue basse un rez-de-chaussée peu élevé, où trouvent place divers services secondaires. Le vestibule, de plain-piedavecla rue, dessert directement, de chaque côté, ces services : concierge, bureaux, etc. Puis, au fond, s'ouvre à même le vestibule un perron monumental qui permet de monter au rez-de-chaussée
surélevé, et aux portiques de la cour. Ces portiques se retournent latéralement sur les ailes du vestibule, et donnent ainsi accès aux grandes salles du rez-de-chaussée supérieur sur la rue. Le vestibule, élevé de toute la hauteur du soubassement et du rez-de-chaussée, est donc entouré sur trois côtés de portiques, et dessert ainsi à la fois le soubassement et tout le rez-de-chaussée. Son architecture est élégante, comme celles des portiques de Gênes, très sobre avec ses voûtes en pénétration dont tout l'effet est demandé aux lignes seules. C'est très beau, très simple, d'un grand effet, et très commode : vous voyez que toutes les qualités s'y trouvent. Aussi, ce type de vestibule était si bien approprié aux nécessités particulières de la ville, que tous les vestibules de Gênes procèdent de la même composition, parfaite de tous points pour une ville ainsi accidentée : ville magnifique qui ne le cède en beauté cà aucune autre : il n'y faut pas chercher la pureté charmante de la Toscane, de Rome, ou du nord de l'Italie, mais je ne crois pas qu'on trouve ailleurs quelque chose de comparable à l'ampleur et à la puissance de ses anciens palais, groupés dans un même quartier, et qui ont fait dire que Gênes paraît une ville de rois. Il faut remarquer toutefois que ce beau vestibule, comme tous ceux des Palais de Gênes, s'il est fermé sur la rue, est en plein air du côté de la cour. Sur la rue, la clôture s'imposait; sur la cour, le souci du bien-être l'aurait seul réclamée. Or, je le répète, ce souci n'existait pas. Ici pas plus qu'au palais Farnése et dans les Palais romains en général, on ne croyait nécessaire de clore le vestibule vers la cour. Assurément, le climat était pour beaucoup dans cette habitude, mais aussi et surtout l'indifférence aux intempéries. Aujourd'hui, plusieurs de ces vestibules génois sont clos par des vitrages, qui ne pouvaient pas s'arranger correctement dans les arcades sur colonnes, et dans l'accou-
plement des colonnes. Ce beau motif est ainsi compromis : mais qu'y faire ? Les architectes du xvie ou du xvne siècle n'ont encouru aucun reproche en faisant ce que permettaient les habitudes de leur temps. Mais nous, nous devons savoir que ce qui était possible alors ne l'est plus aujourd'hui, et nous ne pourrions nous en prendre qu'à nous-mêmes si nous exposions notre œuvre à subir à son tour des déformations qui lui enlèveraient son caractère. Cela dit, il n'en reste pas moins un très beau sujet d'étude : l'architecture des Palais de Gênes est toujours une des plus intéressantes à bien connaître.
Les vestibules que nous venons de passer en revue appartiennent à des édifices où de grandes élévations étaient possibles. La plupart sont voûtés. Mais parfois la composition exige que le rez-de-chaussée soit de peu de hauteur, et que cependant les vestibules soient compris dans cette hauteur. Les proportions élevées ne sont pas alors possibles : tel est souvent le cas des théâtres. Cette difficulté même a donné lieu à des compositions remarquables, parmi lesquelles je vous citerai en premier lieu le vestibule du Grand-Théâtre de Bordeaux (V. plus haut, vol. III, fig. 918 et 930). C'est par l'emploi de colonnades élégantes et de voûtes plates, très ingénieusement appareillées, que son architecte Louis a su faire dans une hauteur minime un vestibule vaste et cependant gracieux, sans aucun effet d'écrasement. Des difficultés analogues se rencontraient pour le vestibule circulaire — légèrement ovale — de la Comédie- Française (fig. 1701 et 1702), sous la salle même du théâtre, dont l'architecte est ce même Louis ; et aussi pour le vestibule d'attente de la sortie de voitures, que Ch. Garnier a placé aussi sous la salle de l'Opéra (V. plus haut, au chapitre Théâtres, vol. III, fig. 916 et 929). Dans ces deux exemples, c'est encore
Fcmploi de fines colonnades et de voûtes plates qui a permis de triompher de la difficulté, et il n'est personne qui songe à
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Fig. 1702. — Vestibule de la Comédie-Française. Coupe.
