CHAPITRE VIII
Dans la nuit du 19 au 20 décembre 1562, quelques fuyards, ayant atteint Orléans, « y rendoient toutes choses incertaines, » mais non pas déplorées; ce qui tint tout le peuple en susy> pens (1). y> Les anxiétés de la princesse étaient extrêmes loi'sque, « le vingtiesme du mois, d'assez bonne heure, nouvelles cery> taines arrivèrent qu'on amenoit le connestable prisonnier, » auquel on n'avoit donné qu'une petite relasche en chemin de- » puis sa prise, le faisant marcher sans cesse toute lanuict et le D jour suivant (2). » Anne de Montmorency arriva à Orléans, le 20 vers la fin de la journée. « II avoit été mené en si grande diï> ligence, blessé et vieil comme il estoit, qu il porta presque le j» premier les nouvelles (dans cette ville), où on lui bailla pour 3> hostesse la princesse de Condé, sa nièce (3). y>
Eléonore de Roye, dans le premier moment, ne sut rien, par son grand-oncle, des blessures ni de la captivité de son mari. En effet, le connétable, tenu à l'écart du champ de bataille, dès le milieu de l'.action, ignorait le sort du prince. La princesse ayant devant elle le chef qui venait de combattre contre Louis de Bourbon, ne vit en lui qu'un prisonnier de guerre
(l) Dèze, Hist. ceci, 1. H, p. âii.
{"1) € The conslable was sont lo Orléans wilh such specd that he drank but once » by Uie way, and Ihaton horseback. » (Calend. of State pap. foreign, 3 janvier \ôm. — The baille of Dreux, § 3). — Dèze, Hist.eccL, l. II, p. ±U.
(3) Mém. de Caslelnau, in-P», l. I, p. 129.
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blessé, et, plus encore, que le père profondément affligé de la perte d'un fils mort sous ses yeux, les armes à la main. Aussi quels soins délicats prodigués au vieillard, dans l'intérêt de sa santé! Quelle sympathie pour les douleurs du cœur paternel! quel empressement à procurer au prisonnier toutes les facilités possibles pour communiquer avec sa femme, sa famille, ses amis, ses serviteurs! Une sollicitude véritablement filiale entoura immédiatement le connétable, sous le toit de la princesse (1).
La journée du 21 se passa sans qu'elle apprît encore quoi que ce fût de précis au sujet du prince.
Le 22 seulement, lui parvint un message que son oncle, l'amiral de Coligny, s'était empressé de lui adresser, le 21. Se trouvant à Auneau, il avait reçu quelques informations concernant Condé : ce fut de ce village qu'il les transmit aussitôt à sa nièce, dans une lettre empreinte d'affection. Il la consolait « sur
> la captivité d'iceluy prince, avec déclaration de la bonne et
> entière volonté de l'armée encores assez roide et forte pour le D délivrer et pour venir à bout du reste des ennemis ; à laquelle y> lettre les ministres du camp adjoustèrent les leurs, qui ser-
> virent gi'andement à fortifier cette bonne et vertueuse priiÉ*
> cesse (2). »
Le premier soin d'Éléonore de Roye, à la réception de cette lettre, fut d'envoyer à la reine mère un personnage doué d'une certaine consistance, qui obtînt d'elle, sinon pour lui-môme, au moins pour un tiers, l'autorisation de voir Louis de Bourbon. D'accord avec le connétable, Antoine Caraccioli, prince de Melphe, ancien évêque de Troyes, qui, ainsi qu'il l'avoua plus tard (3), a: avoit eu la témérité d'accepter Testât de pasteur
(1) c La princîpessa di Condé ha ricevuto amorevolmente il conestabile pri- 3 gione à Orléans. » Dépêche de Tornahuoni à Cosme 1'% du 30 décembre 156â (Négoc. diplomat, de la France avec la Toscane, in-4®, t. III, p. 502).
(2) Bèze, HisL eccL, t. II, p. 245.
(3) Mém. de Condé, t. V, p. 47 à 49. LeUre de Caraccioli aux ministres et pasteurs d& l'église d'Orléans, du 26 février 1563. On y lit ces mots : c Le Sei-
i> sans eslre premièrement brebis », se proposa pour remplir cette mission. La princesse, loin de soupçonner la moindre arrière-pensée de sa part, le croyait au contraire parfaitement loyal et dévoué : elle accepta donc sans hésitation son offre. Il partit d'Orléans, en compagnie de deux personnes, rencontra en chemin l'amiral (1), le 23 décembre, et remit à Catherine de Médicis une lettre du connétable, datée du 22, dont voici la teneur (2) :
« Madame, madame la princesse, aiant esté advertie de la )) prinse de monsieur le prince son mary, m'a prié vous escripre î> et supplier très-humblement estre contente que monsieur le » prince de Melphe voyse vers vous et que je luy baillasse une » lettre à ce qu'il vous plaise estre contente de le veoir et Touyr, » vous asseurant qu'elle est si travaillée et affligée qu'il est im- » possible de l'estre davantage. Et je suis prisonnier en sa maiy> son, là où elle me faict si bon traitement, que je tiens ma vie » du soin qu'il luy a pieu me faire. Par quoy je vous supplie i> très-humblement de vostre bonté accoustumée avoir extrêmey> ment recommandé mondit seigneur le prince, comme je sçay y> qu'il vous a pieu luy porter toujours fort bonne et grande afù fection; et... que nostre Seigneur a voulu que les chaînes de ^ ceste bataille soient passées, en sorte que, j'espère, il en réus- )) sira une bonne paix, qui est ce que plus vous désirez en ce » monde. Madame, je suis blessé d'une harquebuze en 1^ ma- » chouere et d'un coup de pistoUet. J'espère en nostre Seigneur
9 gneur Dieu, offensé de mon orgueil et irrité par mes péchés, permit que, es- 9 tant à Orléans, au temps de la grande adversité de Tesglise, estant là en ung > théastre et à la veue de tout le monde, où je debvois exposer hardiment ma vie 9 et monstrer ime constance invincible, je monstray, au contraire, une def- ]» ûance et pusillanimité, habandonnant le sainct troupeau de Dieu, pour chercher j» mon particulier repos et asseurance. »
<1) Béze, Hist. eccl,, t. Il, p. !2iO.
(2) Hist, des pr. de Condé,, par le duc d'Aumale, t. I, p. 395, 396.
> estre bientôt guéry et en estât de vous pouvoir faire service là
> où je n'espargneray ma vie, vous suppliant, madame, avoir la
> connestable extrêmement recommandée.. • (autogr.) Madame, y> monsieur le prince de Melphe vous fera entendre la bonne
> voullenlé quy a en ces te compagnye d'avoyr ugne bonne pes. » Je vous suplye, madame, d'avoyr pour byen recommandé
> monsyeur le prince. — Madame, je vous suplye que ce jantyl- D lomme voye monsyeur le prince, vous açeurant que je suys sy » byen trélé, que je vous suplye d'avoyr celles de monsyeur le 3> prince pour recommandé. »
La conduite que tint Caraccioli fut indigne. « H avoit bien » persuadé à la princesse de luy donner la charge d'aller vers » la royne mère pour avoir congé de visiter le prince; mais la » vérité estoit que pensant que tout fût perdu, et retenant sa léy> gèreté accoustumée, il avoit parlementé avec le connestable, * y> luy offrant son service sous ombre de ce voyage, et arrivé vers ]D la royne, comme on sçeut depuis, il ne parla oncques des y> affaires du prince, mais bien d'obtenir sa grâce pour se pouvoir 7> retirer en sa demeure de Chasteauneuf : ce que la royne luy 9 accorda, mais ce fut à condition que, retournant à Orléans, il 3> porteroit certaines lettres et paroles à quelques gentilshommes, y> et nommément à Grammont et au sieur de Bussy,frère du prince j> Portien. Ainsi le fit-il, mais en vain quant à Bussy, lequel pour 3) response luy cuyda donner un soufflet ; mais quant à Grammont, 3D cela demeura couvert. Luy cependant craignant de n'estre en 3> seureté ni des uns ni des autres à Chasteauneuf, se tint encore » quelques jours à Orléans, estant malade la plupart du temps, j^ jusques à ce qu'estant du tout descouvert, la princesse ayant 3> plus d'esgard à la qualité d'iceluy qu'à ses mérites, se contenta y> de luy commander qu'il eust à se retirer sans plus revenir, sous » peine de la vie (1). »
(1) Bèze, Hist. eccL, t. H, p. 2i0.
Si Caraccioli s'abaissa au point de trahir la confiance de la princesse de Condé, un homme de cœur et de résolution, le capitaine Larivière, sut au contraire la justifier pleinement. Ayant promis de tout faire pour obtenir accès près du prince, lui parler au nom de sa femme et de son fils, et rapporter à Orléans de ses nouvelles, ainsi qu'une lettre de lui, cet officier fut fidèle à sa parole : malheureusement son zèle et son énergie échouèrent devant des résistances implacables; toute communication avec le prince lui fut refusée.
