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HÉMOGLOBINE

L'hémoglobine paraît s'éloigner des matières albuminoïdes par sa composition, car elle renferme du fer au nombre de ses éléments et de Toxygène avec lequel elle est faiblement combinée et qu'elle peut céder facilement. L'oxyhémoglobine est la matière cristallisable des globules rouges du sang. En cédant son oxygène, elle passe à l'état d'hémoglobine réduite non cristallisable.

L'hémoglobine se dédouble sous l'influence des acides et des bases et aussi, dans d'autres circonstances, en une matière albuminoïde coagulabie et en hématine.

Cristaux d^ oxy hémoglobine . — Ces cristaux ont d'abord été vus par Leydig et Kôlliker, puis par Lehmann, etc., et décrits sous le nom d'hématocristalline.

Bien des procédés ont été proposés pour la préparation des cristaux d'oxyhémoglobine; nous n'en indiquerons que quelques-uns, les plus pratiques, en renvoyant, pour plus amples détails, aux traités spéciaux et notamment à l'article « hémoglobine » de M. Henninger, dans le supplément du Dictionnaire de Wurtz.

Le procédé de M. Pasteur consiste à faire d'abord le vide dans un ballon à robinet en faisant bouillir de l'eau. Le col du ballon est adapté à Fartère d'un animal vivant, et le sang s'y précipite dès qu'on ouvre le robinet. Le sang tombe ainsi dans un espace clos, à l'abri des ferments atmosphériques, et les

cristaux (riiénioglobinc se déposent, mêlés au réticulum fibrineux.

MM. de Witticli conseille de verser dans le sang- défd^riné et maintenu dans la glace de l'éther goutte à goutte. Au bout d'un certain temps, on voit apparaître des cristaux d'hémoglobine. Ce procédé est plus spécialement applicable au sang de chien.

Kiihne a proposé d'ajouter au sang défibriné quelques centimètres cubes d'une solution de bile cristallisée, etc., etc.

Les cristaux d'oxyhémoglobine sont microscopiques et d'une belle couleur rouge cinabre à l'état humide. Si on les sèche, ils prennent une teinte rouge brique à 0 degré, et plus foncée si leur dessiccation a lieu à une température plus élevée.

Les systèmes suivant lesquels cristallisent les cristaux d'hémoglobine varient avec les animaux. Dans le sang de l'homme, ce sont des prismes à quatre pans se présentant sous forme d'un rectangle ou d'un rhombe allongé.

La forme variable de ces cristaux, suivant les animaux, est en rapport avec la quantité d'eau de cristallisation qu'ils renferment.

L'oxyhémoglobine de chien, d'après Iloppe-Seyler, renferme :

32,85 de carbone,

7,32 d'hydrogène,

16,17 d'azote,

21,84 d'oxygène,

0,39 de soufre,

0,43 de fer,

Les cristaux d'oxyhémoglobine présentent des propriétés optiques spéciales. Ils sont polychroïques et jouissent de la double réfraction. Ces cristaux en solution montrent deux bandes d'absorption, situées entre les raies E et D du spectre solaire et séparées par une bandé lumineuse colorée enjaune verdâtre. Le spectre fourni par une solution d'hémoglobine est

incomplet; rcxtrémiLé rouge de ce spectre est la plus lumiueuse. Si la solution d'oxyliémoglobine n'est pas trop concentrée, on voit entre les deux bandes d'absorption une bande lumineuse d'un jaune verdâtre. Les parties bleue et violette du spectre sont obscures, si la solution est concentrée.

L'apparence du spectre fourni par l'hémoglobine réduite à l'aide d'un courant d'hydrogène ou autrement est différente : il y a une bande d'absorplion unique, large, située entre les raies D et E, précisément à l'endroit où la bande vert jaunâtre séparait les deux bandes d'absorption du spectre de Toxyliémogiobine. C'est la bande de réduction de Stokes. En même temps, l'ombre a reculé vers le violet, de sorte qu'il y a plus de transparence pour la zone bleue. D'après Valentin, cité par MM. Kiiss et Duval, la sensibilité de la réaction spectrale de rhémoglobine est telle qu'on retrouve les bandes d'absorption dans une solution de sang au 7/1000®, et sur une épaisseur de 15 millimètres.

