CHAPITRE 8ECOI«l»l
DM bEŸOiSS DE L'hOIIIE tNTËES iDI-ÉÉME, Eh TANT Qd’ÊTRE iblAL.
Ils sont opposfs ahx ticcs du ownsotiÿe, de l'nrar/« et de la fàtisse kumilili (de la haBsesse).
ARTICLE PRfeMIER.
Du mensonge.
La plus grande transgression dü devoir dô l’hotnrtie envers lui - même , considéré simplement comme être moral (envers l'huinanilé qui réside en sa personne), c’est le contraire de la véracité, c’est-à-diée le mensonge {aliud Ungua promplnm, aliitd pccloeé ificlnsum gerere). Il est de soi-inême évident que toute fausseté volontaire dans l’expression de Ses pellsées (qui dans la doctrine du droit ne prend le nom de rtiensonge que quand elle porte atteinte au droit d’ autrui) , encourt inévitablement cette dure qualification dans l’éthique, pour qui l’absence de tout dommage ne légitime point une chose mauvaise en soi. Le déshonneur (qui consiste à devenir un objet de mépris moral ) suit le mensonge , et accompagne le menteui* comme son ombre. — Le mensonge petit être exté* rieur [mendacium exlernum), ou intérieur. Par le*premier, l’homme se rend méprisable aux yeux des autres; par le second, ce qui est encore pis, il se rend méprisable à ses propres yeux , et offense la dignité de l’humanité dans sa personne. Nous n’avons à tenir compte ni du tort que le mensonge peut causer
aux autres hommes , puisque ce n’est pas là ce qui fait le caractère propre de ce vice (autrement il ne serait autre chose que la violation d’un devoir envers autrui), ni de celui que le menteur peut se faire à lui-même, car, considéré comme un défaut de prudence, il serait en contradiction avec les maximes pragmatiques * , mais non avec les maximes morales, et par conséséquent il ne pourrait être considéré comme la transgression d’un devoir. — Le mensonge est l’avilissement et comme l’anéantissement de la dignité humaine. Un homme qui ne croit pas lui-même ce qu’il dit à un autre (fût-ce à une personne idéale ), a encore moins de valeur que n’en a une simple chose ; car quelqu’un peut tirer parti de l’utilité de cette chose, puisque c’est un objet réel qui lui est donné , tandis que , si en prétendant communiquer à un autre ses pensées , on se sert de mots qui signifient (à dessein) le contraire de ce que l’on pense, on se propose une fin qui va directement contre la destination naturelle de la faculté de communiquer ses pensées , et par conséquent on abdique sa personnalité ; aussi le menteur est-il moins un homme véritable que l’apparence trompeuse | d’un homme. — La véracité dans les déclarations s’appelle aussi loyauté ® ; quand il s’agit de promesse, profité ^ et en général bonne foi".
Le mensonge (dans le sens que l’éthique attache à
* Pragmatischen. — C’est l’épithète que Kant a adoptée pour qualifier en général les maximes de la prudence, ou -de cette sagesse pratique qui n’est pas la moralité, mais l’intérét bien entendu. J. B.
* Ehriichkeil. — ^ Redlichkeil. — ^ AufricUligkeil.
IlBVOIRS ENVERS SOI-MÊMK.
ce mot * ) , comme fausseté volontaire en généra! , n’a pas besoin d’être nuisible aux autres pour être déclaré condamnable; car, à ce point de vue, il serait une violation du droit d’autrui. Il peut bien avoir uniquement pour cause la légèreté , ou un bon naturel ; on peut même s’y proposer une fin réellement bonne; toujours le moyen qu’on emploie est- il par sa seule forme une offense faite par l’homme à sa propre personne , et une indignité qui le doit rendre méprisable à ses propres yeux.
Il est facile de prouver la réalité de beaucoup de mensonges intérieurs dont les hommes se rendent coupables ; mais il semble plus difficile d’en expliquer la possibilité, parce qu’il semble qu’il faille absolument une seconde personne qu’on ait l’intention de tromper, et que se tromper volontairement soi-même soit une chose contradictoire en soi.
L’homme, en tant qu’être moral {hoiuo noumenon), ne peut se servir de lui-même , en tant qu’être physique ( homo pliænomenon ) , comme d’un pur moyen (d’une machine à paroles ®), qui ne serait point assujetti à la fin intérieure de la faculté de communiquer ses pensées ; il est soumis au contraire à la condition de rester d’accord avec lui-même dans la déclaration (decldralio) de ses pensées, et il est obligé envers lui-même à la véracité. — Il se ment à lui-même , par exemple, lorsqu’il fait semblant de croire à un juge futur du monde, tandis qu’il ne trouve pas réellement en lui cette croyance , mais qu’il se persuade qu’il n’a
‘ In der ethischen Bedeutung des Worts. — • Sprachmaschinc.