A l'inverse, le connétable écrivait librement à sa femme. Il y a plus : la princesse de Condé prenait la peine d'informer directement sa grand'tante de la situation d'Anne de Montmorency, et réclamait en même temps ses bons offices, près de qui de droit, en faveur de Louis de Bourbon. « Madame, lui écrij> vait-elle le 24 décembre (1), s'en allant vous trouver se porteur y> pour vous dyre des nouvelles de monsieur le connestable, je
> l'ay bien voullu l'accompagner de se mot pour vous advertyr i> encore quy soit ung petit blessé au meqton, sy ne se porla-yl y> jamays mieulx de sa santé. Yl vous a desjà luy mesme mandé 3> deulx foys comme je le traicte yssy, et davant mesme que susse » que monsieur mon mary fust tombé aulx majTis de mon cousyn y> monsieur de Demville; parcoy autant qu'aymés ledit seigneur » vostre mary, faicte que voz enfans et vous s'employe en tous y> les moyens à faire donner tel traictement à monsieur mon » mary quy le mérite, et vous assures qu'en se faysant je feray » l'ofyse à mondict sieur connestable non de nieyse mais d'ugne i> fylle fort affectionnée, supliant Dieu que bientôt je puysse veojT
> en toute lyberté mon mary et vous le vostre et une bonne
> pays (2), et sy je puys avoir se bien en attendant de savoyr
(2) Beza Calvino, 27 dccemb. 1562 (Daum, app. p. 203) : t Coneslabilis vul- > neratus in inferiore maxilla, jam noster est civis. Nihil aliud habe inorequam » pacem, quam tamen nondum possum sperarc. >
> souvent des nouvelles du myen vous en sarés aynssi du vostre. » Se pandant je salueray voz bonnes grasses de mays bien affec-
> iionnées recommandations. »
Quelle impression celte lettre produisit-elle sur la connétable? Y eut-il quelque démarche accomplie par elle en faveur de Condé? on l'ignore. Certes, si quelqu'un devait être porté par un sentiment de reconnaissance et de justice à agir, en vue d'une égalité de situations à établir entre les deux prisonniers, c'était bien la connétable, à laquelle étaient, accordés les moyens, nonseulement de correspondre journellement avec son mari, mais encore d'aller le visiter à Orléans, pour peu que celui-ci en témoignât le désir. Une lettre du duc de Guise à la femme d'Anne de Montmorency est explicite sur ce dernier point : « Madame,
> lui disait-il, le 27 décembre (1), vous avez, dès ceste heure, y> entendula disposition et bon portement de M. le connestable, 3> tant par ses lettres que ce que je vous en ay mandé. Main-
> tenant il vous escript de sa main, ce qui vous assurera d'abon-
> dant de sa bonne santé... Je metray peine de sçavoir s'il vouldra y^ que vous l'aillez trouver, ainsi que M', le comte de Villars m'a
> escript que vous desirez. i>
A la fin de décembre, Éléonore de Roye était toujours sans nouvelles directes et sans lettres de son mari. Rien même ne l'autorisait à croire qu'une seule des missives qu'elle lui avait adressées lui fût parvenue. Quelques lignes qu'elle avait reçues de Catherine de Médicis ne renfermaient que des banalités relatives à de vagues éventualités de paix. Il fallait à la princesse plus et mieux que cela. Aussi, tout en observant vis-à-vis de sa royale correspondante certains ménagements dictés par la prudence, lui répondit-elle le 30 décembre (2) en ces termes dignes et fermes :
(1) Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3179, f* 15. — CaleniL of State pap. foreign, 13 jaimer 15G3, Throckniorlon to Ihe Queen : — c The constable romains al > Orléans and his wife has liber ty to go him there. »
(2) Dibl. nat., mss. f. fr., vol. G607, f^il.
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« Madame (tant), le roy, que Vostre Majesté ne double point, y> qu'entre toutes afflictions qui se puissent recevoir, celle de la )) femme pour la captivité ouaultre accident survenu à son mary, y> ne soit l'un des maulx plus preignans et doloreux; et ne sçaujD rois assez très humblement vous remercier, Madame, de la fa- » vorable consolation contenue en vostre lettre, laquelle ne me y> rend moins obligée à ung redoublement d'affection de la fidéy> lité de mon ancien devoir à vous faire très humble service, » pour y veoir le fondement de la brièfve espérance que je doys y> avoir de la liberté de monsieur le prince mon mary, comme y> l'ennuyeux rapport que l'on m'a faict dene pouvoir recevoir par y> lettres signées de luy certaine asseurance de sa santé, au moyen » du desny de la Visitation que je lui avois envoyé faire par le y> cappitaine Larivière, m'a augmenté mon juste desplaisir, de y> quoy je ne me puis garder de grandement me douloir et com- » plaindre et cependant en remascher à part moy la patience. y> Toutefois, quand vous entendrez, par le sieur deRostain, fidel- » lement ce qu'il a veu au traictement de monsieur le connesy> table et la familière communication qu'il a avecques ung chay> cun, encores que l'égalité de l'un à l'autre soit par trop inégale, y> si m'oseray-je bien tant promettre de vostre bonté, que ce qui » m'a esté jusques icy interdit, de ce que plus je désire, me sera y> plus volontiers alors aisément permis et concédé. Et quant aux » moïens de paix par luy recentement mis en avant, je ne vous » sçaurois dire autre chose, Madame, sinon que Vostre Majesté y> ayant assez d asseurance et congnoissance du fondz de la voy> lonté de mon dit sieur, mon mary, qui n'a jamais esté aulti'e » que d'en veoir plus tost les effectz que les parolles, n'ignorant » point aussi du subject de son premier mouvement, je souhaite- )) rois que Dieu, en ung tant sainct effect m'eust autant favorisée y> en pouvoir que en singulière volonté. Car oultre ce que ma y> profession n'est point dévouée aux armes, ma complexion est y> tellement proclineà la paix, que j'estimerois le but de ma vie
D heureuse si, en mes jours, mon moïen avoit esté capable de faire y> veoir en France ce qui y est plus requis et nécessaire et aussi peu » apparent en moïen . Mais tout ainsi que les actions humaines, ne y> se trouvent ordinairement plus difficiles à exécuter que aisées à y> inventer et mettre en avant, aussi quand elles sont commencées 3> lorsque la fin est moins attendue, c'est à ceste heure-là que ce y> grand Dieu permet qu'elles soient promptement exécutées, et » c'est. Madame, ce de quoy de très bon cœur ordinairement je » le supplie de vous donner, Madame, en toute perfection de j> santé très heureuse et très longue vie. Escript à Orléans, ce » XXX" jour de décembre 1562. — (Autogr). Je vous supplie très y> humblement, Madame, m'escuser si ne vous escrips de ma » mayn, c'est que trouvée mal toute ceste nuict, vous suppliant » de prendre tant de pytyé de moy que me permectre que ceux i> que j'envoyray vers monsieur mon mary le puyssent veoir et » en rapporter de ses lectres, et s'il plaist à Vostre Majesté me i> donner ung passeport pour fayre venir ma sœur de Larochey> foucault, suyvant ce que monsieur le connestable vous en » fait pareille requeste, vous nous ferez beaucoup de bien à » tous. >
Pour toute réponse à cette lettre, Taltière Catherine de Médicis, sans emprunter, cette fois, la signature du roi, comme elle l'avait fait dans la commission en forme de lettres-patentes, du 21 décembre 1562, prescrivit, de sa seule autorité, un redoublement de surveillance à l'égard du prince de Condé, transféré au château de Leneville, près de Chartres (1). De cette ville, dans laquelle elle résidait alors, et d'où elle tenait, en quelque sorte.
(1) De I^pinois, Histoire de Chartres^ 1851, t. H, p. 218 et note. — Journal de Bruslart {Mém. de Condé, t. I, p. 117). — Calend, of State pap. foreign^ (> janvier 1563. Throckmorton lo Ihe Queen : c The prince is guarded hv Dain- » ville very straightly, and is, at this dispatch, in a caslle within a league of > Chartres, j
SOUS sa main le prisonnier, elle adressa les lignes suivantes à Damville (1) :
c Mon cousin, depuis voslre parlement de ce lieu, j'ai advisé » qu'il est plus que nécessaire que vous demeuriez auprès de y> mon cousin le prince de Condé pour le garder seurement. Je ^ vous prye doncques en voulloyr prendre la charge que le roy, j> monsieur mon fils et moy vous en donnons, et de croyre que j> ung plus grand service en cestc sayson ne nous sçauriez vous x> faire que le bien garder, et de vous résoudre à demeurer auprès j> de lui... Que nul ne le voye, ni parle à luy, de quelque qualité j> qui soit, si ne vous apporte lettre escripte de ma mayn. »
Ce fut en vertu d'une autorisation expresse de Catherine, et par dérogation au régime sévère de réclusion auquel était soumis Condé, que ce prince put journellement entendre dans sa prison les exhortations chrétiennes de son chapelain Perussel (2).
Au pieux ministère accompli par ce dernier près du prince, correspondit simultanément le ministère non moins pieux et dévoué dont s'acquitta l'un des plus vaillants capitaines huguenots vis-à-vis d'un neveu du prince et de la princesse de Condé, blessé à mort. Infidèle à la cause protestante et à la promesse deux fois faite à son oncle de combattre près de lui, le jeune duc de Nevers, gouverneur de la Champagne (3\ avait porté les armes, dans les rangs de l'armée catholique, à la bataille de Dreux. Le brave
(l)Bibl. nal., mss. f. fr., vol. 319i, P 3. Lettre du 3 janvier 1563. — Mém.ôe Condé, t. IV, p. 190.
(2) Voir le récit fait par Throckmorton à Elisabeth, de ce qui lui arriva, ainsi qu'à Perussel, lorsque tous deux quittèrent le champ de bataille de Dreux {Calend. of State pap, foreign, 3 janvier 1563). — Bèze,i/is/. ceci., t. II, p. 242. — Dépêches de Fambassadeur d'Espagne Perrcnot de Cliantonnay, des 21 décembre 1562 et 28 janvier 1563 (Mém, de Condé, t. II, p. 117, 128)."— Voir, en outre. Appendice, n*> 21.