Nous ne nous occuperons pas ici des propriétés chimiques de l'hémoglobine; nous nous bornerons à indiquer sa transformation en met hémoglobine, dans des conditions qui ont été bien précisées par Hoppe-Seyler.

La méthémoglobine renferme plus d'oxygène que l'hémoglobine réduite et moins que l'oxyhémoglobine, mais ne le perd pas dans le vide. Elle se produit principalement lorsqu'on fait agir les réactifs oxydants sur l'hémoglobine. Elle prendrait naissance sous l'influence de l'ozone, de l'acide permanganique, du nitrite d'amyle sur l'oxyhémoglobine, etc. (1).

(1) Désoxygénation du sang chez l'animal vivant; transformation de l'hémoglobine en méthémoglobine.

Soc. de Biologie. — Séance du 7 février 1883. — M. Quinquaud étudie l'acLion de l'acide pyrogallique sur le sang, action déjà étudiée par Cl. Bernard qui, après injection d'une solution de cet acide dans le sang, avait constaté que l'oxygène des globules n'est pas susceptible d'être pris par l'acide pyrogallique.

Dans cinq expériences sur des chiens, auxquels il injecte dans l'estomac une

\J hcmocjlobine réduite peut s'obtenir de diverses manières. Si on introduit dans une pompe à mercure une solution de cristaux d'oxyhémoglobine dans l'eau et qu'on fasse le vide à plusieurs reprises, en remplaçant l'eau qui s'évapore, on obtient la transformation de l'oxyliémoglobine en hémoglobine réduite non cristallisable, otTrant sa bande d'absorption spéciale. Les agents réducteurs peuvent aussi transformer l'oxyliémoglobine en hémoglobine réduite. Celle-ci est assez avide d'oxygène, et exposée à l'air, à une basse température, elle passe à l'état d'oxyhémoglobine.

Hématine. — Ce corps avait d'abord été obtenu à l'état impur par Le Canu, qui lui avait donné le nom d'hématosine. On le rencontre accidentellement dans des foyers hémorrhagiques ou dans le tube digestif, à la suite de Faction du suc gastrique sur le sang.

L'hématine est un produit de dédoublement de l'oxyliémoglobine. Ce dédoublement s'obtient par l'action des acides et

quantité variable de solution d'acide pyrogallique, M. Quinquaud constate que le sang se désoxygène graduellement à mesure que l'intoxication s'accentue ; toutefois l'oxygène ne disparaît pas complètement, môme au moment de la mort. Celle-ci survient avec des accidents convulsifs, de la dyspnée et du refroidissement.

Le sang est noirâtre, épais, de couleur sépia, de la consistance d'une gelée demi molle. Cet aspect apparaît dans les vaisseaux quatre à cinq minutes après introduction de l'acide dans l'estomac. — A ce moment, on constate au spectroscope trois bandes d'absorption ; deux à la place ordinaire des deux bandes de l'oxyhémoglobine, et une troisième dans le rouge ; tous ces cai-actères désignent la méthémoglobine. Cette dernière bande se voit surtout bien dans une solution de sang concentrée au l/15c.

Contrairement à l'opinion de Cl. Bernard qui admet que c'est seulement dans les poumons, au contact de l'air, qu'a lieu la formation de la méthémoglobine, M. Quinquaud a montré que cette formation avait lieu dans les autres viscères, après des injections huit et dix fois plus fortes que celles de Bernard. Il a prouvé aussi que du sang pris à l'abri de l'air et placé dans le vide subit les transformations indiquées quand on lui ajoute, toujours dans le vide, une solution d'acide pyrogallique.

Des analyses du sang de l'artère fémorale comparées à celles du sang veineux d'un organe, avant et après l'intoxication, montrent que les oxydations diminuent au cours de l'intoxication. — De même, l'exhalation de l'acide carbonique baisse dans de notables proportions au cours et après l'intoxication.

des alcalis. Voici entre autre, le procédé de M. Cazeneuve pour obtenir Tliématine. Du sang défibriné est agité à plusieurs reprises avec un mélange d'éther à .^6'', contenant au moins 25 p. 100 d'alcool. Le sang étant coagulé par l'étber, au bout de vingt-quatre heures le coagulum est épuisé par l'éther à 56** tenant en dissolution 2 p. 100 d'acide oxalique. La teinture rouge brun ainsi obtenue est saturée exactement par de Téther chargé de gaz ammoniac. L'hématine est lavée à l'eau, à l'alcool et à Téther.