Fig. 1701. — Vestibule de la Comédie-Française. Plan.
contester les proportions de ces deux vestibules. Mais il faut remarquer que ces vestibules bas, et voûtés, ne peuvent être
Éléments et Théorie de l'Architecture. — IV. 18
dégagés de points d'appui intérieurs, qu'en raison de leur forme circulaire ou polygonale. Leurs voûtes poussent — bien que, en fait, elles soient construites en fer — et la poussée s'annule parce que, au haut des piliers, des ceintures inextensibles en fer empêchent la déformation. La poussée, si elle produisait un effet d'écartement, allongerait la circonférence extérieure, et la ceinture qui rend cette circonférence invariable ne permet pas la poussée et fait de la voûte circulaire (ou polygonale) un simple couvercle. Avec un plan carré ou rectangulaire, il en serait tout autrement : c'est ce qui explique pourquoi Louis, qui a pu faire au Théâtre-Français un vestibule sans points d'appui, a dû faire à Bordeaux un vestibule avec des quinconces de colonnes. Dans l'un et l'autre cas, on peut obtenir ainsi des vestibules qui ont leur physionomie propre, et réalisent, comme vous pouvez le voir, une grande élégance avec peu de hauteur. Bien mieux, à l'Opéra, il résulte du contraste entre ce vestibule bas et les proportions élevées du grand vestibule de contrôle, sans parler de la cage du grand escalier, une variété toute au profit de l'impression générale produite par l'ensemble de l'œuvre.
Car c'est encore une régie à suivre lorsque le monument permet l'étude simultanée de plusieurs vestibules : varier leur composition pour varier leur aspect. Ainsi, à l'Hôtel de Ville, vous voyez d'un côté vers la place Lobau les vestibules de Lesueur et la salle Saint-Jean, d'une grande élévation ; puis, vers la place principale, le vestibule central de la partie ancienne de l'Hôtel de Ville, avec ses colonnes en quinconce : les uns et les autres ont leur beauté par eux-mêmes, mais ces beautés se complètent par la variété, on peut dire par le contraste de leur étude respective.
Ce sujet serait inépuisable s'il fallait tout passer en revue : je ne puis y prétendre. Mais je dois vous recommander l'étude
moderne du vestibule. Le vestibule pratiqué entre deux façades, comme ceux de la cour du Louvre, n'est souvent qu'un abri ouvert, surtout s'il sert de passage de voitures ou de circulation publique. Ainsi, l'idée ne viendrait pas de clore par des portes ou des vitrages ces vestibules du Louvre, celui de Versailles prés de la chapelle, passage public de la cour d'honneur au parc, celui de l'Hôtel de Ville de Rouen, passage public d'une place à un jardin. C'est l'intelligence du programme vrai qui vous dictera en chaque cas la solution.