(3) Une très-intéressante histoire manuscrite de Féglise réformée de Troyes, due à la plume exercée d'un célèbre protestant, contient des détails étendus sur les défaillances morales et la défection du jeune duc de Nevers. Voir (Bibl. nat., mss., Collect Dupuy, vol. 698, f« 193 à 281) le manuscrit intitulé : c Histoire
et généreux de Mouy, tout prisonnier qu'il était depuis le 19 décembre, trouva moyen de communiquer avec le pauvre blessé, demeuré libre, « qui estoit encore plus tourmenté de sa cony> science que de son corps, criant mercy à Dieu. Il lui servit de » consolateur et comme de ministre, jusqu'à la mort (1). »
Touché des anxiétés croissantes de sa petite-nièce, le connétable écrivit au duc de Guise, le 6 janvier 1563 (2) : a J'ay reçeu » la lettre qu'il vous a pieu m'envoyer de ma femme, de quoy D bien humblement je vous remercye et des honnestes offres j> qu'il vous plaist de me faire... Je vous asseure que je suis fort y> bien traicté de madame la princesse, laquelle jusques icy a j> esté (sans avoir réponse), quelque lettre qu'elle ayt escript à D monsieur le prince son mary, ne homme qu'elle ayt en- » voyé, etc., etc. y>
La veille du jour où le connétable s'adressait ainsi au duc de Guise, la princesse de Condé avait fait appel à la sympathie de la reine d'Angleterre en ces termes (3) :
<t Madame, oultre ce que vous verrez par la lettre que mon
ï> oncle, monsieur d'Andelot, vous escript (4), le besoin que
j> nous avons de vostre prompte faveur et bon secours, affin
^ d'empescher le cours des desseings des ennemys de Dieu et
j> de son évangile, et inquiélateurs du repos public de la France;
* ecclésiastique de l'église de la ville de Troyes, etc., etc., par Nicolas Pilhou, > s'^ de Changoberl. » — M. le pasteur Rccordon {le Protestantisme en Chan,pagne, i vol. in-8°, Paris, 18G3) a parfailemenl analysé le manuscrit de Nicolas Pithou. — Voir aussi une letlre iiiipoilanle, adressée en mars 1562, par Th. dj Bézeautluc de Nevers (Baum, append., p. \1'^).
(1) Bèze, Hist, eccL, t. Il, p. '2i± — La Popelinière, Hist, t. I, p. 348. — Calend, of State pap. /brc//;n, 13 janvier 1563. Smith toCecil. — c Monseigneur deNevers se meurt >, écrivait, le 10 janvier 1563,Uobertctau duc de Nemours.
. (3) Afull Wiew of the public transactions in the reign of Queen Elisabeth, by D' Forbes, in-f» 1740,.t. II, p. 2 35, 26[>; Lettre du 5 janvier 1563.
(4) Voir Appendice, n<» 22.
» si ne me puis-je contenir d'accompagner sa depesche de caste » myenne lettre, et par icelle très humblement supplier Vostre y> Majesté, madame, considérer l'affliction en laquelle si tristey> ment je me retrouve; voïant aujourdhuy la chose de ce monde 2) que plus j'estime et honnore si indignement traictée comme y> est monsieur mon mary, détenu captif entre les mains de ceulx y> qui, au lieu de le recongnoistre pour tel qu'il est en ce roïaume^
2) usurpant violentement ce que le droict et la nature justement y> leur dényent, s'efforcent triumpher de luy, chose qui ne m'est y> moins dure à penser que grandement insupportable : et sans » la grâce que Dieu me faict de représenter devant mes yeulx j> que telles visitations viennent de sa main et que c'est le signe » dont il remarque les siens, je ne sçay que je ferois. Or, œm-
3) bien qu'il l'ayt voulu par ce moïen esprouver, mesme en la y> deffense de sa saincte querelle : si ne nous a-il pas deffendu que )) nous n'ayons quelque recours aux moïens humains, pourveu y> qu'ils soient fondez sur sa grâce. Et pour ceste cause, Madame, » prenant pitié d'une princesse tant esplorée pour l'ennuy que y> justement elle reçoit de la prison d'un prince, son mary, ley> quel il vous a pieu de tant le favoriser, que de le juger digne » de vostre bonne grâce, par les vertueux tesmoignages que vous y> luy avez si ouvertement faictz déclarer en la poui^uite de ceste 3) cause; qu'il vous plaise, en ceste urgente nécessité, démontrer y> combien la variété des conditions de prospérité ou d'adversité y> ne vous peuvent faire changer vos sainctes affections, et prom- D ptement secourir celuy qui pour la gloire de nostre Dieu et pour y> fidèlement conserver l'Éstat de son roy, est à présent captif » de ceulx qui, pour parvenir à leurs desseings, seroient bien y> ayses d'abatre ung tel rampart de ceste couronne pour, puis y> après, faisant plus facilement la bresche, entrer dedans la » place ; vous suppliant très humblement madame, m'excuser » si j'en parle de telle véhémence, et de tant obliger monsieur 3> mon mary, qu'il puisse quelque jour avoir le moïen de vous
» faire paroistre par ses sei^vices, que l'ingratitude et mescony> gnoissance n'eurent oncques part en son cœur. Et de moy, y> Madame, ne pouvant pour cesle heure aullre chose, je suppHe- » ray le Créateur vous continuer en parfaite santé, très longue » et contente vie : saluant vos bonnes grâces de mes très y> humbles recommandations. y>
Vivement émue de la captivité de son gendre, la comtesse de Roye joignit ses instances à celles de sa fille, près d'Elisabeth. Les agents anglais, Knollys et Mundt, en résidence à Strasbourg, se chargèrent de faire parvenir en Angleterre, à leur souveraine, la correspondance de la belle-mère du prince (1).
Du 7 au 14 janvier, Éléonore de Roye put enfin recevoir des lettres de son mari et lui en faire parvenir, notamment par l'argentier de sa maison, dont le prince réclamait la présence. Parti d'Orléans, porteur de dépêches d'Anne de Montmorency pour la reine mère et pour la connétable, ce serviteur arriva, le 8 au camp du duc de Guise, et lui remit avec prière de les faire parvenir à destination, les dépêches du connétable, « lequel, racony> ta-t-il (2), se portait si bien de sa blessure, que, dans cinq » ou six jours, il en seroit du tout guéry; qu'il n'avoit plus ,1a » goutte ni aultre mal, se promenant, à son logis, assez souvent » avec madame la princesse. y> L'argentier obtint, comme tout fforte à le croire, l'autorisation de se rendre au château de Leneville pour y rester près du prisonnier, son maître.
Catherine de Médicis était loin, du reste, de favoriser la rapidité des communications entre le prince et sa femme. De là, pour cette dernière, des appréhensions qu'atteste sa correspondance, en même temps qu'elle révèle le soin scrupuleux qu'ap-
(i) Calend, of State pap. foreigriy i jaoTier 1563. Madame de Roye lo the Queen. — Ibid. Id. Id. Knollys and Mundt lo the Queen.
(2) Lettre du duc de Guise à la connétable, 8 jan?ieri5G3 (Bibl. nal., mss. f.f r., vol. 3i79, M9). — Lettre du connétable à Catherine de Médicis, du 7 ou 8 janvier 1563 (BibL nat., mss. f. fr., vol. 6611, ^24).
portait Éléonore de Roye à laisser Anne de Montmorency conférer, en toute liberté, avec les émissaires de la cour qui se rendaient à Orléans. « Madame, écrivait la princesse à la reine » mère(l), suyvant le commandement qu'il vousplaist me faire » par la lettre que votre majesté m'a escripte par Lacoudre, il a y> parlé particulièrement à monsieur le connestable; voussup- 3> pliant très-humblement, madame, que quand l'homme de i> monsieur mon mary sera de retour, qu'il me soit incontinent > envoyé car je suis en grand peyne de ce quy n'est point encore T> de retour, craignant qu'il aist mal, etc., etc. y>
Le 13 janvier, on s'attendait (2) à voir Condé arriver de Leneville à Chartres, dans la soirée, ou le lendemain matin. On Ty conduisit, en effet, vers cette époque, et il fut enfermé à l'abbaye de Saint-Pierre (3).
Catherine de Médicis fit alors à la princesse et à ses oncles certaines ouvertures (4) auxquelles se réfèrela réponse suivante, qui témoigne, en premier Heu, de la part directe qu'à Orléans Éléonore de Roye prenait aux affaires générales, de concert avec les chefs protestants, et, en second lieu, du droit absolu que s'était arrogé la reine mère d'autoriser ou non les communications épistolaires avec Condé (5) :
« Madame, écrivait Éléonore à Catherine, j'ay reçu, ce ma- D tin, la lectre qu'il a pieu à vostre majesté m'escripre par Le-
(l)Bibl.nat.,mss. f. fr., vol. 0607, f»G3.
{i) Calend, of State pap. foreign, 13 janvier 1563. Throckmorlon lo ihe Queen. — Ibid. Id. SmiUi lo Cecil.
(3) De Lépinois, Hi$t. de Chartres^ t. II, p. 218, et note. — Beza Calvino, lâjanv. J563 (Baum, appeud.,p. 204) : c Priiiceps, Dei bénéficie valet cl anime
> etcorpore; sed arclissima cuslodia lonetur. i — Calend. of Stale pap, foreign, 24 janvier l.')63. Smith lo tlie (Juceii : c They havc broughl him (Cendé) lo Chartres
> wherehe islodged in asmall abbeycalled Saint-Pierre, where thcre are bars 1 of iron for the Windows and olher bars for the street prepared te make him more 1 sure The prince isslill veryfirm. i
(4) Lettre de (Catherine a de Gonnor, du 1 1 janvier 1563 (Bibl. nat., mss. fonds, Colbert, V^vol. 24,f> 12).
(5) Bibl. nat., m>s. f. fr., vol. 6607, f"* 64 et 78.