L'hématine forme un sel bien connu sous le nom de chlorhydrate d'hématine, appelé autrefois hémine. Il cristallise sous forme de très petits fers de lance groupés en faisceaux d'un noir foncé (Cazeneuve).

L'hématine se dissout en formant une liqueur brun rouge, très foncée, dans l'acide sulfurique concentré. Cette solution, versée dans l'eau, laisse précipiter un corps brun exempt de fer : c'est V hématoporphyrine de Hoppe-Seyler.

Hoppe-Seyler ne pense pas que l'hématine soit un produit direct du dédoublement de l'hémoglobine; il croit plutôt qu'elle résulte de l'oxydation d'un produit intermédiaire. En se plaçant à l'abri de l'air, cet auteur a obtenu un produit tout spécial du dédoublement de l'hémoglobine, auquel il a donné le nom àliémo chromo g ène .

Hoppe-Seyler etStokes ont étudié les modifications spectrales des diverses solutions dliémaline, d'hémochromogène, d'hématoporphyrine, etc.. en solutions acides ou alcalines. Il nous suffira de dire que ces spectres d'absorption diffèrent très notablement de ceux de Toxyliémoglobine ou de l'hémoglobine réduite.

Hématoidlne. — Robin a trouvé dans un kyste du foie, Wirchow dans d'anciens foyers hémorrhagiques, une substance cristallisable sous forme de petits prismes clinorhombiques, d'un rouge orangé vif. M. Gautier rapproche cette substance de la bilirubine.

On tend acluellement, en effet, à rapprocher les pigments biliaires, de la matière colorante du sang dont ils dériveraient par des transformations chimiques plus ou moins compliquées. On a été plus loin : on a voulu faire dériver directement la plupart des pigments de l'organisme des matières colorantes du sang. C'est ainsi que beaucoup de micrographes admettent que les granules pigmentaires contenues dans certaines cellules ne sont autres que des granules de pigment sanguin incorporés dans le protoplasma de ces cellules.

Comme nous nous sommes livré à quelques recherches personnelles sur la question des pigments, on nous permettra de rappeler ici que rien n'est moins prouvé que l'identité des pigments sanguins et du pigment mélanique. Outre que les granules de pigment sanguin se dissolvent dans l'acide sulfurique pour donner probablement naissance à l'hématoporphyrine d'Hoppe-Seyler, les granules de pigment mélanique résistent à l'action même de l'acide sulfurique bouillant et ne se décolorent que par l'action de l'eau chlorée. Yoici quelques formules comparatives qui lèveront, nous le pensons, les doutes qui pourraient subsister.

Hoppe-Seyler attribue à l'hématine la formule suivante :

Hématine. G^^H^"Az«F'0^".

Riche et Robin donnent pour l'hématoïdine :

Hématoïdine

Carbone . .

Hydrogène

Azote . .

Oxygène .

Fer . .

. traces

Dans une analyse de pigment mélanique de la seiche, faite au laboratoire de M. le professeur Gautier et sous sa direction, nous avons trouvé pour 100 parties (1) :

(l)Voir Bulletins de la Société de Biologie, 1880. Sur la glande au noir de la seiche, avec une analyse chimique du pigment, par Desfosses et Variol.

Carbone 54, 4

Hydrogène 3,05

Azote 8, 1

Oxygène 36,45

Dans les cendres, nous avons trouvé une quantité notable de fer, des pliospliates et de la chaux.

Rapprochée de notre analyse du pigment de la seiche, nous reproduisons une analyse de Heintz de pigment provenant d'une tumeur raélanique. Pour 100 parties :

Carbone 53,00

Hydrogène 4,02

Azote 7,iO

Oxygène 35,44

11 nous paraît bien difficile, en comparant les compositions chimiques si différentes et les réactions bien distinctes des pigments mélaniques, de faire dériver directement le pigment mélanique des matières colorantes du sang.

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