LITRE PREMIER
DIS Dirons iRTiis soi-ütin in alirtiAL.
INTRODUCTION
Le eoneept d'on devoir envers sot- même renferme (an premier aspect) nne eontradletlon.
Si Ton entend le moi obligeant dans le même sens que le moi obligé, le concept du devoir envers soimême est contradictoire. En effet le concept du devoir implique celui d’une contrainte passive (je deviens obligé). Mais d’un autre côté, comme il s’agit ici d’un devoir envers moi-même, je me représente comme obligeant , par conséquent dans une contrainte active (moi, le même sujet, je suis celui qui oblige) ; et la proposition qui exprime un devoir envers soi-même (je dois m’obliger moi-même) renfermerait une obligation d’être obligé (une obligation passive, qui serait en même temps , le rapport étant toujours pris dans le même sens , une obligation active ) , c’est-à-dire une contradiction. — On peut encore mettre cette contradiction en lumière, en faisant remarquer que l’obligeant {auctor obligationis) peut toujours délier l’obligé
llOCTRINF DF LA VÏIITI'.
I suhjerliim oftiif/aüonh) de l’oblifïnlion (tprniinus ohlif;nüonis\ ot que, par conséquent, si tous deux sont un seul et même sujet, l’obligeant n’est point lié par un devoir qu’il s’impose à lui-même.
n T ■ ponrlam de« devoir* de l’bomme eaver* lnl-mfiB*.
Supposez en effet qu’il n’y eût pas de devoirs de cette espèce , il n’y en aurait d’aucune espèce , pas même d’extérieurs. — Car je Ho puis me reconnaître obligé envers les autres qu’autant que je m’oblige en même temps moi-même, puisque la loi par laquelle je me regarde comme obligé émane dans tous les cas de ma propre raison pratique, par laquelle je suis contraint, et que je suis ainsi par rapport à moi-même celui qui contraint (1). '
Solation de celle apparente anilnomle.
Dans la conscience d’un devoir envers lui-même, riiotnme sô considère, en tant que sujet de ce devoir, sous ttrt double point de vue : d’abord comme ^/re
(Il AumI diUon, lonqu'il t’agit par etcmplp de murer ton honneur nu sa vie : • Je me dois cela il moi-méme. » El l’on s’exprime encore ainsi ni(>inc quand il s’agit d« devoirs de moindre importanre , c'est-S-dlre d’acte* qui n’ont point pour objet le luresMire, mais lo méritoire dant l’üecompli*semcnt du devoir; Je dirai, jiar exemple, que je me dois A mol-méme de développer les dispositions qui me rendent propre A la vie de aorlétë, ete.. (de me cultiver].
DEveins EHVEM «U'-idbii'.
sensible*, c’est-à-dire comme homme (comme être faisant partie de l’espèce animale), cl ensuite comme être raiionnel* (je ne dis pas seulement comme être raisonnable ^ car la raison pourrait bien être aussi , comme faculté tliéorétique, l’attribut d’un être corporel vivant), c’est-à-dire comme un être qu’aucun sens ne peut atteindre , et qui ne se révèle que dans des rapports pratiques, où l’incompréhensible attribut de |a liberté se manifeste par l’influence de la raison sur la volonté à laquelle elle dicte des lois intérieures.
Or l’homme, comme être physique * raisonnable {homa pheenomenon), peut être déterminé par sa raison, comme par une cause, à produire des actions dans le* monde sensible , et ici le concept de l’obligation ne se montre point encore. Mais le même être, considéré dans sa personnalité, c’est-à-dire comme un être doué de liberté intérieure {homo noumenon) est capable d'obligation, et en particulier d’obligation envers luimême (envers riiumanité dans sa personne). C’est ainsi que l’homme (considéré sous qe double rapport) peut, sans contradiction, reconnaître un devoir envers lui-même , puisque le concept de l’homme n’est pas pris dans un seul et même sens.
Ba Brtnelpc I* Se* 4pvoIr» cBvcn «oHBaiU*'
On ne peut établir celte division que relativement à Tobjet du devoir, et non relativement au sujet qui
* Sinnenteesen. — ’ Verminfhresen. — • rernûnftiges Wesen. — * Satunnesen.
nOCTRIWF TF LA VFKTt’.
s’obligf*. Le sujet obligé aussi bien que le sujet obligeant nest toujours que l'homme, et quoique, au point de vue théorétique , il soit permis de distinguer dans l’homme l’âme et le corps comme deux qualités différentes de la nature humaine, il n’est point permis pourtant de les considérer comme deux substances différentes obligeant l’homme, et de diviser en conséquence les devoirs de l’homme envers lui-même en devoirs envers son corT>s, et devoirs envers son âme. — Ni l’expérience, ni aucune conclusion de la raison ne nous apprennent suffisamment s’il y a dans l’homme une âme (c’est-à-dire si en lui réside un principe distinct du corps et capable de penser indépendamment du corps, ce que l’on appelle une substance spirituelle), ou si au contraire la vie n’est pas une propriété de la matière ; et quand môme la première hypothèse serait bien établie , on ne concevrait pas encore des devoirs de l’homme envers un corps (comme envers un sujet obligeant), quoique ce corps fût celui de l’homme.
