‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 4 sur 71 · MONUMENTS COMMÉMORATIFS · texte numérisé non relu

MONUMENTS COMMÉMORATIFS

édifice étrange qui n'a pas d'autre destination que d'abriter un escalier qui, selon la tradition, serait celui que Jésus dut gravir pour se présenter devant Pilate; on le monte à genoux, on redescend par des escaliers latéraux, c'est là tout l'édifice; à Loreto, le joli édicule dû à Bramante, élevé sous la coupole centrale de l'église, et qui contient le tombeau de la Vierge, apporté là par les anges, d'après une légende qui a donné naissance à la ville même de Lorcto.

J'ai classé parmi les édifices funéraires ces Calvaires qu'on rencontre dans divers pays, notamment en Bretagne. J'aurais pu aussi bien y trouver des monuments commémoratifs, car ce sont avant tout des représentations populaires et naïves de la Passion. La même piété a fait ériger ces multitudes de croix qu'on trouve aux croisements des chemins, commémo-

ÉUmenis et Théorie de V Architecture. — IV. 2

Fig. 1465. — Hntrce du château de Vizille.

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rations religieuses, et aussi repères topographiques. Le plus

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Fig. 1466. — Monument de la Fierté, à Rouen.

souvent, ce sont de simples croix de bois, bien rustiques et sans aucun art ; parfois aussi, ce sont de véritables petits monuments,

MONUMENTS COMMHMORATIFS

durables et élégants, qu'on a voulu tailler dans les matières les plus résistantes, granit de Bretagne ou lave d'Auvergne. Telle est la croix en lave de Saint-Nectaire (fig. 1467) et celle, égale-

Fig. 1467. — Croix en lave. .1 Saint-Nectaire. Fig. 1468. — Croix en Lue, .1 Saiiit-Cirgues.

ment en lave, de Saint-Cirgues (fig. 1468), toutes deux dans le Puy-de-Dôme. Point n'est besoin de les décrire, et je n'en veux retenir que l'éternelle leçon que le sujet qui d'ordinaire reste le plus dépourvu d'art peut prendre une valeur incontestable entre les mains d'un artiste.

La commémoration historique a souvent pour expression la statue ou encore les statues. Tantôt l'architecture y joue un grand rôle, tantôt elle s'efface pour laisser dominer une composition purement statuaire. Tantôt, en effet, la sculpture ne fait qu'accompagner l'architecture, tantôt il n'y a d'architecture que juste ce qu'il en faut pour supporter la sculpture. C'est la tendance de nombreux motifs à Versailles, et à Paris même vous pouvez voir des conceptions très différentes à ce point de vue. Il est évident, par exemple, que la colonne de Juillet, celle du Châtelet, le monument de la place de la République, celui de Gambetta sont des compositions avant tout architecturales, où c'est l'architecture qui donne avant tout sa valeur au monument. La colonne Vendôme a pu être surmontée de statues très diverses, c'était toujours la colonne Vendôme. Dans un tout autre esprit, voyez le monument élevé à la mémoire de Victor Hugo (fig. 1469). L'architecture y est volontairement discrète, elle se réduit à la fonction de socle supportant le rocher de granit auquel s'ajustent les génies ailés et que surmonte la statue du poète. La silhouette et l'aspect sont produits par la sculpture, ou, pour mieux dire, la sculpture est ici le monument luimême.

Mais, le plus souvent, la statue est unique; elle est toujours le motif et la raison d'être du monument. Il va sans dire qu'en pareil cas, l'œuvre vaut surtout par la sculpture; l'architecture ne doit cependant pas s'en désintéresser. Sans doute, on ne lui demandera souvent qu'un simple piédestal, et alors le grand point sera la proportion : proportion avec la sculpture d'abord, et aussi proportion avec l'emplacement. Le piédestal du Persée de Benvenuto Cellini, composition originale, est parfaitement en situation au milieu d'une arcade de l'élégante loge des Lan^i; il serait perdu au milieu d'une grande place publique. Il y a à

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