Tome IV
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>7)>. — Voûte de l'escalier du Palais-Royal.
attrayants de l'architecture; comme dans le vestibule, mais avec plus de ressources encore, on y peut associer le style monumental et le charme des intérieurs. Vous en connaissez tous certainement de beaux exemples. Un soin nécessaire, c'est que la cage d'escalier se suffise à elle-même, c'est-à-dire qu'elle ne se confonde pas avec les circulations horizontales. Au départ comme à l'arrivée, il faut un palier, bien distinct des vestibules, antichambres ou circulations qu'il dessert : cela est plus nécessaire encore si l'escalier se continue en plusieurs étages. Ainsi, il y a des théâtres — la Comédie-Française par exemple — où un même espace sert à la fois de palier pour l'escalier et de galerie ou couloir pour les loges : c'est très mauvais et ne s'explique que par le défaut d'emplacement.
Et notez bien que les paliers doivent être spacieux. Il faut qu'on y puisse faire à plat quelques pas qui reposent de la montée; il fout que sur les paliers d'arrivée on puisse se rajuster et attendre à l'aise l'ouverture d'une porte sans gêner les personnes qui montent ou descendent; il faut que sur les paliers dits de repos on puisse effectivement se reposer.
Une autre recommandation essentielle, j'y reviens, c'est que les escaliers soient clairs. On a trop l'habitude de les rejeter dans des parties obscures, de demander leur éclairage a de simples courettes, tandis que dans un escalier l'obscurité est un danger. L'éclairage du haut y est rarement bon. Il s'agit en effet de bien éclairer les marches, et cela se peut en effet avec l'éclairage du haut lorsque ces marches ne sont pas dans une ombre projetée, c'est-à-dire pour les grands escaliers qui ne montent qu'un étage. Mais lorsqu'il y a superposition de rampes, chacune, sauf la dernière, est mise dans l'ombre par la rampe supérieure. Ou alors, il faudrait que le vide central fût assez grand pour que la lumière du plafond vitré pût pénétrer obliquement sous les limons.
Quant à la lumière de fenêtres, il faut autant que possible que là où elle est vive, elle éclaire les marches plutôt dans la direction de la montée que dans celle de la descente, afin d'éviter les ombres portées trop nettes des marches les unes sur les autres : une lumière plutôt diffuse et abondante est celle qui convient le mieux.
La cage d'escalier, au point de vue de l'étude architecturale,
se présente toujours ainsi : dans tous les étages où existent des emmarchements qui s'adossent aux murs, l'architecture doit s'adapter à ces adossements : les parois de la cage présentent d'étage en étage des panneaux tantôt obliques sous les emmarchements, tantôt rectangulaires sous les paliers; puis au sommet intervient un
Fig. 1754- — Grand Escalier de l'Opéra,
rampes détachées du mur. étage où la cage d'escalier
n'est plus qu'une salle ayant comme toute autre ses parois régulières et sa voûte ou son plafond. Cependant, au grand escalier de l'Opéra, Ch. Garnier a adopté une disposition assez exceptionnelle : écartant des murs toutes les rampes de son escalier, et ne laissant de points de contact avec les parois de la cage que ceux qui résultaient des paliers (fig. 1754), il a pu étudier depuis le bas cette salle comme un vaisseau régulier : en quelque sorte une grande salle montant de fond où serait placé après coup l'ensemble de marches et de balustrades qui constitue l'escalier proprement dit. Mais je le répète, cette disposition est exceptionnelle et n'était possible que dans un monument d'une aussi grande ampleur.
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Comme vous le voyez, l'étude de l'escalier et celle de sa cage ne sont qu'une seule et même étude : l'architecte a d'abord à se demander où il placera son escalier, quel sera son mouvement, et son éclairage, et il l'étudiera simultanément avec la cage qui doit le contenir. Je ne puis pas plus que lui séparer ces deux sujets.