Mais lorsque le vestibule a un caractère plus intérieur, comme en général le vestibule adossé ou engagé, par exemple celui de la Sorbonne, on veut que là déjà on se sente dans un intérieur, avec tout le bien-être qu'on attend d'un intérieur. Non seulement ces vestibules sont clos, mais comme une porte ouvrant directement sur l'extérieur risque de les glacer, il faut, bon gré, mal gré, des doubles portes ou des tambours ; d'autant plus que ces vestibules sont chauffés, ou s'ils ne le sont pas encore, ils ne tarderont pas à l'être. Lorsque cette nécessité n'a pas été prévue dans la composition, on ne s'en tire que par des expédients qui souvent déshonorent l'architecture : ainsi dans votre École, le tambour évidemment nécessaire qui rétrécit le vestibule du quai en face de la porte d'entrée est certainement d'un effet désastreux, et il ne serait guère moins fâcheux s'il était exécuté même avec les plus beaux matériaux. C'est donc dès la composition générale du plan qu'il faut penser à ces nécessités : ce n'est pas facile, et on ne peut à cet égard donner d'indications générales, tout est ici question d'espèces. Il faut aussi que le vestibule soit bien éclairé : question de plan général encore. Ce programme a ses difficultés, certes. Mais aussi, il a sa grande beauté, et il est de ceux qu'un artiste est heureux de devoir étudier : heureux surtout si, lorsqu'il y a tant d'admirables vestibules, il arrive à en composer un qui mérite d'être cité avec honneur.
SOMMAIRE. — L'atrium antique ; ses éléments et ses variétés. Diverses dispositions de vestibules intérieurs.
Il nous reste à étudier les vestibules intérieurs. J'entends par là ceux qui ne servent pas d'entrée à l'édifice lorsqu'on vient du dehors, mais qu'on rencontre dans l'édifice une fois qu'on y a pénétré, et qui donnent accès à l'une quelconque des parties de l'ensemble. Les exemples en sont nombreux : ainsi au Palais de Justice les vestibules intérieurs de la Cour de cassation, du Tribunal civil, etc. Tantôt ces vestibules font véritablement fonction d'accès à un service bien déterminé ; c'est ainsi que je vous ai montré à la Sorbonne chaque groupe d'enseignement de la Faculté des sciences avec son entrée spéciale, son concierge, et naturellement son vestibule ouvrant sur une galerie de circulation générale ; tantôt ce sont de simples élargissements de circulations là où l'affluence et la variété des directions à suivre exigent plus que le simple croisement de corridors ou de galeries. Ces vestibules intérieurs peuvent être contigus à des façades ou être bloqués au centre de constructions qui les entourent; leur caractère commun, c'est qu'on y arrive non de l'extérieur de l'édifice, mais à la suite d'un chemin quelconque déjà parcouru dans l'édifice même. La variété en est grande, mais ici nous devons revenir d'abord à l'antiquité.
En vous parlant de l'habitation, j'ai dû vous exposer brièvement ce qu'était la maison antique. Elle était composée sur X atrium qui était son centre de rayonnement, et qui en constituait la partie publique. Mais dans le langage moderne, le sens du mot atrium s'est restreint, et vous entendrez souvent désigner par là le seul cavœdium, c'est-à-dire l'espace tenant à la fois de la salle, du vestibule et de la cour, qui formait le centre de l'atrium (V. vol. II, p. 22 et suiv.) au-dessus de Ximpluvium, bassin qui recevait les eaux pluviales, et était de plus alimenté souvent par une petite fontaine.
Ce vestibule central était donc une salle éclairée par le haut, mais à ciel ouvert; en cela, c'était une cour; peu importe d'ailleurs : sa fonction de vestibule résultait de la convergence de toutes les communications vers ce centre qui était l'âme même de la composition. 11 n'existe pas, que je sache, d'exemple d'habitation antique où le cavœdium ait ouvert directement sur la rue. Toujours il était précédé d'une petite entrée.
Plus ou moins grand, plus ou moins riche, ce cavœdium ou si vous voulez cet atrium était conçu dans deux systèmes différents. Ou bien, il n'avait aucun point d'appui intérieur, et alors les poutres de son plafond, se croisant de façon à laisser au milieu un espace carré ou rectangulaire, supportaient seules la pente des toitures qui dans tous les cas versaient leurs eaux dans cet espace ouvert ; c'était ce qu'on a appelé X atrium toscan ; ou bien les pentes des quatre toitures étaient reçues par des entablements, tout au moins des architraves en maçonnerie ou en bois, reposant sur des colonnes intérieures. Dans le cas le plus simple, ces colonnes étaient au nombre de quatre seulement, aux quatre angles de Ximpluvium ; mais lorsque les dimensions devenaient plus grandes, il y avait non plus quatre colonnes isolées aux angles, mais quatre rangées de colonnes, quatre ou plus sur
chaque côté. La disposition devenait alors assez analogue à celle de nos cloîtres, si ce n'est que les colonnades des atriums portaient
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Fig. 1704. — Atrium toscan sans colonnes intérieures. Coupe.
toujours des entablements rectilignes.
