‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 31 sur 71 · I.1MI IV · texte numérisé non relu

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Fig. i8 > 3. — Pavillon de Flore aux Tuileries.

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s'y oppose. Supposez au contraire un avant-corps constitué par des colonnades régulières qui se continueront de chaque côté : la largeur de cet avant-corps sera déterminée par l'entre-axe de la colonnade multiplié par trois si l'avant-corps est de quatre colonnes, par cinq s'il est de six colonnes, et ainsi de suite; sa saillie en avant de la colonnade du fond sera d'une, deux, trois travées, mais non d'une valeur intermédiaire.

Fig. 1S54. — Pavillon d'angle de l'Hôtel de Ville.

Fig. 1855. — Pavillon d'angle de l'Opéra.

Ainsi, puisque je prends ici pour élément de démonstration un pavillon d'angle en saillie, je tiens à vous montrer que la liberté de l'artiste dépend en pareil cas du parti qu'il a adopté. Comparez l'arrangement des Pavillons d'angle de l'Hôtel de Ville (fig. 1854) tels que les a conçus Lesueur, et celui des Pavillons d'angle de l'Opéra, de Garnier (fig. 1855) : dans l'un, la saillie était commandée puisqu'il répète en retour un motif qui se présente aussi de face; dans l'autre, cette saillie était facultative, puisque le pavillon se termine en façade par un nu et se détache latéralement par un nu; l'importance de ces nus n'est commandée par rien, sinon par le goût de l'artiste, et rien n'oblige à ce

qu'il y ait égalité de largeur entre le nu qui se présente de face et celui qui se présente latéralement.

Et si nous passons aux proportions des ensembles entre eux, ou plutôt des grandes parties d'un ensemble, nous y trouverons, je suppose, une façade qui sera composée de cinq parties : un motit milieu en saillie, deux arriére-corps continus, deux pavillons d'angle. L'architecte dispose son plan, et d'après ce qu'il lui faut mettre dans les pavillons ou les arriére-corps, il obtient des largeurs qui lui paraissent satisfaisantes pour la distribution. Mais la façade ne s'en accommode peut-être pas ; les pavillons, trop larges pour leur hauteur sont écrasés, ou trop étroits sont maigres; il faut réviser le plan, voir ce qu'on peut taire, peutêtre changer entièrement le parti, jusqu'à ce que de tâtonnements en essais on soit arrivé à concilier ces exigences contradictoires, en modifiant les premières proportions, ou en les rendant admissibles par quelque ingéniosité d'étude.

Je vous l'ai dit déjà : composer, c'est prévoir : jamais cela n'est plus vrai qu'à propos des façades. Elles résultent du plan, mais malheur à l'architecie qui en établissant son plan n'a pas su prévoir ses façades, et qui peut-être s'est interdit de pouvoir les étudier comme son goût l'exigerait. Les façades sont implicitement contenues dans le plan et la coupe : ou mieux, tout cela ne fait qu'un, tout cela doit être embrassé par la pensée de l'artiste, dés le début, et sans que jamais il doive perdre de vue cette unité de conception qui sera la condition d'une belle œuvre.

Ce n'est pas facile, direz-vous. Et je vous répondrai : A qui le dites-vous ?

Il n'est pas facile non plus, croyez-le bien, de traiter ce sujet avec ordre et méthode, et en disant des choses utiles. 11 faut bien cependant que je l'essaie.

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Un premier groupe de façades comprend les façades uniformes, sans avant-corps ni arrière-corps. C'est une donnée très simple, dont le grand effet est presque certain dans les édifices importants, et qui a été plus que tout autre le parti en honneur dans l'architecture antique. Je vous ai parlé des temples, avec leurs colonnades continues ; je vous ai montré le Tabularium avec son unité d'un bout à l'autre, les amphithéâtres tels que le Cotisée avec leur unité courbe. L'architecture moderne nous offre aussi de nombreux exemples de ce parti, que nous trouvons notamment dans la plupart des palais italiens : il me suffit ici de vous rappeler le palais Strozzi et le palais Farnése, ou encore les Procuraties de Venise, et tant d'œuvres des maîtres de la Renaissance, surtout de la Renaissance italienne. On peut dire que c'est le parti caractéristique des palais italiens, qui lui doivent leur effet si imposant. Plus rare en France , ce parti n'est cependant pas sans exemple chez nous, surtout dans les compositions modernes, parmi lesquelles je vous citerai l'ancien palais d'Orsay récemment démoli, la Bibliothèque Sainte-Geneviève et la Bibliothèque Nationale sur la rue Richelieu, l'École de médecine sur le boulevard Saint-Germain. Il a été fréquemment aussi le parti des Hôtels de Ville de la fin du Moyen-âge, dont je vous ai déjà entretenus.