Mais je dois appeler votre attention sur leurs difficultés. Ce beau sujet d'architecture est le tourment des architectes, car souvent les nécessités de la circulation se trouvent en désaccord avec celles de la construction ou des aspects extérieurs. Trop souvent on dispose un escalier contre une façade qui est ordonnée d'après les parties de niveau : les fenêtres, les membres d'architecture se poursuivent horizontalement, et si une ou deux de ces fenêtres se trouvent devant une rampe d'escalier, on n'en a cure, on ne modifie en rien pour cela l'ordonnance continue de la façade. Mais alors, on voit de l'escalier des fragments de fenêtres, en forme de trapèze ou même de triangle; les rampes et mains-courantes passent devant les croisées qu'elles empêchent d'ouvrir, et au dehors, à moins qu'il ne s'agisse d'une cour de service tout à fait sacrifiée, on a l'aspect désagréable d'une fenêtre coupée obliquement par des limons rampants. Moins sensible dans des palais où une grande épaisseur de murs éloigne ces limons de la façade, et permet l'ouverture des croisées dans la profondeur de l'ébrasement, cet inconvénient s'accentue dans des constructions de proportions plus modestes, telles que nos habitations ordinaires. Aussi, comme je vous l'ai déjà montré, a-t-on cherché souvent à percer dans les murs de façades les fenêtres d'escaliers à la demande de ces escaliers. Mais il en résulte une discontinuité des chaînages, tout au moins si l'on n'a pas le soin de ménager dans la menuiserie de la croisée une traverse à cet effet; et en
outre ces baies décrochées sont facilement d'un fâcheux aspect : on ne peut pas toujours comme au château de Saint-Germain (V. vol. I, fig. 510, p. 621) accuser cette disposition par un motif spécial de pavillon saillant.
Aussi est-il désirable que la composition permette de ne mettre en contact avec les façades que les paliers d'arrivée aux étages, lesquels peuvent avoir leurs fenêtres semblables à celles des appartements. Si cela ne se peut, il importe du moins que vous sachiez bien quelles seront les difficultés d'étude auxquelles vous serez exposés et que vous y pensiez dés le début. C'est toujours la prévoyance que je signale comme nécessaire à la composition en vous disant que composer c'est prévoir. Mais surtout, gardez-vous des escaliers sombres : après tout, les accidents sont plus à craindre dans un escalier que dans des locaux de niveau; or, on a beaucoup trop abusé des escaliers obscurs: la nécessité de desservir des accès multiples conduit facilement à leur donner une position centrale, très justifiée par la commodité, mais très difficile à doter d'un éclairage suffisant. Pour tout cela, il n'y a pas de recettes, chaque composition a ses exigences : retenons seulement qu'il faut penser à toutes ces nécessités et que les négligences sont ici grosses de regrets.
Si l'escalier est un programme de tous les temps, le bel escalier est un programme relativement moderne. L'antiquité ne paraît avoir connu que l'escalier purement utilitaire. Ceux que nous connaissons, notamment dans les amphithéâtres des Romains, sont commodes par leur grand nombre, mais tout droits entre deux murs, et fort raides. La langue latine, comme d'ailleurs l'italienne, n'avait qu'un seul mot, scala, pour exprimer l'échelle et l'escalier.
En effet, les anciens escaliers ne furent que des marches por-
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tocs par deux murs, comme les échelons d'une échelle sont portés par les montants; et sous des formes différentes, ce fut la seule conception de l'escalier, même monumental, jusqu'à la lin du Moyen-âge; la Renaissance elle-même n'en connaît guère d'autres, tandis que depuis le XVIe siècle les escaliers dits suspendus, c'est-à-dire ceux dont les marches sont portées par un limon, donnent lieu à des combinaisons nouvelles et varices, plus artificielles mais plus souples aussi. Il est donc logique de classer les escaliers en deux grandes divisions : ceux dont les marches sont portées des deux côtés sur des murs pleins ou évidés, et ceux dont les marches sont portées d'un côté par un mur, de l'autre par un limon, ou des deux côtés par des limons. Parmi les premiers, les plus simples de tous sont les escaliers droits, conduisant en une seule direction du palier de départ au palier d'arrivée. Il y en a de tout simples, il y en a de riches et magnifiques. En général, ces escaliers ne franchissent qu'un étage, car s'ils devaient en desservir un second il faudrait ou les continuer dans la même direction, et alors leur longueur deviendrait excessive et les points d'arrivée changeraient à chaque étage; ou bien ils devraient être superposés à eux-mêmes, ce qui obligerait à refaire à chaque niveau, sur un palier horizontal, un parcours de longueur égale à celui qu'on vient de faire en montant. On a cependant essayé le premier parti dans des circonstances spéciales et pour des étages peu élevés. Ainsi, à l'ancien Opéra de Paris, rue Le Peletier, des escaliers droits, de secours, desservaient tous les étages le long des façades latérales (fig. 1755); mais on avait renoncé à s'en servir : une telle longueur d'escaliers effraie et peut causer des accidents : il est facile de concevoir les dangers d'une affluence parfois fébrile dans cette longue pente où rien ne viendrait rompre un courant trop précipité. Il ne faut pas qu'un escalier devienne une cascade humaine.