Deux figures vous feront mieux comprendre ces deux dispositions : l'une (fig. 1703 et 1704) vous montre un atrium toscan, en observant que les pilastres figurés dans la coupe à l'aplomb des poutres sont en réalité adossés au mur et ne représentent pas des colonnes supportant le croisement des poutres; l'autre (fig. 1705 et 1706) une maison avec un atrium a colonnes, contiguë à une maison avec atrium toscan ; ces deux exemples sont tirés de Pompéi.
Comment la vie antique, si raffinée à tant d'égards, s'accommodait-elle de cet atrium ? Il suffit de regarder un plan de maison de Pompéi pour comprendre que ce n'était pas un simple vestibule : c'était le seul endroit un peu grand, un peu commode de la partie publique de la maison ; en dehors de cela il n'y avait que de très petites pièces, plutôt
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Fig. 1703. — Atrium toscan sans colonnes intérieures.
obscures, et assurément dénuées de tout confortable. La vie se concentrait donc dans cet atrium, l'intimité du péristyle et du
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Fig. 1 706. — Atrium tiitrastyle.
gynécée à part. Or, quand on nous parle de Pompéi, du golfe de Naples, on se figure volontiers un beau temps inaltérable, un ciel toujours radieux, un soleil toujours ardent, un climat qui n'a jamais à redouter le froid.
Tout cela est vrai souvent, mais il y a les jours où cela ne l'est plus. Naples a son hiver, et parfois il arrive au voyageur, même au printemps, de lui trouver de l'âpreté et de la persistance.
Cette habitation hypètre devait parfois être bien désagréable, et je ne sais pas trop si pendant les grandes chaleurs de l'été ses légères toitures étaient une défense bien efficace contre
Fig. 1705. — Atrium toscan et atrium tétrastyle.
le soleil. Nous voyons tout cela ruiné, avec ses plafonds ou ses toitures écroulées, et avec toute la poésie du mystère et le charme d'une élégance auréolée par le temps et par la ruine. Peut-être y était-on fort mal, et à vrai dire je le crois. On y a trouvé de si jolies choses, et si curieuses, témoignant de tant d'élégance et de raffinement, qu'on en a conclu que l'habitation devait être digne du goût de ses hôtes. Et l'élégance en effet s'y trouve. Le bien-être que nous recherchons aujourd'hui avec tant d'ardeur s'y trouvait-il également ? C'est une autre question, et ici le doute est au moins permis.
En tous cas, cette composition, très gracieuse, très intime, n'était possible, il faut le dire, que sous le climat de la Grèce ou de l'Italie méridionale; elle s'est perpétuée au moins dans son esprit avec les habitations arabes, également hypclres dans leur partie centrale, mais plus méridionales dans leur mise en oeuvre par l'emploi systématique de la voûte et des murs épais. Mais pour nous, elle ne représente guère qu'une curiosité et une explication. Cependant, nous en avons conservé le nom d'atrium que nous appliquons à des vestibules éclairés du haut par des jours vitrés. C'est un élément de composition très légitime, à condition que nos vitrages assurent une lumière suffisante, et que nous trouvions moyen d'aérer nos atriums. Il est donc difficile que nous puissions reproduire l'atrium toscan, dont le ciel ouvert est forcément restreint, à moins d'en transporter la composition dans la construction métallique qui permet de plus grandes portées.
