CHAPITRE VI LES CIRCULATIONS
SOMMAIRE. — Circulations ouvertes, circulations closes.
Les portiques. — Portiques publics. — Portiques décoratifs. — Portiques éclairant des salles ; portiques de circulation avec parois pleines. — Largeur des portiques.
Corridors. — Galeries intérieures.
J'aurai beaucoup moins à vous dire des circulations horizontales que des vestibules : non que le sujet ne soit très vaste aussi; mais je vous ai parlé des portiques dans la première partie du Cours, je ne reviendrai donc pas sur leur structure; il nous reste à voir quelles conditions peuvent être imposées aux circulations par les nécessités de la composition générale.
Elles se divisent tout naturellement en deux groupes : les circulations ouvertes, les circulations closes. Les premières conservent l'ancien nom de portiques; les secondes s'appellent plutôt, et selon leur importance, corridors ou couloirs et galeries.
Commençons par les portiques ouverts.
Tout d'abord, il faut bien vous répéter que c'est là un élément qui est déjà et deviendra de plus en plus exceptionnel dans notre architecture. On peut le regretter, mais cela est. Le portique ouvert se conçoit encore pour nous, lorsqu'il se substitue en quelque sorte à une voie publique, ou lorsqu'il a plutôt une
fonction décorative d'apparat. Mais dites-vous bien que si pour aller d'une pièce dans une autre, il faut se revêtir comme pour aller dans la rue, nos habitudes modernes ne tolèrent pas cette sujétion. On veut trouver entre ces salles la communication close, chauffée, avec un tapis sur le sol, et des sièges rembourrés pour attendre.
Le portique ouvert est donc possible, dans nos habitudes, lorsqu'il sert d'accès du dehors à une entrée quelconque des locaux habités, mais non pour servir de circulation entre ces locaux. Ainsi, on comprendra parfaitement le portique précédant l'entrée : c'est encore le chemin, mais un chemin à couvert : en le suivant, on n'a pas encore quitté ses pardessus ou ses fourrures, et c'est là le critérium pratique de son utilité. Tels sont par exemple les portiques ou galeries du Théâtre de l'Odéon, ou, pour prendre un exemple qui appartienne moins à la voie publique, les portiques de la cour d'honneur du Palais des Archives, ancien hôtel Soubise ; la vie intérieure commence seulement après qu'on les a parcourus. Hors de ce cas, les portiques ne peuvent être qu'un élément d'apparat, comme la colonnade du Louvre, qui ne pouvait servir de communication usuelle entre les diverses pièces d'habitation que comportait cette partie du Louvre avant que ce fût un Musée ; ou bien un luxe d'agrément, comme le portique du premier étage de l'Opéra, qui d'ailleurs est aussi un riche élément d'apparat monumental.
Dans le Midi, il est bien évident que le portique est plus compatible avec les habitudes de la vie ; ses inconvénients sont plus rarement ressentis, et souvent on lui sait gré de procurer de l'ombre et de la fraîcheur là où nous chercherions à éviter toute interception des rayons du soleil. Il y a même des pays ultra-méridionaux où les bâtiments sont de toutes parts entourés de portiques, non pour l'usage ou la circulation, mais pour que
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le mur de façade soit dans l'ombre. Toutefois, dans le Midi même, vous trouverez un grand nombre de portiques autrefois ouverts qui ont été vitrés, preuve que les Méridionaux eux-
mêmes sont devenus plus sensibles aux intempéries qu'on ne l'était au xvie siècle. Il y a même des compositions où la circulation en plein air du portique est doublée par une circulation intérieure ou corridor. Le couvent des Bénédictins de Catane, ville cependant bien méridionale, est un exemple de cette disposition (flg. 17 15).
Enfin le portique ouvert est de mise, et même est exigé, dans des établissements où la préoccupation d'hygiène et d'aération domine toutes les autres : ainsi, lorsque des circulations latérales aux bâtiments se trouvent nécessaires dans un plan d'écoles, de lycée, de caserne ou d'hôpital.
Ne faites donc de portiques ouverts qu'à bon escient. Mais je suppose que votre programme en comporte : plusieurs questions s'imposeront. D'abord, votre portique visera-t-il plutôt un effet décoratif, ou sera-t-il une circulation fréquentée? Devra-t-il éclairer en second jour des pièces quelconques ? Sera-t-il un portique de simple passage ou de stationnement ?