> plessy, présent porteur, ensemble entendu la créance que lui i> avyez donné et au capitaine Larivyère, laquelle aesté communiy> quée à messieurs les connestable et d'Andelot, mesoncles, et
> ma tante, et ne pouvant pour l'absence de monsieur l'amiral 3> et autres seigneurs quy sont ung peu loing fayre response souy> daine sur ceste affaire il nous a semblé meilleur vous le ren-
> voyer incontinent pour asseurer votre majesté que ce que » désirons le plus, c'est de pouvoir veoir ung bon moyen pour D obtenir de Dieu une bonne paix et de veoir ce royaume en
> repos, et de pouvoir plus que jamais vous démontrer combien » avons de zèle et affection de faire fidèle et très-humble service ]&auroyet à vous. Nous envoyons présentement vers mon dit i> sieur Famyral, et crois que pourrons dès samedy au soir vous » envoyer l'avis qui semblera bon à toute la compaignie pour » mettre à effect ce qu'il vous a pieu nous mander: laissant ce 3> propos pour vous mercier très-humblement, madame, de ce y> qu'il vous a pieu permectre à monsieur mon mary qu'il aist de :o mes nouvelles et moy des siennes, qui me sont venues bien à 3> propos, pour estre la plus affligée femme du monde en ce » que ne povés scavoir de son portement. Vous supliant que doi> resnavant il vous plaise commander qu'il ne me soit plus ema> pesché que n'en puyssions entendre l'ung de l'autre, comme » fait M. le connestable avec ceux qu'il veuU : supliant votre ma- :p jesté très-humblement de démontrer la faveur et amytié à 3> monsieur mon mary et à moy dont il vous a pieu nous asseurer, :p et mesmement en vostre dernière lettre : car, après Dieu qui » est juge de la fidelle affection qu'avons tousjours eu au service
> devoz majestez, toute ma consolation est l'asseurance de vous, 3> madame, en quy est la toute-puissance de disposer et ordony> nerde mon dict Seigneur mon mary, supliant Dieu, madame, » vous donner en parfaite santé très-heureuse et longue vie. y>
Cependant, le courage de Louis de Bourbon ne faiblissait pas;
son inébranlable constance est attestée par ces simples paroles de Coligny (1) : c Le prince de Coudé, encore qu'il soit fort 1 estroictement observé et gardé, a eu moyen de nous £aûre sca- M voir si ouvertement de ses bonnes nouvelles, que au lieu de 9 recevoir consolation de nous en sa captivité, au contraire il p nous renforce le courage et nous fait assez cognoistre le lèle » et ferme affection qu'il a à la vraye religion ; nous ayant as- 9 seurément mandé que,quoy qu'il luy puisse advenir, il ne con* 9 sentira jamais à chose qui soit contre le service de Dieu et la li- > bertédes consciences, ne qui offense la justice de notre cause; » usant par mesme moyen d'une instante et affectionnée prière » et requeste à tous ceux qui luy ont assisté en une si saincte et y> louable entreprise de ne le vouloir, en ceste saison, abandonner, » ne la cause de Dieu avec luy. i
Fixée désormais sur l'état et les intentions de Louis de Bourbon par un échange de correspondance avec lui, la prjncesse de Condé se fît un devoir d'écrire de nouveau à la reine d'An^etcrre, le 14 janvier (2).
Tout en s'adressant directement à Elisabeth , la princesse de Condé n'oubliait pas de stimuler, par sa correspondance avec Montgommery, l'activité des démarches de ce chef fï*ançais près de personnages influents à la cour britannique, tels que Cecil et Leicester (3).
Elisabeth répondit le 26 janvier 1563 aux lettres d'Éléonore de Roye (4).
La comtesse de Roye reçut d'elle une réponse analogue à celle qui était adressée à la princesse (5).
(i) Forbes, A full Viçw, etc., etc., t. II, p. 300. Lettre du 24 janvier 1563 à Elisabeth.
(3) Voir les lettres de Montgommery à Cecil et à Leicester des 26 et 27 janvier 1563. (V. M. Laferriére, La N. à V étranger, p. 67, 68.) — Record office. St. pap., France, voL 29).
(4) Voir Appendice, n» 24.
(5; Calend, of State pap, foreign, 26 janvier 1563. The Queen to M"* de Roye.
Après la bataille de Dreux, l'armée protestante s'était immédiatement reformée sous la direction de Coligny, avait opéré divers mouvements en Sologne et en Berri, puis s'était rapprochée d'Orléans. L'armée catholique, commandée par le duc de Guise, ayant successivement occupé en Beauce et en Sologne plusieurs positions, avait fini par franchir une notable partie d^ la distance qui la séparait originairement de cette .ville, qu'elle .cherchait à isoler afin d'en mieux préparer le siège.
Vers le 16 janvier, « on proposa à la princesse de Condé quel- » ques articles de paix : mais c'estoit à la manière accoustumée; i> estant mis en avant seulement que le prince et le connestable y> fussent remis en leur pleine liberté pour parler puis après de y> la paix : à quoy le prince mesme ne s'accordoit nullement, 3> craignant qu'on luy baillast quelque boucon au partir, et pré- » voyant que tous ces parlemens n'auroient aultre issue que les :» précédens. Il ne s'en ensuivit donc aucun effet, Guyse allu- » mant tousjours le feu de son costé (1). i>
A quelques jours de là, les deux armées n'étaient plus éloignées l'une de l'autre. Celle du duc de Guise se trouvait à quatre lieues d'Orléans ; celle de l'amiral avait toute son infanterie et sa cavalerie françaises dans cette place, et ses réîtres a Gergeau. Coligny, qui avait convoqué le maréchal de Hesse à Orléans, y tint conseil sur les mesures à adopter. « Là il fut ar-
> resté, pour deux raisons péremptoires, l'une pour destourner
> le siège d'Orléans, si faire se pouvoit, ou pour le moins pour j> contraindre l'ennemi de diviser ses forces, l'autre pour recevoir 3) l'argent d'Angleterre et le déUvrer aux réistres comme on leur 3> avoit promis, que l'amiral avec les réistres et quelque partie 3) de la noblesse françoise tireroit droit en Normandie, laissant j> toute l'infanterie avec le surplus de la cavalerie françoise cony> duite par bons et sages capitaines, comme entre autres Duras, » Bouchavanes, Bussy, Saint-Cyr, Avaret, et autres pour la dé-
(]) Bèze,Hi$t eccL, t. Il, p. 251.
» fense de la ville, sous le gouvernement d'Andelot, qui se rendit » difficile à recevoir ceste charge, à cause de la fièvre quarte T> qui le Iravailloit infiniment : mais finalement s'y accorda, -» n'ayant jamais voulu les habitans recevoir Grammont, auquel > ils avoient si peu de fiance qu'ils dirent en sa présence que, si ^ on le leur bailloit pour gouvelrneur, ils se tenoient pour perdus 3> et aymoient mieux tous desloger de la ville et le suivre en 3> Normandie. Cela estonna la princesse, à laquelle ils dirent de- » puis, à part, qu'ils le tenoient pour un traistre et meschant ii> homme : qui fust cause que l'amiral voyant que Grammont faiy> soit semblant de n'ouïr point ces choses, ne répliquoit rien » et mesmes ne s'excusoit point de prendre cette charge, au lieu » de le laisser pour gouverneur, l'emmena mesmes en Normandie y^ avec les autres (1). »
Pendant son séjour à Orléans, l'amiral avait, dans deux lettres d'une importance capitale, adressées, les 24 et 29 janvier 1563, à Elisabeth (2), exposé l'état des affaires en France et les mesures qu'il avait cru devoir prendre. Au moment où il allait se diriger vers la Normandie, c'est-à-dire à la fin de janvier, Catherine de Médicis, indirectement avisée de ses projets, et fidèle à une méthode d'atermoiements et de pourparlers dont elle eût dû cependant se départir après tant d'insuccès, « lui » écrivit, le priant de différer son entreprise pour quelques joui^ }) durant lesquels elle se délibéroit d'entendre à la paix : à quoi » il respondit qu'il n'avoit jamais rien désiré, ni ne désiroit rien » plus que la paix, pour laquelle moyenner il conseilloit que le » prince et le connestable s'entrevissent, demeurans toutesfois * tous deux prisonniers : mais au reste qu'il pourvoiroit à ses » affaires sanâ plus s'arrester à parlementer, sçachant combien 2) de bonnes occasions s'étoient perdues sous tel prétexte (3). »
(1) Bèze, Hi$t. eccL.i. H, p. 253, 25i.
(2) Voir (Appendice n? 25) le texte de ces deux lettres.
(3) Bèze, Hist. eccL t II, p. 256. — Voir, sur le projet d'entrevue du prince
Après avoir adressé par écrit au prince de Condé quelques informations, qu'il accompagnait de virils encouragements (1), Coligny partit d'Orléans pour la Normandie, le 1" février.
Sa dépêche, en réponse à celle que lui avait adressée Cathe- * rîne de Médicis, ne parvint point entre les mains de cette princesse. Vivement blessée de n'avoir rien reçu, concevant de graves soupçons qui bientôt pour elle se changèrent en certitude, et les dirigeant contre un personnage autre que l'amiral, dont elle connaissait la scrupuleuse ponctualité en toutes choses et pai-ticulièrement en matière de correspondance, elle ne tarda pas à se plaindre assez haut pour que le blâme qu'elle déversa sur la main qui, dans l'ombre, avait intercepté la dépêche, parvînt à son adi^esse. Le duc de Guise, que ce blâme atteignait en la personne de ses affidés, affecta de garder le silence.