Un autre obstacle à la reproduction absolue de ces dispositions même couvertes est la difficulté d'évacuation des eaux pluviales. Si vous avez bien saisi la description de l'atrium antique, vous voyez que quatre plans inclinés de toitures forment une pyramide tronquée, dont le sommet serait en bas
et la base en haut; les arêtes de la pyramide sont des noues. Dans l'antiquité, cette pyramide renversée épandait ses eaux dans ïimpluvium : c'était tout simplement un égout de toiture. Nous ne pouvons supposer cela sous un vitrage : il nous faudrait donc des tuyaux de descente, des chenaux, chose impossible avec la disposition toscane, bien difficile et disgracieuse avec les colonnes. Aussi devons-nous en pareil cas rejeter les eaux non plus vers le centre, mais vers le dehors ; au lieu de la pyramide renversée, nous avons un comble dont le sommet — faîtage ou poinçon — est au contraire central, un tronc de pyramide dont le sommet est en haut, la base en bas, à l'inverse de l'atrium antique, et dont les arêtes ne sont plus des noues, mais des arêtiers. Mais alors notre atrium devient tout simplement une salle couverte par un plafond vitré.
Aussi, toutes les fois qu'elle l'a pu, l'architecture moderne a-t-elle cherché à éclairer latéralement ses vestibules intérieurs. Cela appelle souvent des dispositions ingénieuses, d'autres fois c'est sans difficultés, lorsque le vestibule peut avoir une de ses faces limitée par un mur de façade. Tel est le cas du beau vestibule au premier étage du Palais de Versailles, devant la tribune royale de la chapelle. Du reste, à Versailles même, la grande Galerie des Glaces faisait un peu fonction de vestibule, comme à Fontainebleau la Galerie de François Ier, au Palais Farnése la Galerie des Carrache, au Louvre la Galerie d'Apollon. Mais ces nobles galeries avaient aussi et surtout une autre destination, la réception, et je vous en ai parlé à propos des éléments de l'habitation.
Un des vestibules intérieurs les plus justement admirés est celui du Palais Doria Panfili à Rome (fig. 1707), qui sert d'accès aux belles écuries que je vous ai montrées (V. plus haut,
VESTIBULES
LES VESTIBULES INTERIEURS
vol. II, fig. 625 à 627). Il est impossible de voir ce plan sans être frappé de la recherche de grand effet monumental qui l'a inspiré en assurant les successions et les prolongements de perspectives. Aussi ce beau vestibule mérite-t-il d'être étudié non seulement pour sa valeur intrinsèque, mais aussi et surtout pour l'ingéniosité de la composition générale dont il fait partie.
Ailleurs, vous trouverez encore des éclairages latéraux, f mais par des jours pris au-dessus de constructions moins élevées, comme à Versailles encore la salle dite de VŒU de bœuf, célèbre historiquement, mais de médiocre valeur architecturale ; ou comme, au Vatican, la très belle salle royale (fig. 1708), dont la voûte en caissons et compartiments est un chef-d'œuvre, et qui sert d'accès intérieur à plusieurs grandes salles, notamment à la Chapelle Sixtine. Cette salle s'éclaire, dans le tympan de sa voûte, par un grand jour demicirculaire, à peu près comme s'éclaire à Paris la salle des Pasperdus du Palais.
Cet éclairage par les pignons est aussi celui des grandes salles qui à chaque étage forment les vestibules intérieurs du château de Chambord (fig. 1709 et 17 10) : vestibules et autre chose peutêtre encore ; car ces salles en forme de croix, avec l'escalier débouchant au milieu, sont bien, comme des vestibules, la jonction
Fis
. — Vestibule intérieur du palais Doria Panfili, à Rome.
Fig. 1708. — Salle royale, au Vatican.
I, salle royale. — 2, chapelle Sixtine. — 3, chapelle Pauline. — 4, Saint-Pierre. — 5, cour.
Fig. 1710. — Château de Chambord. Vue intérieure.