Les escaliers droits sont ies plus solennels, et se prêtent plus que tous autres aux effets imposants; l'œil embrasse d'un seul coup leur ensemble, leurs longs emmarchements donnent bien l'idée d'un monument important; aussi, sauf le cas de simple
Fig- 1755
Plan de l'ancien Opéra, rue Le Peletier.
accès à des locaux secondaires pour lesquels il suffit d'une sorte d'échelle moins raide et plus pratique que l'échelle ordinaire ou que Xécheïïe de meunier, les escaliers droits sont surtout un élément de l'architecture monumentale. Leur longueur risque de les faire paraître étroits : ainsi, je vous citais ceux de l'École des
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Beaux-Arts : leur etnmarchement est large en réalité, et paraîtrait large en effet avec une autre disposition; limités de chaque coté par de grands murs, parois d'une sorte de corridor très élevé, longs de tout le développement nécessaire à la montée d'un grand étage, ils paraissent plutôt étroits et resserrés. Il en est de même de l'escalier qui, au Palais de Justice, conduit, contre la façade sur le boulevard du Palais, à la salle des Pasperdus. Mais ce n'est là en réalité qu'un escalier de dégagement, fort commode, mais pour lequel on n'a pas cherché l'effet.
Il faut donc qu'un escalier droit soit large, plus large souvent que ne l'exigerait la fréquence de la circulation. A Paris, vous en pouvez voir qui se présentent avec cette ampleur : l'escalier du Sénat au Luxembourg (fig. 1756 et 1757), qui prend toute la largeur d'une des ailes de la cour d'honneur; les escaliers droits de l'Hôtel de Ville, qui se font vis-à-vis; enfin les escaliers de l'Odéon.
Mais je vous citais à l'instant l'escalier du Sénat. Il a certes sa beauté : je dois vous dire aussi le défaut de sa composition. Il occupe toute la largeur de l'aile dans œuvre des murs. Cela serait sans inconvénients s'il était au début de cette aile. Mais ce n'est pas le cas : regardez le plan général du Palais : vous y voyez à droite et dans l'axe latéral de la cour d'honneur une entrée qui correspond au palier de départ du grand escalier, lequel occupe toute la moitié de l'aile droite depuis cette entrée jusqu'au bâtiment principal; l'escalier occupant d'ailleurs toute la largeur du bâtiment, il en résulte que toute la première moitié de l'aile droite et le pavillon d'angle sont, au premier étage, séparés du bâtiment principal, sans communications possibles, à moins de descendre ou de monter un très grand étage. Là, cependant, il y a des salles importantes qui ne peuvent pas ne pas appartenir au grand étage du Palais. On a donc été obligé, un
peu en prenant sur les épaisseurs de murs, surtout en avançant en surplomb sur les marches, de constituer de chaque côté de l'escalier un balcon de communication qui relie tant bien que
Fig. 1756. — Escalierdu Sénat, au Luxembourg. Rez-de-chaussée.
Fig. 1757. — Escalier du Sénat, au Luxembourg. 1" étage.
mal les deux parties du palais, et plutôt mal que bien. Cette communication est étroite et pénible, on n'y peut passer deux de front; et l'effet est singulier de ces marches se prolongeant sous un balcon qui, d'abord élevé et ne gênant pas, arrive à les tou-
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cher à mesure que l'escalier monte. Aussi a-t-il fallu disposer des rampes en ècuyers qui empêchent de s'engager sous les balcons : en fait, l'escalier est rétréci de toute leur saillie.
Voyez au contraire la disposition des grands escaliers de l'Hôtel de Ville : très différents de celui du Luxembourg en ce qu'ils sont doubles, ils en diffèrent aussi sensiblement par la facilité des communications latérales. Vous connaissez tous le plan général de l'ancien Hôtel de Ville : permettez-moi cependant de mettre sous vos yeux la partie de ce plan relative à la belle disposition de ces escaliers (fig. 1758 et 1759).
Un escalier droit occupe forcément une place considérable, vous le voyez par cet exemple du Luxembourg. C'est une donnée monumentale et de grand faste, essentiellement favorable aux cortèges et à la représentation. Un exemple grandiose, en dépit de quelques défaillances de goût, est l'escalier triomphal du Vatican (fig. 1760 et 1761), dont on a voulu augmenter encore l'effet — tout au moins à sa montée — par la disposition en perspective de son architecture : essai contestable et qui ne peut en tous cas être qu'exceptionnel. Ce qui frappe dans cet escalier, après ses grandes proportions, est son extrême douceur; les marches, très larges, sont très basses : il semble qu'on marche de son allure ordinaire, et en effet le pas est à peu près celui de la marche normale. Mais aussi, quelle longueur de développement n'a-t-il pas fallu pour cela ?