La princesse de Condé le savait opposé à tout projet de paix, et, par cela même, à toute entrevue du prince avec le connétable. Aussi, lorsqu'elle entendit ce dernier proférer, au sujet de la non-réception de la dépêche de l'amiral, des plaintes semblables à celles qui étaient sorties de la bouche de la reine mère, trouvât-elle le secret de l'apaiser par un trait d'esprit dont l'originalité le fit sourire : « c'est à sçavoir que leurs ennemys, qu'il cognois- 3> soit très mal, faisoient du prince son mary et de luy comme
> les Parisiens de la chasse sainte Geneviève et de saint Mar-
> ceau, lesquelles ils ne permecloient jamais approcher trop
> près l'une de l'autre, de peur que le parentage ne les fist em- 3> brasser tellement ensemble qu'on ne les peust jamais séparer
> puis après (2). > La comparaison, ici, n'était-elle pas tant soit
et du connétable, un manuscrit intitulé : c Advys de qionsieur IJadmiral de Chas- » tillon et des seigneurs estans avec luy à Orléans. > (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3l9i, f» 16.)
(1) Voir Appendice, n** 26.
(2) Bèze, Hist. eccl., t. H, p. 256. — De Thou (Hist. univ., t. m, p. 390). pense que la princesse de Condé, par la comparaison à laquelle elle avait recours vis-à-vis de son grand. oncle, c prétendait faire entendre à ce vieux seigneur, qu'il
peu forcée? Une généreuse illusion ne l'àvait-elle pas dictée? car, qui ne sait que, si Louis de Bourbon étail d'un naturel ouvert et doué d'élan, Anne de Montmorency, à l'inverse, n'était pas précisément enclin aux affectueuses effusions du paretitagef et surtout, comment ne pas reconnaître que, loin de pouvoir se rencontrer et se donner la main sur le terrain de la liberté religieuse, le petit-neveu et le grànd-oncle risquaient singulièrement, lors de toute entrevue qui leur serait ménagée, de demeurer à distancé l'un de l'autre, en se retranchant, le premier, dans redit de janvier, le second, dans l'absolutisme de l'intolérance î
L'ambassadeur d'Espagne, Perrenot de Chantonnay, hostile^ pour sa part, à toute idée de rapprochement entre protestants et catholiques, et n'aspirant qu'à l'anéantissement des premiers par les seconds, accusait, à ce moment, Catherine de Médicis de plier devant Condé, et se déchaînait contre ce prince, comme poussant à la continuation de la guerre civile, par cela seul que, du fond de sa prison, il réclamait l'exécution de l'édit de janvier.
« Il semble, disait le digne représentant delà politique de Phi- » lippe II (1), que le prince de Condé n'est prisonnier; ains qu'il y> tient les aultres en captivité : chose qui faict merveilleusement yi murmurer contre la royne : et, quant àmoy, je ne l'en sçau- )) rois du tout excuser : ne sçay-je, si l'on luy doict imputer à »* malice ou à peu d'expérience. Elle a faict ceste faveur audict j» prince de Condé, se montrant opiniastre comme il est jusques y> aujourd'hui à ne vouloir accepter partye, deluy envoyer toutz y> ceuix du conseil ensemble, pour luy remonstrer en forme de > supplication, qu'il voulust avoir pitié des affaires de ce royaulme : 3> cela l'ha adoulcist aulcunement, voyant que l'on fist compte de :» luy ; mais pourtant n'ha-il voulu condescendre à aulcune chose » que se peult dire œuvre de Dieu : car, à la vérité, concéder
> devait, dans la suite,- s*unir au prince de Condé et ne pas souffrir qu'on les séy parât jamais, pour quelque raison que ce pût être. > (1) Dépêche du 3 février 1563 (Mém. de Condé, t. Il, p. 128, 129).
> que chascun puisse vivre selon le repos de sa conscience, et y> retourner impunément en son bien, est apprester une plus y> grande guerre que celle qui se faict pour le jourdhuy; et telz
> termes d'user de supplication envers ung prisonnier vassal, 3> sont absurdes et ridicules, et donnent bien à entendre qu'il 3) y ha de la faveur secrète, sans laquelle, il est tout cler. Ton !► n'useroit de telz respectz. Tout le peuple en est tant schanda- » lise, qu'il en attend touts les jours pis; et craint que à la fin » Ton fera parler le roy très chrestien, après que la royne aura y> permis qu'il soit séduict; comme tout le monde la tient pour » perdue en ce royaulme, et que rien ne la retient que l'attente
> de veoir son appoinct, pour complaire à ceulx qui la gou- 3) vement, et mettre en exécution leur conseil, qui tend entièrey> ment à réversion de la religion catholique : pourtant est-ce
> qu'elle fuyt la voysinance de ce lieu (Paris), affin qu'elle n'aye » occasion de rendre le prince de Condé à la Bastille, ou aultre 3) lieu fort ; et ne sçay où l'on le sçauroit mettre seuremènt en i> tout le royaulme, aultre que en ladicte Bastille. Toutes fois y> l'on desseigne de le mectre en ung chasteau dict Onzain qu'est 2> au comte de La Rochefoucault, près d'Amboise, en pays mal
> seur et fraichement réduict, et la place telle, qu'aultant vau-
> droit-il le mectre en pleine campaigne; et semble que puisque ^ par son opiniastreté l'on ne le peult délivrer par traicté, l'on ï désire luy donner aultre moyen pour s'eschapper. »
Quoi que pensât et que dît Chantonnay, quant à l'incarcération de Louis de Bourbon, ce prince, transféré à la suite de Catherine de Médicis, de Chartres à Blois, de Blois à Amboise, fut, en dernier lieu, enfermé à peu de distance de cette dernière ville, dans le château d'Onzain (1).
Bientôt une infructueuse tentative d'évasion amena pour lui des conséquences rigoureuses. « J'entendz de certain, raconte
(1) Voir Appendice, n® 27. *
» Chantonnay (1), que le prince de Condé s'est pensé sauver » hier au soir, en habit de paysan, et avoit desjà passé la seconde ï> guarde : toutesfois il fust apperçu et cogneu par la troisiesme, j> et reprins. M. Banville, qui en ha la guarde, feist incontinent 3) emprisonner le capitaine à qui il l'avait enchargé; et dict-on i> qu'il ha faict pendre et tuer et noyer beaucoup des soldatz i> qui se sont trouvez consentantz au faict, ou non chaillance- > Th. de Bèze ajoute : « Le prince fut resserré dedans le chasleau,
> après lui avoir osté quelques-uns de ses serviteurs; mais le 3> cœur ne lui faillit pour cela, parlant plus haut et plus géné-
> reusement que jamais, comme aussi il en escrivit à Orléans, j> exhortant la princesse et tous les chefs de l'armée à vertu et i> constance, et à s'assurer qu'encores que ses ennemis le fissent
> mourir. Dieu leur susciterait un autre chef et favoriseroit jusj> ques à la fin leur cause qui estoit la sienne (2). »
Les exhortations du prince à vertu et constance avaient été devancées, à Orléans, par d*Andelot et la princesse, dont l'attitude était admirable. Miné par la fièvre, d'Andelot n'en déployait pas moins, en face de l'ennemi, une activité incessante. Il avait établi dans la ville un ordre parfait, et mis la défense sur un pied respectable. Le soin des pauvres, des malades, la direction de l'assistance spirituelle, étaient plus particulièrement le partage de la princesse et de sa tante, Charlotte de Laval, qui, l'une et l'autre, malgré l'état chancelant de leur santé, se prodiguaient au dehors et utilisaient pour le bien commun, Fauxiliarité de plusieurs fenimes dévouées, qui s'inspiraient de leurs nobles exemples. D'accord avec sa nièce et sa sœur, d'Andelot s'était efforcé de mettre chacun à même de concilier, avec les exigences auxquelles était nécessairement soumise la population d'une ville assiégée, l'accomplissement de devoirs supérieurs, dans l'ordre religieux et dans le domaine de la charité appliquée au
(i) Dépêche du 20 février 1563 (Mém. de Condé, t. H, p. 133). (2) Béze, HisU eccL, t. H, p. 256, 257. *
soulagement des souffrances physiques et morales. De là, à la suite de conférences tenues avec les ministres, et diverses personnes considérables, l'adoption du régime suivant : a: Quant à :d l'ordre de l'Église, outre les prédications ordinaires et les prières 3> aux corps de garde, on faisoit prières générales extraordinaire- 3> ment à six heures du matin, à l'issue desquelles les ministres ]& et tout le peuple, sans nul excepter, alloient travailler aux 3) fortifications de tout leur pouvoir, se retrouvant chacun de- 3> rechef à quatre heures du soir aux prières : et fut aussi un :» bien assigné pour recueillir les blessés, qui estoient pansés et 3> traités très-humainement par les femmes plus honorables de
> la ville, n'y espargnans leurs biens, ni leui^s personnes (i). En » quoy firent entre autres un merveilleux devoir les damoyselles » des Marets, la baillive d'Orléans et de Martinville, dignes de
> perpétuelle mémoire (2). i>
Les 6 et 9 février, le duc de Guise, qui, dès le 5, était venu camper près d'Orléans, s'était emparé du Portereau et des Tourelles. Enflé par ce double succès, il avait osé « mander à la » royne mère qu'il la prioit ne trouver mauvais s'il tuoit tout
> dans Orléans, jusques aux chiens et aux rats, et s'il faisoit 3> destruire la ville jusques à y semer du sel (3). i> Sans s'arrêter à la jactance du duc, et alors que, du 9 au 18 février, il activait ses préparatifs pour assaillir les îles et tenter de pénétrer de vive force dans la ville, Catherine de Médicis s'occupait de nouveau de ménager une entrevue du prince de Condé avec le con-
nétable, dont les préliminaires devaient être ouverts, du côté de la cour, par l'évêque de Limoges et d'Oysel, qui préalablement
(1) Ânlicipons ici sur Ta venir, et disons qu'en 1568, dans celte même ville d'Orléans, déjà témoin de son dévouement en 1562 et 1563, madame Tamirale de Coligny, Charlotte de Laval, privée cette fois du concours de la princesse de Condé, sa nièce, décédée en i56i, épargna $i peu sa personne en soignant les blessés et les malades de toute sorte, qu'elle succomba aux atteintes du typhus qui exerçait parmi eux d'horribles ravages.