1 . Il n’y aura donc qu’une division objective des devoirs envers soi-même, que l’on divisera d’après leur forme * et leur matière * ; les uns restrictifs (ou négatifs), les autres extensifs (positifs). Les premiers défendent à l’homme d’agir contre la fin de sa nature, et par conséquent ne concernent que la conservation morale de soi-même; les seconds ordonnent de se proposer pour but un certain objet de la volonté, et tendent au perfectionnement de soi-même. Les uns et les autres , soit comme devoirs d’omission [sustine et obstine), soit
' Dat Fnrmalf. — • Dat Matêriatr.
DETOiXB Rnvcns soi-mftirB.
comme devoirs d’action {viribus rnnressix utere), sc rattachent à la vertu, car ce sont également des devoirs de vertu. Les premiers se rapportent à la santé * morale {ad esse) de l’homme, considéré comme objet des sens extérieurs à la fois et du sens intime, et ont pour but la conservation de sa nature dans toute sa perfection (comme réceptivité). Les seconds tendent à la richesse* morale {ad metius esse; opulentia moralis), qui consiste dans la possession de la faculté de suffire à toutes les fins, en tant que cette faculté peut être acquise, et qu’elle rentre dans la culture de soi-même (comme perfection active). — Le premier principe des devoirs envers soi-même est exprimé par cette sentence : Vis conformément à la nature (naturœ convenienler vive), c’est-à-dire conserve-toi dans la perfection de ta nature ; le second , dans celle-ci : Itends-toi plus parfait que ne t’a fait la nature (perfice te ut finem; perfice te ut medium).
2. Il y a aussi une division subjective des devoirs de l’homme envers lui-même , c’est-à-dire une division suivant laquelle le sujet du devoir (l’homme) se considère lui-même, soit comme être animal (physique) et en même temps moral , soit simplement comme être moral.
Or, en ce qui concerne Y animalité de l’homme, il faut reconnaître trois espèces de penchants de la nature ; à savoir : .4 , le penchant par lequel la nature tend à la conservation de soi-même ; B , celui par lequel elle tend à la conservation de l’espèce ; C , le pen-
• Geiundheil. — • Wohlhabtnhtil.
UOCTRIHI! M! LA VUTD.
chant par lequel elle tend à La conservation de notre faculté de faire un usage convenable de nos forces et de nous procurer les jouissances de la vie animale. — Les vices qui sont ici opposés aux dcvoii-s de l’homme envers lui-même sont : le suicide , l’abus de l'appétit du sexe , et celui des jouissances de la table (qui affaiblit en nous la faculté de faire un usage convenable de nos forces).
Quant à ce qui concerne les devoirs de l’hoinine envers lui-même , considéré comme être purement moral (abstraction faite de son animalité), ils consistent dans une condition formelle*, dans l’accord des maximes de sa volonté avec la dujnité de l’humanité qui réside en sa personne; par conséquent dans la défense de se dépouiller soi-même de la prérogative d’être moral , c’est-à-dire de la faculté d’agir suivant des principes , c’est-à-dire encore de la liberté intérieure , et de se rendre ainsi le jouet des penchants de la nature , ou de faire de soi une chose. — Les vices opposés à ces devoirs sont le mensonge, l'avarice et la fausse humilité (la bassesse). Ces vices supposent des principes directement contraires ( par leur forme même; au caractère du l’homme, comme être moral, c’est-à-dire à la liberté intérieure, à la dignité naturelle de l’hoimne ; c’est-à-dire que celui s’y livre a pour principe de n’en avoir point, et par conséquent de n’avoir point de caractère, ou de s’avilir et de se rendre un objet de mépris. — La vertu qui est opposée à tous ses vices pourrait s’appeler honneur^
* hn Formalen, — *Ehrliebf.
itBTons soi-Mibn!.
[honestas interna , justum siri wsiimmm), sorte de façon de penser qui est entièrement différonte de Vnmhitinn {(imbiti(i), laquelle peut aussi être très-vile ; mais nous la retrouverons plus tard , sous ce titre même , d’une manière particulière.