CHAPITRE PREMIER ÉLÉMENTS DES ÉDIFICES ADMINISTRATIFS
SOMMAIRE. — Complexité des programmes. — Le bureau; travail intérieur, travail avec le public. — Grands locaux administratifs.
Service du cabinet, — Services généraux : archives, matériel, etc. — Salles de délibérations.
Nécessités de l'architecture des bureaux.
Si les programmes des édifices administratifs, depuis la petite mairie jusqu'au Palais de Parlement, sont extrêmement variés au point de vue de la composition générale, ils le sont beaucoup moins dans leurs éléments; et d'ailleurs nous rencontrerons ici des sujets déjà vus : par exemple, l'habitation joue un rôle important dans les édifices administratifs : soit qu'il s'agisse d'un hôtel de particulier ou d'un hôtel de Préfecture ou de Ministère, la chambre, le salon, la cuisine ou le cabinet d'aisances ne motiveront pas de conceptions différentes. De même pour les écuries ou remises, les cuisines, etc. Je n'y reviendrai pas, et je ne vous parlerai ici que de ce qui est bien un élément spécial de l'édifice administratif, c'est-à-dire les locaux où l'on fait de l'administration.
Je prends d'ailleurs ce mot dans son sens le plus large, et sous la rubrique Édifices administratifs doivent se classer également les Édifices politiques.
A propos de ces édifices, l'architecte se trouve bien souvent
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dans une situation fort embarrassante. Tandis que la raison et la loyauté lui disent que tout doit être conçu et disposé pour la commodité du public et la bonne expédition des affaires, un programme sous-entendu, qui n'est écrit nulle part, lui rappelle bien souvent que ceux qui le mettent directement en oeuvre veulent n'avoir pas besoin de parler pour être compris lorsqu'il s'agit de leurs commodités personnelles. Heureux l'architecte d'administration, s'il a assez d'esprit pour comprendre ce que parler veut dire, ce que se taire signifie !
Mais je n'ai pas à vous enseigner la souplesse que d'ailleurs je possède peu. Nous étudierons ici comme toujours la vérité vraie, naïvement et sans malices. D'ailleurs, malgré les résistances ou les inerties, c'est elle qui finit toujours par avoir raison.
Ici, la théorie consiste surtout à bien définir les mots qui servent à désigner les choses. On a presque enseigné tout ce qui peut être enseigné, si l'élève peut lire un programme avec clarté et avec proportion. Et ce sont les programmes d'édifices administratifs qui sont les plus touffus de tous, et généralement les plus difficiles à rédiger. Cependant le programme a une importance capitale, car il ne doit rien omettre, et il doit prévoir. Le programme, je vous l'ai souvent dit, n'incombe pas à l'architecte, qui doit — ou plutôt qui devrait — le recevoir tout préparé; et cependant, pour dresser un programme il faut tellement l'intuition du possible, la prévoyance de l'impraticable, le sens de la proportion générale, que l'architecte seul peut faire un programme réahsable. Comment pourront se concilier ces deux nécessités opposées ? Uniquement par la coopération loyale, par l'accord des bonnes volontés indispensables.
L'architecte aura donc, en fait, à collaborer au programme :
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dés lors, il n'est pas inutile de voir ce que doit être un programme, et vous me permettrez de vous en dire quelques mots. Cette digression, que j'aurais pu d'ailleurs placer déjà dans les pages qui précèdent, vous montrera en passant que la direction générale de vos études n'est pas sans difficulté.
Mauvais programme tout d'abord celui qui ne permet qu'une seule solution, qui n'est en quelque sorte qu'un état de lieux descriptif d'une disposition préconçue. Plus mauvais programme encore celui qui serait insoluble. Et n'allez pas croire qu'il n'en existe pas : je pourrais vous citer des programmes de concours publics qui demandaient dans un terrain donné deux ou trois fois plus de surfaces partielles qu'il n'en pouvait entrer même à grand renfort d'étages superposés et d'agglomérations inacceptables.