(2) Bèze, HisL eccL, t. H, p. 266.
Bèze, Hist. eccL, t. H, p. 265.
se fendraient à cet effet près d'Anne de Montmorency (1), et, dir côté de Louis de Bourbon, par deux officiers protestants, Boucard et d'Esternay, qui, préalablement aussi, visiteraient le prince dans sa prison.
A cette tentative de rapprochement se rattachent cinq lettres, non datées, qu'Éléonore de Roye, alors que le canon grondait de part et d'autre, adressa à Catherine de Médicis, antérieurement au 16 février 1563 (2).
Le 13 février, « Messieurs de Lymoges et d'Oysel s'en allè- 3> rent à Orléans où ils parlèrent à mondit seigneur le connesy> table , à madame la princesse de Condé , à M. d'Andelot et > autres qui avaient là le maniement des affaires (3)... i>
Le 16 du même mois, la reine mère, près de qui étaient arrivés Boucard et d'Esternay, les adressa aussitôt à Damville, à qui elle écrivit (4) : « Mon cousin, présentement est arrrivé ce por-
y> teur, serviteur de mon cousin le prince de Condé, avec une » lettre de vostre père que vous verrez et par icelle entendrez » l'occasion de sa venue. Je la vous ay voulu envoyer avecques y> les sieurs de Boucard et d'Esternay, affin que tous ensemble T> ils communiquent avec ledict prince et là par ensemble ils y> prennent une bonne résolution... Il retournera en toute diliy> gence advertir votre diçt père, estant bien d'advis quelesdicts » sieurs de Boucard et d'Esternay demeurent là jusques à ce D qu'il soit de retour devers mon dict cousin pour luy faire en- » tendre ce qu'ils auront résolu à Orléans. i> Afin de pouvoir s'entretenir librement avec Boucard et d'Es-
(1 ) La maréchale de Montmorency obtint, à cette époque, un sauf-conduit pour aller à Orléans conférer avec son beau-père le connétable (Calend of St, pap. foreign, 17 février 1563. Smith to the Privy Council). Il y a plus : D'Andelot, au milieu des préoccupations les plus graves, prit soin d'écrire à la connétable pour la rassurer sur la condition de son mari (voir Appendice, n^ 28).
(2) Voir Appendice, n<» 29.
(3) Mém. de Condé, t. lY, p. 2i5 et suiv. Lettre de Tévéque de Riez.
(4) Dibl. nat., mss. f. fr., vol. 3194, f» 25.
ternay, Condé avaU demandé, avant leur arrivée au château d'Onzain, qu'ils fussent autorisés à coucher dans sa chambre, sans gardes. Catherine donna, sur ce point délicat, à Damville des ordres dont la trace existe (i), mais dont on ignore le sens et la teneur.
Alors que Perussel, à la date ci-dessus mentionnée du 16 février, continuait à assister Condé de ses prières et de ses exhortations, quel était l'état d'esprit de celui-ci? Une lettre du prince (2) à un ministre de Normandie nous le révèle, en ces termes :
« Vostre lettre m'a apporté grand plaisir et consolation à
> mon âme, ayant par icelle mon devoir mis devant les yeux y> avec déclaration de l'heureux estât des enfans de Dieu et de sa y> grande faveur vers eux : dont je vous prie employer toutes les i> opportunités que pourrés avoir à m'escrire afin que ainsi soyés y> instrument de me fortifier de plus en plus en patience et afîec-
> tion de mon devoir, vous asseurant que jusque&à présent j'expé- 3) rimente et sens au vif telle présence des grâces de Dieu en moy, :» que je me sens beaucoup plus délibéré de perdre ma vie icy et d'y 7> espandre mon sang pour avancer l'honneur de Dieu et le repos. 3> de ses enfans, que je ne fus onques, me contentant, comme y> aussi il y a bien de quoy, du dot d'immortalité qui m'est ap-
> preste pour eschange de tout ce que je puis ici perdre, qui ne » me peut toutesfois apporter que mal, comme il n'est que vas> nité. Serves où vous estes, de tel office qu'avés tousjours faict, i> afin que puissions veoir le royaume de Dieu avoir paix en » cestuy-cy, et nostre roy demeure honoré et obéy, ce que je » désire d'aussi bon cœur que je prie nostre bon Dieu qu'il vous
(1) Bibl. nat., mss. f. fr., yol. 3185, f> 2h Lettre de Catherine à Damyille.
(2) Calend. of State pap. foreigUt 47 février i563. Smilh to Ihe Privy Council : c Petrocely, his preacher, is with him and preaches daily befoi*e hiin. >
Y augmente tousjours tous les dons de son esprit, à sa gloire et » au salut de tous, amen (1). >
« Cette lettre, ajoute Th. de Bèze, en parlant de Louis de
> Bourbon, que je sçay avoir esté dressée, non par secrétaire, » mais de son propre motif et stile, etque j'ay veue escrite de sa » main, monstre quelles grâces il avait pieu à Dieu de mettre » en ce prince (2). >
Vers la même époque, Condé écrivait à la reine d'Angleterre (3) :
« Madame, si la comisération des pauvres alUigez pour la » paroi le de Dieu, si la recordacion des mesmes occasions passées y> ont aujourdhuy quelque lieu en vostre endroict, et si la cony> tinuation de voz premières bonnes volontez à employer les » moyens qu'il a pieu à ce grand seigneur vous impartir, n'a » aucunement altéré ou interrompu en mon endroict ce que » desjà vostre majesté a tant et si vertueusement tesmoingné, )> il fault que maintenant je vous supplie considérer mon estât » et condition, et ce que mon estât requiert à présent, qui est y> de vous supplier pour ma délivrance, laquelle n'important » moins que la pleine liberté des consciences fidelles et chres- » tiennes, la conservacion de l'authorité du bien et du service » de mon roy et le soulagement de toute la France, vous appelle
> et sollicite à vous encourager au secours de celluy qui, comme j> chef en ce royaume, vous supplie très-humblement. Madame
> que, augmentant vostre affection, vous en hastez aussi l'effect, » jugeant en cela combien les jours et les mois, et encore plus » les années sont longs et insupportables. Aiant donc esgard à » ce que dessus, me comfortant d'une bonne espérance de vostre
(1) Bèze, HisL eccl, t. II, p. 277.
(2) Bèze, Hist. eccL,U n,.p. 278.
(3) HisL des pr. de Condé, t. I, p. 402, 403. .
> bienveillance, je ne m'eslendray plus avant en propoz, sinon » priant le Créateur, madame, conserver en longue prospérité » vostre majesté saine et heureuse. — De la prison, le 17 féj> vrier (1563). ï>
Tout en manifestant des intentions conciliantes à Éléonore de Roye, dont la correspondance, ainsi qu'on vient de le voir, était à un si haut degré empreinte de loyauté, d'amour de la paix et de confiance, la reine mère, en secret, la tournait en dérision, et se complaisait à l'idée de l'effroyable déception que réservait à la princesse et à son entourage la haine du duc de Guise, n'aspirant qu'à emporter d'assaut et qu'à anéantir Orléans. La politique tortueuse et les sentiments amers de Catherine se révèlent une fois de plus dans ces quelques lignes, adressées confidentiellement à de Gonnor (1), le 17 février : — « Quant 3> à nos nouvelles, M. de Guise doit demain faire belle peur à 3) Orléans. Boucard et Esternay sont avec le prince de Condé, et » les nos très (l'évêque de Limoges et d'Oysel), avec M. le con- » nestable, qui m'a, depuis qu'ils sont avec luy, envoyé le secré- 3> taire dudict prince pour résoudre la vue, et presse fort ma- » dame la princesse que je le fasse. Je croy qu'elle a belle peur 3> de nous voir si près d'elle sans son congé ; mais quand de- > main nous aurions Orléans, je sçay bien que pour chasser les » estrangers il nous faut la paix que je désire, mais nous l'auy> rions à bien meilleure condition, tenant la ville. i>
Voulons-nous savoir ce que fût devenue laville d'Orléans, si le duc de Guise l'eût tenue ? lui-même nous l'apprendra sans détours. Écoutons-le, en effet, annoncer, dans la matinée du 18 février, à Catherine (2) « Qu'il luy mandera nouvelles de la prise » de la ville dans vingt-quatre heures, la suppliant luy pardon- ]& ner si, contre son naturel qui n'estoit d'user de cruauté, comme
(1) Le Laboureur, addit. aux Mém. de Castelnau, t. Il, p. 171, 172.
(2) Bèze, Hist. eccL, l. U, p. 267.
» elle avoit pu cognoistre en la reddition de Bourses et en la )> prinse de Rouen, il ne pardonnoit dans Orléans à sexe, ae i> aage, et meltoit la ville en telle ruine qu'il en feroit perdre la )) mémoire après y avoir fait toutesfois son caresme prenant. »
François de Lorraine ne put ni tenir Orléans, ni même y pénétrer ; la balle d'un assassin déjoua ses résolutions sanguinaires, dans la soirée du jour où il venait d'écrire à la reine mère.
Tandis qu'il gisait étendu sur un lit de souffrances et que la consternation générale paralysait, dans le camp catholique, l'activité de chacun des chefs réunis sous les murs d'Orléans, Catherine continuait de suivre le cours des négociations qu'elle avait entamées pour amener l'entrevue des deux prisonniers. Dès le 19 février, elle donnait, à ce sujet, des instructions à Damville (1), et envoyait à Éléonore de Roye et à d'Andelot l'évèque de Limoges et d'Oysel (2).
