‹ Eléments métaphysiques de la doctrine de la vertuChapitre 15 sur 56 · EXPLICATION DU CONCEPT D^ÜNB DOCTRINE DE LA VERTU · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU CONCEPT D^ÜNB DOCTRINE DE LA VERTU

Le concept du devoir emporte déjà par lui-même celui d’une contrainte^ exercée par la loi sur le libre arbitre. Or cette contrainte peut être extérieure ou

'Doctrine de ta vertu. — * \iitl>igun<) {Xvnng.

nOCTRINE DE LA VERU'.

intérieure *. Vimpéraiif moral, par son décret catégorique (le devoir absolu ®), indique une contrainte qui ne s’applique pas à tous les êtres raisonnables en général (car il peut y en avoir de saints^ mais seulement aux hommes, c’est-à-dire à des êtres à la fois sensibles et raisonnables, qui ne sont pas assez saints pour n’avoir pas l’envie de violer la loi morale, tout en reconnaissant son autorité, et, alors même qu’ils lui obéissent , pour 1a suivre volontiers (sans rencontrer de résistance dans leurs penchants), d’où vient justement qu’une contrainte est ici nécessaire (1). — Mais, comme l’homme est un être libre (moral), si l’on considère la détermination intérieure de la volonté (le mobile), le concept du devoir ne peut impliquer d’autre contrainte que celle qu’on exerce sur soi-méme^ (par l’idée seule de la loi). C’est ainsi seulement qu’il est possible de concilier cette contrainte (fût-elle même

' Ein ausserer oder ein Selistiwang. — • Vcn SoUen.

(I) Toutefois l’homme , en se considérant objectivement au point de vue de la destination que détermine en lui la raison pure pratique (en considérant l’humanité dans sa propre personne), se trouve assez saint, comme être moral , pour ne transgresser qu’à regret la loi intérieure. Il n’y a pas, en effet , d’homme si dégradé qui, en la violant, ne sente en soi une résistance, et n’éprouve pour lui-méme un sentinient de mépris qui le force à se faire violence. Or il est impossible d’expliquer comment , dans cette alternative où l’homme se trouve (que représente si bien la fable d’HercuIe placé entre la vertu et la volupté), il se montre plus disposé à écouter son inclination que la loi ; car nous ne pouvons expliquer ce qui arrive qu'en le dérivant d’une cause , suivant des lois naliirclles, et à ce point de vue, nous ne saurions regarder la volonté comme libre. — ("est pourtant cette contrainte intérieure , cette lutte , et l’impussibllité où nous .sommes de l’éviter, q\ii nous font connaitre l’incompréhensihie altrilnit de la liherté.

> Selhsirmmig.

IMHODUCriON.

IJ

extérieure) avec la liberté de la volonté; mais à ce point de vue le concept du devoir rentre dans le domaine de l’éthique.

Les penchants de la nature forment donc, dans le cœur de l’homme, des obstacles à l’accomplissement du devoir, et lui opposent des forces puissantes qu’il se doit à certains égards juger capable de combattre et de vaincre par la raison, non pas dans l’avenir, mais à l’instant même (en même temps qu’il en a la pensée); c’est-à-dire qu’il doit se juger capable de pouvoir ce que la loi lui prescrit absolument comme ce (ju’il doit faire.

Or la force et le dessein arrêté avec lesquels on résiste à un puissant mais injuste adversaire, s’aj)pellent le courage ' (fortitiidu:, et le courage, lorsqu’il s’agit de l’adversaire que le sentiment moral trouve en nous, devient la vertu' inrtns, forthndo moralis). La partie de la doctrine générale des devoirs qui soumet à des lois, non pas la liberté extérieure, mais la liberté intérieure, est donc une doctrine de tu vertu,

La doctrine du droit ne s’occupait que de la condition formelle de la liberté extérieure (qu’elle faisait consister dans l’accord de la liberté avec elle-même, en considérant ses maximes comme des lois générales), c’est à-dire du droii. Ijclhiqur, au contraire, nous offre en outre une matière (un objet du libre arbitre), un but de la raison pure, qu’elle présente en même temps comme une fin objectivement nécessaire, c’est-à-dire comme un devoir pour nous. — En effet.

‘ Tapferkeit, — » Tugend»

HU.;TiilSE DE LA VKlU t .

ouiniiie les peuciianls de la sensibilité tendent à des lins (comme matière de la volonté), qui peuvent être contraires au devoir, la raison législative ne peut résister à leur influence qu’en leur opposant à son tour un but moral, qui doit être donné à priori et indépendamment de toute inclination.

On appelle /în^ l’objet d’une volonté i^d’un être raisonnable), déterminée par l’idée même de cet objet à le réaliser. — Or. je puis bien être forcé par d’autres à faire certains actes qui tendent comme moyens à une certaine fin , mais non pas à me proposer celle fin à moi-même; moi seul je puis me proposer pour fin quelque chose. — Mais si je suis, en outre, obligé de me proposer pour but quelque chose qui rentre dans les concepts de la raison pratique, et par conséquent de donner pour principe de détermination à ma volonté , outre un principe formel ( tel que celui qu’implique le droit), un principe matériel, une fin qui puisse être opposée à celle qui résulte des penchants de la sensibilité , j’ai alors le concept d’une fin qui est un devoir en soi; et la science n’en peut revenir à celle du droit, mais à l’éthique, c’est-à-dire à cette partie de la morale dont le concept n’implique autre chose qu’une contrainte exercée sur soi-même au nom des lois morales.

Par la même raison on peut encore définir l’éthique le système des fins de la raison pure pratique. — Fin et devoir de contrainte , ces deux expressions distinguent les deux divisions de toute la doctrine des

< ZwECK , j\n ou but

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