Il est bien évident que si un portique était un programme à lui tout seul, il serait bien différent de ce qu'il peut être dans un ensemble. Cela existe d'ailleurs : le programme est alors un abri, qui pour remplir sa fonction doit être défendu de la pluie, du vent, du soleil, autant du moins que peut l'être une construction couverte mais non close. Ces portiques-abris étaient fré- , quents dans l'antiquité ; au Moyen-âge, à la Renaissance, ils ont été nombreux : on les appelait piliers, loges, arcades, et de divers noms locaux. Ce sont alors les Loges de Florence et de Vérone, le Banco de Gênes, la Loggetta de Venise (fig. 17 16), disparue avec le Campanile auquel elle s'adossait : beaux monuments de la vie publique de cette époque : larges et profonds, munis de bancs, parfois décorés de chefs-d'œuvre, ils avaient rempli leur but si aux diverses heures du jour on pouvait y trouver l'abri
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et l'ombre. Ailleurs, nous trouverions encore le portique de promenade, par exemple autour de la place Saint-Marc à Venise. Cette place est en quelque sorte le salon de Venise ; ses portiques sont moins un moyen d'aller d'un endroit à un autre — à Venise ce sont les canaux et la gondole qui assurent la circulation — qu'une galerie de rendez-vous et de flânerie. Aussi
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Fig. 1716. — La Loggetta de Venise.
ces portiques sont-ils larges et commodes, dût leur largeur assombrir quelque peu les boutiques qui n'en sont presque que l'accessoire.
A Florence, à Vérone, à Bergame, surtout peut-être à Bologne (fig. 17 17) et dans beaucoup d'autres villes encore, on rencontre de nombreux portiques d'une grande variété, tantôt légers et élégants, tantôt grandioses et monumentaux. A Milan, sur la place du Dôme et à l'entrée des galeries Victor-Emmanuel, il a été construit des portiques larges et hauts, d'une grande et belle allure. Ceux du Palais des Doges à Venise sont
célèbres. De ces portiques, les uns desservent et éclairent des boutiques, les autres côtoient le rez-de-chaussée d'un édifice public ou privé. En général, ils sont de largeur suffisante pour permettre une circulation assez active, et sont disposés là où cette circulation est présumable, sans quoi ils n'auraient pas d'objet.
Et si nous remontons à l'antiquité, nous voyons les larges portiques ordinairement en colonnades, dont je vous ai montré des exemples à propos du forum. La vie antique, très extérieure, appelait le portique comme une nécessité, et on le faisait toujours assez large pour permettre l'affluence et pour assurer l'ombre à ceux qui s'en servaient. Vitruve pose en règle qu'un portique doit avoir une largeur égale à la hauteur de ses colonnes : comme toutes les régies de Vitruve, celle-ci affecte une inflexibilité que ne permet jamais la pratique : elle est quand même une indication de l'idée de largeur qui pour les anciens était inséparable de l'idée de portique. Nous savons d'ailleurs que chez les anciens la composition du portique se prêtait à une très grande variété. Il y en avait de complètement ouverts, d'autres adossés soit à un mur uni comme le Pœcile, portique décoré de peintures à Athènes, soit à un mur évidé de niches souvent fort larges, sous lesquelles on plaçait des sculptures ou des bancs. Il y avait encore des portiques à deux faces : une colonnade au soleil était séparée par un mur d'une colonnade à l'ombre; suivant les heures de la journée on se tenait de préférence dans l'une ou dans l'autre. Mais tout cela ne nous est connu qu'historiquement, et si le programme est assez simple pour que nous puissions aisément nous figurer quelle en devait être l'expression, nous n'avons pas de ruines auxquelles nous puissions avec certitude assigner ces destinations. Nous ne pouvons que nous imaginer quelle était l'importance dans la vie
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antique de ce programme des portiques publics, dont la tradition est manifeste dans ceux du Moyen-âge aux pays méridionaux. Et encore la tradition n'est-elle pas nécessaire pour les motiver : les mêmes besoins, des conditions de vie publique rendues analogues par les mêmes conditions de climat ont naturellement conduit à des compositions semblables, dont les formes ont pu varier mais non le principe même. Le large et profond portique de la Loge des Lan^i répond au même programme que les larges et profonds portiques de l'antiquité.
