‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 29 sur 71 · FIS COURS · texte numérisé non relu

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de Tolède et celle du Palais d'Alcala de Ilenares (fig. 1835, 183b et 1837) à deux étages de portiques, le premier en arcades, le second en plates-bandes reportées sur des chapiteaux très évasés qui en diminuent la portée. Elle ne le cède en élégance et en

Fig. 1834. — Cour du palais de Galéas Visconti, à Pavic.

perfection d'étude à aucune des plus belles cours d'Italie. En Portugal, en Orient, il en serait de même. Mais il faut bien que je m'arrête, car je ne saurais épuiser un sujet où les exemples à vous proposer seraient presque infinis.

Sauf quelques exceptions, qui sont en général dues à des imitations, la cour intérieure à portiques est une composition

italienne et espagnole plutôt que française et septentrionale, Cela se comprend : ces portiques autrefois ouverts et conçus

Fig. 1836. — Palais d'Alcala de Henares.

comme tels, étaient possibles sous ces latitudes et difficilement

acceptables chez nous, sauf

le midi de la France et

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mieux encore 1 Algérie. Si

en France, à Paris même, il a été fait des cours ainsi conçues, lorsque ce n'était

Fig. 1835. — Palais d'Alcala de Henares. Plan.

Fig. 1837. — Palais d'Alcala de Henares (détail des chapiteaux).

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pas une erreur d'imitation, c'était une composition motivée soit parce que les portiques avaient avant tout une fonction décorative d'apparat — je vous en ai parlé à propos des circulations de l'Hôtel Soubise, de l'École militaire, etc., — soit parce que comme à l'Hôtel des Invalides les conditions d'hygiène ou de programme réclamaient elles-mêmes cette disposition, par exemple à l'Hôtel-Dieu de Paris.

Mais en général chez nous la cour fermée, lors même qu'elle est entourée de circulations, reçoit plutôt une architecture de fenêtres étudiées pour être munies de menuiseries. La cour du Louvre en est le plus illustre exemple : je n'ai pas besoin d'y revenir.

Hormis d'ailleurs ce cas d'une très grande cour, permettant pour les intérieurs un éclairage que n'assurerait pas toujours la voie publique, ce sont en général des pièces secondaires ou de service qui s'ouvrent sur ces cours intérieures. Mais l'architecture de la cour ne sera pas uniquement régie par cette affectation, car elle peut en avoir une autre aussi, celle d'un centre de composition, d'un lien à rez-de-chaussée tout au moins entre les diverses parties d'un édifice, d'un passage de réception. Il faut donc distinguer. Si une cour n'est réellement qu'une cour de service, nécessaire pour éclairer, aérer, assurer l'écoulement des eaux, mais vue seulement par des gens de service ou des fournisseurs, il serait hors de propos de lui donner un caractère monumental déplacé. C'est ainsi qu'à Versailles même les cours intérieures, quoique vastes, sont traitées avec une simplicité presque absolue, absolue peut-on dire, en proportion de la somptuosité des façades ou de cette magnifique Cour de marbre qui est comme l'introduction à toutes les splendeurs de Versailles. Si au contraire la cour doit compter dans l'impression que laissera à tout visiteur l'architecture de l'édifice, si elle doit être

traitée en chose visible, alors son étude ne sera pas moins artistique que celle des extérieurs, sauf à exiger plus de finesse parce que le recul sera moindre et parce qu'il n'y a pas à compter avec l'opposition des grands espaces.

Il a été fait dans cet esprit des compositions d'un goût très sûr guidé par un esprit de mesure judicieux : par exemple à Dijon la cour de l'Hôtel de Vogué, dont je vous ai cité le portique, à Paris celles de l'Hôtel Carnavalet, de l'Hôtel Sully, rue Saint-Antoine (fig. 1838), ou encore celle de l'Hôtel du Gouverneur du Crédit Foncier, place Vendôme (fig. 1 8 3 9 et 1 840).

Dans cette dernière moins connue, appartenant à un ensemble monumental comme la façade générale de la place, il est intéressant de comparer à cette grandeur extérieure, l'architecture plus intime quoique sérieuse et monumentale encore de cette cour dont les dimensions sont peu étendues, et qui présente cette double particularité d'une entrée biaise, à cause du pan coupé de la place Vendôme, et d'un motif monumental au fond de la cour, nettement différent des autres côtés. Une cour encore fort intéressante à Paris, par l'ensemble de la composition du vestibule, de l'escalier et de la forme même de la cour, est celle de l'Hôtel de Beau vais, rue François-Miron (fig. 1841), assez restreinte, ainsi que la plus monumentale au contraire de toutes — après celle du Louvre, — la grande cour de la Bibliothèque Nationale (fig. 1842). Je vous citerai enfin, à Toulouse, la cour très origi-

Fig. 1858. — Cour de l'Hôtel Sully, à Paris.

