MONUMENTS COMMÉMORATIFS
Versailles de très jolis piédestaux, tantôt bas, tantôt élevés, parfois remarquables œuvres d'art eux-mêmes, comme le pié—
Fig. 1469. Monument Je Victor Hugo, .1 Paris.
Fig. 1470. — Enlèvement de Proserpine, par Girardon, à Versailles.
MONUMENTS COMMEMORAT1FS
destal de l'Enlèvement de Proserpine, de Girardon, au centre du bosquet de la Colonnade (fig. 1470). Celui des Trois Grâces, de Germain Pilon, au Louvre, est une œuvre charmante. Dans une
Fig. 1471. — Monument de Colleone, à Venise.
Fig. 1472. — Exemples de piédestaux.
donnée plus architecturale, il faut citer surtout celui de la statue de Colleone, à Venise (fig. 1471). Cette magnifique statue équestre est tout à fait à son point de vue sur ce piédestal élevé, d'une rare élégance. Il est impossible de concevoir un ensemble plus harmonieux d'architecture et de sculpture, et ce monu-
ment, dans une jolie place qui l'encadre, est certainement un
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Pig- I475. Colonne du Châtelet, à Paris.
MONUMENTS COMMHMORATII'S
des souvenirs les plus artistiques que laisse Venise à ses visiteurs.
Mais le piédestal doit rester un piédestal, et ici comme poulies tombeaux, vous devez vous rappeler que le terrain est petit,
Fig. 1474. — Colonnes de l'ancienne barrière du Trône, place de la Nation.
le monument restreint. Ne prodiguez pas les intentions et les surcharges : la mesure est ici la première des qualités. Sans doute, s'il s'agit d'un groupe et non d'une statue, le piédestal deviendra plus important; mais il n'est pas possible que vous ne connaissiez des exemples d'excès, et que ces exemples ne vous donnent pas une leçon de sagesse et de modération. Quelques piédestaux réunis en parallèle (fig. 1472) vous feront voir comment, dans des situations différentes, on a pu varier leur expression, tout en restant dans des données très simples de composition.
En général, le monument commémoratif a en même temps une fonction utile. Ainsi, par opposition aux colonnes, qui ne
Fig. 1475. — Monument commémoratif de Coulmiers.
sont que des piédestaux très élevés, nous voyons à Paris même la colonne du Châtelet, qui est une fontaine (fig. 1473), ou les colonnes de la place de la Nation, ancienne place du Trône
MONUMENTS COMMHMORATI1-S
(fig. 1474), qui constituaient à elles deux une des principales portes de Paris.
Il est d'ailleurs parfois assez difficile de déterminer si dans un monument commémoratif il ne se rencontre pas aussi un autre caractère, le plus souvent funéraire. Ainsi les monuments qui ont été élevés de tous côtés à la mémoire des victimes de la guerre, soit dans les villes, soit sur les champs de bataille,
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Fig. 1476. — Monument de l'Hay, près Paris.
sont parfois des sépultures réelles, par exemple le monument grandiose de Coulmiers (fig. 1475), ou, celui plus modeste de l'Hay (fig. 1476), dû à un architecte qui avait lui-même été grièvement blessé dans ce combat; ou, si la réalité de la sépulture fait défaut, le caractère en est presque toujours emprunté aux formes funéraires, qui évoquent l'idée de deuil avant tout, car avant tout ces monuments témoignent d'un souvenir persistant et ému, de la reconnaissance des survivants envers ceux qu'a honorés une fin tragique. Ainsi, dans votre Ecole, le beau monument élevé à la mémoire de vos camarades victimes de la guerre, et en premier lieu d'Henri Regnault (fig. 1477). Peutêtre même faut-il voir un monument commémoratif plus encore
Fig. 1477. — Monument d'Henri Regnault et des élèves de l'École des Beaux-Arts morts à la guerre.
MONUMENTS DKCORATIIS
qu'un tombeau dans certains monuments de cimetières, par exemple celui des généraux Lecomte et Clément Thomas (fig. 1478), si expressif dans sa noble simplicité.
Simplicité! Voilà le grand mot, voilà l'idée maîtresse qu'il ne
Fig. 1478. — Monument des généraux Lecomte et Clément Thomas.
faut jamais perdre de vue dans l'étude de ces programmes. Ici, plus encore que pour le tombeau, la rhétorique et la déclamation vous guettent. Pénétré de son sujet, tout à l'évocation de souvenirs auxquels il s'est voué, l'aitiste a forcément une tendance à taire dire à la pierre et au bronze ce qu'ils ne peuvent exprimer. Et si l'artiste veut apporter de la mesure, c'est-à-dire
du goût, ce seront les promoteurs du monument qui ne le voudront pas. Pour la plus grande gloire des vivants qui du souvenir d'un mort ont fait leur chose personnelle, il faut que ce souvenir prenne des proportions exagérées. Un grand homme est déjà peu de chose, un petit homme n'est rien, et avec ce rien il faut édifier l'illusion de la grandeur. Alors se multiplient les figures allégoriques, les génies, les renommées, les emblèmes et • les accessoires. Il faudrait un volume ou une conférence pour expliquer que telle figure exprime l'exactitude dans la comptabilité, telle autre l'application aux questions de voirie. Autant vaudrait déchiffrer un rébus.
Et cependant les arts ne peuvent exprimer que des idées absolument simples, perceptibles à première vue. C'est ici surtout que les unités classiques sont exigibles, « qu'un seul fait exprimé » est une régie nécessaire. Les programmes, écrits ou sous-entendus, de monuments commémoratifs sont très dangereux et très difficiles ; car il n'y faut pas. trop d'idées — et il y faut une idée !
Notre époque se caractérise par l'abus des monuments plus honorifiques que commémoratifs. Nous accordons libéralement la statue, et encore la statue ne suffit pas, il faut à la gloire d'un inconnu un peuple de statues. C'est la même rhétorique creuse que je vous ai signalée pour les tombeaux. Permettez-moi donc de vous montrer, en m'applaudissant de pouvoir le faire à propos d'un monument élevé à la mémoire d'un de mes maîtres, comment de véritables artistes savent échapper à l'emphase et à l'exagération. Le monument élevé à Ch. Garnier au pied de son Opéra (fig. 1479) vous montrera ce que peuvent la mesure et le goût servis par des talents éprouvés. Cet exemple tout moderne confirme la leçon des exemples plus anciens que je vous ai cités.
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Fig. 1479. — Monument élevé .1 Charles Gantier, architecte de l'Opéra.