On peut dire au surplus que le portique public, s'il n'est pas large, ne répond à rien. Ceux de la rue de Rivoli sont trop étroits, ceux du Palais-Royal également; à Paris, il n'y a guère que ceux de la place Royale qui soient larges, mais alors étant bas, ils sont trop sombres et surtout les boutiques qu'ils desservent sont trop obscures. Lorsqu'un portique n'est pas simplement adossé d'un côté à un mur plein, lorsqu'au contraire il doit éclairer soit des boutiques, soit des rez-de-chaussée quelconques, il faut qu'il soit large pour être utile, mais il faut qu'il soit haut pour éclairer. Ceux du Palais-Royal sont bien compris à ce point de vue de la hauteur. Seulement, en raison même de cette élévation, on y a fait des entresols, qui ouvrent aussi sous ces portiques, et qui sont à peine habitables. C'est que de toute façon un portique est chose gênante pour l'habitation contiguë. En les faisant, il faut en connaître les inconvénients : et comme ces inconvénients seront inévitables, il ne faut faire de portiques que lorsqu'ils sont réellement justifiés.
Mais j'ai surtout à considérer ici le portique faisant partie d'une composition générale, le portique élément d'un édifice. Dans notre architecture moderne française, le portique est souvent intervenu comme un moyen de décoration et d'apparat,
destiné à donner plus de noblesse à l'aspect d'un monument. Il est évident que les portiques de la Colonnade du Louvre, de la Place de la Concorde, tout comme celui qui entoure la coupole du Panthéon, n'ont pas été créés pour abriter une circulation. Il en était de même, semble-t-il, des portiques latéraux des grands temples antiques : nous ne savons guère ce qui s'y passait, et si parfois une procession se déroulait derrière ces colonnades, en tous cas, ce ne pouvait être une théorie bien nombreuse, car ces portiques n'ont que la largeur d'un entrecolonnement, et pour les plus grands même, ceux dont les colonnes atteignent les dimensions exceptionnelles du Temple de Mars Vengeur par exemple (fig. 1718 et 17 19), c'est encore un étroit passage : les portiques latéraux de la Madeleine vous permettent d'en juger ; tandis que pour les portiques d'utilité, par exemple ceux qui régnaient autour des forums, on appliquait à peu prés la règle formulée par Vitruve et rappelée plus haut.
Les portiques décoratifs que je viens de citer sont extérieurs. Mais il en a été fait aussi sur des cours, dont l'objet est encore avant tout la décoration. Ainsi la cour d'honneur de l'hôtel de Soubise ne présente certainement pas le développement de portiques que vous connaissez, uniquement pour conduire de l'entrée au bâtiment de l'hôtel proprement dit; ces portiques ne desservent pas non plus des locaux en relation constante avec l'hôtel : leur plus grande partie est simplement adossée à des murs pleins. En réalité, on a voulu donner à cette grande cour d'entrée le caractère incontestable d'une cour d'honneur, et on a pensé que ce caractère se manitesterait avant tout par une ceinture de portiques. C'est de l'architecture d'apparat.
Ces mêmes observations s'appliqueraient au Palais de la Légion d'honneur (V. plus haut le plan, fig. 581, vol. II, p. 73) et même à l'École militaire, bien que là il pût y avoir un pro-
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gramme particulier nécessitant le portique de communication.
Il est même arrivé que des portiques aient été rajoutés après
coup à des cours qui n'en avaient pas. C'est le cas de la cour
Fig. 1718. — Portiques latéraux du temple de Mars Vengeur, à Rome.
Fig. 1719. — Coupe des portiques du Temple de Mars Vengeur, à Rome.
ovale à Fontainebleau, dont le joli portique a été construit sans souci des fenêtres du rez-de-chaussée, pour permettre des terrasses d'où les personnes de la cour pouvaient assister à la curée (fig. 1720 et 1 72 1).