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Fig. 184c. — Hôtel du Gouverneur du Crédit Foncier.Jplace Vendôme. Coupe.

Fig. 1859. — Hôtel du Gouverneur du Crédit Foncier, place Vendôme, à Paris. Plan.

nale du CapitoJe, terminée d'un côté par un motif de décoration adossée d'une étude si particulière (ng. 1843).

Ce sont là des cours fermées, soit que les bâtiments d'un même immeuble les entourent sur tous leurs côtés, soit que

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Fia;. 1841. — Cour de l'Hôtel de Beauvais.

pour partie elles soient contiguës à des propriétés voisines, cas très fréquent dans les villes. Si chez les voisins, des bâtiments élevés joignent la ligne de mitoyenneté, il en résulte forcément un aspect de tristesse, lors même que par des artifices de décoration on cherche à dissimuler la froide nudité des pignons.

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lig. 1845. — Cour il li Capitole Je Toulouse.

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Aussi, ces considérations d'aspect sont d'accord avec celles de l'hygiène pour conseiller, toutes les fois que cela se peut, de grouper les cours de propriétés voisines, en les séparant seule-

Fig. 1842. — Cour de l.i Bibliothèque nationale, à Paris.

ment par un mur de clôture. Toutefois, on peut désirer par contre que les regards d'une maison voisine ne puissent pas plonger dans la cour ou dans les appartements de la maison à construire : question de programme, où l'architecte aura droit de conseil, mais qu'il ne peut trancher à lui seul.

La cour fermée n'est pas forcément rectangulaire ou quadrilatère; la configuration du terrain peut conduire à d'autres formes, comme nous l'avons vu par exemple avec l'Hôtel de Beauvais. Parfois même, sans que cela résultât d'une sujétion quelconque et dans un terrain qui permettait toutes les solutions, on a, par goût ou par esprit de variété, disposé des cours circulaires ou

elliptiques. Je vous citerai notamment l'Hôtel Amelot (fig. 1844), rue Saint-Dominique, en faisant remarquer toutefois que, des bâtiments qui entourent cette cour ovale, la moitié seulement, au fond de la cour, s'élève de deux étages, tandis que ceux du devant ne comprennent qu'un rez-de-chaussée.

Mais c'est surtout dans les cours ouvertes, les cours d'honneur, que l'architecture peut être monumentale : la cour d'honneur, c'est encore la façade, et souvent c'est l'architecture de la façade même qui se retourne et vient parfois aboutir à un motif central plus important, d'une plus grande échelle, et dont la proportion est justifiée par le recul même que permet le renfoncement de la cour. C'est par exemple le parti que vous pouvez justement admirer dans ces monuments que je vous ai déjà montrés, le Palais de Justice avec son beau perron et son pavillon de l'Horloge, véritables Propylées de la Justice, l'École militaire avec son pavillon

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Fig. 1844. — Hôtel Amelot, rue Saint-Dominique, à Paris.

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central dont la grande architecture s'oppose à celle des portiques latéraux (V. vol. I, fig. 34), et qui, si intéressant qu'il soit, vu du Champ-de-Mars, n'a toute sa valeur que lorsqu'on le voit du côté de la cour d'honneur pour laquelle il a été composé.

Il n'existe pas de composition de cour d'honneur plus imposante que celle de Versailles, avec ses retraites successives, et sa perspective si habilement ménagée. Cet ensemble si vaste aurait pu verser dans la monotonie si son architecture — tût-elle parlaite — était la même partout. Mais vous en connaisse/ la variété : peut-être est-elle due surtout à la piété filiale de Louis XIV qui n'a pas permis que l'œuvre de son père — la Cour de marbre (fig. 1 S 4 5 ) — tût masquée ou dénaturée. Quoi qu'il en soit, l'uniformité n'existe pas : après les bâtiments tort simples de l'avant-cour, se présentent les ailes de Mansard et de Gabriel, d'une architecture solennelle, puis le cadre plus intime de la Cour de marbre; tout cela sur un terrain qui s'élève en pente douce produit, le matin surtout lorsque le soleil regarde le Palais, un effet de grandeur qui ne résulte pas seulement, croyezle bien, de la dimension matérielle des espaces, et qui se complète encore, si l'on se retourne, par la composition si grandiose des grandes et petites Écuries, avec leurs cours d'honneur elles aussi.

