‹ Elements Metaphysiques de la Doctrine de la VertuChapitre 30 sur 52 · DEVOIRS ENVERS LIS AUTRES HOMMES · texte numérisé non relu

DEVOIRS ENVERS LIS AUTRES HOMMES

conduite, lorsque le malheur des autres ou leur conduite scandaleuse, leur folie, vient faire ressortir notre propre état. Mais se réjouir directement de l’existence de ces énormiiés qui troublent l’ordre universel’, et par conséquent aller jusqu’à souhaiter des événements de ce genre, c’est le fait d’une secrète haine des hommes et tout l’opposé de l’amour du prochain, que notre devoir nous oblige de cultiver, — Vurrognnee * qu'inspire une prospérité constante et la présompiion ’ que fait naître la bonne conduite (quand elle n’est en définitive autre chose que le bonheur d’avoir toujours échappé jusque-là à la séduction des vices publics), ces deux sentiments, dont l’homme vaniteux se fait un méiite, produisent cette joie maligne, directement contraire au devoir qui se fonde sur le principe de la sympathie et qu’exprime si bien dans Térence la maxime de l’honnête Chrémès : « Je suis homme; rien d’humain ne m’est étranger. •

De cette joie maligne, la plus douce est le désir de la vengeance; celui-ci semble d’ailleurs se fonder sur un droit essentiel et même obéir à une obligation à l’amour du droit en se proposant pour but le mal d’autrui, indépendamment de tout avantage personnel.

Toute action qui blesse le droit d’un homme mérite un châtiment; et ce châtiment venge le crime dans la personne du coupable (il ne répare pas seulement le préjudice causé). Or ce châtiment n’est pas un acte de l’autorité privée de l’offensé, mais d’un tribunal distinct de lui, qui assure leur effet aux lois d’un pou-

■ Dax allgemeine WeUbttU. — • DebermvtK — » Eigtndanktl.

i-Ü) ÜOCTRINP ÜK LA VERTU.

voir souverain \ auquel tous sont soumis; et, si (comme l’exige l’éthique) nous considérons les hommes dans un état juridique, mais se réglant d'après les seules lois de la raison (et non d’après des lois civiles), nul n’a le droit d’infliger des châtiments et de venger les offenses, si ce n’est le suprême législateur moral (Dieu), qui seul peut dire : « La vengeance m’appartient; je vengerai. » C’est donc un devoir de vertu, nonseulement de ne pas répondre par la haine à l’inimitié des autres, dans un pur esprit de vengeance, mais même de ne pas prier le juge du monde de nous venger ; car chacun de nous a de son côté commis assez de fautes pour avoir lui-même grand besoin de pardon; et surtout le châtiment ne doit jamais être, en quoi que ce soit, dicté par la haine. — Le pardon * (placabilitas) est donc un devoir de l’homme ; mais il ne faut pas le confondre avec cette lâche disposition à supporter les offenses* {icjnava injuriarum patienlia)^ c’est-â dire avec cet abandon des moyens rigoureux (rigorosa) d’en prévenir le retour; car ce serait jeter ses droits aux pieds des autres, et manquer à ce que l’homme se doit à lui-même.

REMARQUE

Tous les vices, qui rendraient la nature humaine odieuse si on les considérait (en tant que vices qualifiés)^ comme des principes, ne sont pas humains ^ au point de vue objectif, mais ils le sont au point de vue subjectif, c’est-à-dire au point de vue de notre nature, telle que nous la montre

« Kines Obereu Ueher aile. — * VersShnlkhkeit. — » Schlcffe Duld~ samkeit cler Beleidigungen. — * Sind inhuman.

DEVOIRS ENVERS l.ES \ITRES HOMMES. H1

rexpérience. SI donc, pour exprimer toute Thorreur qu'ils inspirent, on peut appeler certains d’entre eux des vices diaboliques J de même que Ton pourrait nommer leurs contraires des vertus angéliques, ces deux expressions ne désignent que des idées d'un maximum que nous concevons comme une mesure propre à nous guider dans l’apprécia- . tion du degré de notre moralité, en nous montrant notre place dans le ciel ou dans Venfei\ au lieu de faire de l’homme une sorte d’être intermédiaire qui n’habite ni l’un ni l’autre de ces lieux. Il n’est pas ici nécessaire de décider si Haller n’a pas mieux rencontré en faisant de l’homme « un in-’ termédiaire équivoque entre l’ange et la bête. » Mais le fait de partager en deux ‘ un assemblage de choses hétérogènes ne conduit à aucune idée déterminée, et rien, dans l’ordre des êtres dont la différence spécifique nous est inconnue, ne peut nous conduire à une idée de ce genre. La première opposition (des vertus angéliques et des vices diaboliques) est une exagération. La seconde, quoiqu’il soit malheureusement trop vrai que les hommes tombent dans des vices bi'utaux , ne nous autorise pourtant pas à leur attribuer sur ce point des dispositions inhérentes à leur espèce, pas plus que la forme rabougrie de certains arbres dans une forêt n’est pour nous une raison d’en faire une espèce particulière de végétaux.

DEÜXIÉMR SECTTOff.

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