‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-artsChapitre 34 sur 82 · LES HDIFICES D INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

LES HDIFICES D INSTRUCTION PUBLIQUE

n'atteindra pas deux mètres en hauteur. Tel est, par exemple, le musée des médailles à l'Hôtel des Monnaies. Il en serait de même pour un musée de bijouterie, d'orfèvrerie, par exemple la salle des Gemmes à Florence. Alors il devient nécessaire que la salle reçoive une décoration élégante et discrète, en rapport avec la délicatesse des objets exposés.

Entendez bien toutefois que cette relation, cette harmonie entre la salle et les objets de musée n'implique pas le pastiche, ^^f^jXÂ^^ tout au contraire. Il n'y a pas de contresens plus choquant que la conception fausse qui consiste à placer des collections japonaises par exemple dans un décor de faux japonais, des collections égyptiennes dans un décor pseudo-égyptien.

f]t me permettrai enfin un avis qui, à vrai dire, s'adresserait plutôt aux conservateurs des musées qu'à leurs architectes : ; c'est d'éviter l'encombrement. Que pour le Salon annuel on se croie obligé de couvrir de peintures le moindre centimètre • carré de parois, cela se conçoit par le motif — mauvais d'ailleurs — qu'on veut faire le plus grand nombre possible d'heureux. Mais pour un musée permanent, qui est censé ne montrer que des oeuvres de premier ordre, rien n'est odieux comme cet entassement. Lorsque les tableaux se touchent en tous sens,."'' ' comment apprécier une peinture délicate juxtaposée à des brutalités violentes? Il faudrait que chaque tableau pût être isolé par une bande du fond commun de la tenture; mais il faudrait ^"

pour cela comprendre que tout l'intérêt d'un musée est dans la sélection sévère des chefs-d'œuvre, (et ne pas mettre son amourpropre à grossir sans relâche le nombre des numéros des catalogues. Il n'y a pas de musée, à commencer par le Louvre, qui ne dût gagner beaucoup au renvoi, fût-ce dans un grenier, de trop nombreuses oeuvres d'ordre inférieur. Voyez, par exemple,

combien ont gagné en valeur les compositions décoratives de Rubens, depuis que dans la belle salle appropriée par M. Redon chacune est devenue en quelque sorte un monument artistique (%• 710).

Quant aux musées qui ne sont pas exclusivement des musées, leur caractère procède alors d'un autre programme. Et dois-je me permettre de le dire? Ce sont les musées les plus aimables à voir : telle la galerie d'Apollon, ou le portique de la Villa Albani (fig. 7 11 -7 12), ou le Casino de la Villa Borghése (fig. 713), ou même ce musée en plein air qu'est la façade de la Villa Médicis. Je dirai plus, ce sont les seuls où la satisfaction soit pure, où l'on ne ressente pas cette vague impression de cimetière qui vous désole à l'entrée de ces grandes nécropoles des arts qu'on appelle les musées officiels.

Et, au risque d'une digression, puisque nous causons entre artistes, permettez-moi d'adresser devant vous aux musées un peu des malédictions qu'ils méritent.

Les musées sont tellement entrés dans nos habitudes d'esprit, i qu'on doit certainement être taxé de paradoxe si l'on ose dire qu'ils sont une des créations les plus funestes aux arts : rien n'est cependant plus vrai.

A toutes les époques vraiment inspiratrices de progrés artistiques, le musée était chose inconnue ; (surtout, on n'aurait jamais compris qu'un artiste fît une œuvre pour qu'elle allât immédiatement s'enterrer dans ce domaine des morts. Alors, la peinture était faite avant tout pour la décoration architecturale et pour l'instruction publique, l'élévation morale de la génération; toute peinture avait son emplacement, sa destination, son cadre, elle était une partie d'un tout, en harmonie avec les autres éléments. Alors, l'art de la peinture, c'était avant tout la fresque, la peinture murale; le tableau n'a existé que longtemps

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