Je vous citerai encore, comme exemples de cours ouvertes, fermées sur la voie publique par de simples grilles ou par des portiques à jour, et pour m'en tenir à celles que vous pouvez facilement voir : en premier lieu la cour de l'École des Beaux- Arts sur la rue Bonaparte, si artistique avec ses beaux encadrements et la cour ovale qui lui tait suite; et sur le quai Malaquais la cour de l'Hôtel Chimay annexé à votre École; à Paris encore, la cour du Val-dc-Gràce ; la cour de l'Horloge au Palais Royal; la cour de l'ancien Hôtel de la Compagnie des Indes,

bléments si Théorie di V Architecture. — i\\ 28

aujourd'hui administration de la Bibliothèque Nationale, à l'angle des rues Vivienne et des Petits-Champs; la cour d'honneur du Ministère des Affaires étrangères ; de nombreuses cours d'hôtels modernes ; — à Fontainebleau, la grande cour du Cheval Blanc et la cour des Fontaines, celle-ci ouverte sur les jardins; ces diverses cours sont fermées seulement par des grilles, y laissant librement pénétrer le regard. Et il n'y a guère de grande ville où vous ne puissiez voir des compositions analogues, par exemple l'Hôtel de Ville de Bordeaux, ancien archevêché de la ville. Puis, comme cours closes par des portiques à jour, et par conséquent visibles encore de l'extérieur, je vous citerai, à Paris : celle du Palais-Bourbon ou Chambre des députés; celle de l'ancien Hôtel de Salm, aujourd'hui Palais de la Légion d'honneur. Ces exemples vous suffiront, avec ceux que j'indiquais plus haut, de Versailles, de l'École militaire, du Palais de Justice, pour vous faire voir quel beau parti on a su tirer de cette composition. C'est une partie importante de l'habitation ou de l'édifice associée à la grandeur d'espace de la voie publique, avec des façades en retraite qui se développent au regard du passant. Mais cette allure pompeuse et monumentale a son inconvénient aussi : tout en étant chez soi, on est sous les regards de la foule, on ne trouve pas dans ces cours la liberté dont on est volontiers jaloux, et vous verrez souvent les grilles d'honneur, conçues pour être transparentes, aveuglées par des persiennes ou des panneaux de tôle. Mieux valait alors faire un mur. Ce beau motif ne doit donc être conçu que là où le programme le comporte, lorsque loin de chercher le secret on veut au contraire rendre le public témoin de ce qui se passera dans la cour d'honneur, ou du moins lorsque la volonté d'un bel apparat primera les considérations de liberté du chez soi.

Aussi presque tous les hôtels des xvne et xvme siècles ont eu

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leurs cours d'honneur, largement traitées sans doute, mais le plus souvent closes vers la voie publique par un mur assez élevé plutôt que par une grille. Telle est la cour de l'Hôtel Soubise dont je vous ai déjà parlé, celle de l'Hôtel de Choiseul devenu la (laisse des Dépôts et Consignations, aujourd'hui remplacée par une construction affectée aux caisses de l'établissement ; celles du Palais de l'Elysée, du Ministère actuel des Travaux publics, de l'Hôtel de l'Ambassade de Russie, de celui de l'Ambassade d'Autriche, etc.

Je vous cite tout cela presque au hasard, tellement les exemples abondent. 11 suffit de feuilleter le grand ouvrage l'Architecture française, de Blondel, pour voir combien cette époque s'est attachée au programme de la cour, surtout peut-être dans la première moitié du xvme siècle; et comme jamais le rayonnement de l'art français n'a été plus universel, vous pouvez ainsi vous faire une idée de l'extension qu'a prise alors partout cette conception de la cour qui peut se résumer ainsi : tandis que la belle cour italienne est, sauf exceptions, une cour intérieure, la belle cour française est, aussi sauf exceptions, une cour extérieure aux bâtiments. La cour italienne est en général entourée de bâtiments qui comprennent une circulation en portique et une suite de pièces simples en profondeur; la cour française précède en général un bâtiment double en profondeur. Et ainsi, la cour ne peut s'étudier et surtout se composer qu'avec les bâtiments qu'elle dessert : toujours l'unité de composition qui s'impose comme conclusion.