Sauf le cas de voûte rampante, tous les escaliers droits ont encore ce caractère commun que l'architecture décorée de la cage ne commence réellement qu'à partir du niveau du palier d'arrivée. Entre les marches et ce niveau, les murs latéraux, dits murs d'échiffre, ont nécessairement une partie visible triangulaire qui se prête peu à la décoration, et qui le plus souvent est traitée très simplement : des murs unis, des refends, des panneaux, au
besoin des marbres, voilà ce qui est ici possible; en réalité, l'architecture de la cage d'escalier est celle du premier étage audessus d'un soubassement de hauteur variable.
Fig. I7;g. — Esciliers de l'ancien Hôtel de Ville, à P.iris. i" étage.
So
Fig. 1758. — Escaliers de l'ancien Hôtel de Ville, à Paris. Rez-de-chaussée.
LES ESCALIERS INTERIEURS
La plupart des grandes cages d'escaliers sont voûtées : nous avons déjà vu pour les vestibules la recherche de ce caractère
monumental. Mais pour
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une voûte aussi, une largeur sérieuse est nécessaire.
En somme on peut dire de l'escalier droit qu'il n'est admissible que
Fig. 1761 . — Escalier royal, au Vatican. Coupe.
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Fig. 1760. — Escalier royal, au Vatican. Plan.
dans deux cas : ou celui d'un simple dégagement créé pour l'utilité et non pour l'effet lorsque la composition conseille un dégagement de cette nature, ou celui d'un escalier d'apparat avec des proportions monumentales et dans la hauteur d'un étage seulement.
Essayons de dégager de tout cela quelques conséquences au point de vue de la composition. L'escalier droit a toujours cette même condition obligée : partant au rez-de-chaussée d'un certain point du plan, vous arrivez au premier étage à un point tout autre : cela est inévitable, et si l'étage est élevé, si l'escalier est doux et s'interrompt par des paliers suffisamment nombreux, cette distance deviendra très grande. Il faut donc que la composition des deux étages s'y prête, et en général on désirerait plutôt partir d'un point central du rez-de-chaussée pour aboutir au même centre ou à peu prés au premier étage.
Si l'escalier droit est pratiqué dans le bâtiment principal d'une grande composition, que nous appellerons si vous voulez le bâtiment d'honneur, la première idée si l'on ne pensait qu'au rez-de-chaussée serait, après avoir disposé les vestibules nécessaires, de monter droit devant soi une large et longue rampe monumentale. Mais ceci conduirait au premier étage très loin de la façade, où seront cependant peut-être les salles les plus importantes : en tous cas, tout ce qui est en arrière de l'arrivée de l'escalier prend un caractère secondaire. On ne peut donc, en général, disposer un escalier droit que si au premier étage les salles importantes ou les grands services sont du côté opposé à l'entrée du rez-de-chaussée. Ce cas est très possible, mais assez rare; il suppose d'ailleurs une très grande profondeur de bâtiments.
Aussi trouverez-vous plus souvent peut-être le grand escalier droit dans une aile qui précède le bâtiment d'honneur et y con-
duit. Tel est l'escalier du Sénat qui laisse libre toute la disposition du bâtiment d'honneur; et cela a encore cet avantage, sinon pour la solennité, au moins pour la commodité des distributions, de faire arriver sur un angle et non au milieu de la composition. Une arrivée milieu coupe toujours un peu en deux la distribution; l'arrivée sur un angle permet les enfilades ininterrompues. De même le grand escalier du Vatican est nettement en dehors de la distribution du Palais pontifical : au fond des colonnades de la place de Saint-Pierre, on trouve un vestibule puis cette longue et douce montée qui conduit aux antichambres : tout le Palais est à côté : c'est donc encore un escalier dans une aile, sauf que l'aile ici n'est pas au long d'une cour d'honneur mais adossée au Palais même.