Quant au portique utile, au sens matériel du mot, c'est à son propos que se posent surtout les questions que j'indiquais au début de cette étude. S'il éclaire en second jour des pièces de
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Fig. 1720. — Palais de Fontainebleau. Cour ovale.
quelque importance, il ne peut être large et il importe qu'il soit haut. Il est évident en effet que la lumière pouvant arriver de haut, éclaire les rez-de-chaussée bien mieux que lorsqu'elle doit
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se glisser horizontalement, comme à l'Oiiéon, par exemple, où d'ailleurs les portiques n'ont rien à éclairer, ou comme ceux de la place Royale dont je vous ai déjà parlé. Mais par contre, on est plus abrité de la pluie et du soleil sous des portiques comme ceux de FOdéon ou de la Place Royale. Les portiques de la
Fig. 1721. — Portique de la cour ovale de Fontainebleau. Élévation et coupe.
Bourse à Paris laissent assez bien arriver la lumière au rez-dechaussée tout au moins, mais sont un abri médiocre aussi contre le soleil, la pluie et la neige. Difficultés contradictoires, qu'il n'est pas possible de résoudre : du moins faut-il se demander dans chaque cas à quelle considération il convient surtout d'obéir : savoir ce qu'on veut, et savoir ce qu'on fait.
Les exemples de beaux portiques de circulation sont d'ailleurs innombrables. Parmi les plus remarquables, avec ceux du Palais
de la Chancellerie et du Palais] Farnèse, à Rome, que je vous ai déjà montrés, je vous citerai les très nobles portiques qui encadrent la grande cour de l'Hôpital de Milan (fig. 1722611723).
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Lorsque le portique n'a rien à éclairer, la solution est plus simple; alors sa proportion dépendra de son objet propre, et notamment de l'importance des circulations. Deux exemples extrêmes vous feront servir ces différences. D'une part, les portiques à deux étages de la grande cour des Invalides (fig. 1724) : ces portiques sont ouverts, non seulement parce que c'était encore l'habitude à cette époque, mais parce que dans un établissement de ce genre, mi-caserne et mi-hospice, il est excellent que les circulations se fassent à l'air extérieur. Ils sont larges et libres, les retours aux angles sont facilités par des élargissements : c'est qu'il y passera des infirmes, des malades, et que pour eux les chocs seraient douloureux ; c'est que plusieurs devront être roulés dans de petites voitures ou portés dans des civières. Mais ce luxe de dimensions est le seul luxe qu'on se soit permis : l'architecte a pensé avec raison que la noblesse des proportions et la simplicité absolue des formes donnerait à cette cour un caractère que n'aurait pas atteint la recherche des élégances, ou plutôt, s'est-il posé ces questions ? Je crois qu'il a simplement fait ce qui devait être fait, comme on fait son devoir, dignement, honnêtement, et que dans notre admiration pour cette belle cour il entre une bonne part d'admiration pour cette vertu de l'artiste.
Voici au contraire une demeure riche et élégante, mais restreinte dans ses proportions, l'hôtel de Vogué, à Dijon. La cour est assez petite, exquise d'ailleurs. Un petit portique relie les deux ailes en passant devant l'entrée (fig. 1725, 1726 et 1727) ; c'est une communication intime et discrète où passent quelques personnes seulement. Ici, le portique est étroit : pourquoi serait-il large? C'est presque le dessous d'un balcon supporté par des piliers; et en lait, le portique est simplement couvert par de grandes dalles de pierre, dont la sous-face forme un plafond d'une
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Fig. 1724. — Portique de la cour des Invalides. Coupe et plan.
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Fig. 1727. — Portique do l'hôtel Je Vogué, à Dijon. Façade sur cour.
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Fig. 1725. — Portique de l'hôtel de Vogue, à Dijon. Plan.
Fig. 1726. — Portique de l'hôtel de Vogue, à Dijon. Coupe.
élégante décoration. Ce petit motif, de petite échelle, appelait les finesses et les grâces : c'est ciselé comme un joyau, riche de parure élégante : l'opposé en tout de la cour des Invalides. Et les deux études sont admirablement appropriées à leurs sujets.
