‹ Eléments métaphysiques de la doctrine de la vertuChapitre 28 sur 56 · UOCTKINK IIE LA VERTU · texte numérisé non relu

UOCTKINK IIE LA VERTU

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rien à perdre, mais tout à gagner à professer cette foi en se plaçant par la pensée devant celui qui sonde les cœurs, afin d’obtenir ainsi sa faveur dans tous les cas. 11 se ment encore à lui - même lorsque , sans mettre en doute l’existence de ce juge suprême, il se flatte d’obéir à sa loi par pur respect pour elle , tandis qu’il ne sent en lui d’autre mobile que la crainte du châtiment.

Le défaut de pureté ‘ en matière de conscience n’est autre chose qu’un manque de délicatesse de conscience’, c’est-à-dire de sincérité dans la confession que l’on fait devant .son juge intérieur, qu’on se représente comme une autre personne. Par exemple, à traiter les choses à l’extrême rigueur, c’est déjà tomber dans un défaut de ce genre, que de prendre, par amour de soi, un désir pour le fait même , parce qu’il a pour objet une fin bonne en elle-même. Le mensonge intérieur, qui pourtant est contraire au devoir de l’homme envers lui-même , reçoit ici le nom de faiblesse; elle est semblable à celle d’un amant à qui son désir de ne trouver que des qualités dans la femme qu’il aime rend invisibles les défauts les plus saillants. — Cependant ce manque de sincérité dans les jugements que l’on porte sur soi-même mérite le blâme le plus sévère; car, dès qu’une fois le principe 'suprême de la véracité a été ébranlé , le fléau de la dissimulation (qui semble avoir ses racines dans la nature humaine ) ne tarde pas à s’étendre jusque dans nos relations avec les autres hommes.

> CnlauUrktit. — • Geteissenhaftigkeil.

DKVOIRS KNVERS SOI-mAmE.

REMARQUE

Il est digne de remarque que la Bible date le premier crime par lequel le mal est entré dans le monde, non du fratricide (du meurtre de Caïn) , mais du premier mensonge (parce que la nature même se soulève contre ce crime) , et qu’elle désigne comme l’auteur de tout mal le menteur primitif, le père des mensonges. La raison ne peut d’ailleurs donner aucune autre explication de ce penchant de l’homme ü la fourberie^, qui doit pourtant avoir précédé. C’est qu’on ne saurait déduire et expliquer un acte de la liberté (comme un effet physique) par la loi naturelle de l’enchaînement des effets et des causes, qui sont des phénomènes.

Questions casuistiques.

Peut-on regarder comme un mensonge la fausseté que l’on commet par pure politesse (par exemple, le très-obéissant serviteur que l’on écrit au bas d’une lettre)? Personne n’est trompé par là, — Un auteur demande à un de ses lecteurs : Que pensez-vous de mon ouvrage? On pourrait bien faire une réponse illusoire, et l’on SC moquerait ainsi d’une question aussi insidieuse, mais qui a toujours la présence d’esprit nécessaire ? La moindre hésitation à répondre est déjà une offense pour l’auteur ; faut-il donc le complimenter de bouche?

Si je dis une chose fausse dans des affaires importantes , où le mien et le tien sont en jeu , dois-je répondre de toutes les conséquences qui peuvent en résulter? Par exemple , un maître a ordonné à son

• GleUnerei. Kant traduit lui-même (entre parenthèses) cette expression allemande par les mots français esprit fourbe.

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domestique de répondre, si quelqu’un venait le demander, qu’il n’est pas à la maison. Le domestique suit cet ordre ; mais il est cause par là que son maître, s’étant évadé , commet un grand crime , ce qu’aurait empêché la force armée envoyée pour l’appréhender. Sur qui retombe ici la faute, suivant les principes de l’éthique ? Sans doute aussi sur le domestique , qui a violé ici un devoir envers lui- même par un mensonge, dont sa propre conscience doit lui reprocher les conséquences.

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