CONCERNANT LA DIVISION DE LA DOCTRINE DE LA VERTU
1" Pour ce qui regarde la forme*, le principe de cette division doit contenir toutes les conditions qui servent à distinguer spécifiquement de la doctrine du droit une autre partie de la doctrine générale des mœurs, et ces conditions sont les trois suivantes : 1“ les devoirs de vertu ne sont pas susceptibles d’une législation extérieure; 2“ si tous les devoirs doivent avoir une loi pour fondement, dans l’éthique la loi du devoir ne peut s’appliquer aux actions, mais seulement aux maximes des actions ; 3“ ( cela résulte de ce qui précède) , le devoir d’éthique doit être considéré comme un devoir large, et non comme un devoir strict.
2“ En ce qui concerne la matière *, la doctrine de la vertu ne doit pas être traitée seulement comme une
« Dos Formale.— • Dos Materûües c’eslrà-dlre le contenu de la science.
IMHOUrCTION.
science de devoirs en général , mais aussi comme une sdence de fins * : l’homme est obligé en effet de se concevoir lui-mème et de concevoir aussi tout autre homme comme étant une fin pour lui. C’est ce que l’on a coutume d’appeler le devoir de l’amour de soi et celui de l’amour du prochain ; mais ces expressions ne s’accordent pas entre elles, car aimer ne peut être directement un devoir, mais bien agir de telle sorte que l’on se prenne soi-méme et que l’on prenne les autres pour but.
3° En ce qui touche , dans le principe du devoir, la distinction de la matière et de la forme ( de la finalité et de la légitimité ) , il faut remarquer que toute obligation de vertu * (obligatio ethica), n’est pas un devoir de vertu {officium cthicum s. virtutis) ; en d’autres termes, que le respect de la loi en général ne constitue pas eacore une fin à l’état de devoir, car une fin peut seule être un devoir de vertu. — Aussi n’y at-il qu’une seule obligation de vertu, tandis qu’il y a plusieurs devoirs de vertu. C’est que , s’il y a plusieurs objets, qui sont pour nous des fins, qu’il est aussi de notre devoir de nous proposer, il n’y a qu’une intention vertueuse , comme principe subjectif de la détermination de remplir son devoir, et que , si cette intention s’étend aussi aux devoirs de droit, on ne peut pourtant pas les appeler à cause de cela des devoirs de vertu. — Toute division de l’éthique ne peut donc porter que sur des devoirs de vertu. La science de ce mode d’obligation par lequel nous nous reconnaissons liés , indépen-
* Zteeekiehre.— * TugendtoerplUchtung.
IHJCTIimE IlE LA. VEHTl.
daninieiit de toute législation extérieure possible , est l’éthique môme, considérée dans son principe formel.
RBKARQIE.
Mais comment ai-je été conduit, me demandera-t-on, à diviser l'étliique en dorlrinc ilÉmnuairc et méthodologie, tandis que J'ai pu me passer de cette division dans la doctrine du droit? — C’est que dans celle-ci il ne s’agissait que de devoirs strieis , tandis que dans celic-ià il s’agit do devoirs larges. Aussi la doctrine du droit, qui par sa nature doit être d’une précision rigoureuse , n’a pas plus besoin que les mathématiques pures d'une régie générale (d’une méthode) qui lui enseigne comment eiie doit procéder dans ses jugements, mais ils sont vrais par le fait même. — L'éthique au contraire, ft cause de la latitude qu’elle laisse à scs devoirs imparfaits, conduit inévitablement à des questions qui poussent le jugement ü décider comment nue maxime doit être appliquée dans les cas particuliers, ou quelle maxime particulière (subordonnée) elle fournit à son tour (en quoi l’on peut toujours s’enquérir du principe de l’application de cette maxime aux cas qui se présentent) ; et ainsi elle tombe dans une casuistiqae dont la doctrine du droit n’a point du tout à s’occuper.
iA casnistiqiie n’est donc ni une science, ni une partie d’une science; car elle Aurait alors dogmatique, et elle est moins une doctrine <|ui enseigne à trouver quelque chose qu’un exercice qui apprend à chercher la vérité. Elle-ne se m('le donc è la science quô d’une manière fragmentaire et bon Systématique (ce qui doit être au contraire le caractère de l’éthique ) ; elle ne s’ajoute au système que sous la forme de scholies.
il appartient spécialement à l’éthique, comme mêthodotogir do la raison moralement pratique, d’e.Twrer la raison, plutôt encore que le jugement, dans la théorie des devoirs aussi Itien que dans la pratique. La méthode relative au premier exercice (à lu liiéurie des devoirs) sc nomme didactique , et elle est ou acroamatique ou crotnnatique. La niétliodc érotématiquo est i’art d’interroger l’élève sur
i^craoDuuTiu.v.
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ce qu'il sait déjà des Idées de devoir, soit qu'ou no lui demande que ce qu'on lui a déjà dit, et qu'on s'adresse simplement à sa mémoire , auquel cas la méthode est proprement cdlccliétiqiie; soit qu'on suppose que ces connaissances sont déjà contenues naturellement dans sa raison et qu'il n'y a plus qu'à les en tirer, ce qui est la métliode dialo- (jiquv (socratique).
A la didactique, comme méthode d’exercice théorétique, correspond, dans la pratique, VasrMquc, c’est-à-dire cette partie de la méthodologie où l’on n’enseigne pas scnlcraent l’idée de la vertu, mais où l’on apprend aussi à mettre en exercice et à cultiver la faculté de la vertu ', ainsi que la volonté qu’elle exige.
D'après ces principes, nous diviserons donc tout le système de l’éthique en deux parties : la doctrine élémentaire et la méthodologie. Chaque partie aura ses divisions principales, et celles de la première partie se subdiviseront ellesmêmes on divers chapitres : en premier lieu, suivant la différence des sujets envers lesquels- riiommo est obligé , et en second lieu, suivant la différence dos fins que la raison lui enjoint dose proposer, et scs dispositions à l'égard du ces fins *.
La division que la raison pratique donne pour fondement au système de ses concepts dans la doctrine de Vcthitiiæ (la division architectonique) peut s’établir sur deux espèces de principes, isolés ou réunis : l’un qui concerne la matière et représente à l’état de système le rapport subjectif des obligés à l’obligeant; l’autre qui concerne la forme et représente le rapport objectif des lois de l’éthique aux devoirs en général. — La première division est celle des cires à l’égard desquels
' Tugcndvennëgen. — • /imp/Viiijiijiiicit fia diestlbe.
IIUCIRINE UK LA VEllTl ,
on peul concevoir une obligation de vertu ; la seconde serait celle des concepts de la raison pure pratique, qui appartiennent aux devoirs de la première , et qui par conséquent ne sont nécessaires à l’éthique qu’autant qu’on veut faire de celle-ci une science, et en-* chaîner ainsi méthodiquement toutes les propositions qui ont été trouvées dans la première.
IMIROOICTION.