Entre ces extrêmes, toutes les variétés trouvent place; les portiques ont donné lieu aux plus étonnants contrastes d'étude : ils disposent de ces éléments divers que nous avons passés en revue, la plate-bande sur colonnes simples ou accouplées, l'arcade sur piédroits, sur colonnes isolées, sur colonnes ou pilastres engagés. Comment pourrais-je, à moins d'un volume, vous décrire tout ce qui a été fait en portiques, depuis les vigueurs massives de la cour du Palais Pitti, jusqu'aux élégances fluettes des cloîtres les plus hardis, ou aux caprices des loggie de la Renaissance, aux broderies de l'architecture mauresque ou vénitienne ?
Mettre à la disposition de l'architecte une grande variété possible dans l'étude des portiques, c'était lui faire une loi de cette variété, même dans un édifice unique. En feuilletant les plans italiens, où les portiques abondent, vous constaterez cette variété à tout instant. Et par opposition à la régularité des superpositions qui fait le grand caractère d'unité du théâtre de Marcellus, par exemple, vous verrez souvent la diversité cherchée dans la superposition de portiques très différents, non seulement d'étude, mais de divisions. Ainsi, à une travée de rezde-chaussée ouverte d'une arcade, correspondra au premier étage une travée subdivisée en deux ou trois parties. Je vous ai montré ces contrastes dans les portes de villes, telles que celles de Fano (V. vol. I, p. 167, fig. 67) ou dans le cloître de Santa Maria délia Pace (vol. III, p. 644 et 645, fig. 1355 à 1357), et cette tradition conservée dans les triforium des églises.
Mais dans l'architecture française aussi nous trouverons cette recherche, produisant des effets de superposition très pittoresques;
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ainsi le château de Bussy-Rabutin dans la Côte-d'Or (fig. 1728) a des portiques superposés où une arcade du rez-de-chaussée supporte trois divisions en plate-bande au premier étage; la jolie cour du Lycée de Toulouse (fig. 1729 et 1730) présente des combinaisons d'une liberté curieuse, qu'il serait difficile d'analyser, mais
Fig. 1728. — Portique du château de Bussy-Rabutin.
dont le charme est très grand. L'architecture de la Renaissance surtout offre un très grand nombre d'exemples de ces dispositions. Je vous citerai de même les portiques de l'ancienne cour intérieure de l'Hôtel de Ville de Paris (fig. 173 1 et 1732), tels qu'ils étaient avant une démolition qui n'était peut-être pas une nécessité et qui ne nous en donne plus qu'un rappel un peu lointain. Et dans l'architecture plus monumentale, il suffit de se reporter aux portiques de la Place de la Concorde pour constater encore cette variété dont je pourrais multiplier les exemples, et qui
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souvent s'accentue encore par le contraste du portique ouvert et du portique vitré.
Mais, je le répète en y insistant : le portique ouvert est devenu pour nous, pour les exigences contemporaines, une
Fig. 1729- — Portique du Lycée de Toulouse. 1" étage.
exception. Nos circulations ne sont pas seulement couvertes, elles sont closes.
Et alors elles s'appellent, suivant leur importance et leur usage, corridors ou galeries.
Le corridor n'appelle pas de grandes explications. Il suffit qu'il soit utile, il a peu à voir avec la beauté. Très souvent dans nos constructions les corri-
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Fig. 1752. — Portique de l'ancienne cour centrale de l'Hôtel de Ville de Paris. Coupe.
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Fig. 173 1. — Portique de l'ancienne cour centrale de l'Hôtel de Ville de Paris. Plan.
dors sont trop étroits, rarement trop larges. Il faudrait qu'on pût toujours s'y croiser sans se coudoyer, ou sans que l'un fût obligé de s'effacer pour laisser passer l'autre : le corridor étant d'ailleurs la voie de communication intérieure, sera naturellement le chemin des personnes chargées, des transports, des déménagements. S'il est trop étroit, tout cela heurtera et dégradera les murs : ainsi rien n'est désagréable d'aspect comme ces corridors trop étroits de presque tous les hôtels meublés, où les murs et les boiseries sont martelés d'un bout à l'autre par le choc des bagages qu'on y transporte. Je n'ai pas de largeur à vous fixer, cela dépend à la fois du programme qui suppose des allées et venues plus ou moins nombreuses, et de l'économie de terrain et de construction à laquelle on est astreint. Tout ce que je puis vous dire, c'est de faire les corridors aussi larges que vous le pourrez raisonnablement.