Et, si je croyais que ces lignes dussent être lues par ceux qui devraient en réalité les lire, j'ajouterais : lorsque par hasard on fait un programme, par exemple pour les concours publics où il est impossible de n'en pas foire, on le fait généralement aussi mal que possible. Le grand chef demande à chacun de ses chefs de service son morceau de programme; ceux-ci, tout naturellement, ne voyant que leur affaire propre, demandent et demandent encore : on a cent mètres d'étoffe à répartir, les demandes additionnées en représenteraient mille. Puis, comme le chef ne veut pas en définitive contrister ses collaborateurs et f;iire lui-même la part des excès ou des exagérations, on se borne à coudre ou à brocher ces fragments de programme, sans contrôler ni le total ni les proportions respectives, et voilà le programme; programme qui n'a tenu compte ni du terrain, ni des ressources, ni de rien de ce qui fera les difficultés de la composition. C'est là de l'anarchie administrative. Puis on dit à l'architecte : c'est votre métier de combiner des plans, arrangez-vous. Combiner des plans, oui;
arrêter un programme possible, non. Je combats ici, je le sais des errements trop acceptés. Mais, de ce qu'on n'espère pas supprimer d'emblée un abus, est-ce une raison pour ne pas le dénoncer?
Le programme doit donc être libéral, mais il faut que son rédacteur le soumette lui-même à une critique sérieuse pour s'assurer qu'il ne demande pas l'impossible. Puis, tout comme la composition qu'il prépare, il devra aller de l'ensemble aux détails, indiquer d'abord les grandes divisions ou plutôt les grands groupements, et ensuite les détails subsidiaires. Mais si ces détails sont trop nombreux, ils font perdre de vue l'ensemble, et rien n'est moins clair et n'inspire moins que ces programmes comme nous en voyons souvent dans les concours publics, où l'on commence par détailler la loge du concierge avec toutes ses circonstances et dépendances, sans faire grâce d'un placard, et en fixant successivement les surfaces de chaque pièce ou de chaque dégagement. Ce n'est plus un programme, c'est un procès-verbal.
Concis et complet, voilà en somme le programme qu'on rêve de vous donner. Mais l'édifice sera multiple et la concision, c'est-à-dire la clarté du programme, ne pourra être obtenue que par des formules assez compréhensives pour « clore en peu de mots beaucoup de sens ». Cela revient à dire que, dans nos programmes, le mot est l'abrégé d'un groupe. Si nous disons par exemple un bureau, ce bureau n'est pas une pièce unique, c'est un ensemble qui pourrait se décomposer à son tour. Nos programmes condensent, parce qu'ils s'adressent à des lecteurs qui sont réputés savoir les lire, parce que vous devez, sous ce mot bureau, comprendre ce détail secondaire qui ne vous est pas dit.
Mais savoir lire un programme, c'est du talent déjà, et de
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l'expérience; c'est le prologue indispensable de la composition; et c'est pour cela que par une sorte de réciprocité les leçons de ce cours sont un peu le commentaire permanent de vos programmes.
L'outil principal, et si l'on peut dire ainsi, l'unité tactique de l'administration publique ou privée, c'est le bureau. Un bureau comprend toujours un chef qui se réserve les questions essentielles, puis une hiérarchie d'employés, du sous-chef à l'expéditionnaire ou copiste, enfin les garçons de bureau qui font le service et renseignent le public.
L'ordre est la condition première du bon travail d'un bureau, et les affaires y aboutissent par deux canalisations : envoyées par la direction supérieure ou apportées par le public — tout au moins dans un grand nombre de bureaux. Il est évident que si le public va frapper au hasard à toutes les portes, il dérangera le travail sans utilité. Il faut donc tout d'abord l'antichambre où le garçon de bureau renseigne les arrivants, les fait attendre et les dirige.