La princesse mentionnait en ces termes, dans une lettre à la reine mère, le résultat d'un premier entretien avec d'Oysel (3) :
« Madame, ceste après-disnée bientost est arrivé M. d'Oysel y> duquel mon oncle Dandelot et moy avons entendu ce qu'il » vous a pieu nous mander tant par luy que la lectre que Vostre y> Majesté m'a escripte, à quoy ne pouvons avec ceste compa- » gnie rendre réponse que premièrement n'ayons sçeu l'inteny> tion et volunté de monsieur mon mary, laquelle m'attands » bientost recevoir par ung de mes gens que j'ay envoyé vers luy » il y a trois jours, comme j'ay dict audict sieur d'Oysel, vous supy> pliant très humblement. Madame, vouloir commander qu'il :» me soit bientost envoyé afin que puissions bien soudain ren- » dre réponse à Votre Majesté de ce qui se pouiTa faire, et nous
(1) Bibl. nal., inss. f. fr., vol. 3185, f» 30.
(4) € L'évesque de Limoges et le sieur d'Oysel vont et viennent dois la couri > à Orléans, pour négocier rappoinclcment. » {Mém. de Condé, t. U, p. 133. Dépêche de Chanlonnay, du 20 février 1563.)
(3) Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 6G07, f<» 69.
» faire cest honneur de croire que nul ne désire plus que nous » avec l'obéissance el service que devons à Dieu et à vos majeslez y> voir une bonne paix faicte, et que en cela et toute autre chose j> où il vous plaira m'honorer de vos comraandemens je puisse j> estre si heureuse que de vous faire service qui vous soit agréai> ble, suppliant Dieu, Madame, qu'il vous donne en parfaicte y> santé très heureuse et longue vie. — Madame, nous avons tous » esté d'advis pour l'incertitude de quand pourrions rendre réy> ponse à Votre Majesté que cependant ledict sieur d'Oysel rey> tournyst vous faire entendre. Madame, nos excuses, etc., etc. y>
Consulté pai' Éléonore sur les conditions moyennant lesquelles il se prêterait à une entrevue avec le connétable, Condé avait exprimé le désir que, si un prisonnier de guerre tel qu'Anne de Montmorency était autorisé à sortir d'Orléans, son retour dans cette ville, à l'issue de l'entrevue, fût garanti par la présence d'otages qui y résideraient, en son absence, et au nombre desquels serait compris le jeune prince de Joinville, fils du duc de Guise; mais, aussitôt que Condé apprit que le duc avait été gravement blessé, il renonça à l'idée de séparer, un seul instant, le fils du père.
La preuve de ce double fait ressort de trois lettres dont deux d'Éléonore, et l'autre de son mari. Dans la première (1), la princesse disait à la reine mère :
« Madame, n'ayant peu congnoistre, mon oncle Dandelot et » cesle compagnie avec moy, l'intention et voulonté de mon- 3> sieur mon mary par la lectre quy la escrite à Vostre Mageslé y> touchant monsieur le prince de Guynville, c'est se quy nous i> faict suplyer très humblement Voslre Mageslé ne trouver » mauvelx que ne fasions nulle réponse que premyèrement ne 3> ayons envoyé vers ledict seigneur sur ce entendre résolumant
(1) Hist. despr, de Condé, 1. 1, p. 397.
3> son avys : et pour cest effect vous supplions très humblement, 3) Madame, quy vous playse donner congé à se porteur, quy est y> h luy, que pryvémant et en partyculier il ne puysse resevoyr 3> sa voulonté. Car c'est une chose de sy grand importanse que » ne povons passer plus avant à répondre jusque à se qu'ayons y> sa résollusion, et n'est pour prolonger le moyen d'avoyr une » pays, mays seullemanl pour rendre les choses plus cléres et y> asseurées ; car c'est se qu'en se monde desyrons plus que de » la veoyr bien faicte, et par se moyen avoyr la Hberlé de mon- » sieur mon mary, pour luy et moy plus que jamays nous am- » ployer à vous fayre très humble servyse, supliant Dieu, May> dame, que bientost se bien tant desyré soit donné à vos ma- » gestes et à tous vos subjects, etc., etc. »
Dans une seconde lettre (i), s'adressant encore à Catherine, elle ajoutait :
<c Madame, le secrétaire de monsieur mon mary m'a baillé la y> lettre qu'il a pieu à Vostre Majesté de m'escripre, et ayant eny> tendu l'intention de mon dict seigneur et qu'il a agréable de y> s'assembler, luy et monsieur le connestable, pourveu que pour ï> otage dudict sieur connestable soit baillé monsieur le prince y> de Gyn ville, monsieur de Damville, et monsieur d'Estampes j) ou monsieur de Martygne, ce que ceste compaignie à mesy> mement consenty, congnoissant que Voslre Magesté avoit i> agréable que ceste veue se feit avec ces conditions, m'asseurant y> bien. Madame, que ce commencement apportera pour la fm 3> de ces troubles une bien bonne paix, à quoy et moj et tous » ceulx de ce costé ferons tout ce quy nous sera possible, vous » suppliant très humblement le croire ainsi comme plus au » long vous dira monsieur de Limoges et d'Oysel, etc., etc. >
(i) Bibl. nal., mss. f. fr., vol. 6607, .f» 55,
Condé écrivait, le 25 février (i), à sa femme :
« J'ay vçu par vostre lettre et ouy par ce porteur les diffN
> cultes qui se font pour consentir à mectre hors monsieur le i> conneslable pour les sieurs d'Estampes et de Damville... (et) » qu'on ne veult plus ballier le prince de Joynville, pour l'amour 5> de monsieur son père qui a esté fort misérablement blessé (2) : 5> et pour vous dire sur ce mon advis, il m'est advyz que le pou-
> vez faire, prenant de monsieur le connestable la foy signée, » comme en tel cas est requis; et cela faict, je ne sçay ce que
> pouvez craindre, et sy j'estois là, je le feroiz.,. La paix sera le » seul moïen pour estaindre les désolations présentes... l'en- » trevue de monsieur le connestable et de moy seroit le moïen » pour parvenir à la paix que tout le monde désire et qui est à » ce pauvre roiaume tant nécessaire. Ne trouvez plus donc de !► difficulté s'il est possible, pour affm que nous nous puissions » veoir;car c'est ce que j'ay tousjours désiré, j'entends mon-
> sieur le connestable; et à Dieu qui vousdoinct et âmes amys 3> de delà et à vous autant de contentement que vous en désire, » vostre bien bon mary. . . Ma tante et mon oncle trouveront ]& icy dçdaiis mes bien affectionnées recommandations à leur yi bonne grâce et à toutz nos amys. )>
Au moment où Louis de Bourbon traçait ces lignes, il ignorait que, la veille, le duc de Guise avait rendu le dernier soupir* Informé de sa mort, il écrivit, le 28 février (3), à Éléonore* de Roye :
« "Veu les lettres caves de moy resues, vous avés peu connes-
{{) Bibl. nal.,'mss. f. fr., vol. 6618, f» 217.
(2) Voir, sur ce point, Mém. de Condé, t. II, p. 135.
(3) Hist. des pr. de Condéy 1. 1, p. 398. — Il faut rapprocher de celte lettre deux autres lettres adressées à Catherine de Médicis, le 28 février 1563 par Jo prince de Condé, et le 3 mars suivant par le prince de La Uoche-sur-Yon (Ibid.; t. I, p. 397, 398, S99, 400.) — Voir Appendice, n» 30.
)> tre mes ynlantions ; par coy sait à moy follie vous an fère ani> tandre davantage; car pour la mort de monsieur de Guysse y> quy a été tué sy myssérablement, Topynyon ne met nullement 3> changée, et de vous an escryrre davantage se seret abus, veu if la ressolulion que sens d'Orléans on tous prysse de ne léser » partyr monsieur le connestable, vous prient tous de bien cony> sidérer les meschanssetés que saiste guerre tire après elle, quy » et bien ung suget pour tous désirer la pais ; suplien seluy quy » tyen les cuers des roys et des hommes, quy les disposse an re- » sevoyr les moyens et reculler sens quy vouldront aller au » contrayrre et châtié sens quy n'y vouldront antandre; cai^
> arivers Dieu et leur roy méryte grande punysiont Je masurre i> que vous amployrés an tous se que pourrés, se que vous prye
> fère de toutle votre puysance ; car sait une requête que vous j> an fais de tout mon cuer ; car je ne désire ryen tant comme y> une bonne pays quyl ne soit point fainte et quy soit à loueur y> de Dieu et servyce du roy proufitable; quy sera la fin de saisie y> lestre, après avoyr à tante et oncle pressente mes bien afec-
> tionnée recommandasion à leur bonne grâce et quy vous doinct
> à tous autant de contantement que vous an désire... votre bien i> afecsionné et bon mary. y>
En même temps s'agitait, à Orléans, une question importante, bientôt suivie d'une solution que la princesse s'empressa de déférer à l'appréciation de Catherine, en ces termes (1) :
« Madame, pour ce qu'en discourant, à ce matin, avec le » sieur d'Oysel, en la présence de monsieur le connestable, de » mon oncle Dandelot et d'autres seigneurs qui sont icy, des }D moyens pour satisfaire au désir dont vostre majesté est tou- » chée, il s'est proposé quelque difficulté, ledit d'Oysel a fait une y> ouverture que mondict sieur le connestable a grandement
(1) Dibl. nat., mss. f. fr., vol. 6G07, f» 7i.
j> approuvée, qui est que moy mesme eusse à aller trouver i> vostre majesté pour vous rendre raison de noz actions et rapj> porter la résolution de vostre bon plaisir, chose que de tout 3> mon cœur sur tout singulièrement je désire, si tant est que me
> faictes ceste faveur de le permectre ainsy que plus au long y> ledict d'Oysel vous sçaura bien déclarer, espérans que à ce » coup cognoistrez de quel zèle toute ceste compaignie souhaite 3> et le bien de la paix et une continuation en vostre bonne y> grâce, comme aussi ledict sieur connestable s'asseure que ce
> sera le plus certain et plus brief moyen qui ait encore esté y> présenté pour y parvenir. A ceste cause, madame, il vous 2> playra nous en faire entendre sur ce vostre volonté, afin de 3> nous y conformer et vous tesmoigner TafTection que nous ]É> avons toujours à vous faire très-humble service, etc., etc. y>
L'avis émis par d'Oysel et l'adhésion qu'y donna le connétable prouvent en quelle haute estime ces deux personnages, d'accord à cet égard avec l'élite des protestants, tenaient la princesse de Condé, et la. confiance illimitée qu'ils avaient en sa droiture.