Le corridor étant destiné uniquement à la circulation, il faut y éviter tout ce qui serait une entrave; ainsi les saillies, occasions de chocs, sont incompatibles avec l'idée de corridor : le corridor assez large pour en permettre devient une galerie. De même, il faut éviter de faire ouvrir du dedans au dehors les portes des pièces desservies par le corridor.
Avec la largeur, ce qui manque le plus à nos corridors, souvent du moins, c'est l'éclairage. On projette souvent des plans où les corridors sont complètement obscurs, avec l'espoir que des jours indirects d'impostes ou de portes vitrées suffiront à les éclairer. Toute difficulté à cet égard disparaîtrait si l'on pouvait toujours avoir des bâtiments qui comprendraient seulement en épaisseur un corridor et une largeur de pièce, et qui d'ailleurs seraient éclairés sur leurs deux faces, — sur une rue et une cour ou sur deux cours. Mais cela est rare. Tantôt on a un bâtiment appuyé d'un côté contre un mur mitoyen, et alors les
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fenêtres n'existant que d'un côté doivent être réservées pour les pièces utiles; tantôt les besoins du programme exigent que le corridor desserve des pièces à droite et à gauche, comme par exemple les services des bureaux à l'Hôtel de Ville (fig. 1733), ou la plupart des hôtels de voyageurs. Il y a alors cette difficulté, si fréquente en architecture, de la contradiction entre des convenances opposées. En ce cas, on est bien forcé de recourir à l'éclairage par des parties vitrées dans les cloisons du corridor et dans les portes ; mais si l'on peut du moins éclairer les corridors par leurs extrémités, ou par des solutions de continuité dans les services qu'ils desservent, ou enfin par la lumière de larges cages d'escaliers bien claires, on arrive à donner une clarté à peu près suffisante, car le corridor n'étant qu'une circulation, il suffit après tout qu'on y voie suffisamment pour se diriger sûrement. Lorsqu'un bâtiment simple, c'est-à-dire dans le cas présent, composé d'un corridor et d'une seule série de pièces, offre deux expositions de valeur inégale, par exemple une façade sur une cour d'honneur et une autre sur une cour secondaire et étroite,
Fig. 1733. — Corridor des bureaux à l'Hôtel de Ville.
il convient que le corridor soit placé du côté le moins favorable à la lumière et au bien-être. Cependant, il peut y avoir des circonstances qui exigeront la composition inverse, si par exemple on veut qu'une cour principale ou un jardin soit à l'abri des regards; on pourra alors préférer placer de ce côté les corridors, avec des fenêtres assez élevées au-dessus du sol pour éviter ces indiscrétions. Des raisons d'isolement, de bruits à éviter, d'exposition, pourront dicter dans des cas particuliers des solutions spéciales.
Il résulte cependant de la double destination possible des corridors un double caractère. Je veux dire que le corridor peut faire partie d'une distribution dans l'architecture privée, ou être public. Dans ce dernier cas, il est évident qu'il réclame plus de largeur, de lumière et de tenue. Ainsi, dans les administrations publiques, le corridor dessert des bureaux successifs, et même en dehors des services purement publics comme les caisses des établissements financiers, un certain public tout au moins aura à faire aux divers bureaux. Aussi la disposition la plus logique est-elle le corridor assez large, éclairé par des fenêtres, suivant la longueur d'un bâtiment dont l'autre face reçoit les fenêtres des bureaux. Dans ces conditions, le corridor devient une sorte de salle d'attente, et parfois de longue attente, comme par exemple ceux qui, au Palais de Justice, donnent accès aux cabinets des juges d'instruction (fig. 1734). Ces corridors deviennent presque des galeries, et pour les désigner on se sert d'un mot aussi bien que de l'autre. Je vous ai montré déjà le plan du bâtiment des bureaux au Ministère des Affaires étrangères (V. vol. II, p. 413, 414, fig. 763, 764), c'est un exemple très satisfaisant de corridor accessible au public, et dont vous trouveriez les analogues dans des Administrations de construction récente, telles que le Ministère des Travaux publics ou celui de la Guerre;
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