Aussi l'antichambre doit-elle être à l'entrée du bureau; puis doivent venir les pièces où le public peut avoir le plus à fiiire; les cabinets des chefs plus à l'abri des indiscrets, et en même temps à portée de la surveillance.
Mais il y a des bureaux très différents par leur destination, et le programme comportera des nuances nombreuses que je ne puis exposer en détail. D'une façon générale, cela se ramènera d'ailleurs à deux groupes : les bureaux de travail intérieur, et les bureaux de travail en public.
Pour les bureaux de travail intérieur, il suffit de pièces bien éclairées, suffisamment confortables, disposées en général pour plusieurs employés. Une pièce par employé serait un luxe
trop coûteux, et il y a souvent connexité entre le travail de plusieurs; le programme d'ailleurs est essentiellement variable à cet égard: il est évident par exemple que des rédacteurs ont besoin d'un isolement inutile à des expéditionnaires qui pourraient être réunis dans une sorte d'atelier commun.
D'autre part, au nom de la surveillance, de l'économie de place, etc., on a souvent préconisé la réunion de tous les employés d'un même bureau dans un seul local. Or, des pièces trop grandes qui contiendraient tout le monde à la fois seraient dans un autre sens peu favorables au travail. On ne dépasse guère la réunion de quatre à cinq employés. Tout cela est une question de mesure, et il n'y a pas de solution absolue.
Quant aux chefs et sous-chefs, qui auront souvent à traiter des affaires avec discrétion, ils doivent avoir des cabinets personnels. 11 en est de même des employés qui par leurs fonctions ont directement affaire à des personnes étrangères à l'Administration, par exemple les contrôleurs qui reçoivent des réclamations, etc.
Il est bon enfin que chaque bureau dispose de ses dépendances, cabinets d'aisances, lavabo, vestiaire des employés, dépôts divers : tout ce dont l'absence provoquerait des sorties parfois prolongées au delà des besoins.
Un exemple entre autres vous fera voir l'ensemble d'un bureau administratif (fig. 763); il est emprunté au Ministère des affaires étrangères. Ce ministère est d'ailleurs dans sa disposition générale un exemple trop rare d'un édifice d'administration publique construit spécialement pour sa destination. Je crois utile de vous en faire voir le plan pris au rez-de-chaussée; vous y trouverez l'hôtel très important du ministre, l'aile des bureaux en bordure de la rue de Constantine, et le service des archives sur la rue de l'Université (fig. 764). 11 faut remarquer toutefois que ce ministère comporte un certain apparat, même
dans SCS locaux administratifs, et que dans tout son ensemble il s'appelle aussi le « Palais des affaires étrangères » d'où une nuance de richesse et d'ampleur qui ne serait pas partout de mise.
D'ailleurs, chaque bureau pourra de plus avoir des dépendances spéciales, d'après sa destination particulière : ainsi, tel bureau aura une bibliothèque considérable, ou des dépôts de gravures ou de cartes; des archives intérieures à consulter constamment; des salles d'empaquetage, d'expédition ou
'■'g' 7^3- — Bureaux du Ministère des Affaires étrangères.
A, directeur. — B, dégagement. — C, garçons de bureau. — D, pièce d'attente. — E,F,H, rédacteurs. — G, sousdirecteur. — I, commissions. — J, grand escalier.
d'ouverture. Mais ce sont là des particularités très spéciales qui échappent aux programmes généraux. Ici encore, répétezvous bien que la connaissance, exacte et entière des besoins doit précéder et guider la composition. Mais à l'École, nous ne pouvons vous enseigner ce détail, nous devons nous borner à vous préparer à en comprendre l'importance et à en accepter la nécessité le jour où vous aurez à vous mesurer avec les programmes qui le comportent.
Tout autres sont les bureaux où l'on travaille en public, et même avec le public, par exemple tout le service du Payeur du Trésor, la Caisse municipale de l'Hôtel de Ville, les bureaux de poste et de télégraphe, ainsi que de très nombreux bureaux qui n'appartiennent pas à des administrations de l'État,