Les intentions de Catherine ayant été, le i" mars, transmises à la princesse, celle-ci répondit aussitôt (1) :
« Madame, j'ay entendu pai' M. d'Oysel qu'il vous a pieu me
> faire cest honneur de me donner congé de vous aller faire j> la révérence, dont mersye très-humblement vostre majesté, et » ne faudray suyvant vostre commandement d'estre demain, à :» neuf heures, au bord de l'eau. C'est la chose du monde que >► plus j'ay tousjours désirée que de recevoir ceste faveur et bien !► que Dieu et vous, madame, me donnez, etc* >
Le 2 mars, alors que l'artillerie de la place et celle du camp ennemi continuaient à croiser leurs feux (2), la princesse, éner-
(1) Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 6607, f 66.
(2) Calend, of St. pap. foreign, 8 mars 1563. Occurrences in Franct*.
gique comme toujours en face du danger, et apnt pour unique escorte c deux damoiselles > qu'inspiraient un courage digne du sien et un dévouement sans bornes à sa personne, sortit d'Orléans et s'achemina vers Saint-Mesmin. Là, elle eut un entrelien de quatre heures avec la reine mère (i). Catherine, au dire d'un personnage de la cour des mieux informés (5) , c la reçeut fort » bien, avec beaucoup de belles promesses >. De Thou, sur ce point, est plus explicite que Castelnau. c La reine mère, dit-il,
> après la mort du duc de Guise, qu elle r^arda comme un » bonheur, n'omit rien pour conclure la paix. Pour cet effet, » elle eut à Saint-Mesmin un entretien avec Éléonore de Rove,
> princesse de Condé ; elle l'embrassa tendrement et lui donna
> de très-grandes marques de bienveillance et d'affection. On >. croit même qu'elle lui fit espérer que le prince aurait auprès
> du roi, et par conséquent dans tout le royaume, le même
> rang que le roi de Navarre, son frère, avait eu (3). > Éléonore d^ Roye connaissait trop bien Catherine de Médicis,
pour se laisser prendre à ses démonstrations affectueuses et à ses promesses en faveur de Condé. Touchée des unes et des autres, dans une certaine mesure, elle sut, avec son tact habituel, les réduire à leur juste valeur. Sans doute, elle crut à la sincérité du désir qu'exprima la reine mère de conclure la paix, parce qu'elle l'y savait intéressée, au point de vue de la consolidation de son pouvoir; sans doute aussi, elle aspirait ardemment, pour sa part, à la réalisation d'un traité de paix qui rendrait Louis de Bourbon à la liberté, et peut-être même le porterait à la lieulenance générale du royaume; mais, à titre de
(1) CcUend of St. pap. foreign, 2 mars 1563. Smith lo the Queen. — Ibid.y 3 mars 1563. Smilh to Warwich. — Archiv, génér. de Venise. VoJ. Francia, 1563 à 1566. Scnato lU, Sécréta. Dépêche de Barbaro au Sénat : c E f u al 2del > mese présente, usci d'Orléans la principissa moglie del principe di Conde et » parlo lungamente alla regina, etc., etc. i
<2) (Castelnau, Mém., in-f, t. I, p. 148.
(3) m$L univ.y t. m, p. 40i.
fervente chrélienne, dévouée de cœur à la cause de la liberté religieuse, Éléonore était incapable de condescendre à un pacte qui sacrifiât ou seulement restreignît cette sainte liberté. Dès lors, fermement attachée à Fédit de janvier, pour le maintien duquel son mari avait pris les armes, elle n'avait pas pu, dans son entretien avec Catherine, laisser croire à celle-ci que le prince achetât jamais la paix, sa liberté personnelle, et les prérogatives promises, au prix d'une mutilation quelconque de cet édit. La seule paix acceptable, aux yeux d'Éléonore, était, ainsi qu'elle l'avait déclaré dans sa correspondance avec Catherine, une paix qui fût à la gloire de Dieu^ de telle sorte que par tous a il pût estime bien obéy et servi/ » ; et, pour elle, il ne pouvait y avoir de paix vraiment empreinte d'un tel caractère, que celle qui reconnaîtrait à l'universalité de ses co-religionnaires, ainsi qu'à son mari et à elle-même, le droit de pratiquer librement leur culte.
Si, en l'absence de toute notion précise sur l'objet et la portée de l'entretien qui eut lieu, le 2 mars, à Saint-Mesmin, on se trouve réduit à de simples conjectures, il en est une du moins à laquelle on peut sans témérité s'arrêter, savoir : que la reine mère, trop prudente pour froisser les convictions inébranlables de la princesse, se sera bornée, en se composant un maintien plein de douceur et d'affabilité, à lui parler, en termes généraux, de concessions réciproques, ne devant s'opérer que sous la sauvegarde des droits de la conscience, dans des vues d'apaisement et de conciliation, sans aller jusqu'à mettre en question redit de janvier; et qu'elle aura insisté sur la nécessité de confier à Condé et au connétable le soin de discuter les bases d'une paix plus que jamais désirable ; tout en se réservant pour ellemême, dans le secret de ses pensées, le droit d'interposer, en temps opportun, ses vues, ses manœuvres et son autorité. Or, présumant que le prince de Condé, prisonnier, « ne demandoit » que liberté, elle pensoit que son esprit facile .et doux à ceux
» qui sçavoyent le prendre à poincl, ne conlesteroit guères sur ^quelques articles. Pourtant, de peur que l'admirai qui estoit y> encores occupé en Normandie, venant à se trouver h Orléans, » ne débatist pour l'édict de janvier, qui pourroit rompre l'acy> cord et rallumer la guerre, dont s'ensuivroit le rabaissey> ment de Tauthorité de cesle femme, elle hâta la négocia- » tion (i). y>
La conclusion de l'entretien de la reine mère avec la princesse fut que Louis de Bourbon et Anne de Montmorency se réuniraient prochainement, sur la Loire, pour conférer entre eux.
Tant qu'avait duré cet entretien, le canon n'avait cessé de gronder (2).
De retour à Orléans, Éléonore de Roye, qui tenait à informer, sans retard, son mari du résultat de son entrevue avec Catherine, mais qui ne pouvait y réussir qu'avec le concours de cette dernière, lui écrivit (3) :
« Madame, estant arrivée fort tard en ce lieu, il n'a esté pos- » sible de renvoyer jusques à demain monsieur d'Oysel, et ayant » monsieur le connestable et toute ceste compagnye entendu » ce qu'il vous a pieu me dire, tous sont fort resjouys et louent » Dieu de ce qu'il luy plaist acheminer si bien le moyen de faire 1) une bonne paix, et vous, pour ce quy est envoyé à vostre ma- » jesté et ce que vous dira ledict sieur d'Oysel comme tous ceux » quy sont icy augmente tousjours en bonne volonté de veoir la )) fin de ces misères et d'avoir moyen de pouvoir faire service à D voz majestez. Suyvant le congé qu'il vous a pieu, madame, y> me donner d'envoyer ce secrétaire vers monsieur mon mary,
(1) Hist. de cinq rois, 1599; p. 285.
(2) Calcnd, of St. pap. foreign, 8 mars 1563. Occurrences in France : c Ail » friday and saturday shot was continually fired from great and small pièces > ont of and against Orléans ; and ail the time that the princess of Condé was * wilh Ihe Queen, they spared no powder. >
(3) Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 6607, fo 77.
3> je vous supplie très-humblement lui permectre qu'il puisse 3> parler particulièrement audict seigneur e£ me rapporter incon-
> tinent de ses nouvelles, etc., etc. (1). y>
A cette missive succéda presque immédiatement la suivante, qui prouve avec quelle activité la princesse s'était occupée du choix d'un emplacement pour l'entrevue des deux prisonniers (2) :
c Madame, ce matin, les sieurs d'Oysel et de Boucha vane ont
> regardé au long de l'eau, entre la tour Saint-Laurent et la 3) Madelaine, et encore plus loing, s'il y avoit moyen delà amener » les bateaux pour rassembler monsieur mon mary et monsieur 3> le conneslable ensuyvant vostre volonté et le desyr de cesle y> compagnie, ce qu'ils ont trouvé impossible pour les raisons » que sçail ledict sieur d'Oysel, mays sera bien aysé et commode 3) s'il vous plaist l'avoir agréable au-dessus du pont, quy est une y> mesme chose autant commode pour estre près de ceux du
> porlereau comme de ceste ville; parquoy, madame, il vous
> playra nous en mander vostre volonté et faire visiter le lieu
> où il se pourra faire, quy ne sera jamais sitost que le desyrons y> pour veoir voz majestés de tous bien servys et vostre réaiime yi> et vos subjects en repos, ce que supUe à Dieu qu'il nous donne 2> bientost, etc., etc. »
Le lieu définitivement choisi pour l'entrevue fut Ylle-aus- BœufSy sur la Loire.
On convint d'une trêve pour toute la durée des négociations qui allaient s'ouvrir relativement à la paix.
(1) Voir Appendice, n» 31.