GLOBULINS. — ORIGINE DES GLOBULES ROUGES ET DES GLOBULES BLANCS
D APRES M. SAPPEY
Les éléments figurés du sang- ont pour commune origine les globulins. Les globulins sont de simples globules blancs embryonnaires d'un diamètre variant de 1 à 4 (x. Ils sont essentiellement formés par le noyau des globules blancs. Mais malgré l'apparence, ce petit globule granuleux n'est pas seulement formé par le noyau. C'est une petite sphère creuse ayant un noyau comme partie principale et une enveloppe comme partie accessoire. Le noyau granuleux est seul apparent.
Lorsque le globulin s'accroît, sa partie hyaline se développe : le noyau reste presque stationnaire. L'enveloppe s'étend en surface, devient plus manifeste, occupe d'abord un tiers, puis la moitié, puis les trois quarts de la périphérie du globulin : le noyau finit par sembler central. Lorsque le globulin mesure 4 à 5 jx, on remarque dans sa cavité les premières traces du protoplasma.
Dans le globulin, c'est donc le noyau, partie essenlielle, qui se montre le premier; l'apparition de ^enveloppe et du protoplasma n'est que secondaire. M. Sappey a vu des globulins se transformer progressivement en globules blancs.
Les organes dans lesquels les globulins prennent naissance sont nombreux, particulièrement chez les mammifères. Ce sont les vaisseaux et les ganglions lymphatiques, les follicules clos de l'intestin et ceux qui reposent sur la base de la langue, toutes les glandes vasculaires sanguines, la rate, le thymus, la glande thyroïde, les amygdales, etc. Dans les vaisseaux lymphatiques, outre les globules blancs adultes, on observe
les globulins, particulièrement dans les vaisseaux d'orig^ine du tube digestif; dans les troncs de second ordre, il y a un mélange de globulins et de globules adultes ; dans les troncs de premier ordre, ce sont les globules adultes qui prédominent
Les éléments figurés des ganglions lymphatiques appartiennent au groupe des globulins. Ils conservent leurs dimensions embryonnaires quand ils séjournent au sein des organes où ils ont pris naissance; mais qu'une inflammation, qu'une augmentation d'activité nutritive viennent à atteindre ces organes, dans la leucémie par exemple et les globulins s'accroissent rapidement. A l'état normal, c'est seulement après s'être déversés dans le courant lymphatique et sanguin que les globulins parcourent les cycles ultimes de leur évolution. (7est là, en effet, qu'ils vont se transformer, se reproduire, se multiplier.
Dans le plasma sanguin, le noyau des globulins devenus leucocytes se divise en deux ou plusieurs segments, représentant autant de globulins. Ceux-ci peuvent sortir du leucocyte et devenir le point de départ d'une seconde génération.
Outre les globulins provenant des glandes lymphatiques, outre ceux qui naissent par voie de prolifération du noyau des leucocytes adultes, M. Sappey admet, avec Ch. Robin, qu'ils peuvent se développer aussi par voie de genèse dans le plasma. Enfin, au début de la vie embryonnaire, ce sont des cellules embryo-plastiques de Robin qui se transforment les unes, les plus nombreuses, en globules rouges, les autres en globules blancs.
Évolution des globules blancs. — Ces éléments présentent des différences dans leur développement, suivant qu'ils naissent par voie de genèse ou par voie de prolifération. Si le globule blanc naît par voie de genèse, le noyau est d'abord prédominant, la membrane extrêmement rudimentaire, est invisible à Tœil nu; plus tard, comme nous l'avons déjà vu, l'enveloppe
devient plus apparente et le protoplasma se montre. A ce moment, le globulin a atteint un diamètre de 4 à 5 [x.
Les globules blancs conservent leur volume s'ils restent dans Torgane où ils ont pris naissance. L'enveloppe et le protoplasma ne prennent leur plein développement que lorsque les globules entrent en circulation dans la lymphe ou dans le sang. Le protoplasma s'infiltre de grosses granulations vésiculeuses, ou de granulations pâles, fines et clairsemées.
Les phénomènes qui caractérisent le développement des globules blancs en voie de prolifération sont assez complexes. Lorsqu'un globule blanc adulte est sur le point d'entrer en prolifération, le protoplasma se modifie.
Si ces granulations sont petites et transparentes, elles se retirent vers le noyau qu'elles entourent d'une couche mince. La plus grande partie de la cavité du globule paraît alors vide.
Si les granulations du protoplasma sont grosses et vésiculeuses, elles tendent à se transformer en grains plus fins qui se portent aussi vers le noyau, en laissant un vide dans la cavité. C'est alors que commence la segmentation du noyau qui se partage en deux, trois ou un plus grand nombre de globulins. Ce fractionnement s'opère par divers procédés : tantôt par l'apparition d'un seul sillon, tantôt par un sillon, tantôt par un étirement médian avec renflement des extrémités.
