‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 22 sur 71 · LES ESCALIERS INTÉRIEURS ESCALIERS ENTRE MURS OU ÉCHIFFRES · texte numérisé non relu

LES ESCALIERS INTÉRIEURS ESCALIERS ENTRE MURS OU ÉCHIFFRES

SOMMAIRE. — Emplacements des escaliers. — Direction des escaliers. — Cages d'escaliers.

Les escaliers droits.

Abordons maintenant les escaliers intérieurs, dont les combinaisons sont encore bien plus variées. Leur emplacement dans la composition est d'importance capitale, car la facilité des circulations en dépend; leur impression architecturale est d'importance capitale aussi, car tout le monde voit l'escalier, juge par lui de l'édifice, et d'ailleurs les dispositions d'un escalier sont une merveilleuse occasion de souplesse, de pittoresque et s'il y a lieu de grandeur monumentale. Les escaliers sont ce qu'il y a de plus populaire dans les œuvres des architectes.

La place judicieuse des escaliers est toujours une des difficultés de la composition. Il faut qu'ils desservent bien toutes les parties d'un plan sans imposer de trop longues distances à parcourir; il faut aussi qu'ils soient faciles à trouver et qu'on ne risque pas de les chercher vainement. Aussi, dans une composition étendue, il faut en général plusieurs escaliers, bien répartis : vous comprenez de reste que deux ou trois escaliers, s'ils

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étaient réunis à une extrémité de la composition, ne seraient que des superfétations. Chaque escalier doit desservir dans un même aplomb tous les étages qui en dépendent; rien n'est incommode comme la disposition qu'on rencontre parfois où, après avoir monté un étage par un escalier, il faut aller en chercher un autre pour monter les étages suivants. Et, comme je l'ai dit à propos des circulations, il est désirable que, à chaque étage, on puisse facilement aller d'un escalier à un autre, chacun devant servir au besoin de rechange à l'autre en cas de sinistre, ou simplement en cas de réparations. Circulations horizontales, circulations verticales, tout cela ne fait qu'un et doit être conçu dans un esprit d'unité.

On peut, au point de vue de leur usage, répartir les escaliers en trois divisions : les escaliers d'apparat, combinés pour les représentations plus encore que pour l'usage et qui en général ne s'élèvent que du rez-de-chaussée au premier étage; c'est un grand et beau luxe, mais par cela même ces escaliers ne dispensent pas des escaliers d'usage courant; — les escaliers principaux, d'importance diverse, qui dans l'habitation ou dans l'édifice public dirigent les circulations, et qu'on pourrait appeler escaliers de circulation, escaliers plus ou moins riches selon le programme, mais qui doivent toujours être clairs et faciles; — enfin l'escalier de service réservé aux communications de nécessité matérielle par les domestiques, fournisseurs, garçons de bureau, etc., dont l'importance est moindre, mais où cependant il ne faut pas oublier qu'il se fait des transports d'objets parfois volumineux. Quant aux escaliers purement intérieurs qui réunissent une pièce d'un étage à une dépendance reléguée à un autre étage, c'est presque un objet mobilier dont il n'y a pas lieu de s'occuper ici.

Au point de vue donc de la composition générale, il y aura

un ou plusieurs escaliers; dans ce dernier cas, il y en aura presque toujours un principal. 11 faut que tout escalier soit clair, et vous devez absolument renoncer aux errements qui admettaient des escaliers sombres, éclairés uniquement sur des courettes dérisoires. Tout cela, c'est la composition du plan général, plus ou moins heureuse.

Voilà donc les considérations générales qui pourront déterminer l'emplacement des escaliers dans l'ensemble d'un édifice. Voyons maintenant les combinaisons architecturales qui permettront de les réaliser : et d'abord, la direction des escaliers.

Le plus souvent, l'escalier conduit d'un palier de départ à un ou plusieurs paliers d'arrivée, superposés directement au premier. D'un palier au suivant, c'est ce qu'on appelle une révolution d'escalier. C'est ainsi que dans nos maisons nous avons six ou sept paliers à plomb les uns des autres. Mais la composition peut exiger aussi que, partant à rez-de-chaussée d'un point initial, on arrive au premier étage en un autre point, parfois éloigné. C'est le cas des escaliers droits : ainsi, dans votre École, vous pouvez voir sur deux escaliers importants l'application de ces deux hypothèses (V. vol. I, fig. 43, p. 143 ) : entre le vestibule du quai et la salle Melpoméne, vous trouvez un escalier double qui vous ramène au-dessus du palier de départ; dans le Palais des études, deux escaliers droits vous dirigent du centre du plan à ses extrémités. Les combinaisons à cet effet sont d'ailleurs infinies.

Sauf quelques exemples d'escaliers pratiqués dans des salles beaucoup plus vastes, et qui alors sont de véritables perrons intérieurs, tels que celui de la salle des Pas-Perdus au Palais de Justice, que je vous ai déjà cités, ou encore celui du château de

Cardif, en Angleterre, dont l'effet est très pittoresque, et avant tout l'ancien Escalier des Ambassadeurs du Palais de Versailles (fig. 1750, 175 1 et 1752), aujourd'hui détruit, les escaliers intérieurs sont inclus dans une salle spéciale qu'on appelle la cage de l'escalier. Cette cage s'élève forcément d'autant d'étages, plus un, que l'escalier en dessert. Si l'escalier ne conduit qu'au

Fig. 1750. — Escalier des Ambassadeurs, à Versailles (démoli).

premier étage, comme beaucoup d'escaliers monumentaux, la cage comprendra cette hauteur et le premier étage, parfois plus. Ainsi le magnifique escalier du Palais-Royal, dont les marches s'arrêtent au premier étage, a pour cage une salle voûtée aux proportions très élevées (fig. 1753), dont la hauteur rivalise avec celle des coupoles d'églises. Si l'escalier dessert deux étages, la cage en aura trois, et ainsi de suite.

L'étude des cages d'escaliers est un des programmes les plus

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