L'écueil de cette disposition pourrait être la monotonie, surtout avec les très grandes dimensions. Aussi voyez-vous souvent la variété introduite dans le détail : par exemple, au palais Farnése (fig. 1856) et dans la plupart des palais analogues, comme le palais Sciarra dont je vous ai montré la porte d'entrée ou le palais de Saint-Jean-de-Latran (fig. 1857), la porte d'entrée traitée d'une façon monumentale, les couronnements en frontons des fenêtres alternativement circulaires ou cintrés ; il n'en reste pas moins l'unité de travée et d'ordonnance générale, et

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Fig. 1856. — Façade du palais Farnèse, à Rome.

ces quelques variétés qui passeraient inaperçues dans un ensemble plus divisé, prennent ici une valeur exceptionnelle du fait même

o 3 e s te 10 ta 21 ZAm Fig. i^Sl ■ — Palais de Saint-Jean-de-Latran, à Rome.

qu'elles sont les "seules. Un des exemples les plus caractérisés de ce genre de compositions est la façade principale du Palais des

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Doges à Venise (fig. 1858). Son immense fenêtre centrale, si imposante, produit un effet d'autant plus saisissant qu'elle s'oppose à la simplicité nue des grands murs qui contrastent euxmêmes avec l'ajouration des portiques. Cette façade est faite de contrastes, et montre mieux peut-être que toute autre combien cette unité de plan peut comporter de variété d'effets et de caractère pittoresque.

A côté de cet exemple si monumental, et que je suis obligé

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Flg. 1858. — Façade principale du Palais des l)o<;es, à Venise.

de vous montrer bien imparfaitement, je vous signalerai plus près de vous l'étude d'une simple maison, avec toutes les difficultés des étages multiples, et dont la simplicité est extrême, rue de Tournon, à Paris (flg. 1859). Cette maison est de l'époque de Louis XVI; les murs en sont nus, les fenêtres ne sont que des baies percées dans le mur de face; mais, comme au Palais des Doges, une fenêtre milieu, la seule qui soit décorée, suffit par cette unité même à rompre la monotonie et à intéresser toute la façade. Si vous voulez vous en convaincre, essayez sur un calque d'habiller de même les autres fenêtres, tout l'effet disparaîtra. De même, dans la façade du très joli hôtel qui fait

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l'angle de l'avenue des Champs-Elysées et de la rue de la Boétie (fig. 1860), et qui est un des plus exquis morceaux d'architecture de Paris, le contraste des fenêtres rigoureusement nues avec celles qui sont décorées de chambranles et de frontons introduit

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Fig. 1859. — Maison rue de Tournon, à Paris.

toute la variété désirable, et personne ne songerait à taxer de monotonie cette façade tout unie.

J'appelle ou je rappelle très volontiers l'attention sur ce genre de compositions, parce qu'il a produit et qu'il peut produire les plus grands effets, et que cependant il est délaissé. Dans les projets divers, dans les concours publics, dans vos concours d'école, on ne voit pour ainsi dire jamais une grande façade unie : peut-on croire que ce ne soit jamais le cas ? Non, mais vous n'y croyez peut-être pas. Et cependant, je vous affirme

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qu'après la satiété des compositions toujours surabondantes en pavillons, arrière-corps, avant-corps, etc., toutes choses dont je ne veux pas médire, mais qui ne doivent pas être prodiguées, une façade uniforme, imposante dans sa grandeur, produirait

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Fig. 1860. — Façades de l'hôtel de l'avenue des Champs-Elysées et de la rue de la Boétie.

presque un effet d'originalité, tellement nous en sommes déshabitués. Il faut ajouter que vous les connaissez mal, car elles sont rares prés de vous, et les publications expriment mal pour qui ne les a pas vues celles qui sont en d'autres pays. Peut-être, malheureusement, la difficulté de bien rendre ces façades, en les écartant de vos conceptions de concours, est-elle la cause indirecte de leur abandon. Mais quand l'occasion s'en présentera pour vous, voyez-les bien : je serais étonné si ce n'était pas pour vous une véritable révélation. Mon rôle est en tous cas

de vous signaler qu'il y a là l'occasion de très beaux motifs d'architecture qui ne paraissent pas vous être assez connus ou être assez appréciés par vous.