Quant aux escaliers droits parallèles à la façade principale, on peut les supposer simples ou doubles. Simples, ils ne seront possibles que si l'entrée de l'édifice n'est pas dans son milieu, ou si la longueur de l'édifice est telle que cette longue montée avec les vestibules correspondants .puisse être contenue dans l'une de ses moitiés. Ainsi, on peut supposer au rez-de-chaussée un vestibule au centre, comme à l'Hôtel des Monnaies par exemple; puis qu'un escalier à une seule branche conduise à des vestibules ou antichambres de premier étage qui seront à l'une des extrémités de l'édifice. Mais il finit alors assez d'épaisseur de bâtiment pour assurer largement les communications en retour vers le centre du plan, et que cependant tout soit éclairé : c'est en somme le cas des grands escaliers de l'Hôtel de Ville si l'on y suppose une seule branche au lieu de deux.
Et alors, la tentation est évidemment très forte de doubler l'escalier, comme à l'Odéon (fig. 1762 et 1763) ou à l'Hôtel de Ville : ici, cette disposition somptueuse est très justifiée, car c'est un monument d'apparat et de représentation où les affiuences
Eléments et Théorie île l'Architecture. — IV. 23
Fig. 1763. — Escalier de l'Odéon. 1" étage.
sont très nombreuses : et l'effet est très grand de ces deux escaliers qui se font vis-à-vis et perspective réciproque. Mais à ce point de vue de l'effet, il est regrettable que le vestibule central de départ au rez-de-chaussée entre les deux branches de l'escalier soit couvert au premier étage par le salon dit Salle des
Cariatides. Certes, ce salon
est très utile pour le dégagement de la grande galerie des fêtes : mais l'effet monumental serait autrement grandiose s'il n'existait pas, et si de l'un des paliers d'arrivée au premier étage on pouvait voir les deux branches de l'escalier jusqu'à l'autre palier extrême, et tout cet ensemble couvert par une seule et même voûte visible dans toute sa longueur.
Je ne pouvais naturellement vous entretenir que de cas très généraux, se référant aux types les plus connus. La composition des plans, pour lesquels les escaliers ne sont en définitive qu'un moyen de circulation, pourra comporter bien d'autres cas encore. L'essentiel était de vous faire bien voir que la conception même du parti à adopter pour un grand escalier réclame impérieusement la composition simultanée des deux étages qu'il doit relier.
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Fig. 1762. — Escalier de l'Odéon. Rez-de-chaussée.
LES ESCALIERS INTERIEURS
Toutes les fois que l'escalier droit n'est pas possible, c'est-àdire dans le plus grand nombre de cas, nous trouvons pour les escaliers qui ne franchissent qu'un étage un grand nombre de solutions ; au point de vue de la composition générale elles se répartissent en deux groupes : les escaliers qui, comme les escaliers droits, conduisent à un point d'arrivée autre que le point de départ; et ceux qui au contraire ramènent à un point d'arrivée superposé au point de départ. Je vous citerai parmi les premiers l'ancien Escalier des Ambassadeurs à Versailles, ceux du Grand-Théâtre de Bordeaux et de l'Opéra, qui ont un seul point de départ au rezde-chaussée, et deux arrivées au premier étage ; le perron intérieur de la salle des Pas-perdus au Palais de Justice (V. vol. II, fig. 808, p. 490, et 809, p. 491), qui de deux points de départ différents conduit à une seule arrivée; et parmi les seconds, ceux de votre École prés du quai (fig. 1764), ou, dans le même parti, mais avec plus d'ampleur monumentale et de faste, le grand escalier double du couvent des Bénédictins de Catane (fig. 1763); puis les escaliers à trois rampes, soit droits comme à l'Hôtel des Monnaies, soit courbes comme au Palais Royal ; enfin toute la série si nombreuse des escaliers d'honneur des
Fig. 1764. — tcole des Beaux-Arts.
Escalier de la salle Melpomène.
anciens hôtels des xvne et xvme siècles, tels que l'Escalier de marbre à Versailles et tant d'autres.
Au point de vue de la composition générale, c'est avant tout cette considération des points de départ et d'arrivée qui dirige l'architecte; vient ensuite le choix des moyens : rampes droites si l'emplacement l'exige, ou si c'est le caractère de gravité
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Fig. 176). — Escaliers du Couvent des Bénédictins de Catane.
sérieuse qu'on veut affirmer, ou encore si la fréquence des circulations, comme dans les écoles, les théâtres, les gares de chemins de fer, exige ce genre de rampes qui est de tous le moins dangereux ; rampes courbes, si l'on veut surtout accentuer la grâce et la souplesse. Mais toujours avec des cages claires et suffisantes pour que l'escalier puisse être doux.
Après l'exposition de ces principes qu'on ne doit pas perdre de vue dans la composition des escaliers, il me reste à passer en revue les diverses combinaisons dont ils sont susceptibles d'après les moyens de construction employés.