Il me resterait à vous parler de quelques particularités de l'étude des cours. L'architecte peut chercher à y faire dominer le caractère d'unité, ou au contraire la variété : latitude très légitime, à condition de ne pas motiver de contresens : la solen-

nité d'une cour de Palais de Justice conviendrait mal à une cour de Casino, et réciproquement. De là des cours dont l'architecture ne tolère pas d'écarts, comme celles du Palais Parnése ou du Palais de la Chancellerie à Rome, rigoureusement encadrées de la même architecture ; ou celles qui plus grandes comportent des motifs spéciaux tels que pavillons d'angle ou de milieu,

mais toujours d'une tenue sévère en accord dans toutes ses parties, comme la cour du Louvre, celle des Invalides ou celle du Luxembourg. Puis, la cour plus intime, où cette allure monumentale risquerait d'être tristesse, et où l'on a cherché les éléments de variété et de pittoresque. Nous avons déjà vu, dans cet ordre d'idées, les cours du Palais vieux et du Palais du Podestat à Florence, la cour du Capitole de Toulouse, celle de l'Hôtel de Vogué, à Dijon. Je voudrais vous en citer encore des exemples très divers, avec des éléments de variété demandés tantôt à la construction, tantôt à la décoration.

Ainsi, à Florence, parmi tant de cours à portiques, dont plusieurs se terminent par une loggia avec de minces colonnes et un entablement en bois, j'appellerai votre attention sur celle du Palais Bartolini (fig. 1846 et 1847) ou ^e dernier étage est en retraite sur les deux autres. Par une ingénieuse combinaison, les colonnes de la loggia prolongent les poinçons des fermes de l'étage inférieur, et peuvent ainsi porter sur le vide des salles de cet étage.

La cour du Palais Spada à Rome (fig. 1848) est tout ordinaire

Fig. 1846 Courdu palais Bartolini, àFlorenc

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en tant que composition; mais son architecte a voulu et su la rendre intéressante par l'adossement à ses façades de bas-

O 2 4 i ont.

Fig. 1847. — Cour du Palais de Bartolini, à Florence. Coupe.

reliefs et de fragments, peut-être trouvés dans les fouilles de la construction; cette cour emprunte ainsi ce caractère de musée en plein air que je vous ai signalé comme un charme de la plupart des villas italiennes : charme dû pour une large part à

l'imprévu qui résulte de la dissemblance de ces motifs, et que n'obtiendrait pas une série de sculptures composées de propos

Fig. 1848. — Cour du pal.iis Spada, à Rome.

délibéré. Et c'est là aussi, voyez-le bien, le charme de la belle cour ovale de votre Ecole, ornée des fragments recueillis par le zélé dévoué d'Alexandre Lenoir.

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Fig. 1850. — Château de BournazeU Façade sur la cour.

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— Château de Bournazel. Plan.

Parmi tant de jolies cours de la Renaissance française, ne pouvant passer en revue ici tout ce qui se trouve à Orléans, à

Fig. 1851. — Cour de l'Hôtel d'Kcoville, à Caen.

Rouen, à Tours, à Dijon, à Toulouse — et ailleurs, je me bornerai à deux exemples : l'un est tiré de la cour du château de Bournazel (fig. 1849 et 1850) dans l'Aveyron, édifice des plus intéres-

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sants par son étude. Peut-être faut-il un peu forcer le sens des mots pour trouver ici une cour : c'est un espace découvert compris entre des bâtiments de hauteur et d'aspect très différents : l'architecture du motil principal mérite en tous cas d'être signalée. L'autre appartient à la cour assez restreinte de l'Hôtel d'iîcoville (fig. 1851 et 18) 2), à Caen, étudiée avec des alternances d'avant-corps qui sont en quelque sorte de larges contreforts, et d'arriére-corps qui correspondent aux travées. Par une disposition assez étrange, les lucarnes de comble sont au-dessus des avant-corps et non au-dessus des fenêtres ; j'ignore le motif de cette particularité.

Mais tout cela ne comporte guère à vrai dire de théorie : il n'y a que des exemples à voir, à comprendre, à admirer — et à égaler si faire se peut.

Fig. 1852. — Hôtel d'Êcoville, à Caen.

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