Fig. 1709. — Château de Chambord. Plan.
entre les pièces d'habitation ; il n'y a même pas d'autres éléments de circulation, celui-là suffisant à tout ; on ne peut d'ailleurs trouver que l'architecte ait restreint la part des circulations, puisque à chaque étage leur ensemble forme près de la
Fig. 1711. — Vestibule central du palais de Caserte. Plan du rez-de-chaussée.
moitié des surfaces totales; mais d'autre part il est difficile de supposer que ces grandes salles n'aient pas eu d'autres usages, car seules elles sont quelque chose de grand au milieu de toutes les pièces nombreuses mais assez petites qui occupent les quatre pavillons d'angle. Il est donc probable que ces vestibules servaient à des usages divers chaque fois que la vie luxueuse des hôtes du château réclamait un espace vaste, pour des fêtes, des
VESTIBULES
LES VESTIBULES INTERIEURS
réunions, des festins, des danses, etc. Comme je vous l'ai indiqué en parlant de l'habitation, pendant longtemps et jusqu'au xvmc siècle la destination des pièces a été moins spécialisée qu'aujourd'hui; on admettait volontiers une grande salle à
Fig. 1712. — Vestibule central du palais de Caserte. Plan du 1" étage.
usages divers, et peut-être ne faut-il pas voir uniquement des vestibules dans un certain nombre de grandes salles qui, d'après nos usages modernes, ne pourraient être que des vestibules. Mais c'est là plutôt un sujet de curiosité historique et une explication possible de dispositions qui parfois nous étonnent. Quant à nous, il nous serait difficile d'admettre pour des vestibules proprement dits les proportions que dans divers plans
d'anciens châteaux nous leur trouvons relativement à l'ensemble.
Je ne saurais vous citer comme exemple de vestibule intérieur une disposition plus ingénieuse que celle du grand vestibule
Fig. 171 5. — Vestibule central du palais de Caserte. Élévation.
central du palais de Caserte (fig. 171 1, 17 12, 17 13). Le palais de Caserte, inscrit dans un rectangle, a des bâtiments en bordure des quatre façades ; puis deux bâtiments respectivement perpendiculaires l'un à l'autre et partant des milieux des quatre façades, se croisent à angle droit au centre du plan, qu'ils divisent ainsi en quatre cours. Au centre est le grand vestibule intérieur, précédé, sur
toute la longueur de la branche principale de la croix, par un vestibule longitudinal. Celui-ci ne présentait pas de difficultés, il s'éclaire latéralement sur les deux cours. Quant à celui du centre, l'architecte l'a éclairé par quatre pans coupés, lui donnant ainsi quatre éclairages. Même disposition se reproduit au premier étage, à l'arrivée du magnifique escalier qui est la principale splendeur de Caserte. Ce vestibule supérieur, avec son portique intérieur octogonal, produit une très grande et très belle impression.
A Paris, vous pouvez voir de beaux vestibules intérieurs à l'Hôtel de Ville, tant au départ qu'à l'arrivée des grands escaliers ; au Palais de Justice, où un grand et noble vestibule donne accès par une porte monumentale à la Cour de cassation, et encore à ce même Palais de Justice, le beau vestibule-atrium du Tribunal de première instance, à deux étages, contigu à la salle des Pas-perdus; au Louvre, en plusieurs points, notamment à l'entrée de l'appartement de Henri IL
Peut-être puis-je encore classer parmi les vestibules intérieurs les Péristyles du Palais- Royal (fig. 17 14), ces larges dégagements en colonnades qui mettent en communication le jardin, les galeries et la cour d'honneur.
Ceci me conduit d'ailleurs à vous signaler brièvement la nuance qui peut exister entre des vestibules publics, affectés à une large et constante circulation, et des vestibules sinon privés, tout au moins affectés seulement à la circulation restreinte d'un édifice. Des vestibules comme ces péristyles du Palais-Royal, comme les grands passages du Carrousel, comme ceux de la cour du Louvre dans leur destination actuelle, sont en quelque sorte des parties de voies publiques. Leur architecture exposée à tous les contacts, accessible à l'air extérieur, doit être étudiée avec les conditions de résistance qui s'imposent aux façades,
Éléments et Théorie de t Architecture. — IV. 19
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en évitant les encombrements inutiles ou simplement les saillies gênantes pour la libre circulation. Et tel est bien en somme l'esprit de l'étude des péristyles du Palais-Royal, où les points
d'appui ont été restreints à ce qu'exigeait la proportion et la nécessité de supporter les murs des étages. Cependant, on doit reconnaître que la distinction que j'indique ici est restée plutôt théorique : un vestibule comme celui de l'Hôtel des Monnaies pourrait aussi bien être un vestibule de passage public, et après tout c'est sagesse, car si la circulation y est moins fréquente, elle existe quand même, et avec des passages de voitures.