Mais ne vous y trompez pas : ces façades unies ont pour conséquence de grosses difficultés d'étude des plans, chez nous surtout où les fenêtres ne peuvent pas être séparées par d'aussi larges trumeaux que sous le ciel plus lumineux de l'Italie ou de l'Espagne. La rigidité inflexible d'un entre-axe invariable ne laisse pas de latitude pour placer les murs de refend; telle salle intérieure que vous voudriez étudier avec des extrémités pleines

sur une certaine étendue ne pourra avoir pour son dernier trumeau qu'une largeur très inférieure à celle des tru-

nffi^TÏ^ÎÏÏÏÏïïfaL. meaux intermédiaires, alors qu'une

rupture de l'unité de façade par l'introduction d'un avant-corps laisse beaucoup plus de liberté à l'étude des

Fig. 1862. — Rencontre des murs de l L

refend avec un mur de façade et saillies intérieurs (fig. I 86 I et 1862). VoUSaVeZ d avant-corps. v o y

donc à peser le pour et le contre, comme toujours, et à arrêter un parti de façade après mûre réflexion, en connaissant bien les mérites et les inconvénients de chacun.

Les façades uniformes se prêtent d'ailleurs à touter les variétés d'étude de leur architecture. Nous les trouvons en premier lieu dans les grands palais romains, où en général aucune ordonnance n'accuse la division des travées : les fenêtres sont séparées par des trumeaux nus, une corniche puissante couronne et protège le mur de face, de simples bandeaux accusent la division horizontale des étages. Ces édifices sont couverts par les toitures en tuiles creuses en usage dans presque tout le midi, et dont les pentes doivent être assez plates; par conséquent ces toitures ne comptent pas dans la silhouette et ne

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sont vues du dehors que lorsqu'on est à grande distance; si bien que dans la plupart des publications, on a, d'ailleurs à tort, reproduit ces palais en s'ar-

rêtant à l'entablement sans '-: v ; ..- ,, „ „ v, »,, » « \,\, ,, ,: ,, „ v^ ' rendre compte des toitures. A ce type si nettement caractérisé, vous pouvez opposer d'autres façades uniformes où vous trouverez des ordonnances de travées, soit sous forme de contreforts, comme à l'ancien collège des Bernardins, à Paris, et dans beaucoup d'autres édifices du Moyen-âge, soit sous forme de colonnade, comme dans la longue façade des nouvelles Procuraties de Venise, dont je vous ai montré un détail, et dont je vous fais voir maintenant quelques travées (fig. 1863). Voilà donc deux exemples où les errements d'architecture ne sont assurément pas les mêmes, mais où la composition ne diffère pas.

Les Procuraties de Venise sont encore un édifice à toitures plates, le collège des Bernardins

a une toiture à pentes prononcées : de là encore une différence sensible dans l'effet produit. Mais c'est peut-être dans les hôtels de ville du Nord qu'il faut surtout chercher les exemples de

Fig. 1865.

Façade des nouvelles Procuraties, à Venise.

façades uniformes avec de grandes toitures qui comptent essentiellement dans l'effet monumental de l'édifice. La basilique de Vicence par Palladio (V. plus haut, vol. I, fig. 316) en est aussi un exemple remarquable.

L'élément de variété est encore demandé souvent à des lucarnes parfois très riches, ou à des motifs en élévation, tels que la tour qui s'élève si audacieusement au-dessus des encorbellements du Palais vieux ou de la Signorie à Florence (V. vol. I, fig. 92, p. 213). Tout cela comporte des variantes infinies, et rien ne serait plus faux que l'idée que des façades ainsi conçues seront toujours la même chose. L'artiste peut toujours imprimer à son œuvre sa personnalité sans la chercher dans la complication ou le désordre.

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