La segmentation peut amener la production de deux, trois, quatre et jusqu'à six globulins qui, tous granuleux, ne présentent aucun vestige d'enveloppe tant qu'ils sont dans les globules. Ces globulins sont entourés par des granulations très fines.
Après la segmentation, les globulins font saillie sur la périphérie du globule. Ils tendent à sortir hors de sa cavité; et en effet ils sortent au travers de l'enveloppe du globule blanc, suivis ou non par le protoplasma, par un processus auquel
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M. Sappey donne le nom de diapédèse des globulins, le comparant à la diapédèse des globules blancs hors des vaisseaux capillaires. Remarquons que l'enveloppe des globules blancs n'est point pour cela déchirée, qu'elle conserve son intégrité.
Les globulins formés ainsi dans le plasma évoluent comme ceux qui sont nés par genèse.
La segmentation du noyau des globules blancs et les phénomènes qui l'accompagnent se montrent rarement dans les glandes vasculaires sanguines où les globules restent à l'état des globulins sans arriver à leur entier développement. Cette segmentation se fait plutôt dans le sang et dans la lymphe.
Il est des conditions qui favorisent la prolifération des globules blancs et la segmentation de leur noyau. Chez le fœtus et le nouveau-né, aussi bien chez l'homme que chez les mammifères, on observe beaucoup de leucocytes à noyau segmenté. La prédominance des globules polynucléés sur les globules uninucléés est habituelle chez les femmes en couches. Nous en dirons autant des globules blancs observés chez les animaux à qui on a fait subir des hémorrhagies.
Les globules blancs se transforment en globules rouges aussi bien chez les ovipares que chez les mammifères.
Chez les ovipares. — Le protoplasma des leucocytes devient clair et transparent ; il perd ses grosses granulations vésiculeuses, mais le protoplasma ne se rétracte pas, comme dans le cas où le leucocyte va se segmenter : il reste uniformément réparti à l'intérieur des leucocytes. En somme, le protoplasma devient tellement transparent qu'on ne l'aperçoit plus.
Le noyau, d'abord circulaire, devient elliptique; l'enveloppe circonscrivant le protoplasma prend une forme elliptique. En somme, au point de vue morphologique, ce sont des globules rouges non colorés.
Le protoplasma se colore peu à peu en jaune-paille ; il prend un aspect homogène, les contours du noyau tendent à s'efTacer. Ainsi constitué, cet élément ne semble plus avoir de parenté
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avec le globule blanc ; il faut recourir aux réactifs pour faire reparaître les trois parties essentielles : l'enveloppe, le protoplasma granuleux et le noyau, comme nous l'avons indiqué en traitant de la structure en général des globules rouges.
Il peut se faire, dans certains cas morbides, que les éléments ayant pris la forme de globules rouges, on ne distingue pas l'hémoglobine. C'est là un fait qui avait déjà été signalé par M. Yulpian,en 1877.
Après avoir rempli leur rôle fonctionnel de vecteur de l'oxygène pendant un certain temps, les globules rouges s'atrophient, le noyau se déforme et diminue, les réactifs colorants n'ont plus d'action sur lui, le protoplasma et l'enveloppe se modifient à peine.
Chez les mammifères. — La transformation des globules blancs en globules rouges est précédée par l'atténuation des granulations : il n'en reste qu'une mince couche autour du noyau. Le protoplasma se réduit, un sillon circulaire se creuse entre son contour et l'enveloppe ; « il semble s'enfoncer dans la « cavité du globule, et bientôt en effet il la remplit presque « entièrement. Après avoir subi cette modification dans ses a rapports avec les deux autres parties des globules, il se pré- <( sente sous l'aspect d'un disque logé dans sa cavité, se con- ^( tinuant par une partie très étroite de sa périphérie avec « l'enveloppe. Cette partie adhérente lui constitue une es- (( pèce de pédicule extrêmement court. Le protoplasma, qui « la recouvre presque entièrement, s'avance jusqu'à ce pédicule <( et revêt ainsi la forme d'un disque creux qui contient dans « sa cavité un disque plein » (Sappey).
L'enveloppe du globule, pendant ce temps, se rétracte en suivant dans son retrait la petite masse protoplasmique ; l'enveloppe s'applique au contenu. Le globule, qui a considérablement diminué de volume, possède ses dimensions définitives. Les granulations du noyau pâlissent et tout le globule prend une teinte jaune pâle.
Nous avons rapporté, d'après M. Sappey, clans l'étude de la structure des globules rouges des mammifères, les réactifs à l'aide desquels on pouvait faire reparaître les trois parties constituantes des globules discoïdes (1).