Et dans ce fait du passage de voitures ou de la circulation restreinte aux piétons, on peut encore trouver une autre cause de nuances dans le caractère des vestibules. Cela se voit bien à Versailles dans deux vestibules qui sont précisément contigus l'un à l'autre : celui qui fait communiquer la cour d'honneur avec le parc, d'une architecture simple et robuste, avec son sol pavé, et celui qui précède la chapelle, plus élégant, plus riche,
Fig. 1714. — Péristyles du Palais-Royal.
dallé en compartiments de marbre. Et à ce propos, j'ajouterai que c'est peut-être dans les vestibules et d'une façon plus générale dans les circulations, que l'étude du sol, avec, selon les cas, de simples pavages, ou des ouvrages de marbrerie ou de mosaïque, peut avoir une grande importance. Là, le meuble n'existe pas ou est exceptionnel, le sol selon toute probabilité restera apparent; tandis que dans les intérieurs proprement dits les ingéniosités possibles de cette étude représentent souvent des efforts et une dépense en pure perte lorsque des tapis viennent les cacher, ou des meubles les recouvrir assez pour qu'il ne soit plus possible d'en juger.
Je suis bien loin de vous avoir tout dit sur les vestibules; le sujet est trop immense. Le vestibule a toujours été traité avec amour par les architectes, non sans raison : sa tenue, son importance donnent l'idée de la tenue et de l'importance de l'édifice ; dés qu'on a vu le vestibule, on présume ce qu'on verra au delà. Puis, le vestibule a dans notre architecture son caractère bien à part. Il est le domaine de l'architecture intérieure en pierre, que nous avons maintenant si peu d'occasions d'employer; il nous permet les voûtes, au besoin les marbres, tout ce qui sans être froid participe encore de l'architecture des façades sans en subir les causes de dégradations, et n'est pas encore 1 intérieur proprement dit, avec ses élégances intimes et ses recherches de bien-être.
Ce sujet est d'ailleurs, en lui-même, un des moins difficiles que nous puissions rencontrer : en lui-même, dis-je, car la difficulté de composition générale est toujours grande, lorsqu'il s'agit de tout desservir, et d'assurer de faciles et belles communications; mais ceci est la difficulté du plan général lui-même. Supposons-la résolue, et le vestibule pourra être à peu près ce
que vous voudrez qu'il soit, l'architecte est plus maître là que pour les salles dont la destination spéciale interdit le choix entre des solutions variées. Je ne veux pas dire certes qu'il soit facile ni à la portée de tous d'étudier un vestibule comme celui du Palais Farnése ou celui de la Monnaie ; mais on est tellement sous le charme d'un grand vestibule, qu'on est volontiers moins exigeant pour le goût et la finesse de l'étude. Entre le vestibule du Palais Farnése et celui du Palais Barberini, il y a tout l'écart de San-Gallo à Bernin : si pour le dernier l'admiration est moins complète, si l'artiste éprouve quelques regrets, il admire encore, et justement, car il se trouve en présence d'une disposition remarquable, qui ne pouvait manquer de motiver une large et belle création.
Mais n'allez pas croire au moins que l'étude des vestibules puisse être sommaire et hâtive. Au contraire, plus le sujet est favorable, plus vous devez être jaloux de montrer ce que vous pouvez faire : rappelez-vous que si vous avez à composer quelque vestibule important, c'est là peut-être que vous avez le plus de chances de vous révéler artistes.